PRONONCÉ
à l'occasion de la rentrée solennelle dans la Synagogue de Lunéville, le 29 septembre 1871.
« Que tes tentes sont belles, ô Jacob, tes demeures, ô Israël ! » (Nombres, XXIV, 5.)
Frères et Soeurs bien-aimés!
En rentrant dans ce Temple, agrandi et restauré, et en inaugurant cette chaire de vérité, notre premier devoir est celui d'élever notre âme vers l'Étemel, foyer de toute bonté, source de tout bienfait, et de lui exprimer la gratitude dont notre cœur déborde.
« Sois loué, ô notre Dieu, pour la protection visible que tu ne cesses d'accorder à cette Communauté, et dont tu lui donnes aujourd'hui une preuve éclatante.
Souveraine Providence, dans ton amour pour ta créature, tu lui as laissé la faculté de se diriger à son gré dans la vie, de choisir entre le bien et le mal. Mais quand elle donne un libre cours à de nobles inspirations, tu la soutiens et l'encourages ; quand elle s'engage résolument dans une voie vertueuse, tu y affermis ses pas ; lorsqu'un pieux projet germe en elle, tu lui donnes la force de le réaliser.
Une sainte pensée était née et s'était développée dans l'esprit de mes frères. A l'ombre tutélaire de ta puissante égide, cette Communauté avait grandi, le nombre de ses membres s'était accru, et l'enceinte de la demeure que nos pères avaient érigée à ta gloire était devenue trop petite pour contenir les adorateurs de ton saint nom.
Et ceux qui-, désirant communiquer avec toi, se trouvaient, privés de ce bien suprême, soupiraient et répétaient avec le Psalmiste : rwnsa nxw WK nS p ivni nu rwMra tisï dj mbai labe maar " ■pmrnto na (1). « L'oiseau aussi trouve un logis, l'hirondelle un nid où
(l) Psaumes, LXXXIV, 4.
elle dépose ses petits, et nous, nous désirons séjourner auprès de tes autels, ô notre Dieu, ô notre Souverain. »
Et ce vœu fervent est monté jusqu'à toi, et tu Tas exaucé. Tu as inspiré à quelques-uns de nos frères les sentiments de la véritable piété, de celle qui agit et qui seule est sincère, et Ton s'est mis à l'œuvre, et la transformation s'est opérée.
Aujourd'hui, ô mon Dieu, nous sommes heureux de pouvoir te consacrer une maison plus vaste et plus digne de ta sainte majesté. Comme le roi David, nous n'avons plus voulu habiter dans des palais de cèdre, tandis que l'arche du Seigneur reposait sous une simple tente : piai nma nui a»v ^:h n: nm
.(1) nyn^n -pm wv Dinbnn
Nous sommes heureux également d'avoir pu conserver, en le développant, cet ancien édifice, dont chaque pierre contient, pour ainsi dire, pour nous un souvenir. C'est là que sont venus prier nos aïeux, c'est là que nous avons éprouvé les premières émotions de la foi, que notre cœur s'est épanoui sous la douce chaleur
(1) II, Samuel, VII, 2.
de la religion. Telle place était occupée par un ami que les circonstances ont éloigné de nous; telle autre par un père chéri ou une tendre mère que tu as rappelés à toi, et qui, du haut des cieux, .participent aujourd'hui à la joie de leurs enfants.
mon Dieu, comment reconnaître tant de bienveillance et de mansuétude ? Comment nous en rendre dignes? N'est-ce pas en fréquentant avec assiduité cette demeure où ru viendras de nouveau résider, et en nous efforçant d'atteindre aux différents buts pour lesquels sont érigées les maisons de prières en Israël ?
Daigne nrassister, ô Éternel, et fort de ton appui, j'essaierai de faire connaître à mes frères les diverses destinations du Temple et les moyens d'y répondre d'une manière oie à tes yeux. Amen.'
