ÉLOGE FUNÈBRE D
En présence de ce contraste effrayant, qui rappelle si cruellement cette parole d'un de nos sages : « Dans ce monde joies et douleurs se touchent, l'allégresse confine à l'affliction », comment ne pas se demander avec l'auteur du Rituel : -,:"n rra us no « Que sommes-nous ?
Qu'est-ce que notre vie ? Était-ce donc ainsi que devait mourir ce juste parfait, dont la carrière n'avait été qu'une longue suite de bonnes œuvres? Un véritable monstre, opprobre de l'humanité, devait-il pouvoir, obéissant à ses instincts sanguin a ires, disposer d'une existence aussi précieuse, anéantir en un instant tant de vertus, tant de mérites ?
Mes frères, il est de ces problèmes que la raison humaine est incapable de résoudre; il
t de ces mystères devant lesquels, accablés par le sentiment de notre impuissance, comprimant avec peine des cris de révolte, nous devons nous jeter tout entiers entre les bras de Celui qui seul peut consoler au sein des plus affreuses détresses et lui dire : * Seigneur, toi seul 1u es grand, loi seul tu es puissant ! Tu nous as appris que cette vie n'est qu'une préparation à une vie meilleure, qu'elle n'est qu'un rapide passage du néant à l'immortalité,
cette pensée nous soutient et nous réconforte dans notre inexprimable douleur, car le mort que nous pleurons est entré déjà dans l'immortalité glorieuse, immortalité sur la terre, immortalité dans le ciel, car c'est à lui que s'applique, dans toute sa vérité, cette parole de nos docteurs: « D"np nnrvm D^pnsr D"n ». « Les justes, après leur mort, doivent « toujours être considérés par nous comme « vivants ».
Et, en effet, mes frères, ne vivra-t-il pas toujours dans la mémoire de tous les bons Français, que dis-je? dans celle de tous les hommes de bien, quelle que soit la nation à laquelle ils appartiennent, ne vivra-t-il pas toujours, entouré d'une resplendissante auréole, le nom de ce martyr du devoir, qui a payé de sa vie son dévouement à la patrie, qui a scellé de son sang les principes d'ordre, de désintéressement, de droiture, guides constants de sa conduite?
Aussi loin que se portent nos regards sur cette existence admirable, qui doit être proposée à tous comme un enseignement et un exemple, nous y découvrons une harmonie merveilleuse que ne vient point troubler la
moindre dissonance, harmonie de labeurs et d'efforts, harmonie d'intégrité et de patriotisme pour conserver, dans toute sa fraîcheur, cette couronne de bonne renommée, transmise par le meilleur des pères et par cet illustre aïeul auquel, un jour, la France reconnaissante décerna le beau nom d' « Organisateur de la « victoire ».
Entré dans les premiers à l'École polytechnique, sorti premier de l'École des ponts et chaussées, le grand citoyen, dont nous déplorerons toujours la perte, apporte, dans les différentes étapes qu'il parcourt, avant de recevoir de la France la direction suprême de ses destinées, comme ingénieur, comme député, comme ministre, un amour incomparable du travail, une conscience absolue du devoir, une horreur constante de ces calculs étroits et mesquins auxquels, hélas ! ont obéi tant d'hommes politiques de notre temps. Esprit essentiellement méditatif , s'intéressant à toutes les questions sociales, se préoccupant des progrès qui s'opèrent dans le domaine du travail, de l'assistance, il joint à tant de mérites divers cette simplicité rare, cette douceur de caractère, cette générosité de cœur, cette
délicatesse d'àme qui non seulement lui acquièrent l'estime et les sympathies de tous, à l'étranger aussi bien qu'en France, mais font encore de lui, au sein de sa famille, le fils le plus aimant, le plus respectueux, l'époux le plus tendre, le père le plus affectueux.
