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CHAPITRE III

L’ÈRE PASTORIENNE

Historique et évolution des Doctrines microbiennes. — Les doctrines actuelles se basent sur les découvertes d’un savant étranger à l’art médical, Pasteur. Lassée des théories et des hypothèses édifiées à grand renfort de raisonnements ou de pétitions de principes, la médecine avait déjà, avec Claude Bernard, infusé à ses doctrines le sang nouveau que lui apportait la méthode expérimentale. Avec Pasteur, l’expérience et le laboratoire acquièrent une plus grande importance et établissent sur des bases solides, dans une progression ininterrompue, les découvertes appelées à révolutionner l’art de guérir.

Les Précurseurs. — Déjà Rhazès, au rxe siècle, avait comparé ia variole aune fermentation, Frascator. en 1546, avait attribué la transmission des maladies à un transport de corpuscules, puis Van Helmont, Sydenham, Bressy, avaient été les précurseurs, les partisans avant la lettre de la théorie microbienne. Rayer eL Davaine, en 1851, avaient même découvert la bactéridie charbonneuse. Mais ces données anciennes n’enlevèrent rien à la gloire de Pasteur, car, comme le dit Duclaux, « un fait même de l’ordre physique, n’est rien par lui-même et ne devient quelque chose que lorsqu’il passe à l’état de fait intellectuel, en tra-

LE? DOCTRINES MEDICALES

versant une intelligence dont il reçoit l’empreinte » Du reste Pasteur déclarait: « Je n’apporte pas de méthode nouvelle de travail, je me contente d’opérer bien la où on opérait mal, d’éviter les causes d'erreurs qui rendaient les expériences de mes prédécesseurs mcei taines et contradictoires. » Il aurait pu ajouter qu il appoi tait cependant quelque chose de nouveau son propre génie. C’est là surtout que gisait le secret du succès de ses interprétations.

La Méthode de Pasteur. — Les premiers travaux de Pasteur sont étrangers à la biologie et révèlent déjà la trace de sa méthode qui est ainsi appréciée dans un rapport écrit en 1857 par Sénarmont à l’occasion d’une première candidature de Pasteur à l’Académie des Sciences : « Toutes ces déductions logiques, non seulement Pasteur les a tirées de ses recherches cristallographiques, mais il a su, partout et toujours, les assurer par autant d’épreuves expérimentales décisives. Il a su s’élever continuellement et avec un égal succès, de la conception théorique qui imagine, à 1 expérience qui démontre, ' et de la démonstration même à de nouvelles vues spéculatives, de telle sorte que l’induction logique et l’observation matérielle se servent tour à tour et par un enchaînement continu de corollaires et de vérifications. Ce système de faits prévus et eu même temps réalisés constitue aujourd’hui toute une doctrine où le raisonnement et l'expérience, toujours solidaires, se prêtent un ferme et constant appui ; une doctrine qui possède le premier,

1 unique caractère d’une véritable théorie physique, puisqu elle enseigne à chaque expérimentateur à prévoir, à combiner à l’avance, à l’aide d’un petit nombre de caractères cristallographiques, les particularités des phénomènes qu’il va faire naître, et à créer à volonté entre des corps chimiquement identiques des similitudes ou des dissemblances préméditées. »

l'ère pastorienne

Ce résumé des premières recherches de Pasteur est l’exposé même de la méthode qui a présidé à toutes ses découvertes et que Senarmont louait en de si justes termes.

Les Fermentations. — En 1856, tandis qu’il était à Lille comme professeur de chimie et doyen de la Faculté des Sciences, Pasteur eut son attention attirée sur les fermentations par un fabricant d’alcool de betteraves, qui, à la suite de graves mécomptes, était venu lui demander conseil. C’est de ces recherches que date le début de l’épopée pastorienne.

Le phénomène de la fermentation avait été élucidé au point de vue chimique par Lavoisier qui avait montré qu’il s’agissait d’un simple dédoublement du sucre en alcool et en acide carbonique.

Déjà, en 1680, Leeuvenhoeck avait vu qu’examinée au microscope, la levure se présentait comme un amas de globules ovoïdes ou sphériques et, en 1836, Cagnard-Latour avait remarqué, qu’en ensemençant du moût de bière, ces globules ovoïdes, et isolés de la levure, bourgeonnaient, devenaient doubles, formaient des groupes multiples et rappelaient par leur forme et leur mode de végétation certaines plantes grasses de nos jardins; il ajoutait que si la levure agit sur le sucre c’est « par quelque effet de sa végétation et de sa vie ». Mais on objectait à Cagnard- Latour qu’on ne trouvait pas de levures dans les fermentations voisines de la fermentation alcoolique et qu’en revanche la fermentation lactique était mise en train par la présence de lait aigri, la fermentation butyrique par celle de la viande pourrie. Aussi admettait-on avec Liebig que la fermentation était une décomposition qui prenait naissance au contact d’une matière organique déjà en voie de destruction et transmettant au composé fermentescible le mouvement de décomposition qui l’animait elle-même.

