LA RENAISSANCE EN MÉDECINE
CtiAITniE 1 INFLUENCE DE L'ANATOMIE ET DE LA PHYSIOLOGIE J
Les progrès de l'anatomie humaine et de la pla
siologie ébranlent le Galénisme et les découvertes! Vksale et d'IlAHVEY lui portent un coup morLel.
Au xj]]' Blinde une ordonnance royale autorÎBait^ dissection d'un cadavre. En 1306 et le 7 i semblable faveur fut octroyée. En 1315, MondWi3 professait à Bologne l'anatomie humaine basée sur des dissections de cadavres. Il mourut en 1376. Nous avons vu que ce ne fut qu'en 1376 que la première dissection fut exécutée solennellement à Montpellier.
Les Précurseurs. — Alors apparut une pléiade d'ana^
tomistes tels que Vésale, Fabklce d'AcQUAPËNOENTE, Sehvet, Réaldus Colombus, Césalpin qui préparent la grande découverte d'HARVEV. Contrairement à l'opinion do Galicn, Vésale avait montré que la cloison interventriculaire du cœur était fermée; Fabrice d'Acqoapesdeme avait décrit la disposition des valy Tules des veines empêchant le retour du sang, donnée
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dont la connaissance fut particulière ment utilisée par Harvey ; Servet indiquait môme en 1553, la petite circulation ; Réaldus Columsus, dès 1559, prouvait que le sang va du ventricule droit au poumon et disait que, delà, il est entraîné avoc l'air (tans le ventricule gauche par les anastomoses établies entre les artères et les veines pulmonaires. Enfln le dernier précurseur est CÈSALPiN (1519-1603) qui décrit la petite circulation sans connaître la grande.
Ces données préliminaires acquises par cette pléiade d'anatomistes n'enlèvent rien à la gloire d'Harvey qui, comme le dit Daremberg, était en possession de la méthode qui découvre et eut, lo premier, la notion du grand cercle que ni Vésale, ni Fabrice, ni Servet, ni Columbo, ni Césalpin n'avaient connu. Il traça une nouvelle route au sang et montra qu'il revient sur luimême. Il eut le tort de ne comprendre ni la découverte d'Aselli, ni celle de Pecquet, et de ne pas voir que la circulation lymphatique était le complément de la circulation sanguine. Le grand mérite d'Uarvoy fut de recourir à l'observation personnelle {per aulopsiam) sur les animaux vivants et non aux livres. Cependant il ignorait le mode de communication des artères et des veines, il ne peut découvrir les capillaires,. et il admet le double courant dans les veines mésaraïques pour porter Vatimeut au foie ol en rapporter la nourriture aux intestins. Malgré ces lacunes, le livre d'Harvey : Exerritationes de motu cordis et sunguinis circulatiorie, en fait le plus grand génie du xvn' siècle.
La découverte de la circulation du sang par Harvey.
— En 1G19, Harvey fait la mémorable démonstration de la circulation du sang aux membres du Collège des médecins de Londres. Eu réfléchissant sur la disposition des valvules dans les veines, déjà signalée par Fabrice d'Acquapendente et tenant compte d'une part de la grande abondance du sang et d'autre part de la
symétrie, de l'ampleur des ventricules du cœur et des vaisseaux aHéreiits et elTérents, Harvey commence â croire que le sang & un certain mouvement circulaire et qu'il passe, dans un circuit fermé, des artères aux veines par l'intermédiaire des capillaires. « Je reconnus, dil-il, que ce mouvement exÎBtait réellement et que le sang sortant du cœur se répandait par les artères dans toutes les parties du corps, sous l'impulsion du ventricule gauche comme dans les poumons par la veine artérieuse (artère pulmonaire) sous l'impulsion du ventricule droit, et qu'ensuite par les petites veines il arrivait dans la veine cavG Jusqu'à l'oreillette droite, de la même manière qu'il est ramené des poumons par l'artère veineuse (veines pulmonaires) au ventricule gauche. »
La recherche physiologique était désormais constituée et la méthode expérimentale sortait de l'oubli où elle était restée plongée depuis treize siècles. Avec Vésale et Harvey nous entrons, dit Claude Bernard, dans cette voie féconde de la philosophie des faits où les vaines spéculations n'ont qu'une place tout à fait subordonnée, après avoir occupé une place prépondérante. La valeur d'une doctrine médicale est liée â eelle de la physiologie qui l'inspire et la médecine ne s'est vraiment engagée dans la bonne voie que lorsqu'elle a été guidée par une physiologie déduite d'une expérimentation rigoureuse et exacte.
