CHAPITRE I
LES MALADIES INFECTIEUSES
Généralités. — La maladie est l’ensemble des actes qui se produisent dans l’économie vivante subissant la cause morbifique et réagissant contre elle. C’est le processus morbide envisagé dans son évolution depuis sa cause initiale jusqu’à ses conséquences dernières. L 'affection est le processus morbide dans ses manifestations actuelles, abstraction faite de sa cause.
Pour les vitalistes , la maladie est en nous, par nous, et procède de la spontanéité vivante; c’est un dérangement du mécanisme complexe et délicat qui préside à la santé.
Pour les humoristes , la maladie naîtrait en nous par les seuls efforts de l’organisme, sous l’influence de causes banales, et ne dépendrait d’aucune spécificité morbide. Elle résulterait de modifications humorales, d’humeurs peccantes, résultant de l’action externe ou d’influences météorologiques banales. Actuellement l’humorisme renaît et se modernise avec le rôle ioué
par les sécrétions microbiennes et cellulaires dans l’adultération des humeurs organiques.
La notion d 'intoxication domine les idées actuelles sur la maladie. Les maladies infectieuses sont surtout dues à un empoisonnement du milieu intérieur par les toxines microbiennes. Ce sont des toxémies.
De plus, la cellule même de l’organisme qui jouit d une vie individuelle, sécrète des principes toxiques dont 1 accumulation donne naissance aux maladies constitutionnelles , aux diathèses, qui sont, par conséquent, des toxémies d’origine interne ou cellulaire.
Celte intoxication de source infectieuse ou dyscrasique est sans cesse atténuée et combattue par le rôle protecteur du foie, des reins, des capsules surrénales, du corps thyroïde, etc. Mais si l'insuffisance fonctionnelle dç ces organes de protection vient à se produire, les principes toxiques microbiens ou non agissent.sur les cellules de l’organisme et, en particulier, sur lqs plus sensibles et les plus impressionnables, les cellules nerveuses. A ce moment, les effets nocifs de l’intoxication sont accrus par suite de l’insuffisance du système nerveux qui n’exerce qu’imparfaitement son action dans ses fonctions de régulation. de nutrition et de défense de l’organisme.
«■ La vie, dit Duclaux, n’est donc plus quelque chose de superposé à l’ensemble des organes, elle les pénètre, elle y réside comme propriété essentielle de leurs cellules, de leurs éléments anatomiques élevés ainsi à la dignité d’éléments physiologiques. La maladie n'est donc plus une entité distincte séparable du corps, venant y contrarier parfois la force vitale ; elle devient un désordre variable dans la constitution et les relations des cellules. La maladie est considérée comme une lutte entre l'organisme et l’agent morbide. Le terrain de la lutte est celui des besoins nutritifs des cellules organiques et des microbes.
Si on essaye de prédire l’issue de cette lutte, on
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constate à l’origine une disproportion évidente de forces. « Les cellules du tissu envahi, dit encore Duclaux, sont nombreuses, bien installées, chez elles, et ont comme grenier de réserve l’organisme tout entier. Celles du parasite se comptent d’ordinaire par unités, n’apportent rien avec elles en dehors de leurs besoins et de leur fécondité, doivent, des lors, tout trouver dans le milieu où elles s implantent, et le trouver de suite, sans quoi elles sont exposées à périr sur place ou à être expulsées. Donc, à 1 origine, la puissance est minimum et la résistance maximum, et le moindre effort peut suffire pour se débarrasser de l’ennemi. Mais si on laisse les premiers occupants s’établir, mettre dans la balance leur fécondité puissante, se tailler en un point de l’organisme un domaine d’où le désordre va irradier ailleurs, chaque jour, chaque heure augmente les forces de 1 adversaire au dépens de l'autre. Aune période de multiplication pénible' et silencieuse succède bientôt le malaise, puis une affection plus ou moins grave. Le microbe et l’organisme en présence sont, à l’origine, comme deux poids égaux placés sur les deux plateaux d’une balance folle : un grain de poussière, un souffle la font trébucher, et une fois commencé le mouvement s'accélère, car les forces actives augmentent dans le plateau qui l’emporte et diminuent dans l’autre. » Nous verrons plus loin pourquoi et comment, après une retraite plus ou moins longue et plus ou moins complète, l’organisme atteint peut quelquefois reprendre l’offensive, fournir une belle défense et se débarrasser de son ennemi.
Historique de l’infection. — Frascator avait dégagé la notion de contagion, Pringle avait signalé l’infection, et Lancisi concluait à la probabilité de la nature animée des germes pathogènes. Les médecins du xvm0 siècle rapportaient la maladie à un agent mor-
bide, non spécifique, de provenance extérieure et restant dans l’organisme pendant toute la durée de l’affection. Ils avaient, du reste, été guidés dans cette voie par Leeuvenhoeck, qui, en 1678, vit dans des infusions végétales des êtres microscopiques, que Wrisberg appela infusoires.
