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CHAPITRE VII

LES MALADIES HÉRÉDITAIRES

L’Hérédité. — « L'hérédité est une loi biologique d’après laquelle les êtres vivants tendent à se répéter dans leurs descendants et à leur transmettre leurs propriétés. » (Ribot.)

L’hérédité est la transmission non des modifications anatomiques, mais des modifications fonctionnelles; elle est régie par la loi de conservation du type ancestral et par la loi de l’évolution. L’homme a, avec ses ancêtres et sa postérité, des rapports étroits qui règlent l’existence normale ou viciée de l’humanité. On pourrait dire d’une façon imagée que chaque individu vivant possède une page du Grand Livre de la vie sur lequel il inscrit au « Doit » les fautes et les erreurs et à « V Avoir » les qualités et les bonnes actions; ce que reçoivent ses enfants c’est le report de l’excédent de bon ou de mauvais : « Quel monstre est-ce, dit Montaigne, que ceste gouLte de semence de qui nous sommes produits, porte en soy les impressions non de la forme corporelle seulement, mais des pensements et des inclinaisons de nos pères? Ceste goutte d’eau où loge en elle ce nombre infini de formes ? Et comment portent-elles ces ressemblances d’un progrès si téméraire et si desréglé que 1 arrière fils respondra à son bisaïeul, le nepveu à l’oncle. »

Au point de vue médical, l’hérédité a, pendant longtemps, été simplement constatée dans la phtisie,

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la folie, le cancer. La science moderne a dépisté l’hérédité dans les cas où elle semblait faire défaut et a élucidé en partie le mécanisme de la fonction héréditaire pathologique.

Hérédité collatérale similaire. — L’étude de la collatéralité est de nature à préciser et à, éclairer souvent les renseignements fournis par 1 hérédité directe. On a noté, à propos de l’épilepsie, 1 existence de cette névrose dans la proportion moyenne de 4,5 pour l’hérédité directe et de 17,1 pour 1 hérédité collatérale. En somme, la clinique devra tenir compte de l’état pathologique des frères et sœurs d’un malade tout autant que de celui du père et de la mère. C’est ainsi que dans le cancer, la tuberculose, le diabète et les affections dites familiales, la maladie similaire est retrouvée, chez les frères et chez les sœurs du .sujet examiné, plus fréquemment que chez les ascendants et chez les descendants. Bouchardat faisait remarquer que le diabète était plutôt une maladie fraternelle qu’une maladie héréditaire.

Pour l’alcoolisme et la syphilis, le principal héritage de la descendance est un état biologique inférieur avec les tares banales qui le manifestent et les maladies qui viennent se greffer sur lui. La morti-natalité, la diathèse convulsive, les lésions de la peau, des organes, du système nerveux, des sens, et la tuberculose, ce grand confluent, cet aboutissant habituel des détériorations morbides et des infériorités organiques, atteignent la famille de l’alcoolique et du syphilitique dans les collatéraux et n’existent pas chez les ascendants.

Ces manifestations collatérales identiques se traduisent par des maladies familiales, par des folies gémellaires, par des délires à deux ou à plusieurs, etc. C’est en pathologie que l’on peut dire que l’individu ressemble plus à ses frères qu’à ses parents et le doc-

teur Toulouse a insisté avec raison sur la valeur de 1 hérédité collatérale similaire en pathologie.

De plus, les maladies héréditaires et en particulier les maladies nerveuses sont susceptibles de se modifier en passant des ascendants chez les descendants. Tantôt on observe la transmission de la même maladie. L’histoire de cet épileptique dont huit fils et trois petits-fils lurent frappés du même mal est classique, et Etcheveria a relevé 78 cas d’épilepsie sur 533 enfants provenant de parents atteints de cette affection.

A mesure que les générations se succèdent, le mal apparaît plus tôt et la descendance finit par s’arrêter. Tantôt 1 épileptique, le délirant, le monomaniaque donne naissance à des produits diversement tarés. Habituellement, ces tares s’aggravent en se transformant et en se transmettant, puis elles augmentent démesurément à l’occasion des difficultés et des défectuosités dont l’existence est remplie.

Les tares nerveuses héréditaires n’attendent souvent qu’une occasion pour se révéler ou pour éclater bruyamment, comme il suffit d’ajouter à une solution sursaturée de sulfate de soude un cristal de ce sel pour amener la solidification de toute la masse.

Hérédité homologue et hétérologue. — L’hérédité peut donc être soit homologue, soit hétérologue. La descendance des tarés, des nerveux, des alcooliques, des déments, etc., s'arrête vite : c’est un bien pour l’espèce.

Les tares héréditaires et leurs effets cumulatifs.

— A un degré moins avancé, les tares héréditaires sont insuffisantes pour entraîner ces conséquences : elles se complètent par les tares acquises, le surmenage, les maladies infectieuses, l’alcoolisme, les ambitions déçues, les obstacles élevés par les préjugés sociaux, etc. Dans la classe ouvrière, des villes sur-

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tout, l’ivrognerie s’associe à l’alcoolisme et dans les classes riches et élevées, l’arthritisme domine et •l’hystérie s’unit à la neurasthénie pour engendrer des dipsomanes, des dégénérés; enfin, la classe moyenne participe aux défauts de l’une et de l’autre, et, comme la catégorie plus élevée, rapproche dans les unions, les mêmes tares morbides qui s’accroissent sans cesse.

Souvent l’union consanguine accumule sur la tête du rejeton la somme des tares des générateurs; elles s'additionnent, se cumulent, se capitalisent d’autant mieux quelles sont de même nature. Et l’histoire enregistre avec une lamentable monotonie la décadence des grandes familles aux périodes brillantes, au passé fertile en noms illustres et en faits glorieux. La cause de cette déchéance tient surtout aux défauts du milieu social incessamment répétés, aux unions consanguines multipliant, exagérant les mêmes tares, sans en effacer aucune, par l’apport de. principes neufs et vivifiants. En voici des exemples historiques :

Les legs héréditaires s’observent dans une proportion variant de 23 à 90 %. Ils sont bien mis en relief dans le livre que M. Brachet vient d’écrire sur la Pathologie mentale des Rois de France et sur Y Etude d’une vie humaine à travers six siècles d'hérédité (de 852 à 1483). Cette enquête historique porte sur trente et une générations de la maison de France et sur cinq cent soixante ascendants.

