L A1,CHIMIE AU MOYEN-AGB
qui oiiTre la voie expérimenlale. h L'expérience est, dit-il, la maitresse de toutes les sciences et la fin de toute théorie », et qui étudiait la nature <> ce grand livre ouvert à tous ..j Albert le Grand (1193-1280). qui recherchait les causes et avait songé à déterminer les facultés de l'àme d'après les organes extérieurs du crAne; Bazlle Vatentin (1394j, qui découvrit l'antimoine et admit l'Arcbée comme principe général de l'univers.
Raymond Lully réunit toutes les opérations de l'alchimie dans le Liber experimenlorum; Bralti, de Venise (1592), vante les effets de l'or potable et do remèdes chimiques dont Conr. Gerhard (1616), Thomas Reinesius (1624) et Laurenberg (1630) attestent l'efficacité thérapeutique. Le point culminant de l'alchimie est atteint par Paracelse et Van Helmonl qui ont surtout recours aux médicaments chimiques, secouent te joug de Galien et la tyrannie de la seolastique et contribuent ainsi à l'émancipalion de la médecine. Leurs œuvres sont sôvèremenl jugées par Daremberg, mais malgré toutes leurs imperfections elles ont rendu service è la médecine en affirmant l'importance de l'expérience personnelle et de la recherche scientifique. Cependant la véritable lienaissance ne commence qu'avec la pléiade des anatomislcs et ne s'affirme qu'avec la découverte de la circulation du sang par Harvey,
La Doctrine cbtmiatrique. — La chimiatrie, qui se trouve à l'origine des doctrines de Pabacelse et de Van Helmont, prépare Vématicipation de la médecine.
Pabagelse (149«-1546), le fougueux réformateur de la médecine traditionnelle, fut considéré comme un fou de génie, et le philosophe Leibnitz disait de lui : u Qu'il était le plus médecin de tous les fous et le plus fou de tous les médecins ». Paracelse considère comme véritables fondements ou colonnes de la méde-
ES4 LES DonTniNBS médicales
Kfiioe, la philosophie, l'astronomie, l'alchimie. T1 s'ina- ■pira aussi de la théosophie et professa la médecine WAermêlique ou alchimiste ou ckimialrique qui prépara Eles voies à l'iatrochimie du xvii* siëde. Paracelse
■ fouie aux pieds la tradition, combat Galien, Avicenne, I Ehazès, dont il brûle les livres en plein amphithéâtre I de B&le, et il s'écrie fort irrévérencieusement à ce I propos : « In palrios cineres minxi. n
ï C'est entre 1537 et 1540 qu'il écrivit ses livres dans [ lesquels il est le porte-enseigne des alchimistes et t des mystiques. Il admet le principe d'une Âme corpo- I relie présidant à l'organisation du corps et d'une , &me intelligente qui lui survit.
Les esprits de Galien se transforment avec Paracelse
■ en esprits olympiques qui président au fonctionnement des organes et se retrouvent dans les autres corps de la nature. L'archie est l'esprit de vie, le régulateur des phénomènes vitaux.
L'homme ou microcosme est uni par une chaîne
sans fin et se trouve en relations constantes et ioli-
mes avec les puissances du monde, de la nature, du
macrocosme. Le principe immatériel, l'astre, qui se
[ cache dans tous les corps, est en correspondance
^avec les astres célestes. La nature forme un tout, elle
I est en éternel devenir. La science doit se rendre mai-
tresse des forces de la nature et tirer des spécifiques
de la vie universelle.
Les trois éléments primordiaux du corps humain sont, dit-il, le mercure, le sel et le soufre. C'est leur désaccord ou la prépondérance de l'un d'eux qui déter- I mine la maladie, u Sachez, dit-il, qu'il y a toujours . un certain poison dans la production d'une maladie. [ Le poison, en effet, est le principe de chaque maladie, et toutes, sans exception, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, en viennent. « Pour Paracelse, tout n'était [ que vie et chimie générales devant lesquelles l'indi- ' vidu disparaissait. Il eut l'intuition de la prépondé-
t DOCTBrftE CHIMIATHIOUK
rarce qne la chimie devait preudre dans l'aTenir. Tout médecin, dit-il, doil se montrer alchimiste; « c'est des minéraux que j'ai appris à dégager le métal pur de la scorie, prévenant ainsi bien des maux autrement inévitables. » II faut surtout obtenir Végalilé entre la maladie et la dose du médicament. Il en résulte alors que la nature guérit ce qui lui est contraire.