Pasteur ensemençant une trace de levure dans de l’eau ne renfermant que du sucre et des sels minéraux cristallisés montre qu’elle vit, se multiplie, bourgeonne comme un être vivant. Il fit voir que toute fermentation lient à un ferment distinct pour chacune, qui se multiple comme la levure. Il montra les ferments à l’œuvre dans la fabrication du vin, de la bière, du pain, dans la coagulation du lait, dans la putréfaction de 1 urine et des substances organiques, dans les maladies du vin, de la bière, et même dans les maladies des vers à soie. A leur rôle d’agents destructeurs de la matière morte, ces êtres microscopiques semblaient pouvoir ajouter le rôle d’agents de désorganisation des tissus vivants. Il démontra que toutes les espèces microbiennes qui apparaissent dans les substances fermentescibles proviennent de germes préexistants et prouva ainsi que la génération spontanée n’existe pas.

Les travaux de Pasteur établirent que la bactéridie charbonneuse, découverte, en 1861, par Raver et Davaine dans le sang-ff’animaux morts, du sang de rate ou charbon, peuvent déterminer des effets hors de proportion avec leur volume. Déjà Davaine, en 1861, affirmait que la bactéridie n’est pas seulement le compagnon inséparable de la maladie; elle en est, disait-il, « la cause et -l’unique cause. »

En découvrant les spores de la bactéridie charbonneuse, Koch apporta un précieux appui à la conception de Davaine,

Cependant la doctrine des virus restait en faveur. On admettait l’unité fondamentale des virus qui ne changeaient pas au milieu des formes différentes de la maladie qu’ils communiquaient. Chauveau montra que dans un liquide virulent les particules figurées et solides, retenues par les filtres, sont seules actives et il ajouta cette notion importante que, sans perdre leur action, les virus peuvent être dilués jusqu’au

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cent cinquantième pour la vaccine et jusqu’au cinq centième pour la morve. On ne tenait pas compte des arguments fournis par l’arrêt de l’agent de contagion par le filtre ou le placenta (Davaine) ; on ne s’arrêtait pas aux enseignements que donnaient les ensemencements et les cultures du sang charbonneux (Koch). La question n’avança pas avec la découverte de nouveaux microbes dans la néphrite purulente (Klebs 1865), dans la pyémie (Rindfleisch), dans les abcès métastatiques (von Recldinghausen et Valdeyer), dans la fièvre traumatique (Klebs), dans l’érysipèle (Nepveu), dans la diphtérie (OErtel), dans la fièvre puerpérale, la pourriture d’hôpital, et dans d’autres maladies atteignant l’homme ou les animaux.

On se contentait d’enregistrer la coexistence d’une maladie et d’une forme microbienne sans essayer de reproduire la lésion primitive, par inoculation. Enfin on était désorienté par la présence de microbes variés dans un pus de même nature et de même provenance ou par l’impossibilité de trouver des microbes dans les maladies éminemment contagieuses.

Démonstration scientifique du rôle pathogène des microbes. — Ce n’est qu’en 1877 que Pasteur aboutit à la démonstration rigoureusement scientifique du rôle pathogénique des microbes. Il employa la méthode qui lui avait permis d’éclaircir les mystères de la fermentation lactique et alcoolique. 11 ensemença ! dans un liquide approprié une goutte de sang charbonneux ne renfermant d’autres formes vivantes que des bactéridies charbonneuses qui se reproduisirent à l’état de pureté et obtint des filaments enchevêtrés nageant dans un liquide limpide absolument privé de tout autre élément organisé ou amorphe. L’inoculation de ce liquide à un animal sain lui donna la maladie charbonneuse et à l’autopsie, son sang était rempli de bactéridies. Enfin, la üllration de ce

liquide sur un diaphragme de plâtre le rendit inactif en lui enlevant ses bactéries pathogènes.

« Ici, dit. Duclaux, se trouve ouverte, sans amba^e et sans discussion possible, une voie dans laquelle il

ny a plus qu’à marcher pour récolter des découvertes. »

Applications pratiques. - Les idées scientifiques de Pasteur eurent rapidement d'heureuses conséquences pratiques. En 1867, Trousseau consacrait une de ses dernières leçons cliniques à la nouvelle doctrine : « Voilà donc la grande théorie des ferments rapportée à une fonction organique; tout ferment est un germe dont la vie se manifeste par une sécrétion spéciale. Peut-être en est-il de même des virus morbides, peut-être sont-ils des ferments qui, déposés dans l’organisme à un moment donné et dans certaines circonstances déterminées, se manifesteront par des produits multiples. Ainsi le ferment varioleux fera la fermentation variolique, d’où naîtront des milliers de pustules ; ainsi le virus morveux, ainsi le virus de la clavelée. D’autres virus semblent agir localement, mais par la suite, ils n’en modifient pas moins tout l’organisme; ainsi la pourriture d’hôpilah la pustule maligne, les érysipèles contagieux. Ne peut-on admettre en ces circonstances que Te ferment ou matière organique de ces virus sera transporté ici par la lancette, là par l’atmosphère ou par les pièces de pansement? »

L'antisepsie chirurgicale.— I. Tandis que Trousseau faisait ainsi prévoir l’avenir à ses auditeurs, un chirurgien anglais, Lister , partisan, au début, des docti i nés microbiennes eut l’idée de comparer les complications septiques des plaies à la putréfaction banale et d attribuer leur origine à la présence de germes venus de l’extérieur. En conséquence, il les écarta

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des plaies en prenant des précautions de minutieuse propreté et usa largement d’un produit qui s’oppose énergiquement à la putréfaction, l’acide phénique.

