CHAPITRE III
LES DOCTRINES PHYSICO-CHIMIQUES AUX XVIIe ET XVIIIe SIÈCLES
Iatro-mécanisme. — Ce système est basé sur la conception de Descartes expliquant le fonctionnement du corps humain par les lois de la mécanique. C’est surtout le résultat d’une double réaction ; en physiologie, contre les facultés de Galien et l’archéisme, et en pathologie contre la chimiatrie et l’humorisme.
En Italie , Borelli (1608-1678) chercha dans les mathématiques l’interprétation et l’explication des mouvements. La nutrition, la sécrétion ne seraient que des phénomènes physiques ou mécaniques. La vis motiva et vitalis serait chargée de l’entretien de la vie, simple mouvement continu. La sécrétion ne serait qu une fermentation dans les grands vaisseaux et une pression mécanique dans les petits. « Les esprits ou sucs nerveux devenus plus acres qu’à l’ordinaire, en irritant les nerfs et le cœur, sont la cause productrice première et immédiate de l’incandescence ebnle. » Son disciple Bellini (1643-1704) découvrit les tubes urinifères à l’âge de dix-neuf ans et fut nommé professeur à vingt. Il fit jouer un grand rôle physiologique et thérapeutique aux stimuli qui ont la propriété de produire une grande consommation et dissipation des esprits et qui expliquent les effets thérapeutiques des mouvements vitaux favorables aux
LES DOCTRINES MÉDICal-ES
déplacements artificiels des divers liquides. Une sorte de ferment pénétrant plus avant s’ajouterait au stimulus. Dans son traité « De Missione Sanguinis » il étudie l’action des stimuli sur l’état du sang et conseille la saignée dans toute maladie où l’on doit : soit diminuer la quantité de sang ou augmenter sa rapidité, soit éloigner et enlever quelque chose qui adhère aux vaisseaux, soit donner occasion aux particules qui composent le sang de se séparer, soit modifier le liquide sanguin. Il est bon de tirer le sang entre le cœur et la partie affectée et de varier les genres d’émission du sang, suivant la diversité des fièvres.
Baglivi (1668-170(3) essaie de concilier la doctrine hippocratique avec les idées anatomico-mécaniques de Borelli et Bellini et combat les médecins chimiâtres qui ne voient que l’antagonisme des acides et des alcalis. Il préfère le solidisme à l’humorisme. Sa pratique vaut mieux que ses théories. Totus sum in observando. Les médicaments guérissent et non les hypothèses. « Je me tiens, dit-il, aux hypothèses tant qu’elles me paraissent suivre exactement les traces de la nature; pour peu qu’elles s’en écartent, je les laisse et sui£ la nature qui est notre meilleur guide. » Il traça tout un programme de pathologie expérimentale que la mort l’empêcha de réalisei.
En Hollande , Boerhave (1668-1/38) soutient 1 iatromécanisme. Il croit que les solides et les liquides du corps humain ne sont régis que par des lois mécaniques, hydrostatiques, hydrauliques. U explique mécaniquement digestion, chaleur animale, hématose, sécrétions, cours du chyle, fonctionnement des
organes. ,
Les viscères sont des. eribles, des filtres; les muscles, des ressorts ; les organes, des instruments mécaniques. En pathologie, il lait jouer un giam rôle à l’obstruction, à la stagnation ou croupissement des humeurs qui peuvent rester crues ou su îr a