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L ECONOMIE :NDUSTRIELLE 67

dérons une entreprise industrielle mise en actions, telle qu'un chemin de fer : ce que nous appelions tout à l'heure profit se répartira en dividende pour les actionnaires et en un splendide traitement pour le gérant. Or, la perfection économique sera que ce traitement, si splendide qu’on le suppose, ne représente que le juste salaire d’une capacité et d'un travail hors ligne, et que, d’un autre côté, les dividendes ne représentent que l’intérêt légitime des capitaux engagés, intérêt évalué en raison de la gravité des risques à courir (1), »

I importe, d’ailleurs, de distinguer entre les consommalions productives, qui sont faites en vue d’une régénération de valeur au moins égale, et les consommations improductives. Toutefois, ces dernières elles-mêmes comportent des degrés et, à côté des consommations purement vo/uptuaires, il faut placer « celles qui contribuent par voie directe ou indirecte à la protection des intérêts privés, au bien-être de la population ,au bon ordre dans la société, à la défense nationale et, en général, à l'eutrelien, au développement, à l'excitation de toutes les forces productives qui appartiennent soit aux indi- . vidus, soit à la société prise en corps (2) ». Ce serait une erreur de croire que la valeur a disparu dans les productions improductives ; elle subsiste encore, parce qu'elle « a servi à créer des aptitudes, à susciter des forces phy-

(1) Revue sommaire des doctrines économiques, p. 69. (2) Ibid., p. 69.

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siques, morales, intellectuelles, individuelles, collectives, qui, plus tard, lorsqu'elles seront placées dans des circonstances propices et convenablement sollicitées, régénéreront la valeur consommée et même l'accroitront (1). »

Maintenant que nous connaissons les produits industriels, demandons-nous comment on peut les mesurer.

Certains économistes regardent la quantité de travail emmagasinée ou accumulée dans les produits industriels comme étant le fondement et la mesure de leur valeur d'échange ; ils constatent que, pour travailler, il ne faut pas seulement des bras, mais des instruments de travail, des machines, un capital, et que tout cela vient du travail. La conséquence logique qui en découle est, à leurs yeux, que le travail doit être la mesure naturelle de toutes les valeurs.

Pour Cournot, une pareille conclusion est insoutenable. En effet, aujourd'hui que l'industrie est perfectionnée et que l’on fabrique des instruments de travail non pas avec l’aide de ses mains, comme l'aurait fait Robinson, mais avec d’autres outils et d'autres machines, 1l faut les faire figurer dans la valeur des produits industriels pour ce que coûte leur fabrication. La vérité est que le coût de production des articles industriels est la mesure de la valeur des articles produits, à Ia condition, toutefois, que la fabrication de l’article dont

(1) Revuë soïmaire des doctrines économiques, p. 10.

il s’agit soit libre de tout monopole etde toute restriction naturelle ou légale.

D'autre part, comme les métaux ont une valeur commerciale elun cours, rien n'empêche que l’on puisse évaluer en argent le coûl de production et l’artiele produit, la logique exigeant que, sous un régime de libre concurrence, le prix de l’article industriel ne doit pas différer sensiblement du coût de production, augmenté naturellement des frais de transport et de tous autres nécessaires pour mettre le produit à la disposition du consommateur. C’est dans ce sens qu'il faut entendre le prix naturel des choses, c’est-à-dire «un prix fondé sur les rapports naturels des choses, non sur les caprices de l'homme et les fantaisies de la mode » (1).

Ce prix naturel des choses, et on peut en dire autant de leur valeur intrinsèque, sera, d’ailleurs, soumis à des fluctuations continuelles. Il dépendra de la valeur de l’argent et surtout du prix du travail, ce prix variant avec l'offre et la demande, et aussi avec les habitudes de sobriété et de dépense de l’ouvrier. Mais il dépendra également, dans un pays donné, du taux habituel de l'intérêt, de la rémunération ordinaire des fonds engagés dans les divers genres de production, du développement des institutions encourageant l'épargne,de l’affermissementde la paix publique,des progrèsde l’industrie, du commerce et du luxe. Ce sont là autant de causes

(1) Revue sommaire des doctrines économiques, p. 75.

qui ouvriront aux capitaux de nouveaux débouchés, tandis que «les révolutions, les guerres, la stagnation du commerce, la marche rétrograde de l’industrie ferment des débouchés anciennement existants (1). » Enfin, parmi les faits qui influeront encore sur le coût de fabrication de l’article industriel, il faut citer, en outre, lout ce qui pourra affecter la production des objets consommés, par exemple l'insuffisance des ressources naturelles, les taxes, les monopoles artificiels, ele. C’est ainsi que le coût de production peut être modifié par un changement dans le système des im-

pôts.