Le 1S février 1874. Lister adressait à Pasteur la lettre suivante, qui établit la filiation de la méthode listérienne avec la doctrine Pastorienne : « Permettez-moi de vous adresser mes plus cordiaux remerciements pour m'avoir, par vos brillantes recherches, démontré la théorie des germes de la putréfaction et de m’avoir ainsi donné le seul principe qui peut mener à bonne fin le système antiseptique. Si jamais vous veniezà Edimbourg, ce serait, je crois, une vraie récompense pour vous que de voir, à notre hôpital, dans quelle large mesure le genre humain a profité de vos travaux. Ai-je besoin d’ajouter quelle grande satisfaction j’éprouverais à vous montrer ici ce dont la chirurgie vous est redevable. » Lister avait le droit de se montrer fier de ses résultats : « De 1867 à 1869, sur 40 amputés, il en avait sauvé 34. Si l’on s’arrête une seconde devant un pareil chiffre, comment se défendre d’une immense tristesse en songeant à ces centaines, à ces milliers de jeunes hommes succombant dans les hôpitaux, dans les ambulances, pendant l’année lugubre et qui eussent pu être sauvés par le pansement de Lister ! » (Vallery-Radot). — En 1869, Lucas-Championnière fit connaître, en France, la méthode de Lister ; mais les minutieuses précautions qu’elle exige, furent presque tournées en ridicule.

II. Avec une grande propreté et des lavages à l’eau alcoolisée, Léon Le Fort réussit à faire tomber la mortalité à la suite des amputations, de 60 à 24 pour cent. Et cependant les chirurgiens, toujours attachés à leurs idées traditionnelles, négligeaient cette méthode que Chassaignac qualifiait si dédaigneusement de « chirurgie de laboratoire qui fait périr beaucoup d’animaux et sauve très peu d’hommes », et il ajoutait : « Il faut que tout ce qui sort du labo-

ratoire soit circonspect, soit modeste, réservé, tant qu’il n’a pas reçu cette manière d’investiture clinique, sans laquelle il n’y a pas de véritable science médicale et pratique. »

III. Cherchant à combattre la terrible infection purulente qui fit tant de ravages sur les blessés de la guerre de 1870 , Alphonse Guérin appliqua le pansement ouaté qui sauva 19 opérés sur 34. « Si, dit-il, les miasmes sont des ferments, je pourrais prémunir les blessés contre leur funeste influence en filtrant l’air comme Pasteur l’avait fait. » En 1873, sur la demande d’Alphonse Guérin, Pasteur vint dans son service de l’Hôtel-Dieu pour y voir ses pansements ouatés. En cette occasion, Pasteur conseilla aux chirurgiens de flamber les instruments pour les débarrasser des poussières organiques déposées à leur surface, de nettoyer soigneusement les plaies avant les pansements, de détruire les germes contenus dans le coton à pansements, en le chauffant à une haute température

En mars 1878, Sédillot lisait à l’Académie une note intitulée « De l’influence des travaux de M. Pasteur sur les progrès de la chirurgie » et concluait ainsi : « Nous aurons assisté à la conception et à la naissance d’une chirurgie nouvelle, fille de la science et de Part, qui ne sera pas une des moindres merveilles de notre siècle et à laquelle les noms de Pasteur et de Lister resteront glorieusement attachés. » Pour désigner ces infiniments petits, il proposa le terme de microbe qui fit fortune. Aux idées de Léon Le Fort sur l'origine banale de l’infection purulente, Pasteur opposa ses recherches sur le vibrion septique qu’il cultiva, isola et inocula avec succès. Il n’obtint des cultures de ce microbe qu’à l’abri de Pair. Ce vibrion lutin première espèce d ’ anaérobie. connue?" S'il est terrifiant, dit-il, de penser que la vie puisse être à la merci de la multiplication de ces infiniment petits, il est conso-

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lant aussi d’espérer que la science ne restera pas toujours impuissante devant de tels ennemis, lorsqu’on la voit, prenant possession de leur étude, nous apprendre par exemple que le simple contact de l’air suffit parfois pour les détruire. » Pasteur retrouve ce vibrion septique dans certaines eaux, dans les poussières banales, soit à l’état végétatif, soit à l’état de spores douées d’une résistance considérable aux agents de destruction, et attribue à la résistance vitale et à l’atténuation microbienne, sous l’influence de conditions physiques, la victoire de l’organisme contre ces microbes si répandus