Spallanzani trouva que ces germes étaient répandus dans l’atmosphère ; en 1837, Cagnard-Latour nota que la levure de bière se développait comme un végétal. Pasteur isola ces germes et décrivit, en 1857, le ferment lactique, en 1860, le ferment alcoolique, en 1861, le ferment butyrique, premier exemple d’un anaérobie. En 1850, Davaine vit dans le sang de moutons morts de charbon le premier microbe pathogène. Vers 1860, Delafond considéra les microbes comme des végétaux et les cultiva. Les découvertes de Pasteur éclairent Davaine, qui assimile à des fermentations les maladies infectieuses produites par des microbes.
Puis le problème pathogénique se pose avec Villemin, qui établit, en 1866, l’inoculabilité de la tuberculose; avec Chauveau qui, en 1867, montre que la partie active des liquides virulents ne traverse pas les filtres ; avec Coze et Feltz qui, en 1872, étudient les infections, et avec Koch qui, en 1875, découvre les spores charbonneuses. Puis, en 1877, Pasteur confirme les recherches de Davaine, cultive les .bactéries pathogènes, et prouve que la maladie vient du dehors.
Tant que Pasteur n’a étudié que la levure, il n’a fait, dit Duclaux, que révolutionner la brasserie. Mais, quand il a touché aux germes pathogènes, la maladie joue un tel rôle dans le monde, que c'est l’humanité tout entière qui a été remuée de fond en comble par le revirement des idées sorties de ses découvertes.
Actuellement, l’infection est considérée comme une maladie développée sous l’infiuence des toxines pro-
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duites par certains agents parasitaires. Les agents infectieux, qui peuvent ap partenir à d autres classes que les bactéries, tendent à envahir 1 organisme, à réveiller de violentes réactions; ils agissent surtout par les substances toxiques auxquelles ils donnent naissance, par les fermentations qu’ils provoquent et par les troubles de la désassimilation cellulaire qu ils déterminent. Les infections se doublent donc d autointoxications. C’est en se combinant au protoplasma cellulaire et surtout en adultérant le milieu intracellulaire que les produits microbiens agissent sur les cellules. Dans toute infection, il faut donc envisager la graine et le terrain.
Parasitisme et infection ; les microbes. — Le mot
de microbe, couramment employé et devenu populaire, s’applique à tout être assez* petit pour n’ètre bien vu qu’au microscope et appartenant soit au règne végétal, soit au règne animal. Ces agents pathogènes sont de nature animée ; ils se reproduisent continuellement « omnis cellula e cellula ». Leur pérennité est la négative de la spontanéité morbide. Les microbes se divisent en parasites et en agents infectieux. Les premiers ménagent l’hôte, l’organisme qui les héberge, tandis que les seconds l’attaquent, l’envahissent et cherchent à le détruire.
Ces êtres existent partout autour de nous.
L’air n’est pas favorable à la pullulation des germes qui, étant trop lourds pour rester longtemps en suspension, se déposent sur les objets, les murs, etc., où ils .restent habituellement fixés. C’est une notion utilisée ' par la prophylaxie. Ce sont les poussières qui transportent les microbes. L'eau contient plus de microbes que l’air; elle recèle les bacilles de la fièvre typhoïde et du choléra, mais elle est peu favorable à leur pullulation.
Le soi est le plus grand réceptacle des microbes :
ii constitue un excellent milieu de culture dans lequel ils se conservent et se multiplient ; il les protège contre l'action destructive de la lumière et met les anaérobies à l’abri de l’air. A partir de 1D50 de profondeur, ils deviennent très rares. Les végétaux en contiennent fort peu. On a signalé récemment la présence de bacilles typhiques à l’intérieur des légumineuses. Nos habitations renferment en quantité les microbes pathogènes des fièvres éruptives, de la tuberculose, de la diphtérie, de la pneumonie, etc. De plus, les micro-organismes des habitations et du sol pénètrent dans l’eaw et les aliments.
Les aliments , la viande, le lait peuvent transmettre les germes de la tuberculose ; le lait additionné d’eau peut recéler les bacilles de la fièvre typhoïde et du choléra. Les aliments propagent les germes qui se déposent sur eux. Nos vêtements , notre peau même, en sont recouverts ; les cavités naturelles de notre corps leur offrent un asile particulièrement favorable où ils pullulent de leur mieux. Le tube digestif est le paradis des microbes ; chaque millimètre cube de matières en contient 50,000 dans l’estomac, 30,000 dans le duodénum, 100,000 dans l’intestin, 30.0C0 dans le gros intestin. Le nombre de microbes répartis dans tout le tube digestif est de 411 milliards environ, et chaque jour de 12 à 40 milliards sont éliminés par les fèces.
Notre corps sert donc d’habitat aux microbes avant de devenir leur proie. Ils vivent alors à l’état de parasitisme latent soit sur les muqueuses, soit dans certains organes comme les amygdales, les ganglions lymphatiques.