La découverte de la circulation lymphatique. —
Elle achève l'œuvre d'ilarvey.
Ce l'ut un hasard heureux qui fit découvrir les vais- Beans chylifèrea. En 1622, ouvrant l'abdomen d'un chien en pleine digestion, Aselli vit des cordons tris ténus et très blancs dispersés par tout le mésentère et les Uitesthu avec des racines en nombre infini, h Je perce un des plus gros de ces cordons, et aussitôt je vois L B'écb&pper une liqueur blanche, semblable & du lait
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OU à de la crème. •> Il lus appela les v&isseaux lactés et décrivil les valvules des chylifères dont le coiilcnu est, dit-il, attiré par le foio. La découverte de la circulatioD lymphatique est complétée par Pecquet qui trouve fortuitement, en 1647, le réservoir du chyle, la citeroe qui porte son nom, le canal thoracique, ainsi que les embouchures des vaisseaux lactés ^ la rencontre dos veines jugulaires et axillaires. Les lymphatiques sont encore étudiés par Rudbeck, Bartro-
LIN, StÉNON.
Le Suédois Rudheck avait indiqué, en 1050, le canal thorapiquB et son réservoir et, l'année suivante, il décrivit les vaisseaux aqueux ou séreux et multiplia, plus tard, ses recherches sur le système lymphatique. En 1652, Bartholin distingua des chylifÈres proprement dits les vaisseaux lymphatiques du foie. La découverte de la circulation lymphatique déposséda le foie du rôle prépondérant que lui avait donné Galien, et dans sa chute il ébranla le galénisme.
En 1653, Bartholin chanta le De Profundis sur le foie et composa son épitaphe.
En 1666, Joannes de Torrn relevait le corps glorieux du foie et célébrait son apothéose. Mais le Foie était bien mort et Sténon acheva sa ruine, en faisant pour le système lymphatique ce qu'Harvey avait fait pour pour le système vasculaire sanguin. Ce n'est quo vers la seconde moitié du six' siècle que le foie remonta sur le piédestal où l'avait placé Galien. L'anatomie et la physiologie de la circulation sanguine et lymphatique avaient secoué le joug du gal6uisme.
La pléiade des anatomistes aux XVII' et XVIIP siècles. — Le xvi° siècle avait transformé l'anatomie descriptive. Le xvii" créa l'anatomie de texture : elle s'enrichit de la connaissance du système lymphatique (Sténon], des glandes (Wirsung, Wharlon, Sténon),
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1694), Ruyscl^H
des muscles, du cœur (Stënon). La véritable (les tissus est fondée par Malpighi (lt>28-1694), Roys( (1638-1727), LeeuTenhoeek (1632-1723), qui, aidés da scalpel, du microscope et de la seriugue à iujeciion, font d'importantes recherches sur ie poumon, le développement du poulet dans l'œuf, la circulation dans les capillaires, la langue, la structure lobulaire du foie, les rapports des glandes, de la rate, des reins avec le syslf^mevasculaire (Malpighi); sur la structure des lymphatiques et la disposition des capillaires. dans les divers organes, sur le tympau et la choroïde, sur la sécrétion uriuaire (Kuysch), Leeuvenhoeck découvre les globules dans le sang, ce liquide nourricier par excellence, étudie leur mouvement rotatoire, leur changement de forme, trouve les spermatozoïdes et poursuit de patientes investigations sur la structure: des os, des muscles et du système nerveux.
Lower (1631-1691) étudia la structure du cœur fit l'un des premiers des expériences intéressantes sur la transfusion du sang. Peyer découvre les follicules intestinaux, Brunner les glandes duodénales, Rivinua les canaux excréteurs des glandes sublinguales, Régnier de Graaf les follicules, les vésicules ovariques,. les canaux déférents. Verheyen, s'atdant du micro! cope et de l'analyse chimique, étudie avec sang et les divers liquides organiques.
Parmi les anatomistes qui brillèrent au xvni* siècle se trouvent Pagchioni (1665-1726), Valsauva (1666- 1723), SANTomsi (1681-1737), WmsLow (1699-1760), LiF.nERKUUN (1711-1756), W. Hunteb (1718-1783), Zinn (1727-1759), Malagarne (1776), Mascagni (1787), Wbisbbrg (1739-1808). Vicg o'Azva (1768-1794). Au xvrir siècle, Spallanzani étudie la digestion et la ff menlalion, Van Swieten fait dos expériences l'euibolie, Fontana sur les venins, eto,
L'Anatomie pathologique.
es '.s.