Que cette résistance vitale vienne à se modifier ou à faiblir, tous ces microbes ambiants, jusque-là impuissants, vont envahir l’organisme et l’infecter. « Cette eau, cette éponge, cette charpie avec lesquelles vous lavez ou vous recouvrez une plaie, y déposent, dit Pasteur, des germes qui ont une facilité extrême de propagation dans les tissus, et qui entraîneraient infailliblement la mort des opérés dans un temps très court si la vie, dans ces membres ne s’opposait pas à la multiplication de ces germes. Mais, hélas, combien de fois cette résistance vitale est impuissante, combien de fois la constitution du blessé, son affaiblissement, son état moral, les mauvaises conditions du pansement n’opposent qu’une barrière insuffisante à l’envahissement des infiniment petits dont vous l’avez recouvert, à votre insu, dans la partie lésée. » Pénétré des dangers auxquels exposent ces germes répandus à la surface des objets, Pasteur recommandait, en 1878, une propreté parfaite des instruments, le nettoyage et le flambage des mains, le chauffage à 130 degrés des objets de pansement et à 110 degrés de l’eau, l’emploi de l’acide phénique non concentré. Ce sont ces conseils, qui ont conduit la chirurgie à l’antisepsie et à l’asepsie et ont ainsi assuré les succès des tentatives opératoires les plus hardies. Leurs applica-

tions pratiques ne tardèrent pas à se multiplier. La Maternité de Paris était ravagée par l’infection puerpérale. Pasteur trouva la cause de ces épidémies de fièvre puerpérale et isola chez les accouchées infectées un microbe en chaînette. Des mesures, basées sur des principes de préservation de ces germes, firent cesser cette effrayante mortalité.

Les variations de la virulence microbienne. — Les

remarquables recherches de Pasteur sur une série de micro-organismes le conduisirent à l’étude des variations de virulence. L’expérience suivante a une grande portée. Si on injecte de la bactéridie charbonneuse à une poule, elle résiste, parce que sa température normale est voisine de 42 degrés. Refroidit-on cet animal en plongeant ses pattes et son arrière-train dans de l’eau à 25 degrés jusqu’à ce que la température de son corps descende à 37 ou 38 degrés, elle contracte cette maladiecomme les mammifères. Réchauffe-t-on cette poule inoculée au moment où surviennent les premiers symptômes de l’envahissement des tissus, elle triomphe de ces microbes et guérit.

En 1880, la communication de Pasteur « Sur les maladies virulentes et en 'particulier sur ta maladie appelée vulgairement choléra des poules », marque une nouvelle étape. Les expériences de Coze et Feltz, de Davaine sur le charbon, de Leplat et Gaillard sur la septicémie, avaient montré l’augmentation de la virulence microbienne à la suite d’une série d’inoculations sur divers animaux. Pasteur voulant expliquer ces variétés de virulence du vibrion septique admit, à tort, l’existence de plusieurs espèces de vibrions inégalement nocifs. Un hasard de cultures lui fit voir que les variations dépendaient non de l’espèce, mais des conditions plus ou moins favorables dans lesquelles le microbe s’est développé. « N’est-ce pas, disait-il, ce qu’on observe, quand un organisme se montre inof-

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fensif pour une espèce à laquelle on l’inocule? Il est inoffensif. parce qu’il ne se développe pas dans le corps de l’animal ou que son développement n’atleint pas les organes essentiels à la vie. »

Vaccinations microbiennes. — Choléra des poules. — Filtrant une culture artificielle du microbe du choléra des poules en milieu favorable pour en éliminer tous les micro-organismes. Pasteur l’ensemença avec de nouveaux germes qui ne se développèrent pas. Il en conclut que le bouillon était vacciné par la première pullulation microbienne, de la même façon qu'un organisme vivant après une première atteinte d une maladie virulente.

Une nouvelle analogie avec les virus fut fournie par la variabilité des effets produits par l’inoculation. Certains animaux inoculés, au lieu de succomber rapidement avec les phénomènes habituels, résistaient et ne mouraient que tardivement avec des symptômes rappelant les séquelles graves et souvent incurables de maladies virulentes typiques (rougeole, scarlatine, fièvre typhoïde).