Microbes saprophytes. — iLa plupart d’entre eux ne jouent heureusement aucun rôle dans les maladies de l’homme et des animaux; ces microbes que l’on nomme saprophytes, interviennent à divers titres dans
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les phénomènes de fermentation et de putréfaction qui ont pour résultat final de ramener les substances organiques à l’état de combinaisons chimiques simples. Ces microbes occupent une place extrêmement importante dans la vie de la matière. « En quelque temps et en quelque lieu que se décompose de la matière organique, l’œuvre s’accomplit à peu près exclusivement par les infiniment petits. Ils sont les grands, presque les uniques agents de l’hygiène du globe; ils en l'ont disparaître, plus rapidement que les chiens de Constantinople ou les fauves du désert, les cadavres de tout ce qui a eu vie. Ils protègent les vivants eontre les morts. Ils font même plus : s’il y a encore des vivants, si, depuis des centaines de siècles que ce monde est habité, la vie s’y poursuit, toujours également facile et abondante ; c’est encore à eux qu'on le doit. Ce sont non seulement les grands facteurs de l’hygiène publique, mais encore les agents indispensables du maintien de la vie. * (Duclaux.)
Ce rôle immense des microbes saprophytes fait d’eux les êtres les plus indispensables à notre existence. Mais à côté de la quantité énorme des organismes microscopiques qui président à ces mutations de la matière, il existe un petit nombre de ces êtres qui, par suite d’une adaptation spéciale, transitoire chez les uns, définitive chez d’autres, exercent leur action, non seulement sur les matériaux de déchet, mais encore sur les organismes vivants plus élevés en organisation et deviennent ainsi, pour ces êtres supérieurs, des agents de maladie et de mort.
Microbes pathogènes. — Ces microbes qui méritent le qualificatif générique de pathogènes , se divisent en agents spécifiques (fièvre typhoïde, charbon, tuberculose, etc.), et en agents non spécifiques comprenant les microbes à tout faire de Peler (staphylocoques, streptocoques, etc.). Ils n’agissent pas suivant un
LES DOCTRINES MÉDkALES
mécanisme différent de celui des saprophytes. Comme eux, ils travaillent à détruire les composés organiques complexes qui constituent la matière vivante pour les ramener à un état chimique plus simple. Mais leur action plus énergique, plus violente, leur permet de s’attaquer à cette matière, alors même qu’elle est encore en pleine activité vitale ; ils vivent ainsi en parasites, et leur action destructive peut aboutir à la mort de l’hôte qu’ils ont envahi.
Classification. — Parmi les microbes, les uns ressortissent du règne animal, les autres du règne végétal. Dans l’un et l’autre règne, d’ailleurs, existent des espèces nocives pour l’homme, des espèces pathogènes.
Parmi les microbes animaux il faut distinguer : 1° les rhizopodes ; 2° les sporozoaires et 3° les infusoires:; parmi les végétaux : 1° les moisissures ; 2° les levures et 3° les bactéries.
Microbes animaux. — I. Les rhizopodes sont les animaux les moins élevés en organisation. Les amibes, qui appartiennent à ce groupe, ont été décelées dans certaines maladies humaines, la dysenterie, par exemple. Les amibes représentent des cellules nues, gélatineuses, d’aspect irrégulier et de réfrigérence à peine supérieure à celle des liquides où elles vivent. Elles offrent un protoplasma granuleux dans la plus grande partie et clair sur les bords ; un noyau ; et, souvent, une vacuole contractile. La périphérie du plasma émet des prolongements actifs qui servent à la mobilité et à la préhension des particules alimentaires.
La multiplication a lieu par division, et la division semble atteindre d’abord le noyau.
II. Les sporozoaires comprennent plusieurs subdivisions dont la plus importante, pour nous, est celle des coccidies. C’est à ces sporozoaires qu’appartient le
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groupe des hématozoaires , dont le type est le microbe du paludisme. Les coccidies ont pour caractère très particulier de passer, au cours de leur développe^ ment, par une série d’aspects très différents qui donnent quelque peine à reconnaître le même être sous les diverses formes qu’il prend successivement. De plus, leur évolution ne se fait complètement qu’à la condition de passer par deux hôtes différents. C’est ainsi que l’hémato'zoaire du paludisme subit une série de transformations évolutives dans l’organisme de certains moustiques (les anophèles en particulier) et achève son cycle dans l’organisme humain, où il est introduit par la piqûre des insectes infectés.
III. Les infusoires sont des êtres plus élevés encore en organisation. Nous n’avons à craindre que les trypanosomes , « petits organismes pisciformes, offrant une extrémité ciliée et l’autre libre, munis sur un de leurs côtés d’une membrane ondulante continue avec le flagellum et contenant intérieurement un peloton chromatique (noyau)' et un nucléole. » (Nicolle.)
C’est dans ce groupe que se trouve l’agent, récemment découvert, de la « maladie du sommeil », qui cause des épidémies très graves dans l’Afrique tropicale. Des travaux récents et non encore concluants sembleraient faire supposer que les microbes de la syphilis et de la variole appartiennent également à ce groupe qui prendrait ainsi une importance considérable.