Cette étude de pathologie historique montre qu’à travers vingt générations ascendantes, Charles Quint a . une équation morbide dérivée surtout du côté maternel, de l’hérédité de Jeanne la Folle et du côté paterjnel, des maladies héréditaires dépendant de l’état de Charles le Téméraire et de sa femme Isabelle de Bourbon. L’épilepsie de Louis XI est établie par une série de documents historiques, thérapeutiques, etc. On relève tous les cas qui ressortissent à la neuropathologie, dans les sept générations des ducs de

Bourgogne, depuis Robert de Clermont, tige de la dynastie, jusqu'au septième duc avec lequel s'éteint la lignée mâle. La folie de Charles VI trouve une de ses causes initiales dans le fait qu’il est descendant de deux frères, fils de Louis VIII, mariés à deux sœurs et qu’aucun des mariages, pendant ces deux cent trente-cinq ans ne s’est exercé au dehors de cette famille de saint Louis. Charles yi était en outre fils d’une détraquée chargée elle-même d’hérédité des deux côtés. Son hérédité maternelle était vésanique et son héi’édité paternelle, arthritique. Il mourut luimême, en proie au délire des persécutions. L'histoire regorge d’aussi tristes exemples.

De la bénigne neurasthénie à la folie la plus grave, de la dégénérescence à la démence complète, l’hérédité demeure la grande source des maladies nerveuses. Une sorte de fatalité préside à l’éclosion de ces phénomènes pathologiques qui se reproduisent chez l’enfant à la même heure, dans les mêmes circonstances que chez les parents. La folie, les psychoses, les névroses (hystérie, neurasthénie) obéissent aux mêmes lois. Elles peuvent cependant être acquises, mais elles offrent un caractère de gravité supérieure, quand elles sont héréditaires.

Tout individu entaché de l’hérédité neuro-pathologique, atteint dans ses œuvres vives, est en mauvaise posture pour résister aux attaques du dehors, car il porte en lui un germe de destruction. Faut-il s’étonner que des utopistes aient proposé de sélectionner artificiellement l’humanité et d’écarter légalement de la procréation ceux qui, frappés d’une tare, risquent de souiller la descendance?

C’est ainsi que, dans ce but, on a essayé de corriger, malgré eux, par l’internement systématique et la cure forcée sous la protection de la loi, les alcooliques invétérés qui sont un péril permanent, non seulement à cause de leurs délits personnels, mais aussi en

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raison de la propagation héréditaire de l’alcoolisme et de la naissance des hérédo-alcooliques , êtres frappés de dégénérescence et voués à la criminalité, s’adaptant mal au milieu social et ayant des réactions dangereuses provoquées par l’exemple de l’entourage, le milieu et le besoin de boire. Ainsi, sur cinq cents dégénérés issus de parents alcooliques, le tiers a commis des crimes, et beaucoup d’entre eux étaient hystériques ou épileptiques et candidats à la folie.

Les Dégénérescences. — La dégénérescence a pour caractères : la débilité mentale, l’instabilité, la perversion des sentiments et les tares physiques. C’est une résistance évolutive amoindrie ayant pour critérium l’extinction individuelle et spécifique. L’évolution est compromise ou anéantie. La dégénérescence a des allures essentiellement dégénératives. Elle se traduit encore par l’affaiblissement de l’énergie de résistance psycho-physique ; elle va du déséquilibre mental, de la débilité organique .jusqu’à l’idiotie complète. Les désordres de la dégénérescence marchent vite chez les descendants d’alcooliques, obèses, goutteux ou arthritiques.

Les dégénérés se divisent en deux grandes classes : les dégénérés supérieurs avec simples lacunes dans le jugement, le caractère, la sensibilité morale, dont les qualités brillantes cachent la tare originelle et qui parfois ont des excentricités, des bizarreries, un défaut d’équilibre des facultés intellectuelles, l’hypertrophie du moi, l’instabilité du caractère et des sentiments, et les dégénérés inférieurs , épuisés et vaincus, qui descendent irrévocablement la pente fatale.

Ces troubles psychiques de la dégénérescence, ce tempérament nerveux particulier (Maudsley) peuvent aller à l’extrême et toucher presque à la folie. La dégénérescence est caractérisée par certains stigmates.

Ils ont été divisés en stigmates anatomiques , bio-

logiques ou fonctionnels et sociologiques , fixant les uns et les autres le quantum de régression et de dégénération.

Les stigmates anatomiques , pièces d’identité de la dégénérescence, sont multiples; c’est leur association qui fait leur valeur, car en se basant sur un seul signe on risquerait de classer parmi les dégénérés bien des personnalités marquantes. Ces principaux stigmates de dégénérescence sont les suivants :

Crâne. — a) Microcéphalie (avec asymétrie et soudure des os du crâne).

b) Macrocéphalie (par hydrocéphalie).

c) Scaphocéphalie (crâne en carène de navire).

d) Phagiocéphalie (crâne oblique ovalaire).

e ) Acrocéphalie (crâne en pain de sucre).

f) Saillie exagérée de la protubérance occipitale externe. Face. — Asymétrie, prognatisme (saillie de la mandibule

considérée par Lumbroso comme signe de la dégénérescence criminelle).

Bouche. — Vicieuse implantation des dents, voûte ogivale, hypertrophie de la lèvre inférieure, bégaiement, bredouillement.

Oreille externe. — Déplissement de l’hélix, absence ou état rudimentaire de certaines parties constitutives, écartement de l’oreille.

Yeux. — Strabisme.

Membres. — Syndactylie, polydactylie, pied-bot, etc.

Tous ces stigmates sont plutôt des éléments d’appréciation, car on les constate aussi souvent à ITlôpital qu’à l’Asile .

Le docteur Rey a trouvé comme caractères différentiels du crâne des aliénés une exagération constante de la région pariétale et un faible développement de la région frontale avec l’élévation de 1 indice céphalique et la faiblesse relative des indices frontaux et vertico-transvcrsal.

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Ces caractères craniométriques établissent surtout une distinction anatomique entre la folie proprement dite liée à la dégénérescence et les états cérébraux acquis. Ainsi que nous l’a obligeamment montré le docteur Rey, c’est la dégénérescence qui prédomine dans la population des Asiles.

C’est la caractéristique du mouvement des admissions depuis quelques années. La dégénérescence s’y manifeste par les signes physiques déjà indiqués auxquels il convient d’ajouter le défaut de proportion des membres, des anomalies des organes génitaux, etc., et s'y traduit par des signes intellectuels (débilité mentale, instabilité, défaut d’attention, puis particularités des idées délirantes, prédominance des idées de vanité, idées délirantes d’ordre inférieur, variabilité des conceptions délirantes, fréquence des actes impulsifs).