Mes frères, Israël venait d'échapper à la persécution égyptienne ; il renaissait à une vie nouvelle, à une existence spirituelle et morale dont les douleurs de la servitude et de l'op-
pression ne lui avaient pas permis de goûter les jouissances.
Au sommet du Sinaï, la vérité avait jailli, brillante, immortelle ; elle s'était résumée en dix paroles suprêmes, et le Seigneur commençait à donner à son peuple les développements de cette loi admirable qu'ont adoptée toutes les nations civilisées, parce qu'elle est le principe même de toute civilisation.
Les préceptes se succédaient avec la rapidité de la pensée, l'un d'eux était ainsi conçu :
oaira •ïnjDuri «npo ^S iwi « Ils me feront un sanctuaire et je résiderai au milieu d'eux » (1).
Pourquoi, mes frères, l'Éternel s'empresset-il de formuler cette prescription ? Pourquoi cette obligation imposée à Israël, alors qu'il est encore errant et nomade à travers le désert et qu'il n'est point venu se fixer sur la terre dont la possession lui est promise ?
L'Éternel veut résider au milieu de son peuple ; il veut le protéger et le guider. Mais qu'a-t-il besoin d'une demeure étroite pour y fixer son séjour ? N'est-il point partout présent ? Prétendrions-nous renfermer sa majesté
(1) Exode, XXV, 8.
dans les limites d'un modeste sanctuaire ?
Le fini peut-il donc imposer des bornes à l'infini? Les cieux et les cieux des cieux ne pourraient le contenir, dit Salomon, à plus forte raison une humble demeure, construite par de faibles mortels ! n:n Dictai vssn dtoi .(1) w:i ton mn nnn ^ =]n "pSaba* nS
Quel est donc le véritable motif de cette ordonnance ? C'est que Dieu connaît la nature humaine, ses tendances, ses aspirations, ses besoins, ses faiblesses. Il sait que si l'humanité a pu s'égarer sur l'essence, l'unité, l'immatérialité de l'Être suprême qui la dirige et la surveille, elle en a toujours pressenti l'existence ; il sait que la créature aime à se mettre en rapport avec son Créateur, que l'àme, par un mouvement spontané et irrésistible, cherche à remonter vers la source dont elle émane. Mais il sait aussi combien Télément matériel lutte dans l'homme avec l'élément spirituel et voudrait l'étouffer ; que de fois il rive à la terre celui qui désirerait atteindre le ciel.
Et pour sauvegarder le sentiment religieux,
(1) I, Rois, VIH, 27.
pour le défendre contre les empiétements de la matière, il a institué le Temple. *h wjn .Dznm *n»ttn nnpE « Ils me feront un sanctuaire, et je résiderai au milieu d'eux. » Le désert, avec son immense étendue, sa solitude imposante, eût dû suffire déjà pour rapprocher Israël de cette puissance suprême qui, seule, avait créé et habitait ces plaines infinies. Mais les obstacles que le peuple y rencontrait, les soucis nombreux qui l'y assiégeaient et lui faisaient même regretter parfois jusque la terre de l'esclavage, pouvaient l'éloigner de cette douce Providence qui planait immédiatement sur lui. En ordonnant donc l'érection d'un sanctuaire, Dieu fournissait à l'âme un puissant auxiliaire contre les combats du corps, un foyer sacré où elle viendrait se retremper, un refuge où, chassant de son cœur les préoccupations mondaines, l'homme pourrait adorer et prier sous le regard direct de son Dieu.
Le Temple, lieu d'adoration et de prières, voilà, m£s frères, le premier aspect sous lequel nous devons le considérer. Non, encore une fois, Dieu ne réside point exclusivement dans ces demeures relativement chétives que la
piété des hommes lui consacre. Mais sa pensée y domine; elle les remplit et les sanctifie, elle en élargit les murs étroits, elle en fait les portes du ciel, rjw nr\ d»hSk nu dk 13 ht ]v*
L'édifice a été élevé en l'honneur de Dieu et pour lui seul; Dieu seul doit donc y hahiter. Invisihle à tous, il remplit de sa présence, de son souffle céleste, l'enceinte sur laquelle a été invoqué son nom ; c'est le séjour qu'il choisit pour communiquer avec sa créature; c'est là qu'elle le recherche, c'est là qu'elle le rencontro :mp wpm ïnmp iNararn " ot (2).