Microbes végétaux. — I. Les moisissures ou hyphomycètes constituent un groupe botanique assez mal défini. Ils ne nous intéressent que par un petit nombre de leurs espèces ; les aspergiüus qui causent certaines maladies des voies respiratoires et notamment la pseudo-tuberculose pulmonaire appelée maladie des gaveurs de pigeons et certaines affections cutanées comme le tokélau.
IL Les levures ou blastomycètes, dont nous n’avons
pas à rappeler l’importance industrielle, fournissent aussi quelques espèces pathogènes; la plus connue est l’oïdium albicans qui est le microbe du muguet.
III. Les bactéries sont, pour le médecin, les plus importants des microbes. C’est à ce groupe qu’appartiennent le plus grand nombre des espèces microbiennes pathogènes et les mieux connues; citons, parmi les plus intéressants, les microbes de la tuberculose, de la fièvre typhoïde, de la diphtérie, du choléra, de la peste, de la pneumonie, de l’érysipèle, des suppurations, etc.
Morphologie. — Les bactéries sont des organismes très petits, ne possédant qu’une seule cellule et affectant trois formes principales : ronde (microcoques), longue (bacilles), courbe (vibrions). Les microcoques, généralement sphériques, peuvent offrir quelquetois un aspect allongé en flamme de bougie ou en fer de lance ; les bacilles, plus longs que larges d’ordinaire, peuvent se raccourcir au point de simuler des microcoques, o’u au contraire s’allonger en filaments; les vibrions sont constitués tantôt par des cellules en forme de virgules, tantôt par des formes en tirebouchon. Au groupe des bactéries se rattachent les streptothricées , qui offrent l’aspect de filaments parfois très compliqués. Leur diamètre oscille entre un demi et deux millièmes de millimètre ; pour les formes longues eL courbes, l’épaisseur varie de quelques dixièmes à deux millièmes de millimètre ; la longueur est, en général, cinq à six fois plus grande que l'épaisseur, mais les formes filamenteuses peuvent dépasser de beaucoup cette proportion. Enfin, les recherches récentes de Nocard et Roux, de Loëffler, etc., ont montré qu’il existait des bactéries invisibles, caraetérisables par leur culture et par les effets de l'inoculation.
Un certain nombre de bactéries sont mobiles; ce
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sont généralement des formes longues ou courbes. Elles doivent leurs mouvements à des cils ou flagelles qui s’agitent autour du corps cellulaire.
La forme des baetéries peut subir des variations considérables suivant les conditions extérieures. Une même espèce peut, suivant le milieu dans lequel elle est appelée à vivre, affecter la forme sphérique, allongée ou courbe; le bacille pyocyanique, agent des suppurations bleues ou verdâtres, offre un bel exemple de ce pléomorphisme. Mais replacé dans les conditions ordinaires de développement, ce microbe reprend son type bacillaire habituel. Pour d’autres microbes, les variations de forme sont plus stables ; ainsi les vibrions cholériques, quoiqu’ils possèdent des caractères biologiques identiques, présentent des formes assez différentes suivant leur origine et conservent ces formes différentes alors même qu’on les fait se développer dans des milieux identiques. D’autre part, la majorité des bactéries prennent des formes' anormales irrégulières quand les conditions de développement leur sont défavorables, par exemple lorsqu’elles vieillissent dans un milieu qui s’épuise: on dit alors qu’elles présentent des formes d’involution . les bactéries se développent par division de leur cellule. Les bacilles et les vibrions se segmentent en deux individus par division transversale suivant une seule des directions de l’espace. Les deux cellules filles se séparent parfois rapidement pour vivre isolées ; dans d’autres espèces elles restent accolées bout à bout et forment ainsi des chaînes plus ou moins longues. Les microcoques se divisent aussi, souvent, d’après une seule direction ; tantôt ils s’isolent après la segmentation, tantôt ils restent unis deux par deux ou en chapelets, tantôt ils se groupent en amas irréguliers comme des grappes de raisin. Dans certains cas, les formes rondes peuvent se segmenter suivant deux directions ou même suivant les trois directions
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de l’espace. On a alors soit la forme mérista en plaquettes de quatre éléments, soit la forme sarcine comprenant huit individus réunis comme en un ballot cuboïde. Fréquemment les bactéries sécrètent autour d’elles une substance gélatineuse dans laquelle elles restent englobées.
La reproduction des bactéries est également assurée par des formes de résistance qui ont la valeur de véritables graines végétales. Ces graines qui portent le nom de spores, se forment dans les cellules bactériennes. tantôt pendant toute l’évolution de celles-ci, tantôt, seulement, lorsque le milieu dans lequel les bactéries se trouvent appelées à vivre, présente des conditions défavorables. Les spores demeurent dans le milieu extérieur sans présenter de phénomènes vitaux jusqu’à ce qu’elles trouvent un milieu favorable où elles germent et se développent en donnant naissance à des formes semblables aux cellules mères. Ces germes se forment tantôt par condensation du proloplasma dans une partie seulement de la cellule (i arthrospores ), tantôt par transformation totale d'une cellule entière ( endospores ). Les arthrospores existent chez les bacilles et les vibrions; les endospores sont les formes de résistance des microcoaues.