Un des caractères actuels de l’aliénation mentale est sa précocité. Le nombre des sujets jeunes, de quinze à vingt ans, atteints de folie, a notablement augmenté dans tous les Asiles. C’est la preuve de l’influence de la dégénérescence. Elle se montre actuellement dans tous les milieux sociaux, dans les grands centres et les milieux ruraux. Il existe même des faits de paralysie générale dite juvénile * survenant chez des sujets de dix à douze ans. Ce sont des cas ayant surtout, pour origine, la syphilis héréditaire.

Les causes de dégénérescence habituellement notées sont: la syphilis héréditaire (hérédo-syphilitiques), l’alcoolisme ancestral et autres états nerveux ou infectieux des ascendants. Ce sont des conditions favorables au développement de la folie dont les causes déterminantes habituelles sont: l’alcoolisme, la syphilis, les maladies infectieuses, la puerpéralité et, moins souvent le traumatisme, l’intoxication palustre.

Les causes morales n’ont pas la prépondérance qu’on a coutume de leur accorder.

Les dégénérés délirent avec la plus grande facilité ; ils peuvent même se livrer à des actes délirants sans que l’intelligence paraisse profondément atteinte.

Les dégénérés forment l’armée des délinquants de toute espèce. La moitié des inculpés offrent des marques dégénératives. Certains dégénérés, sans délire, se livrent à des actes répréhensibles incapables de résister à leurs mauvais instincts.

Le dégénéré, l’hérédo-alcoolique en particulier, étant une unité nuisible et dangereuse, la société doit s’en garer, favoriser leur développement moral et intellectuel tout en n’oubliant pas que oc sont des candidats au crime, les enrôler dans des sociétés enfantines de tempérance, les soustraire autant que possible à leur déplorable milieu familial et, au besoin, placer dans des refuges, des asiles, des colonies familiales ou agricoles ces dégénérés à responsabilité atténuée.

En partie responsable, la société ne doit pas se venger; elle doit plutôt se défendre du dégénéré et surtout de l’hérédo-alcoolique, qui a cependant pour circonstances atténuantes : l’encouragement donné par l’Etat à la vente des spiritueux et les influences héréditaires rappelant le fatum antique et pesant toujonrs sur l’évolution et la destinée du prédisposé.

Génie, folie, crime. — Moreau de Tours a défini le génie une névrose et a fait remarquer que le génie est souvent associé, dans les familles, à la névrose et même à la folie. La supériorité intellectuelle de certains dégénérés supérieurs est bien connue. L’histoire nous apprend, du reste, que Socrate causait avec son génie familier, que Pascal était en proie à des hallucinations, et que J. -J. Rousseau était atteint d’hypocondrie et avait des vices

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secrets. Dans le même ordre d’idées, le docteur Tou louse vient de faire des études intéressantes l’état mental et les signes de dégénérescence de nos contemporains. Mais il existe deux catégories de dége nérés : l’une, celle des dégénérés supérieurs, auxquels peuvent appartenir certains hommes de geme et qu’Aristote considérait déjà « comme supérieurs aux autres hommes »; l’autre, celle des dégénérés inférieurs, qui forment le lot des criminels. Et encore ne faut-il rien exagérer, car, récemment, un médecin aliéniste distingué nous disait que c’était sur un juge fort estimé qu’il avait vu les plus beaux stigmates de dégénérescence et de criminalité. Par contre, des paralytiques généraux à la première période peuven avoir des éclairs de génie ou produire d excellentes œuvres. Il serait facile d’en citer d’assez nombreux exemples pris chez nos littérateurs et artistes modernes ou contemporains.

Dans un ordre d’idées moins élevé, nous pourrions ajouter le cas d’un paralytique général qui donna à son banquier des ordres de bourse qui, s’ils avaient été- exécutés, auraient procuré un bénéfice de 3 mil-

lions.

Ainsi que le fait remarquer H. Roger, les hommes de génie comme les fous diffèrent des hommes pondérés par un même caractère : ils ont des idées opposées à celles de la majorité.

Dans sa fable intitulée : Démocrite et les Abdéntains , La Fontaine dépeint délicieusement cet état d’esprit des foules :

Ces gens étaient les fous, Démocrite, le sage.

Chez l’homme de talent, les idées continuent et complètent celles qui ont cours à son époque ; chez l’homme de génie, elles s’en éloignent et en diffèrent. « Supposons, dit H. Pmger pour fixer les idées, un

angle dont les côtés se prolongent à l’infini ; au sommet nous placerons la folie, sur la branche montante le génie, et le crime sur la branche descendante. Si les deux états psychiques ont un point commun, il est facile de comprendre qu’ils vont constamment en divergeant et que les différences s’accusent de plus en plus à mesure que l’homme de génie s’élève et que le criminel s’abaisse. »

Criminalité. — La dégénérescence conduit à la criminalité, et il y a un parallélisme évident entre la précocité du criminel et la précocité de la folie.

Le criminel-né est une conception de Lumbroso qui tend à être délaissée. Les principaux caractères anatomiques présentés par le criminel-né sont la brièveté de la suture ethmoïdo-lacrymale, en comparaison de la longueur de l’os lacrymal (atavisme, races inférieures). Les têtes d’assassins se distinguent par une microcéphalie frontale remarquable, ainsi que par un remarquable agrandissement de la largeur bigoniaque et de toutes les mesures faciales. Le criminel, d’après Lumbroso, est une variété humaine caractérisée par un front petit et un visage grand.

Il existe, chez l’assassin, des anomalies des circonvolutions cérébrales dont la couche granuleuse est très réduite chez le criminel-né et contient un beaucoup plus grand nombre de cellules pyramidales géantes qu’à l’état normal. L’atrophie de la couche granuleuse rapproche donc le cerveau du criminel-né de celui des animaux. Le criminel-né présente encore un processus spécial supra-condylien de l’humérus, des variétés de vertèbres, des anomalies des organes internes, des pieds plats, des sillons palmaires; il affectionne le tatouage.

