CHAPITRE IV
l'encyclopédie et la poésie lyrique
La poésie lyrique au xvn* siècle. — L*ode pindarique re^te en honneur au zyni* siècle. -^ La poésie lyrique de nos Jours. — On n*a pas le droit d*ezlger de l'Encyclopédie qu*elle ait signalé aux poètes du xviii* siècle les sources ▼arlées d'inspiration auxquelles nos contemporains ont puisé. — Mais de Jauconrt et Marmontel ont dénoncé l'insigniflance des sujets ordinaires des odes contemporaine». — De Jaucourt et Suizer ont établi en principe que le poète lyrique devait être ému sincèrement. — Eiplicalion philosophique de l'enthou* siaume par de Jaucourt et par de Cahusac; » des écarts lyriques, par de Jaucourt;— du désordre lyrique, par de Jaucourt et Marmontel, — Suizer réclame le droit de varier les strophes d'une môme ode.
Les odes de Malherbe et les choeurs de Racine sont des exceptions au xvii* siècle. L*ode sur La Prise de Namur et le passage dd VArt poétique de Boileau sur l'ode, voilà le modèle et voilà les règles de la poésie lyrique, telle qu'on l'entendait au siècle de Louis XIV. Par la faute de la Renaissance (1), Boileau et ses contemporains n'admettaient l'ode que taillée sur le patron de celles de Pindare. Siv du moins, ils avaient eu une réelle intelligence du pciète grec! Mais trop ignorants de la langue pour démêlbr Tart délicat de Pindare, ils
(1) « Introduislsmes entre autres deux nouvelles espèces de poésies : les odes dont nous empruiitasmes la façon ded Grecs et des l^alins n. Pasquier, Hechev" chei, liv. VII.
avaient cru en surprendre le secret dans cette absence de liaison qui donne un air désordonné à sa marche, dans ses figures, dans ses apostrophes et ses comparaisons. De là, le désordre pindarique vanté par Boileau comme « un effet de Tart ». De là cette phrase de Boileau à propos de son ode sur la Prise de Namur : « J'ai cru que je pouvais mieux justifier ce grand poète (Pindare) (1), qu'en tachant de faire une ode en français ^\ sa manière, c'est-à-dire pleine de mouvements et de transports, où l'esprit parût plutôt entraîné du démon de la poésie que guidé par la raison ». De là enfin les exclamations de sa pièce :
Quelle docte et sainte ivresse Aujourd'hui me fait la loi T
l'emploi de la mythologie et les figures de tout genre dont il Ta constellée, laissant d'ailleurs le lecteur aussi froid qu'il l'était lui-même.
L'ode de Pindare resta debout au xviii* siècle jusqu'à André Chénier. La Motte, J.-B. Rousseau et toute une légion de disciples se persuadèrent qu'ils composaient des odes dans le goût du poète thébain, parce que sur un sujet insignifiant ils amplifiaient des lieux communs avec un délire de commande et une quantité innombrable de réminiscences mythologiques, de périphrases, de prosopopées et d'allégories. Vauvenargues démêlait bien leur erreur. 11 disait dé leurs sujets: c Nos odes sont ordinairement vides de pensées, et un ouvrage vide de pensées sera toujours faible, s'il n'est rempli de passions... je crains bien, que si on n'aspire pas
(1) Contra Perrault qui «ccutait pindart de manquât de logiqua.