OEUVBE DE CLAUDE BERNARD
remarquable livre : L'Introduction à la Médecine expérimentale.
Cette méthode mit en relief la gi^néralilé des phénomènes vitaux, et celte notion féconde, point de départ des conquêtes biologiques modernes, contribua à émanciper la physiologie du joug ancestral de la force vitale et de la cause finale.
Gr&ce à celte méthode expérimentale, la physiologie a trouvé sa véritable voie, repris son influence légitime sur la médecine et ses doctrines, guidé ia marche de la science et assuré ses progrès. Claude Bernard Itxe les règles de la méthode expérimentale appliquée aux recherches sur les êtres vivants, en indique les écueils. en dévoile les secrets ; il développe aussi la critique espérimentale, insiste sur la certi^ 1 tude de l'identité dans les résultats quand les condi- \ I lions des phénomènes sont identiques. C'est le déter- \ 1 minisme expérimental qui, entrevu par Aristote et \ I Bacon, mieux précisé par Leibnilz et A. Comte, devint ■ la base des recherches biologiques.
Claude Bernard montre que la base de la médecine scientifique est la physiologie qui ne peut se constituer que par voie expérimentale, c'est-à-dire par l'application immédiate et rigoureuse du raisonnement aux faits que l'observation et l'expérimentation nous fournissent. Elle a pour but de conquérir la matière vivante et d'agir scienlifi que ment sur les phénomènes de la vie. Son objet est la recherche des conditions élémentaires des phénomènes vitaux. Elle étudie les propriétés de la matière organisée Lt explique les procédés et mécanismes vitaux. La physiologie est la science de la vie, tandis que la médecine est la science de la maladie.
La physiologie expérimentale a surtout subi l'influence de Claude Bernard qui a fait ressortir son union avec la médecine et la pathologie expérimen- ' ' 1. C'est la partie scientilique de la médecine; elle
I 104 LES DOCTHINES MÉDICALES
t la '^ê^^H base âl^^H
Hdoit BO rendre maîtresse des phénomènes de K«lle est, dit Claude Bernard, la première 1 ll'édillce mé.dical scientîûque et s'appuie sur les BBciences pliysico-cbimiques. Celte union de la pby- ' igie et de la médecine scieolilique apparaît dans t ses recherches sur l'asphyxie par la vapeur de charbon. Il n'y a, du reste, qu'une physiologie qui comprend, à la fois, l'étude de l'état normal et de l'état p;ithologique et fait ainsi avancer la science de la maladie. 1
Médecine physiologique. — Claude Bernard a insisH , sur les upplicalions de la physiologie à la médecine'^ Lsur son union nécessaire avec la pathologie, sur rl'identité des lois à l'état physiologique et  l'état ■pathologique. Il considère la physiologie comme la ^base scientifique de la médecine active, car elle I pour but d'étudier les phénomènes des êtres vivant! [de connaître les lois des phénomènes de la vie, I déterminer les conditions matérielles de leur mant^ Klestation etd'agir sur l'apparition de ces phénomënes. mJjB. physiologie a avec la pathologie une méthode ^commune d'investigation.
Science expérimentale, la physiologie doit agir sur Iles phénomènes de la vie et chercher ses bases dans Fia structure organique des êtres vivants sans s'altai^ der aux hypothèses des vitalistes ni aux vues excli sives des physico-mécaniciens.
Le problème médical comprend la physiologie
l'Étude des phénomènes normaux qui, avec l'hygièni
Lnous apprend à conserver la santé, et la pathoiogi
■ qui, de la connaissance des maladies et de leurs cai
, nous conduit à prévenir le développement di
conditions morbides et à les combattre par la Ikét
peu tique. Claude Bernard envisagea chaque problèi
au point de vue physiologique, pathologique
' peutiquG, et chercha à le résoudre au moyen d'ui
expérimentation rationnelle, scientifique, thérapeutique et toxicologique.
La méthode expérimentale. — La golution du pro-
lilûme médical doit être cherchée par la,métkode expérimentale qui coQsisle daus un raisonne ment â l'aid e daguelnou§5£min et lons^ méthoJîjue menr nos idées à l'expérience des faits. Son critérium est l'expériencei quî~perrnël~dë~ vérifier une hypolhèse scientifique. Celte hypolhèse promotrice de vérification, provocatrice des recherches et' d'expérimentations n'est, suivant Bacon, qu'une idée anticipée. La méthode expérimentale est une méthode aposferion qui a pour but d'interpréter et de confirmer les idées a priori ^ elle s'appuie sur le sentiment, la raison et l'expérience, elle doit servir de hase à toutes les sciences qui yeulent agir sur les phénomènes de la nature vivante.