£n adoptant des doses infinitésimales et en soutenant que c'est la vertu plutût que la quantité du médicament qui agit, Paracelse fut le précurseur de l'homéopathie. <i Tout ce qui entre dans la composition de mes recettes, dit-il, contient un arcane qui sert à expulser ce qui est contraire. » Il cherchait  accaparer la force au moyen de la quintessence, -i La quintessence, dit-il, c'est la vie, la nature, la force, la médecine enfermée dans toute chose et maintenant délivrée de sa prison et de son incorporation étrangère. » Dominé par l'idée d'unité de la nature, il recherchait les médicaments spécifiques, exagérait les effets de « la très noble, très précieuse et tant divim essence de la fleur d'antimoine qui guérit toutes les maladies n; il préférait les remèdes chimiques et spagyriques, tels que : précipité rouge, mercure, plomb, zinc, arsenic. Il étudia la solubilité des métaux dans i'eau régale et rechercha la pierre philosophale.
On trouve dans ses écrits sur le tartre, les maladies, les fièvres tartarêennes, quelques données sur la conception actuelle de l'arthritisme, sur l'hérédité de la (^utte, des maladies calculeuses et tartarêennes. 11 fusait jouer un grand rôle à la nntmie, sorte de lymphe plastique, organisable, réparant les tissus. « Chaque partie, dit-il, ne se guérit et ne se conserve que par sa propre mumie. »
Paracelse prépare l'émancipation avec ses idées sur l'obeerTatioD et l'expérience, il veut que les médecins recherchent par eux-mdmes. a Le monde, dit-il, est
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la bibliothèque du médecin. » Il leur conseille de ne p&B trop s'attarder à la dissection, u Disséquer, dit-il, K est uoe méthode de paysan, car la mort ne peut I dévoilor la vie. C'est l'analomie vivante qu'il faut étu- ' dier. » 11 avait ainsi une vague intuition de l'importance de la biologie.
« La médecine, dit-il, n'étant qu'une expérience
longue et certaine, tontes les opéraLious du médecin
doivent avoir l'expérience pour fondement, cette exp^-
. rience qui fait trouver ce qui est bon, utile et vrai,
t Tout médecin qui n'a pas appelé à son aide Texpé-
rieace et ne l'a pas soumise au critérium de la
vérité, ne montrera qu'hésitation et incertitude. La
science est l'expérience. La science est la mère de
l'expérience et, sans la science, rien de solide. «
La chimlatne inspira la doctrine de Van llalmont
k qui contribua, avec Paraceise, à préparer l'émanci-
I pation de la médecine.
I Van Heumont, médecin et chimiste belge (1577- [ 1644) fut un illuministe aux conceptions parfois I géniales. Ses œuvres sont un étonnant mélange de I vérités inattendues et de revoies fantasques. ' Professeur de chirurgie à Louvain, il trouva que les théories médicales étaient si futiles, qu'il abandonna son enseignement et voyagea. Dénoncé par ses confrères et persécuté par l'inquisition, il lui fut défendu r de soigner ses enfants à leur lit de mort et de les [ faire traiter par ses remèdes chimiques « inaccoutu- [ mes et inconnus » et, cependant, Van Helmonl I n'avait étudié et pratiqué la médecine que pour faire [ son ealut. La lecture de six cents auteurs grecs, I latins, arabes ou du Moyen-Age ne lui inspira que I celte remarque : « Omnes libros canenles eamdem cattf tilnnam. » Une atteinte de gale Ifetix culpa) fort . malencontreusement traitée par les médecins en ( renom, modifia la direction de ses éludes et de ses ■«(perches. Après une abondante saignée, « je pris,
JÇlrrai^IE CHrUIATRIQUI
ijit-il, pendant trois jours, l'apozème de Rondelet qui Goiitenail environ cinquante ingrédients ; le qiiatriittne et le cinquième jour, j'y ajoutai de la rhubarbe et de l'agaric; leBixiëine jourj'ens, au moins, quinze selles. Deux jours après, la gale n'ayant rien perdu de sa violence, même traitement et mCmes évacuations.
Voyant que les pustules et la démangeaison ne diminuaient pas, ils prescrivirent un troisième purgatif; mais sur le soir, j'étais épuisé, mes joues étaient tombées, la voix rauque, la maigreur extrême, les genoux chancelants et j'avais gardé ma gale. » Un charlatan italien le guérit avec du soufre et du mercure- Van Ilolmont se livra dès lors à. l'étude de la chimie dont il voulut faire la base d'une science nouvelle.
