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L’OEUVRE DE CLAUDE BERNARD

consiste dans une diversité des mécanismes ou des agents d’exécution. Il s’agit d’une chimie particulière, au moyen d’agents spéciaux, de ferments, etc. C’est le vitalisme physico-chimique de Claude Bernard.

Pour d’autres biologistes qui n’établissent pas de différences dans le mécanisme des phénomènes des deux ordres, l’acte vital est caractérisé par la manière dont il s’enchaîne à d’autres.

L’ordre vital n’est qu’un enchaînement d’actes physîco-chimiques réalisant un plan idéal.

Avec Chr. Bohr et Heidenhain, le néo-vitalisme prend sa forme scientifique.

Le premier de ces expérimentateurs soutient que, dans l’échange des gaz, pendant la respiration, la membrane alvéolaire ne se prête pas à une diffusion banale, simple fait physique, mais qu’elle est le siège d’une véritable sécrétion, phénomène physiologique ou vital.

D'après Heidenhain, la mince paroi du vaisseau sanguin fait encore preuve de vitalité et ne se laisse pas traverser par les liquides organiques suivant les seules lois physiques de la diffusion, de l’osmose et de la dialyse. Les éléments cellulaires vivants troublent le passage des liquides qui s’effectue aussi, suivant un acte physiologique. Les facteurs physiques sont donc doublés par des facteurs physiologiques et le fonctionnement de l’être vivant ne dépend donc plus exclusivement des forces physiques. Certains phénomènes biologiques ne pourraient donc pas être interprétés mécaniquement ; ils dépendraient d’une action vitale, si les recherches de Bohr et Heidenhain sont confirmées.

Bunge va plus loin. « Plus nous scrutons les phénomènes vitaux, plus nous arrivons à nous convaincre que certaines manifestations auxquelles on avait cru pomoir donner une explication physique ou chimique, sont en îéalite d une nature bien plus compliquée et

narguent jusqu’ici toute espèce d’interprétation mécanique. »

C’est cette insuffisance du matérialisme qui adonné naissance au vitalisme de G. Von Bunge et de Rindfleisch.

Néo-vitalisme psychique. — Ce vitalisme de G. Von Bunge est une sorte « d’idéalisme philosophique». Bunge dit à propos de la loi de Jean Müller :

« Les phénomènes extérieurs n’ont rien de commun avec nos sensations et représentations. Le monde extérieur est pour nous un livre scellé des sept sceaux. Les états et les phénomènes de la conscience sont seuls accessibles à notre observation et à notre intelligence. Le principe du vitalisme est de nous engager dans la seule vraie route de la connaissance qui part du connu, le monde intérieur, pour expliquer l’inconnu, le monde extérieur. C’est la route opposée, la fausse route que prend le Mécanisme, lequel n’est autre chose que le matérialisme, car il part de l’inconnu, du monde extérieur pour expliquer le connu, le monde intérieur. »

G. Von Bunge, en 1889, admet un néo-animisme en attribuant aux êtres organisés un principe recteur qui est une sorte d’âme vitale. Rindfleisch partage ces idées néo-animistes.

Néo-vitalisme philosophique. — Avec Claude Bernard, Chevreul et A. Gautier, Reinke pense que le mystère de la vie ne dépend pas de la nature des forces qu'elle met en jeu, mais de la direction qu’elle leur donne, d’une « force directrice ».

C’est une dominante qui guide intelligemment les énergies physico-chimiques qui seules se manifestent dans l’être organisé. Reinke nous ramène ainsi aux blas et aux Archées de Van Helmont. Dans ce néovitalisme finaliste, il existerait au sein des organismes

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vivants des forces matérielles obéissant aux lois de l’énergétique universelle et des forces spirituelles , intelligentes, les dominantes, gardiennes du plan préconçu, agents de la finalité, régulatrices du fonctionnement, du développement du corps vivant.

Les récentes recherches de Pawlow sur le travail des glandes digestives pourraient servir d’arguments en faveur du néo-vitalisme. Les excitants spécifiques et les phénomènes d’ adaptation dominent la physiologie de la digestion. En effet, le début de l’activité sécrétoire des glandes est en rapport avec l’entrée des aliments dans le tube digestif ; la quantité de sucs digestifs est proportionnelle à la quantité d’aliments ; enfin, pendant la digestion, la marche de la sécrétion glandulaire présente une grande importance et une remarquable invariabilité d’allures.

De plus, la puissance digestive et le degré d’acidité du suc gastrique varient suivant l’alimentation. A chaque sorte d’aliments correspond une marche particulière de la sécrétion. Toutes les données précédentes sont confirmées par les résultats fournis par le « repas fictif » qui consiste à faire manger par un chien des aliments qui s’écoulent peu après par une fistule œsophagienne, sans jamais pénétrer dans l’estomac ; puis on étudie les modifications du suc gastrique au moyen de la fistule stomacale. La sécrétion du suc gastrique augmente, dans ces conditions, avec la déglutition des aliments qui n’arrivent pas à l’estomac ; elle diminue et cesse après la section complète des deux nerfs vagues, dans leur portion cervicale. C’est par l’intermédiaire de ces nerfs que l’agent excitateur de la sécrétion manifeste son influence sur les glandes gastriques.