Kt, prosterné devant ses autels, l'enfant respectueux vient converser avec son Père céleste, chanter ses louanges, célébrer ses bienfaits, lui exposer dans un intime entretien ses joies et ses douleurs, ses plaisirs et ses peines. Car c'est là, mes frères, l'auguste privilège du Temple : il sort d'asile à l'homme dans les situations les plus diverses de la vie, facilite l'expansion de ses sentiments, provoque ses confidences, l'enlève pour un moment à la
(1) UfllMHC, XXVIII, 17.
(2) Imaïc, lv, n.
terre, et le transporte par la prière vers des régions idéales. Rassemblés sous ses voûtes sacrées, tantôt les fidèles unissent, leurs voix, pour exprimer en de nobles actions de grâce la reconnaissance qui remplit leurs cœurs; tantôt, priant à voix basse et se repliant sur eux-mêmes, ils déversent dans le sein de l'Éternel leurs plus secrètes pensées, l'invoquent dans la souffrance, le remercient clans le bonheur, implorent son pardon dans le péché, son appui à l'heure des défaillances.
Source inépuisable de consolations et de secours, la maison du Seigneur exerce donc.
sur l'homme une influence bienfaisante. Mais que celui-ci y prenne garde. Avant de franchir le seuil de cette demeure sainte, il lui faut satisfaire à de sévères exigences, remplir de sérieuses conditions.
Nous ne vous parlerons plus, mes frères, des règles inhérentes à la prière, du recueillement, de la ferveur qui doivent l'accompagner ; nous vous en avons entretenus en une autre circonstance ; nous n'y reviendrons pas aujourd'hui .tovj nrw 112 i:*h jn « Sache devant qui tu te trouves placé » , tel est le grand principe qu'ont formulé nos sages et qui, dans son élo-
quente concision, nous indiquera non seulement l'attitude que nous devons conserver dans le Temple, la soumission, le respect, Thumilité que nous devons y témoigner, mais aussi les obligations qui nous sont imposées avant d'y entrer.
Mes frères, vous le savez, Dieu ne nous a envoyés dans ce monde que pour perfectionner cette âme immortelle, qu'il a insufflée en nous, et qui est un reflet de sa splendeur céleste. Or, toutes les fois que nous nous présentons devant lui, il peut nous demander l'usage que nous faisons du don suprême qu'il nous a octroyé. Lui qui lit jusqu'au fond des cœurs, qui connaît nos moindres pensées, nos moindres intentions, recherche, avant tout, si nous avons conservé notre âme dans l'état de pureté, de sainteté qu'elle possédait, quand il nous l'a confiée. Et de même, mes frères, que lorsque vous abordez un des grands de ce monde, ou, pour mieux dire, une simple personne de la société, l'accueil que vous en recevez varie, suivant que vos vêtements, propres ou maculés, votre extérieur, soigné ou négligé, témoignent de la convenance, de l'honnêteté ou du désordre, de même, vous serez favorable-
ment reçus par Dieu dans son Temple, ou bannis impitoyablement, suivant que votre mise intérieure, c'est-à-dire l'état de votre âme, sera pure de toute tache ou souillée par le péché.
