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CHAPITRE IV

L’HUMORISME MODERNE

Les modifications humorales sont encore un des grands modes de défense de l’organisme. L’humonsme moderne diffère de l’humorisme d’Hippocrate de Galien, qui se réduisait à la viciation des humeurs et a leur transformation en humeurs peccantes: il n’a pas, comme au xvn' siècle, les caractères d’une doctrine chimiatrique; il prend sa source dans les idées du xviiie siècle qui faisaient résider l’origine de la maladie et les lésions des organes dans les altérations humorales. L’humorisme de cette époque était combattu par le solidisme de Cullen. La lutte dure encore.

I. Sécrétions des cellules organiques. — L’humorisme moderne est éclairé par la chimie biologique, il a été préparé par la pathologie cellulaire de Virchow, il est dominé par les sécrétions des cellules glandulaires et par les sécrétions internes ainsi que par l’action des ferments organiques qui opèrent des dissociations et des synthèses, sans entrer dans la composition des corps qui se forment en leur présence. Parmi ces ferments solubles qui sont en jeu dans la nutrition interstitielle, se trouvent les oxydases du sang qui fixent l’oxygène dans les tissus, les ferments réducteurs, le ferment glycolylique et la 'ipase du séj'um qui dédouble les graisses en glycérine et en acides gras. Ce sont les ferments, les substances solubles issues de la cellule vivante qui soutiennent 1* lutte engagée contre l’asre«t morbide.

l’humorisme moderne

II. Sécrétions microbiennes. — Le microbe luimême se comporte comme une cellule organique agissant par ses produits de sécrétion, par ses toxines que le sang véhicule en moins d’une demi-minute dans toute l’économie. La cellule organique impressionnée par ces toxines, réagit au moyen de substances bactéricides et à' antitoxines. Les premières dénommées aussi alexines, cytases, compléments , sont des ferments et se rapprochent des diastases; leur action est favorisée par des substances sensibilisatrices qui, en raison de leur pouvoir spécifique, ont reçu le nom d’anticorps spécifiques.

Ces corps détruisent non seulement les microbes, mais aussi les cellules d’un animal différent, dont le sérum devient alors toxique pour telle ou telle catégorie d’éléments organiques. On a pu même obtenir par la vaccination, des sérums antihémolytiques, antiey toly tiques , etc.

Les propriétés antitoxiques d’un sérum sont expliquées par Ehrlich, au moyen de la théorie des chaînes latérales de la molécule protoplasmique qui attirant, fixent et neutralisent la toxine. Puis, de passive qu’elle était, l’immunité devient active et transportable par inoculation à un autre organisme.

Le sérum peut contenir encore des agglutinines qui produisent la séro-réaction, des coagulines contre lesquelles on peut obtenir avec des vaccinations spéciales un sérum anticoagulant.

« Dans l’immunité, dit M. Labbé, le rôle primitif appartient aux globules blancs du sang, aux leucocytes qui sécrètent les ferments précédents, et le rôle secondaire aux humeurs. »

Dès que le microbe commence l’attaque, les leucocytes du sang traversent les parois vasculaires, le phénomène de la diapédèse de Cohnheim se produit, et les globules blancs du sang accourent en foule au foyer de l’infection. Ce sont les polynucléaires qui, en

raison de leur mobilité, y affluent surtout. Cette invasion leucocytaire est favorisée en outre par les propiiélés \aso-dilatatrices des toxines microbiennes.

III. Chimiotaxie. — C’est en vertu de leur affinité vis-à-vis de certaines substances chimiques, c’est-àdiie de la chimiotaxie positive que les leucocytes sont attirés vers les microbes et leurs toxines. Ils peuvent être au contraire repoussés en vertu de la chimiotaxie négative. La chimiotaxie éclaire et élargit la phagocjtose, qui est le moyen de lutte le plus important. Négative au début, la chimiotaxie devient positive à la lin, par une simple modification du degré de dilution des produits microbiens solubles. Parfois les phagocytes sont repoussés par des substances plus virulentes.

IV. Leucocytose, Polynucléose et Mononucléose. — Cette chimiotaxie entraîne l’augmentation des leucocytes, c’est-à-dire la leucocytose , qui se maintient dans un équilibre spécial permettant de déterminer une formule leucocytaire à peu près fixe. Il se produit un afflux plutôt qu’une surproduction de leucocytes, et les recherches de Pioger sur la moelle osseuse au cours de l’infection ont montré qu’à ce moment, elle s’appauvrit en polynucléaires granuleux adultes et s’enrichit en myélocytes granuleux jeunes qui compensent la consommation des cellules adultes, ces agents si aclifs de la défense de l’organisme. La moelle osseuse fournit donc l’armée qui, suivant l’expression de Roger, détruira l’envahisseur.

D’après Landerer, ces leucocytes auraient même une action élective spéciale et apporteraient le mercure aux lésions syphilitiques, le fer aux organes hématopoïétiques, l’arsenic à la glande thyroïde. Et, fait remarquable, l’armée leucocytaire ne se borne pas à repousser l’ennemi, elle se ravitaille elle-même, assimile et se répartit les substances nutritives ou

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curatrices. Cette leucocytose peut être passive ou active. L’abondance des polynucléaires dans le sang peut même servir au diagnostic et, en 1901, nous avons insisté sur leur importance clinique dans les cas douteux d’abcès du foie. A plusieurs reprises, cet excès de polynucléaires dans le sang nous a permis de trouver, d’inciser et de guérir des abcès du foie qui étaient restés latents et avaient passé inaperçus. Les données précédentes sont susceptibles d’applications pratiques bien indiquées par Bezançon et Labbé (1). La polynucléose est le propre des maladies inflammatoires, non spécifiques. La mononucléose ou lymphocytose est la formule des affections spécifiques, et à l’inverse de la polynucléose, elle confère l’immunité. C’est le premier rideau de troupes qui subissent et repoussent le premier assaut, mais la véritable résistance est fournie par l’armée leucocytaire de seconde ligne, par la défense fixe. Enfin l’abondance des leucocytes s’accroît, d’une manière générale, en raison directe de la gravité de la maladie, à moins que l’organisme n’ait plus la force de réagir. Hypo leucocytose , polynucléose , mononucléose , éosinophilie , constituent la formule hémoleucocytaire générale de l’état infectieux. L’intensité de l’hyperleucocytose est en rapport direct avec la gravité de la maladie : la nucléose excessive est fâcheuse ; la leucopénie annonce un extrême danger. La disparition des éosinophiles de la circulation indique la persistance de l’infection, leur réapparition ou leur augmentation correspondent à la convalescence. La formule hémoleucocytaire a aussi une valeur diagnostique dans certains cas difficiles de , variole, de fièvre typhoïde, par exemple, et surtout de suppurations chirurgicales, de l’appendicite en particulier. Les progrès de l’hématologie ont fait bénéficier la clinique du cyto- diagnostic, du séro-diagnostic, de 1 ’hémoglobinimétrie , de la sérothérapie , etc.

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