Je n'entreprendrai pas, mes frères, d'énumérer ici un à un les services éclatants qu'il a rendus à notre chère France dans la première magistrature de l'État. Appelé à ce poste éminent par la confiance des mandataires de la nation, il sut justifier le choix dont il avait été l'objet en demeurant de plus en plus fidèle aux belles et précieuses qualités que nous lui avons reconnues. Suivant la parole de l'Écriture il était « comme un phare au milieu des « ténèbres, » il était « miséricordieux et juste « pnn oirm \\sn anwS r\x -pffru mt ». Dans notre temps troublé, où la violence cherche à supplanter le droit, où les instincts matériels et grossiers menacent d'étouffer les aspirations les plus élevées de l'âme humaine, où l'égoïsme enfin, l'intérêt personnel voudraient régner en maîtres, il était là, fidèle gardien de la Constitution et de la Loi, rassurant par sa fermeté, son calme, sa dignité incomparables,
tous ceux que ces tendances subversives auraient pu effrayer, montrant à tous la voie à suivre pour conserver à la France son renom et son prestige. A quel degré de grandeur notre chère patrie s'est élevée sous son gouvernement, quelles précieuses sympathies elle s'est acquises, comment, grâce à lui, elle est devenue un des plus puissants facteurs de la paix du monde, vous le savez, mes frères.
Mais la qualité qui dominait en lui et qui lui vaudra de la part des Israélites français un souvenir éternellement reconnaissant, c'est cette bonté exquise qui se résolvait à leur égard en un sentiment de bienveillance, de justice, de libéralisme dont, le jour même de sa mort, nous recueillons de sa bouche l'éloquente confirmation. Nous savions qu'avec ce chef de l'État si infiniment bon, si éminemment tolérant et impartial, nous n'avions rien à redouter des entreprises de cet antisémitisme maudit qui n'est qu'une des formes de l'esprit de désordre, d'envie, d'anarchie dont il était l'adversaire le plus déclaré.
Et c'est pour toutes ces raisons que la Synagogue française le regrette amèrement, by a^a mT w w mari *zn piSn, c'est pour ces
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O France adorée, pleure, comme il le mérite, ton fils chéri; pleure, comme il ta nfrito, cfl ooblfl cœur en qui slneamaJeal bien (m
vertus essentielles, justice, droiture, ch;inK', limn.'iuiii"', mais ne h- IfklSM point abattre par l'éprouve. Dion t'ainio et 10 protégen. ' Wsi ce pas rlt^j :"i pour toi un adoucissement à \a douleur que cri hommage iw(v*ltel rendu M meilleur de tes enfants, que cette unanimité de sympathies dont tu reçois du inonde entier l'expression émouvante, que ce long cri d'horreur s'élevant do la torro au oiol, véhémente protestation do l'humanité outragée !
Et quel puissant motif do résignation ne pouxtu déjà puiser dans cette conviction quo l'éminent citoyen appelé i\ succéder à notre cher mort ne laissera point péricliter entre ses mains l'héritage de gloriousen IradilioiiH qu'il lui a légué ! Courage donc, ô ma patrie, courage et confiance en Dieu !
Et maintenant, frères et scenrs, élevons nos Ames vers ['Étemel et prions :
Dieu de justice, de clémence et d'amour, toi qui nous envoies sur cette terre pour perfectionner notre Ame immortelle, toi qui réserves trésors de félicités à ceux qui, iei-bas, ont marché constamment dans la droiture, nous rappelons devant toi le souvenir de notre bienaimé et à jamais regretté Président, et nous recommandons a ta bonté paternelle sa grande s qui a quitté ce monde pour entrer dans l'éternel séjour. Accueille-la avec faveur et donne-lui une place au milieu des justes qui ont honoré le mieux l'humanité.
Lspense-lui les récompenses que tu destines à tous c"eux qui n'ont eu sur cette terre d'autre idéal que le bien. Accorde-lui surtout, la satisfaction suprême de voir, du haut du ciel, la France qu'il aimait tant s'avancer de plus t plus dans la voie du progrès, de la voir, i plus en plus heureuse et prospère, jouir de la paix au dedans et au dehors.
Console, ô mon Dieu, la noble et vaillante compagne du défunt qui perd celui qui faisait sa joie, son orgueil; console ses dignes enfants qui marcheront toujours sur ses traces ; con-
sole notre chère France, soutiens-la dans son immense affliction !
Que le souvenir de l'honnête homme par excellence, du citoyen exemplaire, du juste accompli, demeure à jamais gravé dans nos cœurs! Qu'il soit sans cesse, pour sa famille, pour notre patrie et pour Thumanité un objet de bénédiction roiaS pny w !
Amen !