Assez souvent la dégénérescence et la criminalité s’impliquent mutuellement. La dégénérescence est iLssez souvent un facteur de criminalité; elle la pré-

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pare sans lui être adéquate : c’est son terrain d’éclosion. La dégénérescence prédispose au cnme qui n’est guère accompli sans prédisposition criminelle Elle n’est donc pas un facteur constant de criminali Le crime a été envisagé aussi comme un syn ronofe dégénératif, comme un produit de la dégénérescenc , mais, comme on l’a fait remarquer, il est des crimes tenant avant tout aux circonstances extérieures traduisant uniquement des instincts normaux violentés par le milieu; ils sont sans lendemain, au point de vue de la dégénérescence et du déséquilibre. Dallemagne classe les dégénérés : en sociables i, asociaux (indisciplinés, vagabonds, paresseux) antisociaux et extra-sociaux. Ces derniers mettent la société en péril, ce sont des criminels d’instinct et de sang; et il ajoute que la dégénérescence et la criminalité ne sont que des symboles qui servent a grouper sous une même rubrique des faits reliés par un même lien doctrinal. La prédisposition criminelle a pour pendant la prédisposition dégénératrice. Chaque crime relève à la fois des facteurs propres à l’individu et d’influences émanées des milieux ambiants. Le crime est la résultante d’un ordre complexe de facteurs anthropologiques, physiques, sociaux. Le milieu social et physique pousse au crime les dégénérés au point de vue organique et psychique.

11 existe donc des criminels d’instinct, de vocation, de profession, des criminels-nés (chez lesquels la prédisposition est au maximum tandis que les circonstances n’ont qu’une valeur accessoire), et des criminels d’occasion, par passion, par nécessité, par égarement mo.mentané, par conspiration des circonstances, à prédisposition minimum. Le crime est un fait complexe et le criminel un être varié.

A côté du criminel-né, Lumbroso décrit le crimi-

naloide :

Actuellement, l’opinion courante des aliénistes est

Les causes morales n’ont pas la prépondérance qu’on a coutume de leur accorder.

Les dégénérés délirent avec la plus grande facilité; ils peuvent même se livrer à des actes délirants sans que l’intelligence paraisse profondément atteinte.

Les dégénérés forment l’armée des délinquants de toute espèce. La moitié des inculpés offrent des marques dégénératives. Certains dégénérés, sans délire, se livrent à des actes répréhensibles incapables de résister à leurs mauvais instincts.

Le dégénéré, l’hérédo-alcoolique en particulier, étant une unité nuisible et dangereuse, la société doit s’en garer, favoriser leur développement moral et intellectuel tout en n’oubliant pas que « sont des candidats au crime, les enrôler dans des sociétés enfantines de tempérance, les soustraire autant que possible à leur déplorable milieu familial et, au besoin, placer dans des refuges, des asiles, des colonies familiales ou agricoles ces dégénérés à responsabilité atténuée.

En partie responsable, la société ne doit pas se venger ; elle doit plutôt se défendre du dégénéré et surtout de l’hérédo-alcoolique, qui a cependant pour circonstances atténuantes : l’encouragement donné par l’Etat à la vente des spiritueux et les influences héréditaires rappelant le fatum antique et pesant toujours sur l’évolution et la destinée du prédisposé.

Génie, folie, crime. — Moreau de Tours a défini le génie une névrose et a fait remarquer que le génie est souvent associé, dans les familles, à la névrose et même à la folie. La supériorité intellectuelle de certains dégénérés supérieurs est bien connue. L’histoire nous apprend, du reste, que Socrate causait avec son génie familier, que Pascal était en proie à des hallucinations, et que J. -J. Rousseau était atteint d'hypocondrie et avait des vices

LES MALADIES HÉRÉDITAIRES

secrets. Dans le même ordre d’idees, le docteur louse vient de faire des études intéressantes sur l’état mental et les signes de dégénérescence de nos contemporains. Mais il existe deux catégories de déeé nérés : l'une, celle des dégénérés supérieurs, auxquels peuvent appartenir certains hommes de geme et qu’Aristote considérait déjà « comme supérieurs aux autres hommes »; l’autre, celle des degeherés inférieurs, qui forment le lot des criminels. Et encore ne faut-il rien exagérer, car, récemment, un médecin aliéniste distingué nous disait que c’était sur un juge fort estimé qu’il avait vu les plus beaux stigmates de dégénérescence et de criminalité. Par contre, des paralytiques généraux à la première période peuvent avoir des éclairs de génie ou produire d excellentes œuvres. 11 serait facile d’en citer d’assez nombreux exemples pris chez nos littérateurs et artistes modernes ou contemporains.

Dans un ordre d’idées moins élevé, nous pourrions ajouter le cas d’un paralytique général qui donna a son banquier des ordres de bourse qui, s’ils avaient été’ exécutés, auraient procuré un bénéfice de 3 millions. ,

Ainsi que le fait remarquer H. Roger, les hommes

de génie comme les fous diffèrent des hommes pondérés par un même caractère : ils ont des idées opposées à celles de la majorité. .

Dans sa fable intitulée : Démocrite et Les Abderitains , La Fontaine dépeint délicieusement cet état d’esprit des foules :

Ces gens étaient les fous, Démocrite, le sage.

Chez l’homme de talent, les idées continuent et complètent celles qui ont cours à son époque ; chez l’homme de génie, elles s’en éloignent et en diffèrent. « Supposons, dit H. Roger pour fixer les idées, un

angle dont les côtés se prolongent à l’infini; au sommet nous placerons la folie, sur la branche montante le génie, et le crime sur la branche descendante. Si les deux états psychiques ont un point commun, il est facile de comprendre qu’ils vont constamment en divergeant et que les différences s’accusent de plus en plus à mesure que l’homme de génie s’élève et que le criminel s’abaisse. »

Criminalité. — La dégénérescence conduit à la criminalité, et il y a un parallélisme évident entre la précocité du criminel et la précocité de la folie.

Le criminel-né est une conception de Lumbroso qui tend à être délaissée. Les principaux caractères anatomiques présentés par le criminel-né sont la brièveté de la suture ethmoïdo-lacrymale, en comparaison de la longueur de l’os lacrymal (atavisme, races inférieures). Les têtes d’assassins se distinguent par une microcéphalie frontale remarquable, ainsi que par un remarquable agrandissement de la largeur bigoniaque et de toutes les mesures faciales. Le criminel, d’après Lumbroso, est une variété humaine caractérisée par un front petit et un visage grand.

Il existe, chez l’assassin, des anomalies des circonvolutions cérébrales dont la couche granuleuse est très réduite chez le criminel-né et contient un beaucoup plus grand nombre de cellules pyramidales géantes qu’à l’état normal. L’atrophie de la couche granuleuse rapproche donc le cerveau du criminel-né de celui des animaux. Le criminel-né présente encore un processus spécial supra-condylien de l’humérus, des variétés de vertèbres, des anomalies des organes internes, des pieds plats, des sillons palmaires; il affectionne le tatouage.

