‹ Les Doctrines de Haine; l'antisémitism, l'antiprotestantisme, l'anticlericalismChapitre 15 sur 26 · L ’ A N T I P I! OT K ST A NT I S M E · texte numérisé non relu

L ’ A N T I P I! OT K ST A NT I S M E

mentale. La roue de la fortune a tourné; ils ne sont plus exclus des fonctions publiques; ils y pénètrent par toutes les portes ; à en croire leurs adversaires, ils tendent à s’en arroger le monopole. Cela même nous conduit à une autre explication du grand nombre de protestants et de juifs qui remplissent les professions libérales et les carrières publiques.

Je touche, ici, un point délicat, un point d’une haute importance, sur lequel j’aurai peut-être à revenir. Les protestants, les juifs ayant été émancipés par la Révolution sont demeurés, en grande majorité, fidèles à l’esprit de la Révolution ; par suite, ils ont été au premier rang, les uns et les autres, des partis qui ont fondé et soutenu la République. Il n’y a donc pas à s’étonner si, le parti républicain ayant triomphé, ils ont eu une large part des fonctions publiques. Ayant été à la peine, ils ont trouvé juste d’étre à l’honneur... et au profit. Comme citoyens français, protestants ou juifs ont participé, individuellement, à nos luttes politiques ; beaucoup ont été parmi les vainqueurs, et, quoique en France, on ne prétendit pas encore appliquer strictement le principe américain « Aux vainqueurs les dépouilles», ils ont, naturellement, humainement, tiré parti de cette situation de vainqueurs, ou d’alliés des vainqueurs. La défaite des anciens partis, les défiances suscitées contre les familles qui passaient pour attachées aux dynasties déchues, ou pour inféodées aux influences de l’Eglise, font que le personnel républicain s’est, en

grande partie, recruté parmi les minorités relig Bien plus, nos luttes politiques ayant tourné trop temps autour du « cléricalisme », il en est résuit pour les emplois et pour l’avancement, c’était s • un inconvénient d’être né catholique, un av d’être né juif ou protestant.

C’est là, encore une fois, un point délicat, sur il me faudra revenir, car c’est peut-être, aujourd grief le plus sérieux, le plus dangereux au moins, les protestants et contre les juifs. C’est lui surtc permet de crier à la prépondérance j uive, à la pré • rance protestante. Or, si les minorités religieuses .a droit à la liberté et à l’égalité, elles ne sauraient revendiquer la prééminence, et, si elles ont l’air e "en emparer, cette apparente prédominance risque de retourner contre elles, en froissant à la fois, le: ments et les intérêts de la majorité.

Que disent antisémites et antiprotestants ? Ils non seulement que les protestants ou les ju « judéo-protestants », tiennent trop de place < République et dans l’État ; mais ils prétendent q influence politique, juifs et protestants l’empli profit de leurs intérêts de groupe ou de secte, ai de leurs doctrines ou de leurs haines ; qu’ils s’en au moins, comme d’une arme de guerre, contre catholique et contre son clergé. A entendre l’an et l’antiprotestant, l’anticléricalisme, chez le je le protestant surtout, aurait un venin confessic

l’àNTI PROTESTANTISME.

ne serait qu’une sorte de cléricalisme anticatholique, 'j itain et hypocrite. Dans leslois scolaires, par exemple, O encore dans les discussions sur le droit d’association,

) accuse les protestants et les juifs de n’être pas uniquement dirigés par l’intérêt de l’État ou par l’intérêt national, mais de poursuivre, sous le couvert de la neutralité religieuse, la défaite de leurs adversaires religieux. A leur tour, les anciens persécutés, juifs ou protestants, s’efforceraient d’employer la force publique et !< bras séculier contre leurs antiques adversaires. En u: > mot, on accuse juifs et protestants d’avoir une poliiique sectaire ; et non seulement, dit-on, cette politique aire se manifeste au dedans, mais, ce qui est plus grave, elle ne rougit pas de se montrer au dehors;

ne craint pas, pour se satisfaire, de sacrifier, à ses pré ugés ou à ses rancunes, les intérêts essentiels du pays.