Et comment espérer, en effet, ôtre entendus et exaucés de Dieu dans l'enceinte de sa maison sacrée, quand, au dehors, vous l'irritez par voire conduite coupable ? Comment oser vous entretenir avec ce bon Père, plein d'amour, d'indulgence envers ses créatures, quand, dans votre cœur, vous nourrissez des sentiments d'inimitié contre votre prochain, quand votre âme est un foyer de jalousie, de médisance, de méchanceté? Ah, mes frères, si le Temple sert de refuge au pécheur repentant, s'il ouvre largement ses portes à la brebis égarée qui demande à rentrer au bercail, il n'a jamais abrité, en Israël, la faute volontaire, avouée, audacieuse, et pour laquelle celui qui Ta commise ne manifeste aucun regret. Différent en cela des temples païens, il n'a jamais couvert de son inviolabilité le crime prémédité. rneb i:npn wzv2 uvi2 « Vous arracherez le coupable même de mon autel (1) » est-il dit dans le Pentateuque.
(1) Exode, XXI, 14.
Que le vice ne vienne donc point se dissimuler dans ces lieux saints, en se parant des dehors de la vertu. Ecoutez, à ce propos, le langage énergique du prophète Jérémie.
^'adressant à ceux qui, en Judée, venaient se prosterner devant Dieu, il s'écrie : maan Sn .non " Ss>n " Soti iCiiS ywn •nav'ïK d:S « Ne vous confiez point à des paroles mensongères, et n'allez point répétant toujours :
C'est là le parvis de l'Éternel, le parvis de l'Éternel. Mais si vous améliorez vos voies et vos actes, si vous rendez à chacun la justice qui lui est due, si vous n'opprimez ni l'étranger, ni l'orphelin, ni la veuve, si vous ne répandez point le sang innocent, et si vous n'adorez point d'autres dieux, ce qui serait pour vous un malheur, alors j'habiterai au milieu de vous, dans cette enceinte et sur la terre que j'ai donnée a vos pères, d'éternité en éternité [1) ».
Ainsi, vous l'entendez, mes très chers frères, arrière l'hypocrisie et le mensonge.
Dieu ne veut point de cette fausse dévotion qui, cherchant à tromper de faibles mortels,
(1) Jérémie, VU, I et seq.
LE TKMPLE 15
se traduit par des démonstrations de ferveur exagérée, des génuflexions nombreuses, des prières sans fin. Proscription complète de l'immoralité qui se couvre du manteau de la religion, accès aussi large que possible à cette piété sincère, loyale, éclairée, qui s'attache non seulement à la lettre de la Loi, mais aussi à son esprit, voilà, mes frères, ce qu'offre un temple en Israël.
Avant donc de franchir son seuil sacré, l'homme doit divorcer avec ses mauvais penchants dmSnh nu Sk -|bn 1^*0 -pb:n idw (1).
Semblable à cet insecte qui, rompant la coque dans laquelle il s'est emprisonné, -passe de l'état de chrysalide à celui de papillon brillant, et de ses ailes diaprées s'élance vers des champs d'azur, l'homme doit, à l'entrée de cette sainte demeure, briser les chaînes de ses passions ; il doit interroger sa conscience, déplorer ses fautes, se demander s'il est saint comme le Dieu qu'il adore, tzmp v vnn omnp dsmSn " i2N (2) , rechercher enfin s'il a rempli les devoirs qui lui incombent.
(1) Ecclès. IV, 17.
(2) Lèvitique, XIX, 2.
H Mais pour accomplir ces devoirs, il faut les
connaître ; or, cette connaissance, c'est encore au Temple qu'il la devra; car le Temple n'est pas seulement une maison de prières, mais un lieu d'enseignement, de moralisation ; c'est une véritable école où tout fidèle doit et peut s'instruire. Examinons rapidement ce second point de vue.
Mes frères, lorsque, après une résistance surhumaine, Israël dut s'avouer vaincu, quand accablé par la puissance des Romains, et l'action plus désastreuse encore des factieux, il lui fallut prendre tristement le chemin de l'exil, il ne se découragea point. Car, du sein de ce naufrage dans lequel s'étaient engloutis sa nationalité, son territoire, son sanctuaire, il emportait avec lui une riche épave, qui devait lui servir à reconstituer sa fortune.
Cette épave, mes frères, ce précieux trésor, c'était le rouleau sacré de la Loi.