La puissance de reproduction des baetéries est extraordinaire. Le mode de multiplication par division transversale, permet aux deux individus provenant de la segmentation d’une certaine bactérie, d’atteindre au bout de deux heures, les dimensions de la cellule mère et d’être en état de proliférer à leur tour. « Par suite, en trois jours, tes descendants d’un seul individu seraient, si rien ne venait les gêner, au nombre de 4.772 billions. Cette bactérie ayant à peu près en largeur un millième de millimètre, deux en longueur, et sa densité étant à peu près celle de l’eau, il en faudrait 636 millions pour faire un poids d’un milligramme. On peut calculer aisément que la progéni-
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ture d’une même bactérie ne pèserait, au bout de vingt-quatre heures, que un cinquantième de milligramme, mais au bout de trois jours elle pèserait 7.500 tonnes. Ces chiffres démontent l’imagination, il est heureux que l’intervention des forces naturelles les empêchent de devenir des réalités. » (Duclaux.)
Nutrition des microbes. — Certaines bactéries saprophytes peuvent se contenter de substances exclusivement minérales et faire la synthèse du protoplasma en partant de composés très simples. Les bactéries nitrifiantes, par exemple, isolées du sol par Winogradsky, peuvent vivre et se développer dans des solutions salines auxquelles elles empruntent l’azote et le carbone. D’autres bactéries se contentent de la minime quantité d’éléments dissous dans l’eau où elles vivent. La plupart exigent des éléments tout préparés et certaines même des substances complexes. Quelques-unes vivent en parasites sur un hôte déterminé, comme le bacille de la lèpre et le spirille de la fièvre récurrente. Plusieurs demandent des mélanges d’albumine soluble et de peptones. Chaque microbe a des besoins particuliers et manifeste sa préférence à l’égard de divers aliments. Deux corps isomères peuvent ne pas être employés également à la nutrition des bactéries : ainsi le microbe de la pneumonie dédouble la mannite et n’agit pas sur la dulcite ; et ce sont deux sucres isomères. Pasteur avait déjà montré que le pénicillium attaque et détruit le tartrate droit et laisse inattaqué le sel gauche. Les bactéries pathogènes pullulent d’une façon inégale dans les divers organes suivant la différence de composition de milieu.
Conditions de développement. — L’oxygène est indispensable à la vie des bactéries comme à celle de tout protoplasma. Mais les bactéries l’empruntent
tantôt à l’air libre, tantôt à un composé chimique. Les premières sont appelées aérobies, les autres anaérobies ; certaines espèces peuvent également se développer dans l’une et l’autre condition; certaines meurent si elles n’ont pas d’oxygène libre à leur disposition ; d’autres au contraire ne peuvent vivre en présence de l’air et ne se développent que dans un milieu privé d’oxygène non combiné. Mais même pour les espèces aérobies, l’oxygène peut devenir nuisible si la cellule bactérienne n’a pas à sa disposition, en même temps que lui, une matière alimentaire favorable. « Quand un microbe vieillit dans un milieu qu'il a habité, et si l’oxygène continue à affluer, c’est sur la substance même du microbe qu’il porte son action. La respiration lente mais continue de l’être vivant en brûle peu à peu les tissus par un mécanisme analogue à celui de l’jnanition... La mort vient enfin terminer cette série de dégradations successives. Nous verrons bientôt le lien qui rattache ces phénomènes à la diminution de virulence dans le cas où le microbe est pathogène ; contentons-nous de remarquer, pour le moment, le rôle hygiénique de l’air dans les circonstances que nous venons d’examiner ». (Duclaux.)
Agents de destruction. — La végétation des bactéries est influencée par la température extérieure. La plupart présentent une grande résistance au fivid. Le bacille de la fièvre typhoïde survit longtemps dans la glace ; le bacille du pus bleu résiste plusieurs heures à 65° au-dessous de 0; les spores du bacille du charbon supportent à un refroidissement de — 130°. Pictet, en expérimentant une température de — 200a sur une trentaine d’espèces microbiennes différentes, à l’état végétatif ou sporulé, ne les a pas toutes tuées. Mais si ces températures ne détruisent pas les bactéries et surtout leurs spores, elles arrêtent leur développement.
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A la température de la glace fondante, il n y a qu’un très petit nombre d’espèces saprophytes qui puissent se multiplier. Les espèces parasites etpatho-, gènes exigent, en général, une température plus élevée, voisine de celle du corps de l’homme et des mammifères. La température favorable pour le développement de ces bactéries varie dans' les limites généralement comprises entre 15° et 40°, mais avec un point optimum différent suivant les espèces et, même souvent, suivant les milieux dans lesquels elles sont cultivées.
La chaleur sèche tue les formes végétatives des microbes, mais la plupart des spores y résistent.