■OMIE ET DE LA PHVSIOI.OOIB
gique c8l rénovée par MoaoAONi (1682-1771) qui fait excellemment ressortir que les autopsies ne sont utiles que si elles sont faites par ua mëdecia aussi habile en clinique qu'eu anatomie normale et que si elles sont précédées de l'observation détaillée de la maladie.
Le Microscope. — Le microfcope assure ses progrès. H fil faire d'intéressantes découvertes k Leeu-
VËNHOECK, à SCHWAMMEHDAM (1637-1675), à SPAiLAN-
ZANi (1729-1799) qui réfuta la théorie de la génération spontanée et soutint l'adage d'Harvey [Omne vivum ex ovo), à Malpighi, à Huyscb, à Régnier de Graaf, k Verheyen, etc.
Le XVII' siècle, qu'inaugure la découverte de la circulation du sang, utilise le microscope, fait connaître la teïture des divers organes et appareils, complète l'auatumie descriptive. 11 voit naître l'Ecole iatro-chimique, dernier écho de la chimiatrie et prélude aux doctrines iatro-mécaniques et iatro-mathématiquGS qui arrivent k leur apogée au xvjii' siècle.
Au xvii° siècle, une partie de la médecine fut la succursale de cette chimie naissante et à peine évoluée dans laquelle les elTervescences, les fermentations et les distillations ne pouvaient donner que des explications insuflisantes. Aussi les doctrines chimiques furent-elles délaissées Jusqu'à Lavoisier et remplacées au xvin° siècle par des théories puisées dans les sciences physiques et mathématiques. Le râle qu'on attribuait à cette époque k ta chimie, k la physique dans l'explication des phénomènes de la vie était excessif et prématuré.
La Chimie. — Le xvii° siècle médical fut le llls très légiiime du xvi' qui était le siècle de l'alchimie et, comme le lait remarquer Daremberg, les doctrines chimiques sont, de toutes façons, trop séduisantes et
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en même temps trop prêtes à tout expliquer pour qu'elles ne se soient pas très fortement emparées des esprits.
La Chimie conquiert sa véritable place avec la découverte de l'oxygène par Pbiestleï {1733-1804), les travaux de Lavois[eh (1743-1794) qui complètent la physiologie de la circulation du sang en faisant connaître l'analy&e de l'air, les phénomènes chimiques de la respiration, les causes de la chaleur animale, etc. En montrant qu'il n'existe qu'une seule chimie et une seule mécanique également applicable aux corps organisés et aux corps inorganiques, Lavoisier et Laplace préparèrent l'évolution de la physiologie générale.
La Clinique. — Sydenham (1624-1689), surnoniiné avec raison ïifippocrale anglais, fut le grand clinicien du xvir siècle qui remit la médecine dans la bonne voie. Le meilleur moyen d'apprendre la médecine est, dit-il, l'exercice et l'usage, « bien persuadé que, si je , prenais la nature pour guide, je ne m'écarterai jamais du droit chemin, lors même que j'entrerais dans des voies inconnues jusqu'alors. » Il ajoute : « Il y a deux sortes de gens qui empêchent également les progrès de la médecine. Les premiers sont ceux qui, ne faisant eux-mêmes rien du tout pour son perfectionnement, s'euQamment contre ceux qui voudraient y contribuer, alléguant le faux prétexte du respect extraordinaire qu'ils prétendent être dû aux anciens... Les seconds qui, naturellement vainp el légers, vous accablent de raisonnements et de spéculations qni ne servent de rien du tout pour la guérison des mala- 1 dies. Ils n'ont pas assez de jugement pour comprendre qu'on ne peut connaître la nature que par le moyen de l'expérience, qui seule est capable d'en dévoiler les mystères. » Il ne veut que des hypothèses fondées sur des faits. Ce fut un grand admirateur de Bacon.
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Le règne du galénisme et de la scolas tique allait finir. Le galénisme était sapé par les progrès de Tanatomie et de la physiologie, par la découverte de la circulation sanguine et lymphatique, par les attaques dirigées contre les multiples fonctions que Galien avait attribuées au foie, par la chimie, la clinique, etc., tandis que la scolastique était battue en brèche et remplacée par les méthodes philosophiques de Bacon et Descartes.