Comprenant que, leur rôle politique terminé, il leur restait une immense carrière à parcourir, celle de la propagation de l'idée divine,
sentant bien, qu'à défaut de force matérielle, ils avaient toujours à maintenir leur supériorité morale sur les païens, nos ancêtres se rallièrent autour de ce livre antique qui contenait leur histoire, leurs institutions et Leurs dogmes. Ils virent dans la Loi une source de salut, un palladium invincible, l'entourèrent d'une sainte vénération, et, pour la préserver de toute altération, de tout contact profane, l'enfermèrent dans la partie la plus auguste du Temple, dans le tabernacle, la confiant à la garde directe du Très-Haut. Richesse purement spirituelle, seule elle trouvait place dans la maison du Seigneur. Ainsi, autrefois Moïse déposait dans l'arche sainte les deux tables de pierre sur lesquelles se trouvaient inscrites les notions premières de la morale la plus pure.
Et continuant des traditions qui préexistaient à la chute de Jérusalem, Israël, non content d'avoir sauvé la Loi, désira la comprendre, la connaître dans tous ses détails.
Et c'est ainsi, mes frères, que le Temple redevint le refuge de la doctrine, le foyer de la lumière, de la science religieuse; ainsi que furent rétablies ces pieuses et fréquentes lectures, faites en face du peuple assemblé ;
18 I.K ÎLMI'LK
ainsi que renaquit, pour briller bientôt d'un pur éclat, cette prédication morale si féconde en Israël et dont le but principal était de commenter la Loi.
Et quel moment mieux choisi, mes frères^, pour éclairer l'homme sur sa mission, sur sa conduite à tenir, pour lui faire entendre d'éternelles vérités, que celui où il s'est sanctilié par la prière? Quelle demeure mieux appropriée à l'exposition de la grande idée de Dieu, de son existence, de son unité, de ses attributs, que le sanctuaire où il daigne résider? Et enfin quel fonds plus riche, quelle mine plus inépuisable d'instruction, d'enseignement, que ce code sublime dans lequel se trouve gravé, à côté du devoir d'aimer l'Éternel, notre Dieu, de tout notre cœur, de toute notre àme, de tous nos moyens -J22S bn yrhn " na runNi -pKO bail "jC-S3 S^n il), celui d'aimer notre prochain comme nous-mômes, -:nb srariNi
Mais ici, mes frères, il est urgent de vous faire une courte observation. La semence que,
(1) Deut. VI, 5.
(2) Lévitique, XIX, 18.
du haut de la chaire, on s'efforce de déposer dans votre ânje, n'y germera qu'à la condition de trouver un terrain préparé d'avance. Elle sera bien vite étouffée si elle a pour obstacles la légèreté d'esprit, la dureté de cœur, l'inattention ou la malignité.
Ah ! mes frères, gardez-vous de ressembler à ceux dont Isaïe a dit, ainsi que le Psalmiste : « Ils ont des oreilles et ils n'entendent point » ; apprenez quels sont vos devoirs k l'égard de la parole de vérité. Il faut vous y préparer avec respect, l'entendre avec attention, en profiter avec soin. Qu'une vaine curiosité ne soit jamais le mobile qui vous amène au pied de la chaire. Ce ne sont pas les qualités extérieures, l'éloquence ou le geste, la diction plus ou moins sonore, la phrase plus ou moins harmonieuse et correcte qu'il faut apprécier et juger anznyï -pr; ru* îjnwi pj itodi bip ns* nniN d:pn (1). Ne vous attachez pas à la forme, mais au fond. Il s'agit de vos intérêts les plus chers, de la culture de votre âme, de son perfectionnement, de son salut. C'est une sainte éducation que l'on veut vous donner ; tâchez d'en profiter.
(1) Ezèchiel, XXXIII, 32.