Le plus grand nombre des bactéries cessent de se développer au-dessus de 50° et sont détruites par une température de 60° après un temps variable, mais les spores résistent à des températures supérieures ; les hautes températures agissent moins à sec que dans une atmosphère humide ou dans l’eau. Les spores du charbon, par exemple, placées dans du bouillon, résistent plus de 10 minutes à 95° et meurent’ à 100° en 5 minutes ; elles survivent au contraire plus de 10 minutes dans la vapeur d’eau, et dans l’air sec elles ne périssent qu’après un séjour de 3 heures à 140°.
La lumière a, comme la chaleur, une action très manifeste sur les bactéries. Elle tue en 30 heures la bactérie charbonneuse. Le bacille de la tuberculose meurt après quelques heures d’exposition au soleil. Duclaux, Arloing ont montré que l’exposition aux rayons du soleil arrêtait le développement des cultures ; que la mort des bactéries est d’autant plus rapide que l’insolation est plus forte -, que l’action bactéricide se produit môme à la lumière électrique, en présence de la glace et que la question de température ne. peut donc intervenir. L’essai des divers rayons colorés a établi que l’action bactéricide appartenait surtout aux radiations les plusréfrangiblesdu spectre bleu etvielet.
L 'oxygène, la lumière , la chaleur agissent conçu r «m comme agents de destruction L°«L esî un !'“ ,Jc destruction pour les microbes. Le bacille typhique y meurt en 81 jours et celui du choléra en semaines. Parfois, la destruction microbienne y
Mfïeü m raP'd<!' A'“SI dans ““ f,uils eontenant 680 hties demi, on versa 5 litres de bouillon de culture
renfermant 72 millions de germes par centimètre cube et au bout de 3 jours, on n’y retrouva plus de bacilles typhiques. p
La connaissance de toutes ces causes de mort auxquelles sont exposées les bactéries, nous permet de concevoir le maintien d’un équilibre suffisant entre leur pullulation et leur destruction. Il convient de ne pas oublier la grande résistance des spores qui comme les graines végétales, sont les agents de consenation de 1 espece.
Nous retrouverons, à propos de l’hygiène, l’utilisaon de ces notions et des principes qui doivent dirigei les méthodes et les applications de cette science.
Mode d’action des microbes. — Les microbes exercent directement et par eux-mêmes une action nocive . tantôt ils obstruent mécaniquement des capillaires et, en particulier, ceux des reins et des poumons, et occasionnent des infarctus, des trombus, des embolies ; tantôt ils attaquent et traumatisent certains éléments dans lesquels ils pénètrent (lèpre choléra, gonocoques); tantôt ils enlèvent l’oxygène comme la bactéridie charbonneuse; tantôt, enfin, ils dissolvent et mortifient les cellules, déterminent des dégénérescences, provoquent des phénomènes irritatifs (karyokinèse, diapédèse). Cependant, ce sont les poisons solubles qu’ils sécrètent, qui déterminent, surtout des troubles fonctionnels immédiats et des altérations nutritives plus tardives et plus durables.
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Les toxines microbiennes. — La découverte des poisons sécrétés par les microbes ou toxines bactériennes a modifié la première conception des maladies infectieuses* Pasteur invoquait la concurrence vitale dans laquelle les microbes et les cellules de l’organisme se disputaient les matériaux alimentaires charriés par le sang et la lymphe, luttaient, et l’un de ces éléments finissait par mourir d’inanition. Actuellement l’infection est considérée comme un chapitre de l'intoxication. C’est par leurs toxines que les microbes agissent et nuisent. Cette intoxication microbienne fut démontrée en 1884 par Lceffler pour la diphtérie, par Koch pour le choléra, puis elle s’étendit au tétanos, au charbon symptomatique, à la gangrène gazeuse, etc.
Pour le médecin, le microbe est moins intéressant par sa forme et son développement in vitro que par ses sécrétions et la toxicité de ses produits. Le microbe peut se localiser en un point restreint de l’organisme où il sera plus ou moins facile de lutter contre lui, mais ses toxines se répandent dans tout l’organisme où elles entreront en conflit avec toutes nos cellules. Ces corps toxiques microbiens reproduisent des lésions identiques à celles qu’occasionnent les microbes eux-mêmes.
Ces toxines bactériennes peuvent produire toutes les lésions des microbes : 1° elles détruisent les globules blancs ( leucocidines ) ou rouges ( hémolysines ) ; 2° elles augmentent les poisons contenus dans le corps ( ‘protéines et nucléo- albumines) ; substances toxiques formées soit par dissociation des substances nutritives, soit par synthèse ( toxo-mucines , toxalbumines, toxalbumoses, toxo-peptones) ; ptomaïnes , poisons putrides. Elles provoquent des manifestations locales ou générales et peuvent avoir une action élective sur certains organes, appareils ou tissus, et, en particulier, sur le système nerveux. Localement, elles sont
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susceptibles de déterminer de l’œdème inflammatoire de la suppuration, de la nécrose, de la gangrène! Quant aux phénomènes généraux, ils consistent en lièvre, frissons, troubles des combustions, de la respiration, de la sécrétion urinaire, état cachectique
îarrhée, etc. Sous 1 influence de ces toxines peuvent se développer ultérieurement des scléroses vjscérale= des cirrhoses ou des inflammations chroniques du cœur, des vaisseaux, du foie, des reins, des lésions des cellules motrices, des cornes antérieures de la moelle entraînant des paralysies, des atrophies musculaires, etc. C’est là une donnée fort importante au point de vue clinique.