Tandis que chez le cobaye l’injection intra-veineuse de certains microbes est mortelle, l’inoculation souscutanée des mêmes germes produit un simple abcès local dans lequel les micro-organismes fourmillent et dont l’ouverture spontanée èst suivie de la guérison complète. Cependant ce pus est virulent et si on l’inocule à une poule, elle succombe rapidement à l’infection. «Des poules ou des lapins qui vivraient, en compagnie de cobayes portant de tels abcès pourraient tout à coup devenir malades et périr sans que la santé des cochons d’Inde parût le moins du monde altérée. Pour cela il suffirait que les abcès des cochons d’Inde, venant à s’ouvrir, répandissent un peu de leur contenu sur les aliments des poules et des lapins. Un observateur, témoin de ces faits et ignorant

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la filiation dont je parle, serait dans l’étonnement de voir décimer poules et lapins sans cause apparente et croirait à la spontanéité du mal ; car il serait loin de supposer qu’il a pris son origine dans les cochons d’Inde, tous en bonne santé, surtout s’il savait que les cochons d’Inde sont sujets, eux aussi, à la même affection. Combien de mystères dans l’histoire des contagions recevront un jour des solutions encore plus simples que celles dont je viens de parler! » Et Pasteur, prévoyant ainsi le rôle aujourd'hui si catégoriquement affirmé des formes frustes des maladies contagieuses dans l’évolution des épidémies, songeait surtout à rapprocher ses constatations des observations de Jenner dont il aimait à méditer les travaux et qui voyait dans la variole et dans le cow-pox des manifestations d’un même virus différenciées par la nature du sujet qui en était atteint.

Un nouvel hasard d’expériences montra à Pasteur que l’inoculation de vieilles cultures de choléra des poules ne tuait pas les gallinacés, mais les rendait réfractaires aux injections de cultures jeunes. La vaccination était trouvée. « Il y avait donc des maladies microbiennes qui ne récidivaient pas ! On pouvait donc préparer des vaccins garantissant contre une inoculation virulente. » (Duelaux.)

Pasteur obtint des variations de mortalité correspondant au vieillissement, et les cultures les plus anciennes n’étaient plus mortelles, bien que le microbe fût encore vivant et capable d’être fructueusement réensemencé. « Toute la série des cultures atténuées reproduit, dit Pasteur, la virulence atténuée de celle qui a servi de point de départ, de même que la virulence nulle reproduit la virulence nulle. » On obtenait donc ainsi contre les maladies virulentes des virusvaccins cultivables artificiellement.

Charbon. — Les recherches de Pasteur sur le charbon le conduisirent à une nouvelle conquête doctri-

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nale qui entraîna les résultats pratiques les plus heureux. Il montra le mécanisme de la contagion dans les champs maudits, et prouva que les vers de terre, en fouillant le sol autour des cadavres charbonneux enfouis profondément, remontaient à la surface avec l’humus les spores virulentes et les mettaient en contact du fourrage avec lequel se contaminaient les animaux mis au pacage.

Le charbon était bien une maladie virulente. Pasteur et Chamberland (au cours d’expériences entreprises pour juger d’un procédé de traitement du charbon), avaient eu l’occasion de voir deux vaches, devenues très malades à la suite d’une inoculation d’essai, mais ayant- résisté, supporter sans aucun malaise une inoculation virulente qui tuait les animaux neufs. Il ne s’agissait plus que de trouver le vaccin.

En août 1SS0, Toussaint annonça qu’il avait fait cette découverte. En chauffant à 55 degrés du sang charbonneux défibriné et en inoculant à des moutons des doses successives de ce sang chapffé, il les mettait à l’abri des effets d’une inoculation virulente consécutive. Mais les essais de contrôle ne furent pas tous favorables. Le vaccin de Toussaint était inégal et pouvait dans certains cas donner un charbon mortel. En effet, le microbe du charbon formait des spores beaucoup plus résistantes aux agents d’atténuation et susceptibles de conserver toute la virulence primitive.

Pasteur recourut à la méthode de vieillissement des cultures qui lui avait réussi avec le choléra des poules. Il avait démontré que l’atténuation progressive était due à l’action de l’oxygène de l’air et espérait obtenir des résultats semblables avec la bactéridie charbonneuse. Mais les spores empêchèrent encore le succès. Il fallait donc éviter l’apparition des spores et Pasteur y parvint en maintenant ses cultures

à une température qui permet ie développement du bacille tout en s’opposant à la formation des spores.

Dès lors, ce fut une réédition des résultats donnés par le choléra des poules. Mais le succès fut beaucoup plus éclatant par l'importance de ses conséquences pratiques. Le charbon tuait des milliers d’animaux et causait chaque année aux éleveurs plusieurs millions de pertes. Aussi le résultat formellement démonstratif des vaccinations faites à Pouillv-le-Fort en une expérience publique, ne fut que le début d’une série de victoires et, en 1894, Chamberland pouvait évaluer que l’emploi des vaccins avait assuré à l’agriculture française un bénéfice de 5 millions de francs pour les moutons, de 2 millions pour les bovidés. « C’est la vaccination charbonneuse, dit Duclaux, qui a ia première répandu dans le public la foi dans la science des microbes. »

« Si ce sont les expériences de Pouilly-le-Fort et les vaccinations charbonneuses qui ont, les premières, ébranlé le scepticisme général au sujet des doctrines nouvelles, c’est la prophylaxie de la rage qui leur a fait, dans la confiance publique, la place à part dont elles jouissent aujourd’hui. » (Duclaux.)