SECTION III. — Le crédit.

Pour Cournot, la fonction normale du crédit est de meltre en jeu les forces productives appliquées à la richesse actuelle, de façon à la faire fructifier et grossir. Au contraire, l'usage du crédit est pernicieux, ou tout au moins dangereux, « lorsqu'il consiste à escompter le tulur accroissement de richesse et à le jeter dans la circulation, sous un signe ou sous un autre, comme une richesse actuelle (2) ».

Les avantages du crédit apparaissent surtout chez les nations industrieuses et riches, et c'est chez elles surtout

(1) Revue sommaire des doctrines économiques, p. 76. (2) Ibid.

que se manifeste avec évidence la liaison de la fonction du crédit avec le principe de la division du travail : « Grâce au crédit, l'influence de la division du travail se fait sentir, ici comme partout. L'un met ses soins à

- accroître le capital et l'autre à le faire valoir. Les épargnes successives, un instant réalisées sous la forme d'espèces monnayées ou de numéraire conventionnel, passent à des emprunteurs qui se chargent d’en faire un emploi productif. L'emprunteur dispose d’un capital réel dont il doit la valeur: aux mains du prêteur se trouve un signe, uu titre, qui représente une valeur confiée à l’'emprunteur, et qui mérite pour cela le nom de capital fiduciaire (1). »

C'est la probité du négociant, ses qualités personnelles, son expérience et son habileté en affaires, qui font qu'on lui accorde du crédit. On s’attachera plutôt aux garanties personnelles qu’il offre, parce qu'elles sont évidentes par elles-mêmes, qu'aux garanties réelles qui sont plus difficiles à connaîlre. A ce sujet, Cournot établit, dans ses Principes de la théorie des richesses, une intéressante comparaison entre les conceptions différentes des jurisconsultes et des économistes sur la question des garanties. Les jurisconsulles s’attachent surtout aux garanties réelles, aux privilèges, aux hypothèques, à un ordre dans la discussion des patrimoines et dans la collocation des créanciers. Les commer-

(1) Revue sommaire des doctrines économiques, p. 89.

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cants, eux aussi, tiennent compte des garanties réelles, seulement ces garanties portent non pas sur des immeubles d’une appréciation incerlaine et d’une discussion difficile, mais de préférence sur des valeurs mobilières et facilement négociables, dont l'engagement peut se faire en secret entre le créancier et le débiteur. Et cependant, ils placent les garanties personnelles de leur débiteur encore au-dessus de ces garanties réelles: «Ainsi, quoique la prédominance de l’idée économique ou commerciale sur l’idée juridique tende en général à diminuer l'influence de l’élément moral sur le gouvernement de la société, il y a exceplion à cette règle en ce qui concerne les institutions de crédit. La plus grande multiplicité des affaires, qui ailleurs est une cause d'élimination de l'élément moral, est ici une raison pour que cet élément reparaisse. Le propriétaire, le laboureur, l’artisan, appelés à stipuler dans un contrat où la totalité de leur fortune est peutêtre engagée, recherchent avec raison la plus grande réalité possible dans les garanties : car rien ne pourrait réparer le dommage résultant pour eux d’une erreur dans l'appréciation des qualités morales de celui avec qui ils contractent. Pour le commerçant, la multitude d'affaires produit le mème effet qu'une institution d’assurance : elle répartit sur un grand nombre d'affaires du même genre le dommage résultant d’une fausse apprécialion dans une affaire particulière. L'essentiel est

d’aller vite, et l'on est vite renseigné sur la réputation

commerciale d'un homme engagé dans le commerce : tandis qu’il n’y à pas pour l'ordinaire rien de si difficile à connaître que la juste étendue des garanties réelles qu'il peut offrir (1). »

Ce sont là des idées qui n’ont rien perdu de leur valeur, et qui sont encore parfaitement vraies aujourd'hui, malgré le développement considérable pris par la pratique du nantissement des fonds de commerce.

La question du crédit amène naturellement Cournot à s'occuper du taux de l'intérêt.