Détail assez intéressant : les toxines microbiennes sont presque sans danger, lorsqu'elles sont ingérées. Le venin des serpents est presque détruit par le suc gastiique et la bile. L’éconofnie élimine la majeure partie des toxines qui sont très diffusibles. Ces poisons microbiens se comporteraient, d’après Courmont, comme des sortes de ferments susceptibles d’engendrer les toxines vraies aux dépens des humeurs, en vei tu d un acte enzymotique. L’opinion courante est que ces poisons microbiens agissent directement.
Ferments solubles. — Ces toxines microbiennes ont les caractères chimiques ettoxicologiquesdes ferments.
« Ce lapprochement, dit H. Roger, est acceptable aujourd hui surtout qu on tend à considérer le pou- ' oi1 fermentatif comme une propriété physique de la matière et le ferment comme une matière complète ayant reçu de la matière vivante un certain degré d’énergie, possédant, si l’on veut, une part de l’activité vitale, une matière demi-vivante, ou en tout cas.
1 expression la plus élevée de la matière dépourvue de vie. »
Les premiers travaux de Pasteur sur les fermenta-
LES maladies INFECTIEUSES
tions microbiennes démontrèrent que toute fermentation est corrélative d’un acte vital, le développement d’un micro-organisme, et qu’il existe une disproportion énorme entre le poids de l’organisme actif et celui du corps transformé. Toute fermentation exige le concours de plusieurs facteurs : d’abord l’organisme ferment, puis la substance fermentescible ; enfin un ensemble de conditions extérieures indispensables (présence ou absence d air ; température ; composition et réaction du milieu...) 5 mais alors, la fermentation se rapproche énormément, par ses caractères principaux, des actions diastasiques dues à ce qu’on appelait jadis les ferments chimiques.
Diastases, Zymases. — « Comme les microbes, ces ferments sont capables de transformer sous un poids minime des quantités considérables de matière ; comme les microbes, chacun d’eux agit sur certains composés et dans certaines conditions déterminées. » (Nicolle.) On s'est donc, dès le début, demandé si les fermentations microbiennes n’él aient pas dues tout simplement à ce que les micro-organismes sécrétaient des ferments solubles, des diastases , agissant secondairement sur les corps fermentescibles. Les preuves se sont accumulées au cours des travaux de ces dernières années, et, récemment, M. Buchner isolait de la levure de bière une diastase : la zymase qui, en dehors de la présence de toute cellule de levure vivante, transforme les sucres en alcool et acide carbonique. Les microbes n’agissent pas seulement par leur présence et par les phénomènes vitaux dont leur cellule même est le siège, mais encore par la production dans le milieu où ils se développent, de sécrétions et d'excrétions. Ces produits sont tantôt solubles dans le liquide où baigne la cellule microbienne, tantôt insolubles et fixés à la cellule même, mais ils sont actifs, indépendamment de la vie propre du micro-organisme
CL, soit qu’ils soient séparés par la filtration, soit eue les cellules soient tuées, ils déterminent les mêmes phénomènes que les microbes vivants.
La plupart des bactéries possèdent la propriété de sécréter des diastases. Plusieurs des microbes qui vivent dans l’intestin, comme le bacille amylozvme de Perdrix, transforment l’empois d’amidon en' sucre.' Dans l’intestin des herbivores, le bacille amylobacter aide a la digestion des substances végétales en attaquant leur cellulose.
On trouve des ferments analogues à la trypsine chez un très grand nombre d’espèces bactériennes Les germes qui pullulent dans le tube digestif y opèrent une digestion microbienne qui se superpose à la digestion naturelle.
Ici, les microbes travaillent pour nous et leur aide paraît nous être absolument indispensable. Les animaux soumis dès leur naissance à une alimentation strictement aseptique, ne peuvent se développer - et le scorbut infantile ou maladie de Barlow est parfois la conséquence de l’alimentation avec des produits stérilisés.
Nature des toxines. — A côté de ces sécrétions utiles analogues à celles qui sont formées par les cellules de notre organisme, se produisent les toxines.
Certaines qualités, comme la disproportion de l’effet produit avec la quantité de la substance active, semblent faire de ces produits de sécrétion, des corps analogues aux diastases.
Les toxines microbiennes n’ont pu être isolées à l’état de pureté et, par suite, leur nature reste encore un peu indécise. Elles se forment dans le corps cellulaire d’où elles diffusent plus ou moins facilement. Leur diffusion peut se faire hors de la cellule vivante, mais elle est cependant beaucoup plus active lorsque les cellules microbiennes sont mortes ou très malades.