Assez souvent la dégénérescence et la criminalité s’impliquent mutuellement. La dégénérescence est iLssez souvent un facteur de criminalité; elle la pré-

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pare sapa lui être adéquate : c’est sou terrain d'éclosion. La dégénérescence prédispose au crime q n’est guère accompli sans prédisposition crimine e Elle n’est donc pas un facteur constant de crimina Le crime a été envisagé aussi comme un syndrome dégénératif, comme un produit de la dégénérescence, mais, comme on l’a fait remarquer, il est des crimes tenant avant tout aux circonstances extérieures traduisant uniquement des instincts normaux violentés par le milieu; ils sont sans lendemain, au point de vue de la dégénérescence et du déséquilibre. .

Dallemagne classe les dégénérés : en sociables , asociaux (indisciplinés, vagabonds, paresseux) antisociaux et extra-sociaux. Ces derniers mettent la société en péril, ce sont des criminels d instinct et de sang ; et il ajoute que la dégénérescence et la criminalité ne sont que des symboles qui servent a grouper sous une même rubrique des faits reliés par un même lien doctrinal. La prédisposition criminelle a pour pendant la prédisposition dégénératrice. Chaque crime relève à la fois des facteurs propres a 1 individu et d’influences émanées des milieux ambiants. Le crime est la résultante d’un ordre complexe de facteurs anthropologiques, physiques, sociaux. Le milieu social et physique pousse au crime les dégénérés au point de vue organique et psychique.

Il existe donc des criminels d’instinct, de vocation, de profession, des criminels-nés (chez lesquels la prédisposition est au maximum tandis que les circonstances n’ont qu’une valeur accessoire), et des criminels d’occasion, par passion, par nécessité, par égarement momentané, par conspiration des circonstances, à prédisposition minimum. Le crime est un fait complexe et le criminel un être varié.

A côté du criminel-né, Lumbroso décrit le crimi-

nalo'ide :

Actuellement, l’opinion courante des aliénistes est

ooo

que le crimineb-né n’est pas un type spécial. C’est le résultat d’une série de composants pathologiques, cérébraux, atavistiques avec intoxication du germe. On trouve tous les passages d’une part entre le^criminelné et le criminel d’occasion, et, d’autre part, entre le criminel-né et l’être normal ou bien atteint de folie héréditaire ou congénitale. Toutes les anomalies que présentent les criminels se trouvent chez les aliénés. Ce sont les descendants d ’ alcooliques chroniques qui sont souvent atteints de « moral însanity » innée. Ce sont ces dégénérés qui constituent les criminels-nét par excellence.

Quand l'état de dégénérescence se manifeste au triple point de vue somatique, mental et moral, on doit conclure à l’irresponsabilité, bien que le crime ou le délit ait été commis en dehors de toute conception délirante.

Il conviendrait donc de sauvegarder la société au moyen d’assistances pour les anormaux (dès le basâge) et pour les aliénés criminels.

En présence de l’importance du terrain psychopathique et du rôle considérable joué par l’hérédité sous toutes ses formes, on s’est demandé si toutes les formes d’aliénation mentale ne développaient pas sur un fond de dégénérescence. Ne serait-elle pas la source de la paralysie générale elle-même, des divers états de démence, des folies légères comme des folies les plus graves?

Cette opinion a été soutenue par certains maîtres aliénistes ; mais à la dégénérescence il convient d’ajouter d’importants facteurs étiologiques, tels que le surmenage, les intoxications, les infections, etc.

Hérédo-syphilis. — Après avoir pénétré tout l’organisme du père, le virus syphilitique, si riche en méfaits dans la liste des maladies héréditaires, diffuse dans la substance intime du rejeton; il résiste parfois

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aux moyens les plus énergiques, glissant de généra tion en génération, adultérant les humeurs, 1 les organes, abâtardissant les descendants.

La syphilis intervient souvent à titre de cause gé raie dans cerla, nés névroses ou P*jch0«., fs au’on puisse dire quelle est sa part exacte , elle aussi son hérédité propre avec ses lésions, ses symptômes. En somme, son hérédité est très souvent om -

‘T* syphilis maternelle a plus de chances d'être cornmuniquée à l’être qui reste en contact intime avec la nièrent pendant de longs mois, que la syphilis paternelle qui ne peut agir que par l’intermédiaire de là cellule^ fécondante, par la virulence du spermatozoïde, sans même contaminer la mère qui peut etre ainsi immunisée contre une atteinte ultérieure.

La syphilis est une grande cause de maux sociaux

et individuels. . . . .

L’enlânt, dont la syphilis a souillé 1 origine, devient

très souvent l’occasion de troubles graves dans les

^Les^enfants de l’avarié meurent dans des proportions effrayantes, dès le début de leur vie intra-utérine Les avortements nombreux dans une lamille doivent attirer l’attention du médecin et faire soupçonner une syphilis paternelle.

Beaucoup d’enfants issus de syphilitiques succombent peu après leur naissance, et plus rarement, au

bout de quelques années. .

La syphilis est une cause d’affaiblissement de la descendance qui devient impropre à la procréation : dépopulation , dégénérescence , voilà les deux grands troubles sociaux dont la syphilis, plus que toute autre maladie, est la cause formelle et avérée.

L’enfant qui, par bonheur, échappe à la mort prématurée et anticipée, est le plus souvent voué à des affections nettement de même nature que l’infection

paternelle, ou différentes, mais y puisant leur source.

Fœtus macérés ou difformes, monstres bizarres ou hideux, enfants inachevés avec bec-de-lièvre, imperforation des organes génitaux-urinaires, cœur incomplet, hydrocéphales, rachitiques, paralytiques généraux, adolescents cachectiques, débiles ou malformés. Telle est, au point de vue social et individuel, l’influence désastreuse de la syphilis.

La famille syphilitique et sa descendance vient d’être bien étudiée par Tarnowsky, qui fait l'historique de l’hérédité syphilitique à partir du xv* siècle. La syphilis de la première génération exerce une influence plus défavorable sur l’embryon que la syphilis de la seconde génération : en effet, la comparaison des produits de la deuxième et de la troisième génération présente deux fois plus de cas de syphilis héréditaire et de dystrophies que la troisième génération. Cette troisième génération ne serait atteinte de phénomènes hérédo-syphilitiques que quand les parents de la deuxième génération sont affligés de syphilis binaire , c’est-à-dire contractent la syphilis, se marient et ont des enfants, ou bien encore quand les représentants de la deuxième génération se marient à des sujets atteints de syphilis acquise. Sur 41 familles de la deuxième génération pure ayant donné 122 grossesses, aucun produit n’a eu de signes de syphilis héréditaire. La syphilis de la première génération ne se transmet donc ni directement, ni en sautant une lignée, à la troisième génération sous forme de phénomènes hérédo-syphilitiques.