Je le sais, la vérité est parfois dure à entendre et même à exprimer ; elle peut blesser ceux qui, dans leur conduite, l'ont méconnue. Si elle s'adresse à vous, mes frères, faites un sérieux retour sur vous-mêmes et acceptez-la, non avec mécontentement et aigreur, mais avec bonheur et gratitude. Efforcez-vous de vous l'assimiler, et surtout n'y cherchez jamais des allusions contre votre prochain.
Cet acte serait d'autant plus blâmable que le Temple où a lieu la prédication a pour but de rapprocher les cœurs au lieu de les éloigner, et, loin de les désunir, de les confondre dans un même sentiment de fraternité et d'amour.
Oui, mes frères, et c'est là un dernier point à examiner, la maison du Seigneur est propre à favoriser l'épanouissement de nos sentiments affectueux, à nous convaincre de la nécessité de la concorde et de l'union. Sur ses murs sacrés se trouve inscrit partout le précepte divin de secours mutuels, d'abnégation, de dévouement. Car ce précepte découle naturellement du grand principe de l'égalité entre les hommes, et c'est ici que ce principe trouve une de ses démonstrations les plus frappantes.
effet, mes frères, dans la maison de l'Éternel, l'égalité reparaît tout entière. Plus de différence de conditions, de pang, de puissance ; nous avons tous les mêmes aspirations, les mêmes besoins, la même faiblesse. Nous sommes dans la maison de notre Père ; ricbes ou pauvres, grands ou petits, nous y entrons avec le même droit, car nous savons que nous sommes tous ses enfants. Il y a plus, mes frères, le malheureux s'y rend encore avec plus de confiance que le privilégié de la fortune, parce qu'il se dit que, de même qu'un enfant chétif ou malade est, le plus souvent, l'objet d'une préférence marquée de la part de ses parents, reçoit des soins d'autant plus empressés qu'ils sont plus nécessaires, de même, aux yeux de Dieu, la misère, l'infortune ont droit à, une protection spéciale, à une faveur particulière.
En outre, mes frères, songeant tous à la distance immense qui sépare l'homme, cette créature bornée, imparfaite, périssable, cet
atome perdu dans l'immensité des mondes, de cet Être parfait, infiniment grand, infiniment puissant, qui embrasse et l'espace et le temps, sans qu'il soit limité par eux, confondus dans un même sentiment de notre néant, nous ne devons nous souvenir de ces privilèges relativement factices, sur lesquels se fondent les distinctions sociales, que pour faire profiter de nos avantages des créatures semblables à nous.
Voilà donc un résultat nouveau et admirable de la fréquentation du Temple : c'est celui d'ouvrir notre cœur à toutes les inspirations de la charité, de faire un noble usage des biens que Dieu nous accorde, ne nous considérant que comme les dépositaires et les dispensateurs des faveurs célestes ; celui de devenir indulgents pour les fautes d'autrui, car nous sommes tous faillibles et enclins au péché ; celui de compatir aux souffrances de notre prochain, car, quel que soit notre rang, nous sommes tous soumis à la douleur ; celui, enfin, d'être doux, humains, généreux, de nous unir étroitement ensemble, afin de ne pas augmenter par des rivalités, des luttes, des haines, l'immense infériorité que nous ressentons déjà vis-à-vis de Dieu.
J'ajoute, mes 'frères, qii'en nous rendant au Temple, nous devenons nécessairement tolérants les uns pour les autres, et nous devons ne nous rappeler les divergences de confessions, de croyances, que pour nous respecter mutuellement et laisser à tous les cultes pleine et entière liberté d'exercice.
Car ce droit, que nous sommes si heureux de posséder, de nous présenter devant Dieu et de lui exprimer, à notre manière, suivant nos convictions et les coutumes de nos aïeux, l'amour que nous lui portons, ce droit naturel, légitime, imprescriptible, nous devons le reconnaître aux autres et ne jamais le leur refuser ou leur contester en vertu de ce principe : a Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fît ». kS -panb ud -jbjn no.