La méthode expérimentale est le sol qui fournit à la graine {l'idée expérimentale) les conditions de se développer. Elle secoue le joug philosophique et théologique, n'admet plus d'autorité scientifique personnelle, proclame la liberté de l'esprit et de la pensée, et puise en elle-même une autorité impersonnelle qui domine la science. Elle part des faits et s'aide d'une seule forme de raisonnement, la déduction par syllogisme, pour remonter à la cause prochaine et pour découvrir le déterminisme des phénomènes. Nous ne"! pouvons connaître ni le commencement ni la fin des 1 choses, mais nous pouvons, dit Claude Bernard, « saisir le milieu, c'est-à-dire ce qui nous entoure immé-^J diatemenl. » Cette méthode a pour objet de trouver l'harmonie entre la raison pure et les faits du monde extérieur. Prévoir et diriger les phénomènes, tel est le but du problème expérimentah
Empruntant la méthode de son maître, Magendie, Claude Bernard disait : « En entrant au laboratoire, on doit laisser les théories au vestiaire. »
106 tES DOCTRINES MÉDICALES
h' expérimentation est la base et en quelque sorte la partie executive de la méthode expérimentale appliquée à la médecine; elle recherche les causes des phénomènes; elle est la médiatrice entre le savant et les phénomènes physico-chimiques qui l'entourent.
V expérience n'est au fond qu'une observation provoquée dans un but de contrôle ou en vue de faire nailre une idée. Un fait n'est rien par lui-môme ^il n e vaut que par l'idée qui s'y rattache ou par la preuve qu'il fournit. Les grandes vérités scientifiques ont leurs racines dans les détails de l'invesligatioa expérimentale qui constituent en quelque sorte le sol sur lequel ces vérités se développent.
" On n'arrivera jamais, dit Claude Bernard, à des généralisations vraiment fécondes et lumineuses sur les phénomènes vitaux qu'autant qu'on aura expérimenté soi-même et remué, dans l'hôpital, l'amphithéâitre et le laboratoire, le terrain fétide ou palpitant de la vie. Les faits sont les matériaux nécessaires, mais c'est leur mise en œuvre par le raisonnement expérimental, c'est-à-dire la théorie, qui constitue et édifie véritablement la science. » Lkypothèse expérimentale n'est que l'idée scientifique, préconçue ou anticipée. La théorie n'est que l'idée scientifique contrôlée par l'expérience; c'est une hypothèse vérifiée qui doit venir avant les applications véritablement scientifiques; elle est précédée par la pratique dont elle devient le flambeau directeur. Les théories médicales ont leur point de départ dans des expériences physiologiques.
JJans la science expérimentale, il faut obtenir des faits exacts au moyen d'une investi §;ation rigoureuse et les mettre en œuvre à l'aide d'un raisonnement expérimental, afin d'arriver à connaître la loi d< phénomènes.
L'expérience facilitée par les vivisections, les rechi ches incessamment comparatives, une critique expé]
mentale sévère, doit âtre sang ceBse contrôlée par Vépreuve-témoin. Douter sans cesse, ne pas se séparer de l'observation, fuir les idées fixes, observer sans idées préconçues, garder toujours sa liberté d'esprit assise sur le doute philosophique, telle est la méthode de l'expérimentateur qui ne crée rien daos les sciences des corps vivants et ne fait qu'obéir aux lois de la nature. La preuve en science ne constitue pas une certitude sans la contre-épreuve qui démontre le déterminisme nécessaire des phénomènes.
Dans les expériences, il faut aussi faire varier ^ toutes les conditions, sauf une.
Installant ses recherches au sein même de l'organisme, Claude Bernard arrivait à rendre la mort locale et passagère, et faisait ainsi, suivant l'expression de Paul Bert, I'autopsie vivante, sans mutilation ni eSusion de sang.
L'emploi des poisons lui permît de porter l'analyse expérimentale sur les éléments anatomiques. » Il eut ainsi, comme dit Renan, son réseau de communications instantanées, sa police secrète qui l'avertissait du trouble le plus furtif. » C'est ainsi qu'il montra que la strychnine agit uniquement sur les cellules excitomotrice de la moelle ; t'oxyde de carbone sur les globules sanguins, le curare sur les nerfs moteurs. Ces poisons ont donc permis de localiser les phénomènes de la vie sur certains éléments anatomiques. Ce sont les plus commodes de tous les moyens à utiliser dans l'analyse expérimentale.