Après avoir constaté que, le plus souvent, l’abaissement du taux de l'intérêt est la conséquence et Le symptôme des progrès de la richesse publique, il observe qu'il en est, toutefois, différemment dans les pays neufs. Là, comme l'activité industrielle a un champ pour ainsi dire infini, les capitaux trouvent si aisément à se placer que le loyer de l'argent continue à se maintenir à un prix élevé. D'autre part, ilse peut que la baisse du taux de l’intérêl soit, dans certains cas, un symptôme non du progrès, mais de la décadence de la richesse publique. Il en sera notamment ainsi dans le cas d’une crise frappant une nation industrieuse. Comme le mouvement des affaires se trouvera alors entravé, il en résultera nécessairement une accumulation de capitaux et, par suite, une baisse de l'intérêt.

La question du prêt à intérêt a reçu des solutions di-

(4) Principes de la théorie des richesses, p. 92.

verses dans le temps et dans l’espace. Ce genre de prêt fut prescrit, en principe, par le mosaïsme, ainsi que par le christianisme et l’islamisme. L'Eglise romaine a adopté à son égard un système mixte et tempéré que l'école philosophique el révolutionnaire du xvin siècle devait tourner eu dérision. La législation actuelle, tout en déclarant libre le placement fiduciaire des capitaux, a fixé deax limites différentes au taux du placement : l’une concernant le commerce, l’autre les transactions civiles. Mais cetle solution n’a pas été admise par tout le monde, et il existe une école qui, allant encore plus loin que l'Eglise, n’a pas hésité à condamner formellement le lover du capital et l’intérêt de l'argent.

Cournot se demande quel est le meilleur de ces systèmes ; éloigné par tempérament des solutions extrêmes, il fait varier sa réponse suivant le degré de civilisation des peuples et leur développement économique.

Sans doute, le crédit présente des avantages considérables, mais il a des inconvénients lorsqu'il est poussé trop loin et peul devenir franchement nuisible : « Lorsque la prodigalité et le désordre dans la conduite des affaires sont les causes les plus ordinaires des emprunts, lorsque la facilité d'emprunter provoque la dilapidation des fortunes au lieu d'aider à l'accroissement de la richesse, lorsque la concurrence faite par les emprunteurs de mauvais aloi aux emprunteurs de bon aloi élève pour ceux-ci le taux de l'intérêt jusqu’au point de dépasser ou même d'atteindre le profit réel du capital employé,

le prêt à intérêt devient pour la société un mal et un grand mal; car non seulement il amène un déchet dans la fortune, mais il en change la répartition d'une manière (oujours odieuse, soit qu'il accroisse outre mesure les fortunes anciennes en exagérant les inégalités sociales déjà existantes, soit qu’il serve à édifier des fortunes nouvelles sur les ruines des anciennes (1). »

D'autre part, lorsqu'il s'agit de peuples peu avancés dans les voies de l’industrie et du commerce, la question du prèt à intérêt ne se pose même pas, car l'argent est employé uniquement d'une façon improductive. Aussi comprend-on très bien que, dans ces sociétés primitives, le législateur religieux ou civil intervienne, tantôt en prohibant d’une façon absolue le prêt à intérêt, tantôt en en limitant Le taux, lantôt encore, comme cela s’est fait chez certains peuples anciens, en décrélant l’abolition des dettes (2).

(1) Principes de la théorie des richesses, p. 88.

(2) Cournot semble croire que dans les sociélés peu avancées, comme l'était la société du moyen-àge. le prêt avait lieu presque exclusivement en vue de la consommation, tandis qu'aujourd'hui il est fait le plus souvent non à la consommation, mais à la production. M. Cauwès nous parait avoir très bien réfulé cetie conception, en faisant observer que les besoins de crédit pour le commerce existaient aux siècles du moyen-âge aussi bien que de nos jours et que, pour échapper à la prohibition édictée par les lois de l'Eglise, les commerçants avaient introduit l'usage de fixer les prix des marchandises payables à 3 ou 6 mois avec droit pour l'acheteur d'opérer une déduction ou escomple en payant au comptant, celte déduction étant l'équivalent de l'intérêt du prix payé entre le jour du paiement anticipé et celui de l'échéance du terme fixé. — Cauwès, Cours d'économie politique, 1893, t. III, p. 233, note 2.

Toute différente est la situation chez les peuples modernes. Grâce au développement considérable des forces productrices, la richesse publique s’est rapidement accrue et la valeur des métaux précieux a beaucoup baissé. La nécessité de l'argent s’est fait de plus en plus sentir, et le prêt à intérêt est devenu un besoin social. Il en est résullé que les économistes n'ont plus envisagé la question sous le même aspect que les canonistes et les jurisconsultes. Alors que le jurisconsulle considère surtout dans le prêt à intérêt la dette, le lien de droit, « l'espèce de servitude dans la personne et dans les biens qui en est la conséquence », l'économiste est surtout frappé par la « remise d’un instrument à une main habile, faite par la main qui élait inbabile à le manier ».

