Voyez Israël chez- les nations
l’antisémitisme.
pour les couper, il n’aurait peut-être jamais eu la force de les briser. Ne renversons pas les rôles ; ce n’est pas le juif qui a émancipé la pensée chrétienne et bouleversé les sociétés contemporaines, c’est la pensée chrétienne, ou mieux, la pensée moderne, qui a émancipé le juif.
L’esprit d’innovation lui est, presque partout, venu du dehors ; mais une fois qu’il en a été touché, on ne peut être surpris qu’il ait souvent suivi les adversaires des traditions religieuses ou monarchiques. Comment serait-ce, parmi les juifs, que l’idée chrétienne recruterait ses défenseurs, ou que l’ancien régime et l’ancienne monarchie garderaient des partisans? et, religieuses ou politiques, comment les échappés du ghetto ne se défieraient-ils pas des traditions d’un passé qui leur a laissé des souvenirs si cruels? Cette défiance envers les idées ou les institutions du passé, ne la rencontrons-nous pas, également, pour des raisons analogues, chez d’autres victimes de l’ancien régime, chez nos protestants français, si bien que nos antisémites n’ont pas craint d’assimiler l’esprit huguenot à l’esprit juif?
De ce que les vexations ou les souffrances de l’ancien régime ont prédisposé les juifs à la révolte ou à la défiance contre les institutions du passé, s’ensuit-il que le principal trait de l’esprit juif soit la lutte contre l’esprit chrétien et l’esprit religieux, poussée jusqu’au matérialisme militant ? Peut-on affirmer, avec un écrivain de
laleut *, que, si l’Hébreu de l’antiquité biblique « déiste (ou mieux le théiste) type », le juif est, ai d’hui, 1’ « irréconciliable Ennemi de Dieu? ».
Si vous érigez le juif en ennemi de Dieu et en ; > de l’athéisme, que faites-vous des milliers, ou miet; millions de juifs qui, en Occident comme en Orie ' et en Amérique comme en Asie, s’obstinent à adorer vah et à vénérer la Bible, les Prophètes, ou mê Talmud? Direz-vous que le judaïsme est étranger ; prit juif? que, pour saisir ou pour définir cet espn juif, il faut commencer par écarter tous les israéliti ■ qi i restent attachés aux traditions d’Israël et à la foi de Juda?
C’est ainsi, pourtant, que procèdent, d’habitud les coryphées de l’antisémitisme contemporain. Pou traire du juif moderne ce qu’ils appellent l’espri ils excluent, a priori, ou ils laissent systématique o de côté tous les docteurs, tous les rabbins, toi croyants, toute la littérature ou la presse religieuse | d’Israël, comme si les israélites fidèles aux croyani leurs ancêtres étaient devenus, par là même, étra • à « l’esprit juif ».
Quels sont les hommes qu’on nous donne, le plu: vent, comme les représentants légitimes et authenl de l’esprit juif? C’est un Spinoza, un Heine, un Las ë un Karl Marx, pour ne citer que des morts, c’est-à