Un autre grand procédé d'investigation fut la vivisection, analomia animala, suivant le mot d'Haller. Claude Bernard contrôlait sans cesse ses recherches par des expériences comparatives, contradictoires, de canlTÔle, de façon à bien dégager la notion primordiale, le fait à découvrir.
La méthode comparalive est la base des recherches physiologiques ; elle combine et multiplie les ii
ti(;attoiis de manière à maintenir identiques, d'une expérience k l'autre, lee conditions inconnues; elle emploie Tépreuve-témoin pour étudier la condition variable dont on veut apprécier la valeur et connaître l'aclion.
« L'observateur, disait Guvier, écoule la nature, l'expérimentaleur l'interroge et la force â se dévoiler. "
Les sciences expérimentales qui ont pour objet de déterminer les lois effectives et les conditions de manifestations des phénomènes sont conquérantes, visent à l'action, sont executives, si on les compare aux sciences d'observation qui sont contemplatives; elles ont une évolution progressive et indéfinie et ont pour principe le délerminisme qui rend l'acti(
Déterminisme. — Le déterminisme est le principe
absolu de la science, car les phénomènes physiologiques apparaissent, se succèdentet s'enchaiuent toujours identiques et conformes à une loi invariable, lorsqu'ils évoluent dans des conditions rigoureusement déterminées. Le principe du déterminisme n'admet pas de faits contradictoires; il s'applique également aux faits négatifs, repousse de la science les faj""
' indéterminés ou irrationnels et exige que les faj soient comparativement déterminés.
f Le déterminisme d'un phénomène, d'après Claui Bernard, est l'ensemble de ses conditions matérielles, c'est-à-dire l'ensemble de circonstances qui entraînent son apparition. Ces conditions sont évidemmenT) accessibles, puisqu'elles sont toutes matérielles,, "ta^ matière manifeste des phénomènes qu'elle n'engendre pas.
Toute manifestation de l'être vivant est un phéno-~1 mène physiologique et se trouve liée à des conditions 1 physico-chimiques déterminées, qui le permettent, quand elles sont réalisées, qui l'empêchent, quand
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L OEUVRE DE CLAUDE BEnNARD 109
elles foiiL dériiut. Le dclerminlsme n'est donc que raffirmation de la loi partout, toujours ; c'est l'alflrmation du mot de l'antiquité : c Tout est Tait avec oriiro. poids uL mesure. » Il y a donc des conditions m II tti ri elle s délorminiios qui règlent l'apparition des phénomènes de la vie, et il y a des lois préétablies qui en règlent l'ordre et la forme. Le déterminisme, principe nécessaire de la physiologie, fait connailre les conditions nous permettant d'atteindre les phénomènes, de les supprimer, de les produire ou les modiiier. n Ce principe, dit-il, suffit â l'ambition de la science, car, au fond, il révêle les rapports entre les phénomènes et leurs conditions, c'eat-à-dire ta seule et vraie causalité immédiate. »
H II y a, dit Claude Bernard, un déterminisme absolu dans les conditions d'existence des joA^nomènes phifsiologii/aes ou organiques. »
Ils doivent Être ramenés à des conditions espérimenlales définies, aussi simples que possible, pour arriver au déterminisme. Le déterminisme est la cause prochaine du déterminant. Leurs forces directrices et évolutives sont morpholo^'iquement vitales dans les corps vivants, leura forces executives sont les mêmes dans les corps bruts. Il faut découvrir les lois de ces phénomènes avant de prétendre les manier. Les con- Daitre, les prévoir et agir sur eux, tels sont les buts des sciences. Ils sont expliqués, dit Claude Bernard, par l'étude des propriétés de la matière. L'expérimentation fait remonter à leurs causes ; elle agit sur eux et ne les crée pas. Leur apparition est réglée par les conditions physico-chimiques extérieures déterminées.
Quant aux phénomènes pathologiques, ils sont la déviation de l'état normal, et il n'y a pas de séparation réelle entre eux et les phénomènes physiologiques..
Tout phénomène vital doit être e.xpérimenlatement analysé et ramené au mécanisme de sa production
qui ne se fait que grâce à des conditions physico-chî iniques. Le déleriDinisme ne s'attache qu'à l'étuc' des causes prochaines, les seules accessibles. •< Comme' loi suprême de l'univers, Claude Bernard reconnaît ce qu'il appelle le déterminisme, c'esl-i-dire la liaison inflexible des phénomènes, sans que nul agent esln naturel intervienne jamais pour en modiûer la rési tante. » (Renan.)