Rage. — Au point de vue doctrinal, les premiers travaux de Pasteur sur la rage ne sortirent pas du cadre tracé pour le choléra des poules. Ici le microbe n’avait pu être découvert et isolé. Mais, à la suite du docteur Duboué, de Pau, on savait que la matière nerveuse des animaux rabiques contenait le virus, et sans attendre d’être en possession du germe, Pasteur appliqua sa méthode avec la substance virulente. Par un artifice expérimental, en introduisant la matière d’inoculation dans le cerveau, après trépanation, il obtint d’abord un virus fixe d’activité toujours égale. Puis, prenant les centres nerveux des animaux inoculés avec ce virus, il les soumit à la dessiccation en les suspendant à l’abri des contaminations dans

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un flacon aseptique contenant du chlorure de calcium pour dessécher l’air du flacon. La substance nerveuse perdait peu à peu de son activité, et après quatorze iours de dessication était devenue inactive. La moelle épinière d’un animal mort de rage peut donc être comparée à une culture de choléra des poules et l'inoculation d’une moelle atténuée devra sans doute préserver l’animal contre les effets d'une inoculation virulente.

L'expérience fut bientôt démonstrative. « Un chien qui reçoit cette moelle de 14 jours, puis le lendemain celle de 13 jours, puis celle de 12 jours et ainsi de suite jusqu’à la moelle fraîche, ne prend pas la rage et il est devenu réfractaire contre elle. Inoculé dans l’œil ou dans le cerveau avec le virus le plus lor-t, il reste bien portant. Il est donc possible de donner, en quinze jours l’immunité à un animal contre la rage.

« Or les hommes mordus par des chiens enragés ne prennent d’ordinaire la rage qu’un mois et même davantage après la morsure. Le temps de l’incubation pourra être utilisé pour rendre la personne mordue réfractaire. L’expérience faite sur des chiens mordus et inoculés réussit au delà de toute espérance ». (E. Roux.)

Malgré ses succès de laboratoire, Pasteur hésitait à appliquer la méthode à l’homme. L’arrivée d’un petit Alsacien, Joseph Meister, mordu gravement par un chien enragé et voué à une mort certaine, les encouragements de Yulpian et de Grancher le déci dèrent à un premier essai. Ce fut un succès. Quelques semaines plus tard, le berger Jupille, qui avait reçu de multiples morsures en maîtrisant un chien enragé pour sauver de petits camarades, était soumis au même traitement avec le même résultat. La communication de ces faits par Pasteur à l’Académie des Sciences et à l’Académie de Médecine, fut l’occasion d’un triomphe.

« La découverte de la prophylaxie delà rage a soulevé partout un véritable enthousiasme. Elle a plus fait pour la popularité de Pasteur que tous ses travaux antérieurs. En retour d’un semblable bienfait le grand public voulut manifester sa reconnaissance d une façon digne de lui et de celui qui en était 1 objet: c est alors que fut ouverte la souscription qui a permis la fondation de l’Institut Pasteur. » (E. Roux.)

Toxines microbiennes. — Autour de Pasteur, une pléiade de chercheurs contribuait à compléter l’œuvre du maître. Au rôle des microbes, vint bientôt s’ajouter celui de leurs produits de sécrétion. Déjà au cours de ses recherches sur le choléra des poules. Pasteur avait signalé l’action des bouillons de culture dépouillés par filtration de leurs germes, qui est due aux produits toxiques élaborés par la vie des microbes et demeurés en solution dans le milieu liquide. Plus tard, on avait retrouvé des poisons semblables dans les cultures d’autres espèces.

Le sérum antidiphtérique. — E. Roux et Yersin s’attachant à l’étude de ces produits solubles du bacille diphtérique démontraient que c’est par ses toxines que ce microbe localisé en un point restreint de l’organisme humain peut agir sur tous les organes et amener un empoisonnementgénéral. En inoculant au cheval des doses, très faibles d’abord, puis progressivement croissantes, de toxine diphtérique, mitigée au début par l’addition d’iode, puis pure, Roux parvenait à rendre l’animal réfractaire à l’actiou mortelle de celte toxine ; il était immunisé. On le saignait ensuite et le sérum recueilli après coagulation du sang, était capable de transmettre à un nouvel organisme ses propriétés de résistance à la toxine diphtérique. Précédé dans la voie théorique par Behring et Kitasato, Roux appliqua son sérum antitoxique au traitement

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de la diphtérie humaine et recueillit les plus magnifiques succès. De 1890 à 1893, la mortalité diphtérique avait été de 51 pour 100 à l’hôpital des Enfants- Malades. Le traitement par le sérum appliqué par Roux, .Martin et Chaillou à plusieurs centaines d’enfants, la fit descendre en quatre mois à 24 pour 100. A l’hôpital Trousseau où le sérum n’était pas employé, la mortalité, pendant la même période, atteignait 60 pour 100.

« L’importance théorique de tous ces faits était encore supérieure à leur importance pratique. Cette méthode de l’étude physiologique des microbes en cultures pures, qui avait d’abord donné l’étiologie des diverses maladies étudiées, qui avait fourni ensuite toutes les notions que nous venons de résumer sur les variations de virulence, allait montrer une fécondité nouvelle en permettant de poser le problème de l1 immunité , sur lequel les savants s’essayent encore et qui n’a pas dit son dernier mot. » (Duclaux.)