La doctrine des jurisconsultes est celle qui convient le mieux aux peuples peu avancés en industrie eten - commerce, mais la doctrine des économistes est mieux fondée en réalité et doit prévaloir dans les sociétés dont les forces productrices se développent et dont le mécanisme économique se perfectionne. C'est dire que le prêt à intérêt est chose légitime, mais, en le reconnaissant, Cournot estime que le taux de l'intérêt doit être légalement fixé : « Même à ne voir dans la fixation du taux de l'intérêt que le moyen de constater et de fortifier une coutume, elle mériterait d’être prise en grande considération ; car la coutume, comme l'a justement remarqué M. Stuart Mill, joue un grand rôle, même à

l'époque actuelle, dans les phénomènes économiques : elle est la lumière de l'ignorant et l'appui du faible, Pour un prêteur et un emprunteur qui peuvent respeclivement se rendre compte de l’état du marché, de la rarelé ou de l'abondance des capitaux, et qui débattent en toute liberté et connaissance de cause les conditions du contrat, combien n’en trouverait-on pas qui n'ont que la coutume pour se guider et pour se défendre contre des prétentions mal fondées (1) ! »

La théorie du crédit nous amène à étudier celle du prix et des revenus, qui renferme des aperçus originaux et à laquelle Cournot paraît attacher une importance spéciale (2).

SECTION 1V. — Les prix et les revenus

Cournot commence par poser cet axiome que c’est le prix qui règle la consommation, ou, comme on dit, la demande, et que c'est la demande qui, à son tour, règle la production dans tous les cas où la production peut

(1) Principes de la théorie des richesses, p. 91.

(2) C'est ce qui résulte de la note dont Cournot fait suivre le titre même de la section qui traite de cette matière : « Cette quatrième section, dit-il, renferme à peu près tout ce qui peut justifier, dans une matière si rebattue, nos prétentions à l'originalité. On nous pardonnera donc de la recommander paternellement à l'attention du lecteur libre de tout préjugé d'école » (Revue sommaire des doctrines économiques, p. 101, note 1).

être réglée. Il en résuite que si un article a été produit au-delà de ce que réclame la consommation régulière, la marchandise s'offrira et s’avilira jusqu'à ce que la baisse des prix provoque l'écoulement de toute Îa quantité offerte.

C’est dire que Cournot repousse la théorie généralement admise que le prix est en raison inverse de la quantité offerte et en raison directe de la quantité demandée, comme il repousse la théorie de Macleod, d'après laquelle le prix des choses ne se règle ni sur leur rareté, ni sur leur degré d'utilité, ni sur le travail qu’elles ont coûlé. mais uniquement sur la loi de l'offre et de la demande, comme il repousse enfin la théorie de Stuart Mill qu'il définit « l’éguation de l'offre el de la demande ».

Pour lui, ilest parfaitement inutile de faire intervenir l'offre, quelle que soit la nature des marchandises. Ce n'est pas entre l'offre et Le prir qu'une liaison existe, mais entre la demande et le prix; c'est ce que l’on exprime, dans le langage mathématique, en disant que la demande est une fonction du prix. En d'autres termes, c'est la loi de la demande qui doit établir les prix. Malheureusement, la liaison entre la demande et le prix ne peut pas être connue autrement que par l'expérience, etc'est la raison pour laquelle les économistes sont dans l'impossibilité de définir théoriquement ce qu'il faut entendre par le prix naturel des choses mises dans

le commerce.

En principe, lorsque le prix d’un article baisse, sa demande doit augmenter, mais cela n’est pas absolument vrai puisqu il y a des articles de luxe qu'on ne recherche qu’à raison du haut prix où leur rareté les maintient. Habituellement il existe une relation intime entre le prix et la demande dans ce sens que, si le prix ne change pas brusquement, la demande ne passe pas non plus brusquement d’un chiffre à un autre. Aussi peuton dire que la demande est une fonction du prix, ou encore que le prix et la demande varient ensemble sans discontinuité. « Si petite que soit la hausse du prix, il se trouve des consommateurs sur qui elle agira comme la goutte d’eau qui fait déborber le vase, en les déterminant à s'imposer certaines privalions, ou à réduire leurs exploitations industrielles, ou à substituer une denrée à la denrée renchérie (1). » |

Une conséquence immédiate qui découle de cette continuité est que les variations de la demande restent sensiblement proportionnelles aux variations du prix, ce qui amène Cournot à déclarer que la proportionnalité ne porte pas, comme on le dit à tort, sur les prix etsur les variations simultanées du prix et de la demande : « Elle est directe et non pas inverse, sous la condition, bien entendu, que les variations aient lieu en sens contraire pour la demande et pour le prix, de sorte qu'à une augmentalion ou à une diminution de prix corres-

(1) Revue sommaire des doctrines économiques, p. 165.