« L'obscure notion de cause, dit Claude Bernai doit être reportée à l'origine des choses... Elle di faire place dans la science à la notion du rapport rapport ou de condition. Le déterminisme fixe les coi diLions de ces phénomènes, il permet d'en prévoir^ l'apparition et de la provoquer. Il ne nous rend pas compte de la nature, il nous en rend maîtres: c'est seulement dans les conditions physico-chimiques du
llieu intérieur que nous trouverons le déterminisme les phénomènes extérieurs de la vie. » Ce détermi- Isme biologique est la négation du caprice de la nature vivante.
La reproduction identique du même phénomëi vital dans les mêmes conditions déterminées, a été <oinl de départ de fructueuses recherches aboutisi & des données plus générales. Le déterminisme assuré les progrès de la physiologie.
C'est sur le déterminisme expérimental de la cam de la maladie que repose la médecine expérimentale qui n'est que l'épanouissement de l'investigation médicale pratique dirigée par un esprit scientilique. La médecine expérimentale et la médecine empiriqi loin d'être incompatibles, doivent, au contraire, réunies intimement, car toutes deux sont indii pensables pour l'édification de la médecine espéi mentale. Le but de la médecine expérimentale est découvrir et de saisir le déterminisme initial d'u série de phénomènes morbides, d'en poursuivre mécanisme caché, d'en pénétrer les causes prochaii
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l'cŒUVRK de CLAUDE BBnNAAD
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c'est-à-dire les conditions dûlerminantes, enfin de régler et de modider, dans de certaines limites, les lois de l'organisme malade. D'après Claude Bernard, la médecine expérimentale est la seconde période de la médecine «cientillque, la première période étant la médecine d'observation. Elle cherche à déterminer les conditions d'existence des phénomènes physiologiques et pathologiques, afin de pouvoir les diriger. La médecine expérimentale fait la physiologie des maladies tandis que la médecine d'observation n'en donne que l'histoire naturelle. La médecine ne finit pas à l'hôpital, comme on semble le croire souvent; elle n'y fait que commencer. Elle doit être complétée par l'élude analytique et expérimentale des maladies.
i( J'ai foi, dit Claude Bernard, dans l'avenir de la médecine, et je pense qu'à son jour ot à son heure, elle atteindra l'état scientifique avec un déterminisme aussi rigoureux que celui des sciences, des corps bruts. En prenant la forme de médecine expérimentale, elle devient science pure. »
L'expérimentation seule peut achever le développement scientifique de la médecine en s'éclairanldu flambeau de la physiologie elle-même.
Repousser systématiquement la médecine expérimentale, ce serait méconnaître l'évolution de l'esprit humain dans toutes les sciences. La physiologie et la médecine expérimentales s'établissent par l'observation et l'expérience ; elles marchent lentement, sûrement, allant de faits en faits, et éclairent successivement chacune des parties de la science à mesure que les recherches s'étendent et que les faits se multiplient. Ce qui importe surtout, c'est de ramener les idées aux faits et non les faits aux idées.
Les méthodes d'investigation dans les phénomènes de la vie étant identiques k l'état normal et à l'état pathologique, les règles qui s'appliquent aux recherches physiologiques sont absolument les mêmes
que celles qa'il convient de suivre pour \a. pathologie la thérapeutique.
L'investigation scientifique en pathologie et rapeutique a pour point de départ tantôt u n fait fo rtuit s urvenu au hasard, tantôt une b ypoLh &se. c'est-àdire une idée préconçue, ou une t héorie . Les loiSj physiologiques se retrouvent dans les phénomèm pathologiques, d'où il suit que la véritable base scie: tifique de la thérapeutique doit être donnée par connaissance de l'action physiologique des causi morbides, des médicaments ou des poisons. La ci tique expérimentale en pathologie et en ihérapexdiqx doit toujours être fondée sur le déterminisme absoll des faits et doit faire repousser la statistique eomi base de la science pathologique, thérapeutique espérimentale.
En pathologie et en thérapeutique, il faut répudi les faits indéterminés et exiger avant tout l'obseri vation ou l'expérience comparative.
•lEo résumé, dit Claude Ucrnard, la médecine expérimentale ost uue médecine essentiellement agissante, une médecine qui se développe ; c'est la science de l'avenir. »
pathologie expérimentale doit être, d'aprts
aude Bernard, invariablement fondée sur la phy- 'siologie. II n'y a pas de distinction absolue 4 établir entre les phénomènes de l'état morbide et ceux de l'état sain. Elle est donc inséparable de la physiologie expérimentale dans son avancement scientifique. Les lois de la vie sont, du reste, les mêmes à l'État pathologique qu'à l'état physiologique. On ne pourra jamais comprendre le mécanisme d'une maladie si on ne connaît préalablement le mécanisme des fonc;- tions troublées qui s'y rapportent.
