MESURES PROPHYLACTIQUES
du Levant ou Barbarie et Midj prendront port et feront descentes ès [Villes et Port de Marseille ou Thollon respectivement où ils feront voir leurs patentes de santé... a faict et faicte inhibition et deffances aus dits patrons et mariniers de descendre n'y prendre port en autre port ny descharger aucuns mariniers ny marchandises en autres ports de la dite province a peine de la vie et de dix mil livres d'amande. »
Faict à Aix en Parlement et publié à la Barre le dixie janvier mil six cent vingt deux.
2° « La cour a faict et faicte interdiction et deffances a toutes personnes de quelque Estât, qualité et condition quil soint venant des parties du Levant ou de Barbarie de Midj ny prendre quarantaine et autres ports qu'aux Isles du dit Marseille et aux endroits que leur seront eslablis par les dits Consuls et Intendans de la Santé de la ditte Ville et lieux, les recevoir a paine de la vie. Ordonne que les Consuls metront et stabliront de bonnes et severes gardes a ceux qu’ils ont reçus a faire quarantaine et prandront garde que leurs marchandises et ardes soint puriffiées et que personne ne se mesle avec eux a paine den rispondre en leur propre et privé non des inconveniens que pourraient arrivés. » Faict à Aix en Parlement le septie mai mil six cens vingt deux.
Le 16 novembre 1703, un portefaix, atteint de maladie contagieuse, fut transporté au Lazaret et soumis aux précautions d’usage suivantes :
Il sera observé : 3° qua lantrée de la porte de lanclos du mallade y sera estably un garde sans aucune communication; 4e quon fera du feu dans la caserne du mallade avec du bois arosmatique deux fois chaque jour; 5° que les bandes, amplastres et autres sortes de linge ayant servy a pansser le mallade seront bruslés chaque jour; 6° que touttes les fois que le sieur Condamidan (le chirurgien) panssera le dit mallade avec instrumanset baguettes dont il se sert en observant de ce tenir al’esloignement d’une barielle, lesdittes baguettes et in3trumans seront apres l’opération passés dans le vinaigre et ensuite dans le feu; 8° que le mallade et son garde seront changés de linge deux fois la semaine et que leur linge et habits seront parfumés touttes les fois quon fera du feu dans les casernes fesant ensuite purger les linges qu’ils ce seront
ostês sur les gazons; 10°que le mallade estant s’il plailâ Dieu, guery et sa quarantaine finie, on luy fera donner trois parfums extraordinaires un chasque jour, en sorte que les diz parfums ce consommeront entièrement dans les dittes casernes; 11° que le jour advant celuy qui sera destiné pour son entrée on luy fera prendre un parfum tout nud, quon le laissera dans la caserne un peu plus long temps qua lordinaire et quen ouvrant la porte, luy sera donné a lantrée de la caserne, des linges et habillements quon aura aporté de la ville; 12° que ses hardes seront purgées dans les Infirmeries par dautres parfums et esbouillitions et quil sera faict un dernier feu et parfum dansladitte caserne pour brasier touttes les balieures quy pourraient y avoir resté; 13° que pendant toutte la durée de la ditte malladie il ne sera fait aucun billet pour permettre a aucuns particuliers dantrer dans les dittes Infirmeries. »
Au xvue siècle, la désinfection des marchandises au lazaret de Marseille était opérée au moyen de l’exposition à l’air, au vent, à la rosée, au serein et à la pluie. Les balles de coton étaient ouvertes, soumises à l’influence du grand air et exposées au soleil.
Les laines en toison étaient placées sous des hangars et n avaient que l’air et le vent comme agents désinfecteurs, Les étoffes, tissus et autres produits industriels et agricoles étaient seulement exposés aux courants d’air "dans les hangars. Les hardes et les effets appartenant, aux hommes de l’équipage et aux passagers, étaient, indépendamment de leur sereine. lavés, fumigés et quelquefois même incinérés suivant les circonstances.