Cette opinion est différente de celle de Fournier et Jullien. L’hérédo-syphilis n’aurait donc sur la troisième génération qu’une influence purement dystrophique deux fois plus faible que celle qu’exerce la première génération sur la deuxième. On peut observer des formes abortives de syphilis acquise dans la des-

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cendance des syphilitiques. Cette syphilis binaire , c’està-dire contractée par un enfant né de parents syphilitiques, offre des variations dans sa marche, comparativement au cours habituel de la syphilis acquise pure, et de la syphilis héréditaire : il peu y avoi syphilis binaire abortive ou bénigne ou atypique.

Elle a sur la descendance, c’est-à-dire sur la roisième génération, la triste influence suivante : augmentation du nombre des fausses couches, des mortsnés, et des morts au cours des deux premières années, manifestations de l’hérédo-syphilis, différentes dystrophies. La syphilis binaire exerce aussi une action beaucoup plus funeste sur la troisième génération, au point de vue de la vitalité de l’embryon que a syphilis acquise de la première génération sur la deuxième. Elle donne un plus grand nombre de descendants malades et dégénérés que la deuxième génération syphilitique pure. La syphilis binaire est une des principales causes de l’extinction de la population dans les endémies syphilitiques..

Ce sont les syphilotoxines qui, d’après Hallopeau, constituent les intermédiaires obligés entre le microbe et les manifestations syphilitiques. Ces toxines ont une action locale immédiate et médiate ainsi qu une influence générale ; elles ne produisent ni les accidents ternaires et quaternaires ni la transmission héréditaire qui proviennent de proliférations microbiennes. Cependant dans la syphilis héréditaire à la première et à la deuxième génération, elles peuvent déterminer l’infantilisme, la sénescence précoce, les dystrophies indélébiles.

En résumé, la syphilis héréditaire peut se manifester de trois manières : 1° avant la naissance, in utero, c’est la syphilis fœtale , qui cause un grand nombre d’avortements, d’accouchements prématurés et de cas de mort du fœtus ; 2° quelques semaines après la naissance, c’est la syphilis du nouveau-né ; 3° tardive -

ment. La syphilis héréditaire précoce peut être transmise par des parents syphilitiques au moment même de la procréation ou après la fécondation par contagion ou infection intra-utérine. L’hérédité peut être mixte ou maternelle , soit par infection ovulaire, soit plus tard par infection placentaire, ou •paternelle. Dans la syphilis conceptionnelle , la mère reçoit la syphilis in utero par la voie placentaire, par le sang. D’après la loi de Baumès et de Colles, un enfant procréé syphilitique par un père syphilitique n’infecte jamais sa mère saine en apparence. Dans la syphilis héréditaire, la transmission de la syphilis au fœtus s’opère donc par le sperme ou par l’ovule, ensemble ou séparément ; alors l’œuf est infecté d’emblée, dès la fécondation ou bien secondairement par la circulation placentaire pendant la formation de l’œuf.

La transmissibilité héréditaire persiste plus longtemps chez la femme que chez l’homme. Plus la syphilis des parents est ancienne et moins la syphilis héréditaire devient probable dans le cas de grossesses répétées.

La syphilis est donc un véritable facteur de dépopulation : ainsi, les enfants issus d’un père syphilitique meurent dans la proportion de 1 sur 4, et elle s’élève à 71 pour 100 si la mère est atteinte de syphilis. L’enfant est presque fatalement condamné à mort , si la syphilis date de moins d’un an. Autant de naissances, autant de décès.

La syphilis constitue un danger social par les conséquences héréditaires qu’elle comporte, par l’effroyable mortalité dont elle menace les enfants, par les dégénérescences, les dystrophies, l’infantilisme, le rachitisme de l’avorton syphilitique et de ses descendants.

La famille alcoolique et sa descendance. — Le

fléau alcoolique sévit avec intensité. Ses ravages font de continuels progrès. C’est un véritable désastre

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social. Il existe un vrai péril alcoolique. L’alooolisme est la ruine et l’agent de destruction des peuples modernes. Non seulement il produit des lésions graves et des désordres multiples chez le buveui, mais il entraîne de redoutables conséquences dans la descendance. La première génération , d après Morel, est atteinte de dépravation morale, d heredoalcoolisme ; la seconde, d’ivrognerie habituelle, de manie, de ramollissement cérébral ; la troisième pre sente de l’hypocondrie, de la tendance au suicide et à l’homicide ; enfin la quatrième finit dans 1 îmbécil lité. l’idiotisme, la stérilité avee extinction de la famille. Elle n’est pas moins édifiante la statistique de Legrain qui porte sur 814 descendants d’alcooliques provenant dé 215 familles : 42 % sont alcooliques, 60 °/o dégénérés, 13 °/° fous moraux, 22 % ont des convulsions, 20 «/. sont alteints d’hystérie ou d epilepsie et 19 °/0 ont versé dans la folie. 174 n ont pas été en état de vivre ; 93 sont morts tuberculeux , bref, le déchet social brut par hérédo-alcoolisme s’est

élevé à un tiers. ,

L’alcoolisme est une tare de famille et s attaque a la race ; c’est un mal non seulement contagieux, mais encore héréditaire. 11 perpétue et propage le mal dans la descendance qui est inférieure a la moyenne et présente des états intellectuels et moraux graves la poussant à des réactions antisociales, telles que le délit ou le crime. C’est l’alcoolisme, cause puissante de la décadence des nations, qui favorise au plus haut degré la dégénérescence et la criminalité.

L’alcool est la pierre de touche de l’équilibre des fonctions cérébrales ; U prépare et exagère le terrain psychopathique j il met au jour les défectuosités mentales restées parfois latentes à la faveur d une bonne hygiène. L’alcoolique verse d’autant plus facilement dans la folie que son hérédité est plus puissante et la cause occasionnelle plus active. Le dégénéré hérédi-

taire est caractérisé par son état montai sions, sa tendance à délirer nOU ZZ ' SCS ,mpuI" légères, ses excès alcooliques accrus TaH 1®ü-plus manie. La transmission héréditaire de Z , . dlpso"

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Plus radicale dans ses arrêts que la syphilis, sa compagne fréquente, elle tue trop souvent et générament trop vite pour avoir au point de vue de l’hérédité, la même importance que le mal vénérien. La tuberculose joue un rôle terrible dans la société, autant en tuant l’adulte qu'en souillant la descendance.