L'état morbide est une perturbation de l'état siologique, et l'état pathologique n'est qu'une mi cation de l'étal morbide.
L OEUVRE DE rLAUUË DEIiNABD
S-L& pathologie, dont l'objet est ia connaissance des __pàladics el des conditions qui les déterminent, pos- ""sède avec la physiologie une méthode commune d'investigation,
La maladie correspond aune fonction normale correspondante, dont elle n'est qu'une expression troublée, exagérée, amoindrie ou annulée. Elle est constituée par le dérangement survenu dans un mécanisme fonctionnel normal, par nne perturbation I vitale. Elle n'est qu'une altération dans le fonctionnement régulier de l'élément analomiqne. Elle est un des caractères de la vie el n'est pas, dit Claude Bernard, un mode différant essentiellement de la santé ; elle change l'état analomiqne et physiologique des ' organes, mais les forces physiologiques continuent^ j d'agir. Le système nerveux a une grande influence"' I sur les symplûmes géuéraux. -'
' Les effets de la maladie ressemblent & ceux des
' poisons BOUS tous les rapports. La maladie peut I résulter du développeme nt pat hfllosittue des cellules, d'un développement imparfait, d'une évolutijan pcr- I verlie oîTlnsûTCsânfë^ I Tâïïatomie pathologique ne suffit pas à expliquer toutes les altérations morbides. Les maladies modU ' fient les tissus d'une manière graduelle au lieu du les désorganiser brusquement. Leurs causes résident dans les éléments analomiques. Les maladies sont d'autant plus nombreuses que l'organisme est plus perfectionné elles fonctions plus complexes. Elles se ramènent à un déterminisme assez complexe. Lu 'nature n'est pas toujours capable de les guérir et io traitemenl rationnel d'une maladie doit s'adresser a ' jon mécanisme physiologique, «Commeil n'existe, dit I Claude Bernard, qu'une science en médecine, cetio I science est la physiologie appliquée à l'état saii ^ com me à l'état morbide. La médecine, sans riei ^^^■Qer des enseignements de l'histoire, sait qu'elle n<
'at^anl œuvr^^^|
lli LES DOCrniNES UËDICALCS
prendra rang daas les sciences qu'eu faisant de patience expérimentale. •>
L'observation des maladies est la base invariable de toutes les analyses expérimentales. La médecine expérimentale se sert de l'observation comme d'un point d'appui nécessaire ; la clinique doit précéder les recherches expérimentales. La physiologie expérimentale, en devenant la base naturelle de la médecine expérimentale, ne saurait, dit Claude Bernard, supprimer l'observation du malade, ni en diminuer 1'' porlance. Le physiologiste et le médecin doivi chercher à ramener les propriétés vitales à des | priôtés physico-chimiques. Il faut surtout introdi dans la médecine l'esprit analytique de la méthode expérimentale des sciences modernes. C'est l'union raisonnée de l'empirisme et de l'expérimentation qui constitue la vraie méthode expérimentale, C'est elle qui a permis à Claude Bernard de faire ses imporlautes découvertes sur le suc gastrique, la suc pancréatique, la fonction glycogénique du foie, le glycogène, la pathogénie du diabète sucré, la physiologie du système nerveux, du grand sympathique, des nerfs vaso-moteurs, des nerfs d'arrêt et d'inhibition, les propriétés et les altéralions des liquides de l'organisme, les propriétés des tissus vivants, les ancsLhésiques, l'asphyxie, les substances toxiques et médicamenteuses, etc. Aussi Claude Bernard a-lril modifié et même transformé sur certains points la partie sciei tiflque de la médecine.
1 II faut pratiquer les expériences sur les animaux et^ placer nécessairement la médecine au point de vue expérimental, si l'on veut, dit Claude Bernard, fonder une médecine vraiment scientifique qui embTBLSse logiquement la physiologie, la pathologie, la thérapeutique. Le médecin ne doit pas s'en tenir è. l'anâtomie pathologique seule pour expliquer la maladie; il part de l'observation du malade et explique ensuitai
LOEUVnE DE CLAITDE BEHNABD
I la maladie par la physiologie aidée de l'anatoinie t palhologique et de toutes les sciences auxiliaires dont : se sert l'investigation des sciences biologîqaee. C'est '■ l'alliance de la clinique et de la physiologie qui assureront les progrès de la mMecine positive. La clinique doit nécessairement, constituer la base de la méde- I cine, elle indique le problème, et la physiologie expli- I que les phénomêues observés, en revenant se retremper I sans cesse dans l'observation clinique pour ne pas s'égarer. La médecine expérimentale ne s'écarte donc qu'en apparence du malade et pour y revenir avec des armes plus efficaces. »
; La médecine scienti/ique, pour Claude Bernard,"
résulte donc de l'union intime de la physiologie et de ' la clinique et doit employer la méthode d'invesligalion commune aux sciences expérimentales ; c'est une médecine dans laquelle la pratique se déduira avec ' certitude de la théorie.
