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CHAPITRE VI

MESURES PROPHYLACTIQUES CONTRE LA TRANSMISSION DES MALADIES DES ANIMAUX A L’HOMME

Les recherches modernes ont également montré le rôle important que jouent les animaux dans la propagation des maladies microbiennes ( tuberculose , paludisme , peste, fièvre jaune).

La tuberculose se propage par le bacille de Koch, qui se trouve surtout dans les crachats, plus rarement dans le lait et la viande consommés.

Le nombre des bovidés tuberculeux livrés à la consommation est considérable, en raison de la grande latitude laissée à l’inspection des viandes par les arrêtés du 28 juillet 1888, du 28 septembre 1896 et du 27 juillet 1897. Ainsi, à l’abattoir de Marseille, on relève annuellement 1,000 cas de tuberculose chez les bovidés, avec 70 saisies totales, 130 saisies partielles et 800 saisies limitées aux viscères. En 1901, Koch n’a pas prétendu que la tuberculose bovine n’est pas transmissible à l’homme, mais il a soutenu simplement que le bacille de la tuberculose bovine ne possède vis-à-vis de l’homme qu’une virulence très atténuée, et il estime que les frais énormes qu’entraîne la prophylaxie vétérinaire pourraient être plus utilement employés à la prophylaxie humaine et au traitement des tuberculeux. La tuberculose exerce en France de grands ravages ; elle y tue chaque année 150,000 personnes, et 50 Parisiens sur 10,000 sont

tuberculeux. Le crachat du tuberculeux, voilà la grande cause de la propagation de la tuberculose. La lutte contre la tuberculose doit devenir plus ardente encore; il faut diffuser les idées modernes sur l’hygiène collective et l’évitabilité de la plupart des maladies, pu is fonder avec persévérance ligues de résistance, organisations, sanatoriums, dispensaires, et transformer les sociétés de secours mutuels en institutions de prophylaxie destinées à prévenir les maladies évitables.

Le paludisme- est propagé par les piqûres des moustiques (anopheles et culex) qui inoculent l'hématozoaire de Laverai! puisé antérieurement sur des paludéens. La prophylaxie du paludisme consiste donc : i° à détruire le moustique (œuf, larve, nymphe, insecte parfait); 2° à supprimer ou à soumettre au pétrolage les eaux douces stagnantes qui permettent au moustique de se reproduire; 3° à éviter les piqûres de moustiques au moyen de gaze portative et du grillage ün des habitations; 4° à traiter les paludéens de façon à les rendre incapables d’infecter les moustiques qui puisent dans leur sang l’ hématozoaire de l’impaludisme ; 5° à protéger par .la quinine administrée préventivement les habitants sains.

La contagion d’autres maladies infectieuses peut être propagée par d’autres insectes qui sucent le sang de l’homme et des animaux malades ou s’alimentent sur les cadavres et les déjections- Ils deviennent des agents de contamination en déposant ces germes morbides sur les aliments et les objets et surtout en les inoculant directement à l’homme par leurs piqûre». C’est ainsi que certains coléoptères renferment des spores de charbon, que la punaise peut transmettre le spirille du typhus à rechutes et que la mouche du genre glossina dissémine le trypanosome de la nagana. Le stegomyia fasciata transmet la fièvre jaune.

Le bacille de la peste est pathogène pour les mou-

MESURES PROPHYEA'CTIQUES

ches; il se multiplie dans le corps des insectes (puces, punaises), qui l’inoculent à l’homme par leurs piqûres. Son hôte de prédilection est la puce des rats maritimes, des bateaux ( mus rattus), qui offrent, api es Gamaleia, une plus grande réceptivité que les rats d’égout ( mus decumanus), chez lesquels l’épidémie de peste se limite à certains foyers. La contagion de rats à rats se lait surtout par les produits alimentaires infectés, tandis que ce sont les piqûres des Puc^s vivant sur les rats pestiférés qui inoculent le bacille de la peste à l’homme. Les puces infectées n’abandonnent les cadavres que lorsqu’ils sont relroidis, et c’est à ce moment qu’elles émigrent sur dauties sujets qu'elles contaminent. La destruction des rats en temps d’épidémie de peste est donc la première mesure qui s'impose. Elle est prescrite par les instructions ministérielles des 17 juillet 1899, 10 octobre 1900, 26 septembre 1901. Elle est d’autant plus nécessaire que lorsqu’une épidémie de peste éclate parmi les rats, ils quittent le navire, s’éloignent du loyer contaminé et s'enfuient souvent loin de leurs terriers. Cette migration précède la découverte des premiers cadavres d'animaux et l’éclosion des premiers cas de peste. Ainsi, à Hong-Kong, du 1er février 1902 au 22 mai, on a ramassé 175,910 cadavres de rats; la mortalité, de 250 par semaine au début, s’est élevée à 3,000. A Calcutta (1898), à Kurrachée (1897), à Canton (1894), à Bombay (1896), les rats, au début de la peste, disparurent sur un point et apparurent dans d'autres; la plupart de ceux qui restèrent, moururent. Les rats pesteux sont transportés habituellement par les bateaux, mais ils peuvent être véhiculés par les wagons de chemin de fer. Le Transsibérien qui traverse des régions où la peste est endémique, pourrait servir à la propager (Torel.) On peut enfin se demander si l’immunité relative du rat d’égout qui pullule dans nos villes, n’a pas contribué à préserver

l’Europe des multiples tenlatives d’invasion de la peste.

La désinfection est faite avec l’anhydrique sulfureux pur ou ozonisé, les vapeurs de soufre, le sublimé, le chlorure de chaux, le sulfate de cuivre, l’air ou la vapeur à 110 degrés, etc. ; elle est souvent incomplète.

Hygiène sanitaire maritime. — Les doctrines pastoriennes ont modifié les mesures prophylactiques contre les maladies épidémiques de provenance exotique (peste, choléra, fièvre jaune).

Voici les articles draconiens des anciennes quarantaines :

Article GUI. — « En cas de Peste aux lieux maritimes, a fait deffances à tous capitaines, Patrons et Mariniers des Vaisseaux ou Barques qui aborderont aux Ports de cette Province, soit par Mer ou par Rivière, de descendre aucun Passager, Marinier, ni Marchandises qu’au préalable ils n’ayent exhibé la Patente de la Santé et obtenu l’entrée, des Députés à cet effet, à peine de la vie et de la confiscation des dites marchandises. Et fait deffances à tous Porte-Faix et gagne-deniers ou d’autres d’approcher ni entrer aucuns des dits Bâteaux qu’au préalable les dits Bâteaux n’ayent raisonné et obtenu l’entrée, à peine de vie. » (1)

Nous devons à l’obligeance de M. Estève les documents suivants inédits, puisés dans les archives de la Direction de la Santé de Marseille. Le premier, qui concerne les quarantaines maritimes, remonte à l’année 1622. Les mesures étaient parfois extrêmes. Ainsi le bateau le Grand-Saint-Antoine , qui apporta, en 1720, la peste à Marseille, fut condamné à une quarantaine d’un an ; puis, au bout de neuf mois, on le brûla avec toutes ses marchandises.

« La Cour a ordonné et ordonne que tous patrons et mariniers conduisants vaisseaux ou barques venant des parties

1. Arrest de la Cour de Parlement d’Aix contenant règlement sur le fait de la peste du 17 juillet 1629.

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