L’idée nouvelle que Pasteur apportait dans cette étude était l'idée de lutte entre deux cellules ou deux groupes de cellules, qui se substituait à l’idée métaphysique de l’ancienne médecine, opposant l’entité morbide à la force vitale.

Au début de ses recherches, Pasteur croyait les espèces bactériennes fixées dans des formes à peu près constantes et des propriétés immuables, qui entraînaient un fonctionnement simple et en quelque sorte irrésistible. Pour se débarrasser de la maladie il fallait nécessairement supprimer le microbe.

Atténuation des virus. — Cette conception simpliste se trouve brusquement modifiée par l’observation de l 'atténuation des virus. Cette atténuation est un phénomène très général que Pasteur observa pour tous les virus: le vieillissement des cultures s’accompagne

d’un affaiblissement des microbes qu’elles contiennent. Mais ce vieillissement des cultures n’agit dans ce sens qu’autant que le milieu reste en contact avec l’oxygène ; une culture de choléra des poules conservée dans un Lube scellé à l’abri de l’air ne s’atténuait pas, malgré le temps. L’atténuation est due, par conséquent, à l’affaiblissement du microbe qui épuise les tissus après avoir épuisé la matière alimentaire, en présence de l’oxygène agent de combustions organiques. De même toutes les causes qui tuent les microbes les atténuent d’abord, à mesure qu’elles les affaiblissent. Lachaleur, la lumière, les agents chimiques, les antiseptiques, à doses ménagées, abaissent le degré de virulence des microbes.

De la virulence microbienne. — « La virulence nous apparaît donc comme une qualité intrinsèque dont le microbe se dépouillerait de plus en plus jusqu’à devenir inoffensif. » Mais l’expérience montre que l’explication n’est pas aussi simple. En effet, tandis que le charbon atténué par la chaleur perd successivement la propriété de tuer d’abord le bœuf, puis le mouton, puis le lapin et le cobaye adulte, enün le cobaye nouveau-né et les souris, le même microbe atténué par le bichromate de potasse tue encore le mouton ou tout au moins le rend très malade et le vaccine, alors qu’il est inoffensif sur le lapin et ne le vaccine même pas. La virulence n’est donc plus une qualité absolue du microbe, « c’est une qualité relative, dans l’appréciation de laquelle il faut faire entrer non seulement les conditions spéciales au microbe, mais encore la nature, l’âge et, comme nous le verrons bientôt, l’individualité de l’animal sur lequel on l’étudie... Le mot virulence résume le résultat d’un conflit entre deux êtres ; il faut donc y tenir compte des qualités des deux adversaires. » (Duclaux.)

ua même conclusion est fournie par l’observation

l’ère pastorienne

du retour à la virulence des espèces atténuées. Par des inoculations successives à des animaux de plus en plus résistants, les microbes augmentent leur puissance d’action jusqu’à arriver à une virulence maximum assez fixe. « Et voilà, dit Pasteur, que la virulence nous apparaît sous un jour nouveau qui ne laisse pas d’être inquiétant pour l’humanité, à moins que la nature, dans son évolution à travers les siècles passés, n’ait déjà rencontré toutes les occasions de production des maladies virulentes ou contagieuses, ce qui est fort vraisemblable.

« Qu’est-ce qu’un organisme microscopique inoffensif pour l’homme ou pour tel animal déterminé? C’est un être qui ne peut se développer dans notre corps ou dans le corps de cet animal, mais rien ne prouve que si cet être microscopique venait à pénétrer dans une autre des mille et mille espèces de la création, il ne pourrait l’envahir et la rendre malade. Sa virulence renforcée alors par des passages successifs dans les représentants de cette espèce, il pourrait devenir en état d’atteindre tel ou tel animal de grande taille, l’homme ou certains animaux domestiques. Par cette méthode, on peut créer des virulences ou des contagions nouvelles. Je suis très porté à croire que c’est ainsi qu’ont apparu, à travers les âges la variole, la syphilis, la peste, la fièvre jaune, etc., et que c’est également par des phénomènes de ce genre qu’apparaissent de temps à autre certaines grandes épidémies. »

Il résulte de ces notions que « le mot virulence n’a de sens ni au regard du microbe, ni au regard de 1 organisme. II ne définit guère que le rapport entre la puissance et la résistance, sans rien nous dire sur la valeur absolue de ces deux forces. » (Duclaux.)

Les idées de Pasteur sur l'immunité. — Quelles sont donc les causes qui déterminent la résistance de

certains organismes à l’infection ? Pourquoi le chien est-il réfractaire au charbon, tandis que le bœuf et le mouton y sont sensibles; pourquoi le mouton algérien ne contracte-t-il pas cette même maladie, tandis que le mouton français y succombe si rapidement ?