Il On a pu dire, ajoute Claude Bernard, que le ' médecin savant était toujours le plus embarrassé au lit du malade, car l'esprit scientifique expérimental répugne absolument à produire des effets et à étudier des phénomènes sans chercher à les comprendre. »
Pour Claude Bernard, le médecin expérimenlaieur est le médecin de l'avenir. II cherchera à traverser l'empirisme pour en sortir et arriver au second degré de la médecine expérimentale, c'est-à-dire à l'expérience précise et consciente que donne la connaissance expérimentale de la loi des phénomènes. Il possMera une bonne observation, un diagnostic sûr et un pronostic exact ; il ne se conduira d'après aucun système, il se distinguera des médecins hippocratistes et des médecins empiristes, en ce qu'au lieu d'avoir pour but Vofiservation des maladies et la constatation 'action des remèdes, il voudra aller plus loin. lélrer & l'aide de l'eTpMmen talion dans l'espHca-
L de l'ac ^^élri
LES DOCTHINES MÉDICALES
tion des phénomènes vitaux, et comprendra le m(^L^anismc physiologique de la production de la maladio
pet le mécanisme de l'action curative du médicament, La thérapeutique doit s'appuyer sur l'étude du mécanisme deB maladies et sur la connaissance des jropriétés des médicaments dont les effets généraux 5'expliquent par leur action sur les éléments histolor g;iques.
L'action des médicament» en générât doit être cona^ '" i comme une action physiologique élective i' spéciale sur les éléments organiques.
La force médicatrice est une force physîologiqueJ L'action thérapeutique n'est comprise que par l'actioi^ toxique. Il s'agit de déterminer sur quel élément anac tomique chaque médicament porte son action et dâ connaître les modifications des propriétés vitales qnffl subit l'élément anatoraique atteint par le médicamentjl Il n'y a souvent qu'une difiérence de dose entre Im médicament el le poison. L'action des médicamei '
■,)i'est pas la même dans l'état de sunté et de maladie^
Kfille s'eserce dans le milieu iotra-oj'gauique.
Le sang en est le véhicule. Les môdicaments oa^
F«ne affinité élective pour les organes malades.
Claude Bernard étudie encore les médicaments ad point de vue de leur action générale, de leurs opposi^ lions, de leurs effets généreux, de la généralisation dd leurs effets, de leur absorption, de leurs conditions d'action ; il examine les théories physiques, chi miquen et vitales des eifets médicamenteux et insiste sur lejj médications actives et rationnelles.
Ses Idées philosophiques. — « Il faut briser IcJ
entraves des systèmes philosophiques comme briserait les chaînes d'un esclavage intellectuel.
"- H Celle étude expérimentale, dit Claude Bernard, doit bannir à jamais de la médecine la recherche
I chimérique de la cause première de la vie qui csi
l'oeuvre DB CLAUDE BEnNABD 117
insaisissable par rexpérience, nomme la cause première de tout aulre genre de phénomène. Par suite, disparaîtront nécessairement tous les systèmes de médecine dans lesquels on personnifie cette cause première, ainsi que cela se rencontre toujours dans l'enfance de tontes les sciences. Les systèmes ne sont pas dans la nature, mais seulement dans l'esprit des hommes. Tous les systèmes a pHori ou métaphysiques que les sciences ont créé dans leur période embryonnaire doivent, plus tard, quand la science tend à se constituer, être oubliés et disparaître comme des moyens transitoires devenus inutiles.»
Le progrès n'est doue pas de restaurer ou de réveiller les anciens systèmes. Le vrai progrès consiste k les remplacer par la connaissance de la loi des phénomènes. Les systèmes médicaux ont fait leur temps, la médecine scientifique ou expérimentale est la seule médecine de l'avenir.
Claude Bernard a édilié la philosophie biologique en renversant les doctrines anciennes sur la spontanéité des êtres vivants et sur les forces vitales et en ramenant les phénomènes de la vie à des actes physico-chimiques.