Du reste, mes frères, cette obligation est d'autant plus sacrée, qu'au fond, différant par les moyens, nous tendons tous au même but; que si chacun de nous considère sa religion comme la meilleure, ce qui est pour lui un devoir primordial, il ne peut cependant nier que la synagogue, l'église, le temple ou la mosquée ne soient tous des monuments pieux,
élevés à la gloire du Dieu qui régit l'univers, que nous comprenons différemment, j'en conviens, mais que nous recherchons tous avec !a même ardeur, le même besoin d'adoration.
C'est cette pensée qui doit nous guider, mes frères; c'est elle qui substituera à la barbarie, au fanatisme des anciens temps, des sentiments de clémence, de fraternité et d'amour ; elle enfin qui amènera cette époque, si ardemment attendue, où l'humanité tout entière, ne faisant plus qu'une seule famille, adorera l'Éternel sur sa sainte montagne, et dans ce temple de l'avenir où l'idée de son unité sera universellement reconnue Hlp* nSin ira 'WS ti ,(i] .cwam "jsS
Et maintenant, mes frères, que nous avons envisagé le Temple sous un triple aspect, que nous l'avons considéré et comme l'échelle mystérieure qui unit le ciel à la terre, et comme le foyer de la science religieuse, enfin, comme la chaîne puissante qui relie entre eux les membres épars de l'humanité, ne pouvonsnous pas affirmer qu'il alimente et réchauffe les trois plus grands sentiments de l'àme
(i) mie, LVl,
humaine : l'amour de Dieu, par la prière et l'adoration ; l'amour du prochain, par l'idée de l'égalité; l'amour de nous-mêmes, par le désir d'instruction et de perfectionnement moral ?
Entrez-y donc avec assiduité, frères et sœurs bien-aimés, si vous voulez complaire à Dieu et aux hommes ; fréquentez-le avec ardeur si vous voulez qu'un jour votre cœur, ce temple intérieur, agrandi par la science, embelli par la vertu, ressemble à cette sainte demeure, que nous plaçons de nouveau sous la sauvegarde directe de l'Éternel.
mon Dieu, toi qui as dit, par l'organe de Moïse, notre prophète : toîn wh ûipn Sai »
« .-pnDim -pSn niin *ct& na « Partout où je t'entendrai invoquer mon nom, je viendrai vers toi et te bénirai », couvre de ta suprême protection cette maison, que nous consacrons de nouveau à la gloire de ton nom.
Accueille avec bienveillance tous ceux qui viendront se prosterner devant tes autels, exauce leurs prières, sois propice à leurs vœux.
Que l'homme heureux y obtienne la continuation de son bonheur ; le pauvre, la cessation de sa misère ; le pécheur repentant, la rémission de ses fautes ; la veuve, un appui ; l'orphelin, un père; l'âme brisée par la souffrance, un adoucissement, une consolation.
Que tes faveurs descendent comme une rosée céleste sur cette Communauté ; préserve-la de toute épreuve.
Bénis MM. les Membres du Consistoire et leur bien-aimé collègue de notre cité.
Bénis M. le* Président et MM. les Membres de notre administration, dont nous aimons à proclamer le zèle et la sollicitude pour tous nos intérêts ; bénis celui d'entre eux qui, dans cette pieuse entreprise, s'est particulièrement acquis des droits à notre gratitude par son dévouement de tous les instants.
Bénis leurs honorables devanciers qui, par une sage et prudente gestion, ont préparé longtemps à l'avance les matériaux de l'édifice.
Bénis le jeune et intelligent artiste qui a dirigé avec autant d'habileté que de goût et a mené à uno si heureuse fin ces importants travaux.
Bénis maîtres et ouvriers ; bénis tous ceux qui, de loin ou de près, en pensée ou en action, ont participé à cette sainte œuvre.
Bénis nos frères de tous les cultes ; bénis et protège notre patrie, notre France bienaimée, cette auguste mère que nous chérissons d'autant plus qu'elle a beaucoup souffert. Accorde-lui le calme, la sécurité, la paix au dedans et au dehors, la prospérité, la gloire !
Amen!