Pasteur expliqua le fait avec ses connaissances et ses expériences antérieures. Il avait vu les diverses espèces microbiennes très sensibles au moindre changement des qualités nutritives des milieux artificiels dans lesquels il les ensemençait; il avait constaté que le microbe du choléra des poules ne peut plus se cultiver dans un bouillon qui a déjà servi à son développement. Il ramena donc l 'immunité à un changement des qualités chimiques des milieux vivants. Les animaux réfractaires étaient impropres au développement des microbes parce qu’ils ne possédaient pas certaines substances favorisant ce développement. Les animaux vaccinés devenaient réfractaires parce que la substance utile au microbe avait été épuisée par la première atteinte bénigne de la maladie spontanée ou inoculée.

Chauveau ne tarda pas à battre en brèche cette opinion. Pour lui, les bouillons de culture filtrés étaient impropres à une repullulalion des microbes, non parce qu’il existait un épuisement du milieu, mais parce que la première culture avait laissé dans le bouillon une substance nuisible. Et reprenant l’étude de l'action du charbon sur les moutons français et algériens, il montrait que l’inoculation d’une très forte dose de bactéridies tuait le mouton algérien malgré son immunité naturelle, tandis que le mouton français résiste, si on ne lui injecte qu’une très faible quantité de microbes et qu’il est vacciné par cette inoculation. S’il avait manqué au mouton algérien une substance utile à la multiplication du charbon, on ne comprend pas pourquoi son absence n’empêcherait pas le développement d’une quantité plus forte des êtres aux-

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quels elle serait indispensable. Au contraire, en supposant la présence d’une substance nuisible, on pouvait admettre qu’elle n’existait pas en quantité suffisante pour arrêter les ennemis, lorsqu’ils se portaient à l'attaque, en plus grand nombre.

Cette explication de l’immunité était, elle-même, passible d’un nouveau reproche. Comment concilier la notion de cette substance chimique nuisible avec la connaissance de la durée de l’immunité vaccinale ? Comment cet élément nuisible persiste-t-il malgié les mutations constantes que subit l’organisme du fait de la nutrition et de la désassimilation?

« Une action chimique, quelle qu’elle soit, ne saurait être durable dans un organisme où tous les éléments chimiques se renouvellent. Il n’y a que la cellule qui dure, parce qu’elle vit. L’explication de l'immunité avait plus de chances de résider dans les théories cellulaires que dans les théories humorales. » (Duclaux.)

Pasteur avait conscience de n’avoir pas saisi entièrement le mécanisme de la résistance de l’organisme. Aussi donna-t-il bientôt son attention aux travaux entrepris par un savant russe qui avait sollicité l’avantage de venir travailler auprès de lui, et, dans une lettre insérée dans le premier numéro des Annales de l'Institut, Pasteur, signale-! il avec empressement les recherches de Metchnikoff.

Metchnikoff et la phagocytose. — « Metchnikoff expliquait par le rôle des globules blancs du sang, appelés leucocytes, l’immunité ou résistance, soit naturelle, soit acquise, de l’organisme contre une maladie déterminée. Ces globules peuvent être considérés comme des soldats chargés de défendre l’organisme contre les invasions étrangères. Des microbes pénètrent-ils dans les tissus, il y a aussitôt comme un branle-bas de combat. La lutte s’engage selon la

puissance ou l’infériorité des globules sur tel point d’attaque, l’organisme résiste ou succombe. Si le microbe envahisseur est cerné, englobé, ingéré par les globules blancs victorieux, appelés aussi phagocytes, ceux-ci trouvent dans leur victoire même de nouvelles réserves contre une nouvelle invasion. » (Vallery-Radot.)

C’était le couronnement de la doctrine. Et nous sommes arrivés ainsi à l’époque actuelle. Des points de détail ont été précisés. Metchnikoff et ses élèves, Ehrlich, Bordet ont pénétré plus avant dans l’intimité des phénomènes de défense. Mais l’œuvre doctrinale n’a plus subi de modification profonde et elle rayonne victorieusement sur la médecine et mieux encore sur la biologie tout entière.

« Il suffirait, dit le docteur Landouzy, à l’impartiale histoire, pour marquer les vraiment fécondes et décisives époques de la médecine, de proclamer que ces époques — (époque symptomatique, diagnostique ou hippocratique ; époque pathogénique ou pastorienne) — appartiennent aux temps hippocratiques et au siècle de Pasteur. » Comme nous allons le voir, Y épopée Pastorienne a révélé la pathogénie des maladies infectieuses, créé l’ humorisme moderne scientifique et renouvelé la thérapeutique. Avec les vaccinations préventives , la sérothérapie , Y antisepsie et l’asepsie, ces conquêtes thérapeutiques issues des doctrines microbiennes, Y hygiène publique et privée , la prophylaxie générale et particulière se sont notablement améliorées. L’action préventive et curatrice des sérums et des vaccins empêche l’extension des maladies infectieuses et le développement des épidémies, tandis que l’antisepsie et l’asepsie ont conduit le chirurgien aux plus heureuses hardiesses.

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