L'œuvre de Claude Bernard fait époque dans l'évolution des doctrines physico-chimiques. « Le déterminisme, dit Paul Bert, c'est la base même de toute la vie scientifique de Claude Bernard ; c'est de là, qu'émane tonte sa philosophie. C'est sur ce roc solide qu'il édifie toute sa doctrine, c'est là qu'il s'est établi pour braver le scepticisme décourageant et les caprices du principe vital; c'est là qu'il se réfugiera quand il voudra fuir ceux qui voudraient l'entraîner avec eux dans la roue d'écureuil de la métaphysique. »
En rejetant la recherche des eauies premières, Claude Bernard repousse par cela même l'hypothèse matérialiste et l'hypothèse spiritualiste du champ de
118 LES DOCTRINES MÉI)ICALEr<
lii physiologie. « Les dodritiei matérialistes, dit-il, ronstitiient une erreur, car il y a comme un dessein préétabli de chaque être, de chaque organe; il existe UD plan organique, mais l'observation ne noua montre pas une intervention active d'un principe vital. Il faut séparer le monde métaphysique du monde physique qui lui sert de base, mais qui n'a rien à lui emprunter. La loi d'ordre ou de succession que donnent les sens ou la relation des phénoménei^, ne procède pas de la malière. Le penser serait tomber dans l'erreur des matérialistes. »
« Nous nous séparons également des matérialistes, car, bien que les modifications vitales restent placées directeméut sous l'inQuence des conditions pliysieochimiques, ces conditions ne sauraient se grouper, harmoniser leurs phénomènes dans l'ordre et la succession qu'ils alTectent spécialement chez les êtres vivants. En physiologie, dit Claude Bernard, le matérialisme ne conduit à rien et n'explique rien. La malière est, en effet, inerte par elle-même, elle n'a pas de spontanéité et n'engendre pas les phénomènes qu'elle manifeste. Nous ne pouvons qu'étudier ses propriétés et les conditions de ses manifestations phénoménales. » Rien ne se perd, rien ne se crée. Les1 manifestations de la vie ne sont pas l'œuvre de la^ matière.
La physiologie, dit Claude Bernard, doit se dégager des idées philosophiques et thêologiques qui, pendant longtemps, s'y sont trouvées mêlées. Les doctrines matérialistes et spiritualistes peuvent être agitées en philosophie, mais elles n'ont pas de place en pathologie expérimentale, elles n'ont aucun rôle utile à y remplir.
Nous nous séparons, ajoute-t-il, des vilalistes parce que la force vitale ne peut agir qu'en empruntant le ministère des forces générales de la nature et qu'elle est incapable de se manifester en dehors d'elles.
Les doctrines vilalistes sont 'ugées ainsi par Claude
L'oEL'VRE de CLAUDE BERNARD 119
Bernard : « C'est une erreur consistant à considérer comme une force une personnification trompeuse de l'arrangement des choses, à donner une existecce réelle et une activité matérielle efficace à quelque chose d'immatériel qui n'est en réalité qu'une notion de l'esprit, une direction nécessairement inactive.
u C'est par une fausse interprétation qu'on a pour ainsi dire personnifié le principe vital et qu'où en a fait comme l'ouvrier de tout le travail organique..., et les recherches physiologiques apprennent que la force ou les forces vitales ne peuvent rien sans le concours des conditions physico-chimiques, n
K La seule force vitale que nous pourrions admettre, dit Claude Bernard, ne serait qu'une sorte de force législative, mais nullement esécutive. La force vitale dirige des phénomènes qu'elle ne produit pas; les agents physiques produisent des phénomènes qu'ils ue dirigent pas. Un phénomène vital a un déterminisme rigoureux, physico-chimique. » Paraphrasaul le mot de Leibnitï, Claude Bernard conclut : « Chaque chose s'exécute dans le corps vivant, comme s'il n'y avait pas de force vitale. »
B Le physique, dit-il, agit sur le métaphysique, mais jamais le métaphysique n'agit sur le physique. » C'est cette spécialité des agents physico-chimiques dans l'organisme qui est le principe du vilalisme physico-chimique. Les phénomènes de la vie rentrent donc, d'après Claude Bernard, dans l'ordre des phénomènes physico-chimiques.