Vous savez tous qu’à l’étranger, en nombre de pays, Syrie, par exemple, en Égypte, dans tout l’Orient, vni.-î dans l’Extrême-Orient, la politique française se ve, depuis des siècles, liée au catholicisme. Vous z que, dans ces vastes régions, les représentants ibituels et naturels de l’influence française, les i' iseurs et propagateurs de la langue française sont des missionnaires, sont des religieux. C’est là un fait bien connu des voyageurs. L’antiprotestant et l’antiséii ,. en tirent parti contre leurs adversaires.

juels sont, demandent-ils, nos moyens d’influence ' Orient et dans le monde? La France, avec sa popu-

latioa stagnante, peut-elle soutenir la lutte économique ou la lutte politique, à coups de millions ou à coups d’hommes, avec les grands empires qui, en ce moment, se disputent l’hégémonie de la planète? Non. Il ne nous reste guère, aujourd’hui, en Orient et dans le monde, qu’un moyen d’influence ; ce sont nos missionnaires, ce sont nos religieux. Or, que voit-on? On voit des partis, en France, on voit les clients des protestants et des juifs s’attaquer à ces missionnaires, s’attaquer à ces religieux, comme s’ils avaient fait serment de priver la République française de cet admirable et unique moyen d’influence ; et cela au moment même où ce qu’on appelle notre protectorat catholique se trouve menacé par nos voisins et battu en brèche par nos rivaux. »

Qui ne sent la gravité de pareil reproche ? On accuse les juifs, on accuse les protestants — et naturellement les francs-maçons — d’être, par préjugé de secte, moins Français et moins dévoués à la grandeur française que les catholiques. On les accuse d’être juifs ou protestants, avant d’être Français.

C’est aux protestants, c’est aux juifs, à montrer le mal fondé d’un tel grief1. Leur intérêt, non moins que

1. Il est juste de reconnaître que nombre de protestants l’ont compris, témoin la lettre publique, adressée à M. le Président de la Commission du Droit d’association, en mars 1901, et signée par plusieurs écrivains et savants protestants, entre autres par le regretté M. Auguste Sabatier, doyen de la Faculté de Théologie de Paris. Dans cette lettre, M. Sabatier et plusieurs de ses collègues ou de ses coreligionnaires n’ont pas craint de proclamer les services

l’an TI PROTESTANTISME.

leur patriotisme, leur en fait un devoir. Nous sommes ramenés, ainsi, au grief religieux et au grief politique, qui finissent par se rejoindre et par se confondre. L’anticléricalisme se retourne, en quelque sorte, contre le protestant et contre le juif ; au lieu d’en être les bénéficiaires, ils risquent d’en devenir les victimes ; c’est ce que je vous laissais entrevoir dès ma première conférence. L’anticléricalisme, l'antiprotestantismc, l’antisémitisme se fomentent et s’excitent, réciproquement ; par suite, l’anticléricalisme peut recéler une menace contre les minorités religieuses. Chaque campagne anticléricale ranime et l’antisémitisme et l’antiprotestantisme. C’est, à mes yeux, une des raisons de repousser, résolument, l’anticléricalisme. J’oserai dire : semez l’anticléricalisme, et vous récolterez l’antiprotestantisme et l’antisémitisme, car la guerre appelle la guerre, et l’intolérance, l’intolérance.

Voulons-nous retrouver la paix religieuse, la première chose est que le Pouvoir se montre libre de toute passion confessionnelle, dégagé de tout esprit de secte, religieux ou antireligieux.

rendus à la science et à la langue française par les congrégations religieuses, reconnues ou non reconnues. Se plaçant sur le terrain des intérêts français à l’étranger, ils s’élevaient, d’avance, contre toute législation qui prétendrait « interdire ou paralyser l’action des ordres religieux au dehors, soit directement en les supprimant, soit indirectement en leur enlevant les ressources indispensables et en leur rendant tout recrutement impossible. »

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