L’IMMUNITÉ
L'immunité existe soit envers les microbes , soit emeis les toxines / elle peut être naturelle ou acquise , et, dans ce dernier cas, elle est non spécifique ou peut être spécifiquement conférée soit expérimentalement par les microbes, les toxines, les sérums, soit par la maladie, soit par l’hérédité, soit par la lactation.
L immunité acquise peut être considérée, d’une façon générale, comme l’adaptation des phagocytes aux microbes et à leurs toxines.
L immunité naturelle ne peut être expliquée par la doctrine humorale, car, comme Metchnikoff l’a montré, les humeurs ne sont pas bactéricides ; elle constitue une propriété cellulaire, ou plus exactement une propriété phagocytaire.
Les diverses théories de l’immunité acquise. — L’immunité acquise que confèrent les microbes a été attribuée au rôle des humeurs; on a invoqué ensuite les hypothèses anciennes de 1’ « épuisement » et de la « substance ajoutée » (Pasteur et Chauveau) qui assimilent l’économie à un milieu de culture, puis la théorie bactéricide de Behring et la théorie atténuante de Charrin et Roger que Metchnikoff a réfutées. La théorie de Pfeiffer et la théorie dite agglutinante , ne sont plus admises actuellement.
D’après Metchnikoff, l’immunité tient à l'accoutu-
l’immunité
mance des phagocytes aux microbes inoculés. Les leucocytes protègent l’animal vacciné et la vaccination les accoutume aux bactéries. La chimiotaxie change et les globules blancs sont attirés par les microbes qui sont englobés. Quant à l’immunité vis-à-vis des toxines, elle parait être le résultat de 1 accoutumance des phagocytes aux poisons microbiens.
L’immunité acquise spécifique peut être conférée expérimentalement par les sérums, comme le prouvent l’application des sérums antimicrobiens faite par Richet et Héricourt en 1888 et la découverte des sérums antitoxiques due à Behring, en 1888, et à Kitasato, qui ont montré que le sérum des animaux vaccinés contre les toxines diphtérique et tétanique est à la fois préventif, antitoxique et curatif. Les sérums antimicrobiens qui sont rarement bactéricides et exceptionnellement antitoxiques, influencent surtout la phagocytose. Metchnikofî leur a donné le nom de stimuLines. La vaccination par les anticorps ne vaut pas celle qui est obtenue avec les microbes.
Le sérum antitoxique est préventif et curateur. Le mode d’action des antitoxines a été diversement interprété. Contrairement à l’opinion de Behring qui croyait que les antitoxines neutralisaient chimiquement les poisons bactériens, on admet qu’elles s’adressent à l’organisme et que les contre-poisons spécifiques ne sont sans doute que des stimulines leucocytaires. 11 s’agit surtout de stimulations leucocytaires, d origine antitoxique. Les sérums antitoxiques sont préventifs, antitoxiques et curatifs vis-à-vis des toxines et des microbes, tandis que les sérums antimicrobiens n’étant guère antitoxiques, n’ont qu’un très faible pouvoir curateur.
Le phénomène de Pfeiffer montrant que la destruction bactérienne peut être extra-cellulaire, a permis de distinguer l’immunité des actions bactéricide, agglutinante et coagulante qui en sont indépendantes;
il a fait bénéficier la clinique des résultats fournis par le séro-diagnoslic; il a confirmé la théorie phagocytaire et a ouvert de nouvelles voies à la thérapeutique anticellulaire et antihumorale. La phagocytose, ajoute Nicolle, représente bien le mode essentiel de protection de l’économie et explique l’état réfractaire contre les maladies qui n’est pas lié aux qualités bactéricide, antitoxique ou agglutinante des humeurs. Le pouvoir agglutinant est un signe d’infection et non un état réfractaire. Le sérum des convalescents de choléra, de fièvre typhoïde, de diphtérie, est parfois moins actif que certains sérums normaux.
Immunité héréditaire. — Quant à l 'immunité héréditaire,, elle a été considérée par les uns comme un phénomène cellulaire, obéissant aux lois générales de la descendance, et par les autres, comme une résistance passive d’origine humorale. Enfin, Vaillard la rattache à la théorie phagocytaire, et il attribue la résistance des nouveaux-nés aux modifications que les anticorps maternels ont imprimées aux leucocytes fœtaux.