« Le canal digestif, dit Pawlow, obéit à un mécanisme plein d’art qui, comme tout ce que nous connaissons dans la nature, témoigne d’une finesse exquise et d’une adaptation intime des phénomènes à leur but.

La physiologie des organes peut être en quelque sorte opposée à la physiologie de la cellule. »

C’est ainsi qu’il existe une action spécifique des fibres nerveuses qui concourent au travail glandulaire et des nerls sécrétoires spéciaux de l’estomac et du pancréas par exemple, ainsi qu’une spécificité des terminaisons périphériques des nerfs centripètes, des cellules nerveuses. N’est-ce pas l’appétit, le désir de l’aliment et non l’excitation mécanique qui produit la sécrétion psychique du repas fictif, c’est-à-dire le suc d’appétit, sorte de suc d’amorce? En résumé, adaptations fonctionnelles de la salive, excitabilité spécifique salivaire, sécrétion psychique du suc gastrique, déterminisme de l’excitabilité spécifique du canal digestif, tout autant d’arguments en faveur des théories néo-vitalistes. On peut ajouter d’autrès raisons tirées de la physiologie du pancréas. C’est ainsi que le suc gastrique est un excitant puissant et spécifique de la glande pancréatique qui est influencée par une action réflexe partie de la muqueuse duodénale. Ne sait-on pas aussi que la graisse, qui a une action inhibitrice sur les glandes de l’estomac, est un véritable excitant de la sécrétion pancréatique et augmente la teneur du suc en ferment saponifiant ?

D 'anatomique la médecine devint phijsiologique avec Claude Bernard et s’attacha à l’étude du trouble fonctionnel, du mécanisme de la maladie, en négligeant la cause morbigène. En 1877, dit Renan, Claude Bernard touchait au problème par excellence, au problème de la fermentation, impliquant la question même des origines de la cellule.

Il annonçait à ses élèves qu’il croyait avoir trouvé la voie pour pénétrer dans ce sanctuaire impénétrable. Il mourut triste, pensant à l’idée destinée à périr avec lui et en disant: « C’eût été pourtant bien beau de finir par là. »

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11 vit la Terre Promise et Pasteur y pénétra, chercha les causes morbides, découvrit l’agent animé, le microbe qui avait échappé au génie de Claude Bernard et l’utilisa pour prévenir et guérir les maladies. Pasteur a transformé la médecine qui, anatomique et clinique avant lui, est devenue étiologique, pathogénique, prophylactique.

La médecine actuelle s’adonne à la recherche des causes morbigènes dont l’analomie pathologique et le microscope étudient l’action et précisent les lésions. Non contente de décrire les altérations morbides et d'interpréter leur rôle dans la pathogénie des symptômes, l’anatomie pathologique s’oriente aussi dans le sens étiologique et a pour principal objectif de saisir les rapports intimes de ces lésions avec la cause productrice.

Les doctrines nouvelles essentiellement étiologiques et pathogéniques ont montré l’erreur de la pathologie cellulaire, d’après laquelle on concluait, avec Virchow, d’une simple similitude histologique à l’identité de nature des lésions morbides. Dans cette ère microbienne Y anatomie pathologique et la bactériologie font connaître l’agent pathogène, ses voies d’introduction, ses modes d’action, ses réactions locales et générales, son rôle morbide, l’influence nocive de ses associations microbiennes (diphtérie, par exemple) ; le microscope permet de préciser certains points de nosologie en rattachant à une infection mono-microbienne (pneumococcie, staphylococcie, streptococcie, etc.), une série d’états morbides d’aspects cliniques variés, mais dépendant du même micro-organisme pathogène. La clinique s’est enrichie, grâce à ces doctrines microbiennes, de nouveaux procédés de diagnostic, tels que Yexamen bactériologique des fausses membranes (diphtérie, etc.), des épanchements dans les diverses séreuses, des diverses sécrétions et excrétions (crachats, etc.) ; le séro-diagnoslic (fièvre

typhoïde, tuberculose) ; le cylo-diagnostic ; Y hématologie et les diverses formules leucocytaires, etc., etc. La précocité et la certitude du diagnostic se sont accrues au grand avantage d’une prophylaxie rapide et utile des maladies infectieuses et épidémiques. Les conquêtes thérapeutiques , telles que les vaccins, les sérums, fruits des doctrines microbiennes, ont permis de prévenir, combattre et guérir nombre d’infections. Telle est l’œuvre de Y épopée pastorienne. Elle est si considérable que le xix' siècle peut être appelé le siècle de Pasteur.

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