II
chez un contemporain de l'abbé Joannet. De Jaucourt recommandait expressément au poète bucolique d'éviter la recherche et la subtilité, les deux défauts essentiels de Tidylle du xviii* siècle. En formulant cette règle, il pensait sans nul doute aux bergers galants de La Motte et aux bergers métaphysiciens de Fontenelle, Il demandait que les bergers fussent « naïfs » dans leurs actions et dans leurs discours, que leur langage fût « simple » , c'efttrà-dire que les termes ordinaires y fussent employés «an» apprêt, sans faste et sans dessein de plaire; qu'il fft t «emé de ces images tirées de la vie des champs dont \('M bergers se servent plus particulièrement, qu'il ne sentît pas l'étude et l'application, enfin qu'il ne montrât pa« Tcsprit de l'auteur. Ce n'était pas qu'il condamnât hn b<;rgers â ne jamais s'entretenir que de choses communes et de sentiments banaux. Mais quelques /'^ifiriaJKsances, quelques dons naturels qu'on leur MMppOHat, il refusait, si on leur donnait « une imagination auHsi hardie et aussi riche qu'à ceux qui ont vécu (\ftun les villes» de les reconnaître pour de vrais bergers. An cjxH ou par hasard on leur prêterait des idées audcnnu» de leur portée ordinaire, il faudrait qu'ils les /rnvî figeassent « avec une sorte de timidité » et qu'ils frU parl/issent « avec un étonnement et un embarras qui fd ht'AïWv leur simplicité ». De toutes les dissertations ^l'j Kontcnelle, de La Motte et de leurs disciples on ;/<jx trairait pas l'équivalent de ces sages recommandatiofjH, frappées au coin du bon sens.
I) (thi curieux de remarquer que l'Encyclopédie est mHi*XU*, Kur le cadre dans lequel il convient de placer )';>, j/cThonnagcH do la pastorale, sur les descriptions de lu nuturcs Ccllc8-ci «ont pourtant un élément important
dans une scène champêtre, si elles n'y entrent pas comme hors-d*oeuvre, si elles sont nécessaires et bien mêlées à l'action. Toutes les poétiques du xviii* siècle ont gardé & leur égard le même silence que l'Encyclopédie. C'est que, s'il y a dans la pastorale une partie qui, pour être bien traitée, exige que l'auteur aime la nature, en ait une connaissance intime, s'en laisse pénétrer et vive de sa vie, c'est précisément le paysage. Or, la nature était trop étrangère aux théoriciens du xviii* siècle pour qu'ils soupçonnassent quel profit les poètes bucoliques pouvaient tirer de sa description. Us ont appliqué toute leur attention à la partie psychologique, a l'analyse des caractères des héros, négligeant ce qui doit faire le fond des tableaux. C'est à J.-J. Rousseau que revient l'honneur d'avoir réveillé en France le sentiment de la nature par ses descriptions aussi séduisantes que neuves delaSavoie, de la forêt de Montmorency, des lacs et des montagnes de la Suisse. Un passage de Marmontel, cité plus haut, nous a révélé les traces de son influence. Mais, au moment où il écrivit l'article sur la poésie pastorale, de Jaucourt n'avait pas encore eu le temps d'en être touché. Il est sans doute regrettable que l'Encyclopédie n'ait rien dit des descriptions de la nature, comme il l'est qu'elle ait patronné tant d'idées fausses sur les sujets de la pastorale et sur les mœurs des bergers. Par cette omission et par ces erreurs, l'Encyclopédie est bien le reflet de son temps et elle se rattache aux traditions du XVII* siècle. Mais n'est-il pas vrai que, même dans ce genre ou elle a paru pourtant si arriérée, elle a montré plus dindépendance et un goût plus naturel que la plupart de ses contemporains?