La tuberculose mérite d’autant plus la sollicitude du médecin qu’elle n’est pas, comme la syphilis, une maladie évitable: c’est une maladie « imméritée » frappant qui lui plaît et l’innocent qu’elle choisit est une victime inconsciente et involontaire.

Comme les syphilitiques, les tuberculeux se révèlent souvent par une mortalité fœtale exagérée ; mais on voit moins les malformations extérieures des rejetons, les monstres et les difformités.

La syphilis garde le premier rang parmi les maladies dystrophiques, perturbations de la nutrition et de la formation embryonnaire.

L’enfant de source tuberculeuse, né à terme, conserve longtemps les attributs d’une bonne santé, et ce n’est que petit à petit, que la descendance des phtisiques s’égrène sous les coups de la méningite, de la péritonite, de la coxalgie, de la carie vertébrale, des broncho-pneumonies ou d’affections pulmonaires semblables à celles des parents.

Que de familles où l’on voit trois ou quatre enfants succomber au même âge avec une régularité et une fatalité désespérantes, frappés du même mal, révélant quelquefois chez les ascendants une maladie que personne ne soupçonnait.

Tous les descendants ne meurent pas, mais parmi ceux qui survivent, combien d’adolescents fragiles, débiles; combien -sont frappés de tares telles que: malformations cardiaques, étroitesse congénitale des artères attribuables aux poisons sclérosants de la tuberculose paternelle.

Quant au cancer , d’une manière générale, il est

bien moins transmissible que la tuberculose. Cependant le docteur Delmas opéra d’un cancer du sein une femme de 45 ans, dont les neuf générations antérieures avaient présenté le même mal, et Broca a suivi l’hérédilé cancéreuse dans trois générations sur vingt-six descendants d’une femme cancéreuse. Quinze, en moins de soixante-dix ans. furent frappés de cancer. Napoléon Ier et son père moururent de cancer stomacal.

L’hérédité des néoplasmes cancéreux ou autres que certains considèrent comme une déviation de l’évolution cellulaire normale, peut être rattachée, à ce titre, à l’hérédité des dystrophies élémentaires- primitives. Les relations du cancer avec l’arthritisme et l’herpétisme sont bien connues. D’après Critzmann, « le cancéreux peut engendrer des enfants qui portent déjà leur cancer, alors que les enfants des tuberculeux, par exemple, naissent avec la prédisposition à contracter la tuberculose ». Pour lui, le cancer rentre dans la classe des hyperplasies désordonnées d’origine trophique naissant à l’occasion d’une insulte inflammatoire ou involutive. Bard estime que le cancer est une monstruosité du développement cellulaire. II existe surtout une hérédité de terrain favorable au parasitisme néoplasique.

Hérédité et infection. — Il se produit même une transmission héréditaire des propriétés nouvelles acquises par les virus, pour les espèces qui se reproduisent par sporulation. Les spores naissent avec le degré de virulence que possède la source originelle. C’est ainsi que certains saprophytes adaptés peu à peu à la vie parasitaire par une circonstance fortuite telle que la végétation accidentelle dans le corps d'un animal ont pu garder héréditairement cette aptitude nouvelle, la virulence. « Ce transformisme fonctionnel explique, d’après Kelsch, les maladies infectieuses nouvelles par transformation d’un être indifférent en microbe nui-

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sible, d’uu saprophyte en ■virus. Les bactéries, par a simplicité de leur organisation, la rapidité de leur reproduction et leur évolution, se prêtent au contio e des lois de Darwin. Ce sont les tonctions virulentes qui se prêtent aux changements les plus profonds ; mais les modifications morphologiques et biologiques ne créent pas d’espèces nouvelles ; ce sont des races différentes d’une même espèce. » Du moment que la virulence est une qualité accidentelle, une formation surajoutée, c’est vraisemblablement le micro-organisme atténué, le saprophyte qui constitue 1 espèce et le virus qui est la race. (Bouchard.)

Un certain nombre de maladies infectieuses, telles que la fièvre typhoïde, la fièvre récurrente, la pneumonie, le choléra, le charbon, l’érysipèle, sont susceptibles de passer de la mère à l’enfant par la voie placentaire. Tandis que le placenta était considéré comme un filtre parfait pour les uns, imparfait pour les autres, il est admis aujourd’hui que les microbes pénètrent dans le sang du fœtus par les lésions du placenta.

La transmission morbide a également lieu par l’œuf infecté primitivement par la mère ou ultérieurement par le spermatozoïde. C’est l’ infection germinative. Elle intervient peu souvent, d’une façon directe, dans la tuberculose et il est rare que l’enfant naisse avec des lésions tuberculeuses. Le descendant de tuberculeux présente surtout une faiblesse congénitale dans la structure et le fonctionnement du poumon qui se manifeste surtout dans l’adolescence. Cette faiblesse qui le prédispose à l’invasion tuberculeuse est analogue à celle de l’intestin dans la flackerie des vers à soie. (Pasteur.)

Hérédité de la graine et hérédité du terrain. —

Pour les uns, le rejeton reçoit de ses parents le germe morbide qui reste plus ou moins latent dans ses organes, qui ne se révélera peut-être jamais.

mais qui n’attend qu’une occasion pour manifester sa virulence. C’est l’hérédité de la graine.

Pour d’autres, le germe ne passe que rarement chez le fœtus et, le plus souvent, celui-ci n’apporte en naissant qu’une simple prédisposition qui le rend plus apte à contracter la maladie paternelle ou toute maladie analogue. C’est l’hérédité de terrain.

Certains faits relèvent suivant les circonstances de 1 une ou de l’autre hypothèse. La première serait, au point de vue scientifique, la plus séduisante, bien que la prédisposition ait des caractères bien imprécis ; mais les observations et les expériences ne la corroborent pas toujours. L’expérimentation a été mise en œuvre pour trancher la question. Brown-Séquard, après avoir rendu des cobayes épileptiques par des traumatismes portant sur le système nerveux central, a pu constater que leur^ descendants étaient fréquemment frappés du même mal.

Il semble bien que l’hérédité comporte autre chose qu une prédisposition; que les parents transmettent à leur progéniture une conformation nerveuse particulière et semblable à la leur.