Il fit des recherches sur les gai, l'acide carbonique, l'hydrogène sulfuré, l'acide sulfureux eteïpliqua par la combustion des gaz les effets de la poudre & canon. En définissant la flamme, un gaz qui brûle, il fut le précurseur de Lavoisier. Il sq passionna pour la pyrotechnie et s'intitula H Pkilosophux per ignem. » 11 reconnut dans l'estomac la présence d'un suc acide, le eue gastrique, aiusi que son r6le dans la digesliou. En thérapeutique, il employait volontiers le mercure, l'antimoine, le soufre doré d'antimoine, l'antimoine diaphorétique, l'opium. 11 combattit la saignée. Toujours mystique. Van ilolmont croyait que " les remèdes enlèvent la maladie non par la puissance de la contrariété ni en raison de la similitude, mais en vertu d'un don de la Divinité qui aide la nature, laquelle, du reste, est médicatrice par elle-même. » Van Helmont insistait sur le traitement magnétique des plaies et sur toute une classe de maladies envoyées par Satan, ses suppilts et les sorciers. Très superstitieux, il croyait au.t amulettes, aux songes et c'est à la suite de l'un deux qu'il écrivit « Le tombeau
tES DOCTRINES MÉDICALES
de ta Peste » dans lequel il dit assez justement : « La pestB n'est pas une qualité isoliSe, c'est un être,
I un virus naturel, subsistant par Iui-m6me en nous et qui a sa matière, sa forme et ses propriétés. » Van llolmont pense que la digestion est produite
I par le fennent uni â l'aeide de l'estomac. Il formule une théorie chimique des ferments. En physiologie
\ générale, il invoque deus causes premières internes ; la matière et l'efiicient. Los principes initiaux des
t corps sont l'élément de l'eau et le ferment ou
I principe séminal. La cause efficiente est I'archée ou ■principium vitale qui sert d'intermédiaire entre la matière inerte, le corps, et l'agent immatériel, l'àme. Cet archée est le ministre de l'àme sensitive et mortelle. C'est une sorte d'agent incorporel assimilable à l'aura vitalis, au principe vital.
Cel archée général, principal, siégerait au pylore et lurail souB Ba dépendance des archées locaux, d'ordre inférieur, ou rayonnements archéiques.
La révolte ou le désordre de I'archée local, secondaire, provoque la maladie. Ces archées locaus appelés aussi blas, vulcains, sont répartis dans chaque organe dont ils dirigent le fonctionnement à la façon d'un ouvrier habile. A toute cette hiérarchie de principes immatériels est dévolu le rûle de médiateurs, d'agents d'exécution, mais on tête se place
- r&rae raisonnable, immortelle, confondue en Dieu. Cette doctrine, qui appartient au pluri-vitalisme, est le nmontaire du consensus général du fonctionnement des organes, une des bases de l'Hippocratisme. Dans son étude sur Paracelse et Van Helmont, Daremberg estime que le second est supérieur au premier comme médecin, chimiste, physiologiste, anatomiste. Cependant les idées morbides, point fondamental du système de Van Helmont, sont très voisines des semences morbides de Paracelse. Tous deux font intervenir le mysticisme et la superstition du
LA. DOCTRINE CiHUIATRIQUK 59
Plicatioa et le traitement des maladies. Ils ont
s contribué à l'émancipation médicale que lee anatomietes, les physiologistes et les cliniciens.
L'Émancipation. — Si on suit l'évolution des doctrines médicales, on voit que la première moitié du ivi' siècle eSt caractérisée par la révolte contre les Arabes et le retour à la médecine grecque qui est favorisé par l'apport des textes authentiques d'Hippocrate. La critique qu'on en fait ramène indirectement la médecine à l'observation et à la méthode hippocratique. La Renaissance fut, à la fois, un mouvement progressif et réactionnaire en faveur des Grecs. Les xvi° et xvii' siècles sont pour la méde- cine un véritable champ de bataille ; le respect aveugle pour les anciens est perdu et la tradition n'est plus acceptée que sous le contrôle de l'examen et de la critique. Riolan proclame l'union de l'expérience et de la raison et traite les alchimistes de « furnivenduli ». L'observation clinique qui se porte sur des Tnaladies encore inconnues, les maladies dites nouvelles, telle que la coquelucbe, la suelte anglaise, le scorbut, la syphilis, contribue à l'émancipalion médicale. Dès 1582. Fioravanti recommande l'expérience comme l'unique moyen de perfectionner la médecine, et vers 1546, dans un éclair de génie, Frascator attribue la transmission des maladies à un transport de corpuscules. Cette remarquable conceptionde riufeclion venait trop tût, elle passa inaperçue.