La formation des anticorps est rapportée par Ehrlich à des cellules sensibles à l’action des microbes ou des toxines ; d’après Melchnikoff, elle serait due aux seules cellules phagocytaires. Les phagocytes sont les agents formateurs de l’anticorps. En résumé, les divers anticorps représenteraient des produits d’élaboration phagocytaire et les macrophages semblent avoir un rôle prépondérant.
Au cours d’une infection, les éléments organiques acquièrent et conservent des propriétés nouvelles qui leur permettent de lutter non seulement contre l’affection actuelle, mais aussi contre de futures atteintes. Cette immunité est le résultat d’un état bactéricide, d’une modification dynamique des cellules et d’un accroissement de la puissance phagocytaire.
L'état bactéricide , condition statique de l’immunité
l’immunité
acquise, est, d’après Bouchard, le résultat d’une modification permanente de la nutrition, provoquée par le passage de certains produits bactériens à travers l’organisme. Cet état bactéricide gêne le développement de l’agent pathogène sans arriver à toujours l’empêcher, et les substances vaccinantes confèrent à la nutrition une sorte d’immunité acquise et rendent les phagocytes plus aptes à la lutte.
La théorie des chaînes latérales , proposée par Ehrlich, explique le mécanisme de l’immunité active, passive et naturelle que nous avons étudié longuement dans notre travail de Thérapeutique générale et que nous ne ferons que résumer ici. La toxine comprend deux groupements atomiques distincts. Le groupe haptophore se fixe sur les cellules de l’animal ou du moins sur des masses protoplasmiques, sorte de récepteurs comparables aux chaînes latérales de la chimie. Il fixe ainsi l’élément toxique ou groupe toxophore. Les toxoides sont des dérivés de la toxine ; ils conservent le groupe haptophore, mais ne possèdent plus le groupe toxophore. L’immunisation est obtenue au moyen des toxines ou des toxoïdes, c’està-dire au moyen du groupe haptophore qui se combine avec les chaînes latérales de certaines cellules. Les récepteurs se produisent en excès, se détachent de la cellule mère, tombent dans les humeurs, apparaissent libres dans le plasma sanguin, et neutralisent l’action des toxophores.
S’il s'agit d'un sérum bactéricide, on invoque l’action d’une substance dissolvant les éléments et les microbes, et que l’on nomme alexine. Elle renferme comme la toxine un groupe zymotoxe et un groupe haptophore. Dans l'immunisation contre les bactéries se produit une substance, l’anticorps, rendant les éléments figurés sensibles à l’alexine normale. Ehrlich l’appelle amborécepteur , parce qu’elle serait munie de deux groupes haptophores, l’unissant à la cellule et à l’alexine.
L’immunité est une arme défensive contre l’infection. Qu’elle soit naturelle ou acquise, c’est-à-dire conférée par une première atteinte, l’immunité varie suivant l’âge, le sexe, les individus. Certaines infections antérieures sont suivies d’une immunité relative ; c’est ainsi que la variole, la rougeole, la lièvre typhoïde peuvent récidiver d’autres affections, telles que l'érysipèle, la pneumonie, la diphtérie, exposent à de nouvelles atteintes. Un des éléments de la guérison est la constitution d’une immunité acquise et l’augmentation de la résistance du sujet au déclin de la maladie. L’immunité comprend quelques espèces et varie suivant plusieurs degrés.
Le mécanisme de l’immunité est variable. L’immunité naturelle n’est souvent qu’une immunité acquise transmise par l’hérédité et renforcée par le passage à travers plusieurs générations. L'immunité naturelle et graduellement croissante dans une espèce est le fruit de l’hérédité, de la vaccination. (Bouchard.) L’immunité acquise, l’immunisation jouent un grand rôle dans l’hygiène, la prophylaxie et le traitement des maladies infectieuses.
En résumé, la production de l’immunité est surtout due au développement des antitoxines par les mononucléaires et surtout par les macrophages. C’est dans les maladies où les microbes sont surtout englobés par les macrophages que le pouvoir antitoxique du sang est plus grand. La réaction mononucléaire est en rapport avec la constitution de l'immunité, qui est solide et persistante, si la mononucléose est précoce intense, durable; tandis quelle reste faible et passagère lorsque la mononucléose est tardive, légère, transitoire. (Bezançon.) La constatation d un rapport entre la réaction de mononucléose et de l’état d’immunité est utilisable au point de vue thérapeutique, et la sérothérapie est née des discussions soulevées par le problème de l’immunité.