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Bien des pathogènes ne donnent que des quantités insignifiantes "le poisons in vitro. Certains microbes conservent toutes leurs toxines dans le prctoplasma; la culture filtrée se montre inoffensive, tandis que les micro-organismes morts font périr les animaux : ainsi, deux centimètres cubes de culture en bouillon stérilisée de la pneumo-entérite de porcs injectés dans le péritoine d’un cobaye le tuent, tandis que quatre centimètres cubes de filtrat ne produisent aucun effet.
Les poisons microbiens ont leurs analogues dans les toxines végétales (abrine, ricine, robine), et animales (venins, principe actif du sang d’anguille), bien différentes des alcaloïdes et des ptomaïnes. Ils se caractérisent, avant tout, par leurs effets sur l’organisme des animaux.
Certains engendrent des troubles spécifiques (spasmes de la tétanine, paralysies de la diphtérie).
« Les toxines solubles agissent à des doses excessivement faibles; se dissolvent dans l’eau et la glycérine; dialysent très lentement et sont affaiblies par la filtration. Elles se montrent sensibles à la chaleur, à la lumière, à l’oxydation, aux changements de réaction, à divers agents chimiques. Elles résistent bien mieux à l’état sec qu’à l’état de solution. »
La toxine botulique jouit d’une activité extraordinaire. puisque un cinq millionième de centimètre cube de culture filtrée suffirait pour tuer une souris. De bonnes cultures filtrées de bacille tétanique tuent la souris par la toxine qu’elles contiennent, au 100/10006 de centimètre cube. Comment évaluer la quantité de substance active, lorsqu’on sait qu’un centimètre cube de culture de tétanos filtrée laisse 0 gr. 04 de résidu sec et que ce résidu ne perd, par la calcination, que O gr. 025 de matière organique dont la majeure partie ne saurait encore être rapportée à la toxine?
De même, le poison diphtérique tue le cobaye à des
doses voisines d’un millième de centimètre cube. Or, un centimètre cube de culture diphtérique filtrée, évaporée, donne 0 gr. 01 de résidu ; le résidu abandonne par calcination, 0 gr. 0004 de substance organique qui ne sont pas entièrement formés par la toxine.
Le vibrion cholérique, le bacille pesteux, le bacille typhique, la bactéridie charbonneuse, le bacille du pus bleu, le pneumocoque, le streptocoque, etc., sécrètent également des poisons solubles moins actifs et plus ou moins bien étudiés. Le staphylocoque produit une substance qui attaque spécialement les globules blancs.
D’autres microbes ne sécrètent pas de toxines diffusibles dans le milieu où ils se développent, mais leur corps cellulaire est imprégné de poisons qui ne s’en séparent pas et agissent malgré la mort de la cellule. « Les corps des microbes provoquent, tantôt un empoisonnement aigu ou lent, tantôt des abcès ou des granulomes. Les abcès se manifestent fréquemment quand on inocule des quantités croissantes sous la peau des animaux, dans le but de les hyperimmuniser contre tel ou tel organisme (bacille typhique, vibrion cholérique). Les bacilles tuberculeux morts engendrent des tuberculoses types. Le gonocoque détermine, chez les jeunes lapins, une conjonctivite purulente typique; cependant loin de se' multiplier, il disparaît rapidement de la muqueuse oculaire. Les phénomènes ne sont done imputables qu'à une action toxique ; et de fait les gonocoques stérilisés se comportent absolument comme les gonocoques vivants. » (Nicolle.)
« Cette notion (des poisons microbiens) n’est point du reste une pure curiosité de l’esprit; solidement assise, elle conduit à favoriser l’élimination. la destruction, la neutralisation de ces principes nocifs; elle apprend que tout n'est pas terminé alors même
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que les germes sont morts ; il faut encore compter avec leurs cadavres, avec leurs spores parfois si nuisibles, cédant peu à peu aux plasmas ambiants les poisons qu’ils récèlent en eux ou à leur surface ; il faut encore compter avec leurs sécrétions parfois très lentes à disparaître, accumulées, suivant les cas, dans des viscères spéciaux; il* faut surtout songer à la cel- - Iule, à la pathologie cellulaire, qui en dépit des nouveautés, demeure la pierre angulaire de l’édifice. Les microbes, leurs dérivés chimiques constituent à coup sûr des agents étiologiques considérables, mais ce qui domine la scène, dit Charrin, ce sont les perturbations anatomiques ou fonctionnels des tissus. »
« Surveillez le microbe, dit Bouchard, mais n’oubliez pas l’organisme et ses réactions. Glorifiez les progrès récents, mais soyez assurés que tout ne date pas d’hier et qu’il y a encore une médecine. La connaissance des réactions de l’organisme contre les causes morbifiques est encore aujourd’hui, comme au temps d’Hippocrate, l’essence même de la médecine... Il ne faut pas oublier qu’il y a place dans la thérapeutique générale des maladies infectieuses pour une thérapeutique physiologique qui vise, non pas le microbe, mais l’organisme. »
A côté de la graine microbienne se trouve le terrain organique qui joue un rôle important dans le développement des maladies infectieuses et la propagation des épidémies ,