80 CHAPITRE If. = SECTION IV

ponde une diminution ou une augmentation de demande (1). »

ILest, d'ailleurs, très difficile de dresser, pour un article donné, une table des valeurs corrélatives du prix et de la demande, à cause de la difficulté que l'on rencontre à se procurer des documents exacts et aussi à raison des variations qui peuvent intervenir dans la demande. La loi de la demande est, en effel, intimement liée au chiffre de Ja population, au mode de répartition de la richesse, aux goûts, aux habitudes des consommateurs, à la multiplication des débouchés, et les prix varieront en conséquence. Mais il peut se faire que, toutes lesconditions relatives à la demande restant les mêmes, les prix varient également ; il en sera notamment ainsi si les conditions de la production viennent à changer, si les frais s'élèvent ou se réduisent, si des taxes sont aggravées ou allégées, ou bien encore si des monopoles sont resserrés ou relâchés. II y aura, toutefois, une différence importante entre ces deux hypothèses. Lorsque les prix auront changé parce que la loi de la demande aura elle-même changé en vertu de causes influant, non sur la production, mais sur la consommation, il sera presque impossible de construire les tables dont nous venons de parler, puisqu'elles doivent exprimer seulement comment la demande varie en vertu du changement de prix. Au contraire, dans la seconde

(1) Revue sommaire des doctrines économiques, p. 166.

hypothèse, il sera possible de se servir des variations correspondantes à la demande, à la condition qu'elles soient fidèlement relevées, pour construire nos tables empiriques.

Les tables seront divisées en trois colonnes : la première contiendra les prix, la deuxième le chiffre de la demande annuelle correspondante, la troisième les nombres que l’on obtient en multipliant l’un par l’autre les chiffres se correspondant dans les deux premières colonnes. La troisième colonne indiquera donc, pour chaque prix d'article, la valeur d'inventaire de la quantité demandée et produite annuellement. Pour qu'une table soit complète, il est nécessaire que cette troisième colonne accuse l'existence d'une valeur maximum. 1 se peut même qu'elle comporte l'existence de plusieurs marima où minima ; c'est ce qui se produira lorsque les nombres de cette colonne passent par plusieurs alternatives d’accroissement et de décroissement. De même, il peut se faire que le maximum unique n’ait qu’une existence idéale en ce sens que, dans la pratique, le prix ne s’élèvera jamais assez pour que le maximum soit atteint.

Il résulte des observations qui précèdent que les articles, pour lesquels on étudie les variations corrélatives du prix et de la demande, peuvent être rangés, d’après Cournot, en trois catégories:

1° Ceux pour lesquels la valeur d'inventaire va tou- Le — 6

8è CHAPITRE II. — SECTION Ÿ

jours en croissant pendant que le prix s'élève et que la demande se réduit ;

2° Ceux pour lesquels l'accroissement de la valeur d'inventaire résulte constamment de la baisse de prix et de l'extension de la demande ;

3° Ceux pour lesquels existe, entre les limites des excursions réalisables, un prix et une demande correspondant à un maximum de la valeur d'inventaire.

Nous avons déjà parlé, à propos de la méthode de Couruot en économie politique, de l'influence des monopoles sur les prix. Nous n’y reviendrons pas, mais nous croyons pouvoir compléter utilement ce chapitre sur les prix et les revenus par le résumé des intéressants développements que notre auteur consacre au principe de la compensation des demandes.

SECTION V, — De la solidarité du système économique et du principe et du postulat de la compensation des demandes.

Cournot a démontré que c’est la loi de la demande ou de la consommation pour chaque article en particulier, jointe aux conditions économiques de la production, qui en détermine le prix. Seulementil observe que cette conception n’est exacte que si l’on regarde comme des quantités fixes ou déterminées, indépendamment du prix de l’article en question, les prix des autres articles et les revenus des autres producteurs. Or, « en

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