Les fumigations se faisaient avec le chlore ou avec le «raz sulfureux. Les lettres et correspondances étaient tailladées, puis immergées dans du vinaigre blanc pur, avant d’être remises aux intéressés. Nous avons vu au Frioul les appareils affectés a cet usage, ainsi que les longs instruments destinés à ouvrir les bubons ou à panser les ulcérations des pestiferes. La terreur était telle que les prêtres faisaient commu-
mesures prophylactiques aiy
nier avec un long appareil permettant de déclencher
l’hostie, à distance du pestiféré. . .
Le mélange désinfectant employé était, d apres la formule recueillie dans les archives de a an e Soufre, 2 livres; alun, 2 livres; poix de résiné,
2 livres; poudre à canon , 2 livres; antimoine , 12 onces; sublimé, 4 onces; arsenic , 12 onces; orpiment, 4 onces; cinabre, 4 onces ; graines de genièvre ou de lierre ou de lauriers, 2 livres.
Historique des Quarantaines. — Vers le milieu du xvii0 siècle, Marseille prescrivit les mesures sanitaires et créa un lazaret avec bureau de la santé sur e modèle adopté en 1348 par la République de Venise mai de 900 à 1500 subit 63 atteintes de peste. De 1720 époque à laquelle s’illustrèrent Monseigneur Belzunce et le Chevalier Roze, jusqu’à 1837, Marseille reçut à neuf reprises des navires infectés et jamais la peste ne dépassa les murs de son lazaret. C était l’époque des longues quarantaines et de l’isolement rigoureux que la loi de 1822 prescrivait encore avec une redoutable sévérité et contre lesquels l’Académie de Médecine se prononça en 1846. Les nécessités de la navigation à vapeur provoquèrent la réunion dune conférence internationale à Paris, en 1851 et en 1859, desquelles sortirent notre organisation sanitaire jusqu’en 1876. Les conférences de Constantinople en 1866, de Vienne en 1874, de Washington en 1881, de Rome en 1885, formulèrent des règles scientifiques de prophylaxie internationale pour arrêter les épidémies d’origine asiatique. La conférence de Venise en 1892 interdit la communication directe des navires provenant de l’Inde orientale et de l’Extrême-Orient avec l’Erjvpte, la Méditerrannée et l’Europe. La conférence de °Paris de 1894 a précisé les mesures nécessaires pour arrêter au départ de l’Inde et sur la mer Rouge, le choléra qui a si souvent envahi La Mecque. La con-
férence de Venise, en 1897, avait pour obje. : l’interdiction, dans certaines circonstances, aux pèlerins musulmans des Indes de se rendre aux lieux saints et l’adaptation à la prophylaxie de la peste des conventions antérieures.
Les mesures 'prophylactiques actuelles. — Enfin, la conférence du 3 décembre 1903 eut pour but de substituer à la quarantaine l’observation et la surveillance sanitaire, la désinfection obligatoire et l’isolement facultatif, de codifier séparément et en s’inspirant des données scientifiques acquises, les mesures contre la peste, le choléra et la fièvre jaune. La quarantaine, dit Proust, a vécu. Le procédé était cruel, car en parquant des passagers bien portants avec des malades ou dans leur voisinage, on risquait de les contaminer ; de plus, il était périlleux, car il créait un foyer épidémique. La désinfection, qui tue les microbes, est un moyen certain, scientifique, de s’opposer à la diffusion des germes pathogènes. En suivant les progrès réalisés au cours de ces diverses étapes, nous pouvons constater que peu à peu la routine cède le pas à la science et l’empirisme à l’expérience. Dans les « Frontières de la Maladie » de cette Collection, le docteur Iléricourt estime que ces mesures actuelles sont théoriquement insuffisantes et illusoires, dans la pratique, puisqu’elles n’atteignent pas et ne retiennent pas au passage les individus qui sont atteints du mal épidémique sous une forme qui comporte les apparences de la santé, et pourtant ce sont des agents redoutables de contagion. Le règlement sanitaire maritime de 1896 pare en partie à ces inconvénients, de la façon suivante: Il délivre aux passagers ne présentant pas de signes appréciables d’affection épidémique un passeport indiquant la date de l’arrivée du navire, et l’autorité sanitaire prévient en même temps le maire de la commune de la néces-