Les observateurs modernes ramènent l’épilepsie et les psychoses à des intoxications acquises et tendent à diminuer 1 influence de l’hérédité; ils insistent sur le rôle des intoxications paternelles (alcool, plomb, morphine, éther, cocaïne, mercure, infections), dans la genèse des maladies nerveuses des rejetons.

Mais la vraie lutte entre partisans de l’hérédité de la graine et défenseurs de l’hérédité de terrain surgit à propos des maladies infectieuses parasitaires.

Le germe infectieux, la graine , par conséquent, peut passer de la mère au fœtus à travers le placenta: ainsi une femme enceinte frappée par la variole peut donner naissance à un enfant marqué de cicatrices ou porteur d’une variole en pleine efflorescence.

Cette maladie aiguë, momentanée, évoluant simul-

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ttanément chez la mère et le fœtus, est due au meme .germe. Le placenta se laisse traverser par les microbes, surtout s’il présente des lésions même microscopiques. Ce dernier fait explique les divergences sur

la perméabilité de cet organe.

Le bacille de la tuberculose traverse le filtre placentaire sans produire immédiatement chez le fœtus des désordres graves, incompatibles avec la vie, et le nouveau-né peut continuer à vivre avec des apparences de santé, jusqu’au jour où une cause favorisante permettra au germe de se développer et d’exercer ses ravages.

Mais comment expliquer l’hérédité tuberculeuse quand la mère ne porte qu’une lésion insignifiante, localisée, enfermée, quand le sang maternel lui-même est absolument inoiïensif?

Comment expliquer l'hérédité de l’oncle au neveu, du grand-père au petit-fils en passant sur la tête des parents indemnes?

Comment surtout expliquer la tuberculose d origine paternelle dans les cas où l'expérimentation a montré que le sperme était aseptique et inoffensif? Alors l’enfant nail tuberculisable et non tuberculeux, il n a pas les germes en lui, mais seulement une prédisposition à les recevoir, à les conserver et à subir leurs attaques, sans opposer une résistance suffisante. Le placenta normal constitue un filtre parfait et peut parfois s’opposer à l’infection microbienne du fœtus. Mais il laisse passer plus facilement que les germes les poisons solubles, les toxines seules qui vont alors de la mère à l’enfant. On s’explique ainsi que le fils d’une femme atteinte de variole pendant la gestation, peut naître sans aucune trace de la maladie et être cependant immunisé, pendant quelques mois, contre une atteinte nouvelle du même mal.

Par la même hypothèse, on interprète les lésions non tuberculeuses des enfants de phtisiques ou non, spécifiques des avariés, qui reconnaissent comme ori-

gine les poisons de la maladie paternelle (lésions paratubei culeuses ou parasyphilitiques, rétrécissement mitral congénital, chlorose, étroitesse des artères, rachitisme, etc.) ; enfin on donne une raison plausible à cette constatation plus d’une fois renouvelée que 1 individu atteint de syphilis héréditaire peut contracter une syphilis ultérieure contre laquelle il n’est pas vacciné. En effet, la vaccination temporaire reçue dans le sein de la mère grâce aux substances diffusant à travers le placenta, a disparu lorsque l’hérédosyphili tique est en âge de contracter la syphilis, c est-à-dire d’en recevoir le germe.

Il n a reçu de la maladie paternelle que les poisons destructeurs et dystrophiques, mais non l’immunité totale qu il posséderait si les germes avaient vécu en lui.

Le docteur Delamare vient d’étudier expérimentalement la transmission utéro-placentaire et parfois gei minale des tares observées- ou des mutilations viscérales pratiquées chez les parents. C’est ainsi que les altérations du foie et des reins réalisées par broyage chez des cobayes et des lapines pleines ont été suivies, plusieurs fois, chez leurs fœtus, de localisations morbides, de lésions dégénératives, hémorrhagiques. au niveau des viscères homologues. Une chèvre ayant reçu des injections d’extrait hépatique, mit bas un chevreau qui présentait de fortes altérations du foie contrastant avec l’intégrité des autres organes. Ces altérations fœtales sont attribuées au développement, chez la femelle opérée, de cytolysings , par suite de résorption des éléments cellulaires. Ces cytolysines traverseraient le placenta pour léser ensuite d’une façon élective les organes homogènes du fœtus. On conçoit ainsi la genèse de quelques dystrophies viscérales familiales, de plusieurs prédispositions morbides et de certaines immunités cellulaires.

Ces données ont une portée philosophique et pratique ; elles prouvent la transmission aux descen-

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dants d’un caractère acquis par la mère et montrent que cette action à distance d’une cellule sur une autre cellule peut s’exercer, en partie, au moyen de substances solubles de cytolysines qui sont également susceptibles d’influencer le germe. La transmission des caractères acquis s’effectue soit à l’aide de réactions nerveuses, soit à ï’aide de produits solubles exogènes ou endogènes (sels, toxalbumines cellulaires). D’après Delamare, la transmission utérine a des conséquences théoriques et pratiques à peu piès aussi importantes que celles de la transmission germinale. La justesse de cette interprétation est corroborée par d’assez nombreux faits cliniques et anatomo-pathologiques personnels.

On connaît le mal de Bright héréditaire (Dieulafoy), Yaortisme héréditaire (Huchard), le rétrécissement mitral chez le fœtus (Durozier, Servin, Hirtz, Caubet, Cochez); le nanisme mitral ( Gilbert et Rathery). Presque toujours, il s’agit d’hérédo-sypbiîis et d’hérédo-tuberculose. Nous venons d’observer dans notre service de clinique médicale un cas de transmission héréditaire homœmorphe de rétrécissement mitral, en dehors de toute infection. La mère, âgée de vingt-trois ans, a, trois ans auparavant, une pneumonie avec endocardite suivie de rétrécissement mitral. Elle avorte d’un fœtus de six mois, mort-né, et succombe le surlendemain. Une

double autopsie nous montre, chez la mère, un rétrécissement mitral très étroit que l’on retrouve, chez le fœtus, en dehors de toutes lésions syphilitiques ou tuberculeuses. Si des faits analogues se multiplient, on pourra préciser le déterminisme de certaines maladies héréditaires et fixer la part exacte qui revient à la prédisposition ou à la malformation et à l’atteinte morbide directe dans la vie intra-utérine. Il est probable que nombre d’affections qui ne se manifestent que dans l’enfance, existaient déjà, à l’état latent, dès la naissance.

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