H Entre les deux Ecoles, ajoute-t-il, qui font des phénomènes vitaux quelque chose de tout à fait identique à eux, il y a place pour une troisième doctrine, le vilalisme physiqwj, qui tient compte de ce qu'il y a de spécial dans les manifestations de la vie et do ce qu'il y a de conforme à l'action des forces générales; l'élément ultime du phénomène est phy-1 sique, l'arrangement est vital. » '
ICO LES DOCTttlNKS MÉDICALE
Les phénomÈnes vitaux divisés en fonctionnels et nutriLifs ont, d'après Claude Bernard, une modalité spéciale et dépendent d'agents chimiques propres k l'organisme vivant. Telle est la doctrine du mlalisme physique, admettant uue sorte de chimie vitale spéciale ans êtres vivants et difTërenle de la chimie des laboratoires.
11 La vie, dit-il, c'est la création; ce qui est absolument du domaine de la vie, c'est l'idée directrice de celte évolution vitale. Dans tout germe vivant, il y a une idée créatrice qui se développe et se manifeste par l'organisation. Pendant toute sa durée, l'être vivant reste sous l'influence de cette même force vitale créatrice et la mort arrive, lorsqu'elle ne peut plus se réaliser. La matière n'engendre pas les phénomènes qu'elle manifeste, elle n'en est que le subslratum. La vie précède le développement des propriétés organiques, lesquelles ne s'expliquent que par elle. » Claude Bernard acceptait la condition métaphysique de la cause qu'il différenciait nettement des conditions d'existence. Il s'est placé en dehors et au delà du vitalisme en ne considérant pas Vidée de direction, les forces de direclion, la spécificilé vilale, comme un principe réel; c'est un concept métaphysique qui ne réagit point sur les phénomènes, qui ont donné à l'esprit l'occasion de le créer.
Néo-vitalisme scientifique. — Tandis que l'ancien
vitalisme admettait comme cause des phénomènes vitaux, une «force hyper-mêcaniqiie ■« , le néo-vitalisme mécanique entend par « force vitale » le mécanisme spécial des forces physico-chimiques qui se trouvent à la base des phénomènes vitaux.
Dans le néo-vitalisme scientifique, le fait vital est spéciflque, mais celle spécificité n'est plus essentielle, elle est seulement formelle.
La différence du fait vital d'avec le fait physique
H^^H l'oeuvre PE CLAUDE BERNARD 12j
consiste dans une diversité des mécanismes ou àei agents d'exécution. Il s'agit d'une chimie particulière, || au moyen d'agents spéciaux, de ferments, etc. G'{ j le vitalisme physico-chimique de Claude Bernard. [ Pour d'autres biologistes qui n'établissent pas de
différences dans le mécanisme des phénomènes des doux ordres, l'acte vital est caractérisé parla manière 1 dont il s'enchaîne â d'autres.
L'ordre vital n'est qu'un enchaînement d'actes physico-chimiques réalisant un plan idéal.
Avec Chr. Bohr el Ileidenhaiu, le néo-vilalisme prend sa forme scieuLiQque.
Le premier de ces expérimentateurs soutient que,
dans l'échange des gaz, pendant la respiration, la
1 membrane alvéolaire ne se prête pas à une diffusion
I banale, simple fait physique, mais qu'elle est le s
d'une véritable sécrétion, phénomène physiologique OU vital.
I D'après Heidenhain, la mince paroi fin ■
sanguin fait encore preuve de vitalité et ne se laisse pas traverser par les liquides organiques suivant les seules lois physiques de la diffusion, de l'osmose et de la dialyse. Les éléments cellulaires vivants troublent le passage des liquides qui s'effectue aussi, suivant un acte physiologique. Les facteurs physiques sont donc doublés par des facteurs physiolo(' le fonctionnement de l'être vivant ne dépend donc plus exclusivement des forces physiques. Certains phénomènes biologiques ne pourraient donc pas être interprètes mécaniquement; ils dépendraient d'une action vitale, si les recherches de Bohr el Heidenhain sont conQrmécs.
1 Bunge va plus loin. « Plus nous scrutons les pUé-
I nomènes vitaux, plus nous arrivons è. nous convaincre que certaines manifestations auxquelles on avait cru pouvoir donner une explication physique ou chimique, en réalité d'une nature bien plus compliquée et
^^^ut ei
LES DOCTRINES HÉDICALES
ispëce d'interprétation e
^^^Bcanique. »
^^^H C'est cette insuriisance du matérialisme qui a doiii
^^^K naissance au viUlismc de G. Von Bunge et de Rim
i Iféo-Titalisme psychiipe. — Ce vitalisme de (
Von Bunge est une sorte " d'idéalisme philosophique) BuDgc dit à propos de la loi de Jean Muller : I n Les phénomânes extérieurs n'ont rien de i
! mun avec nos sensations et représentations. Le monde
extérieur est pour nous un livre scellé des sept sceaux. Les états et les phénomènes de la conscience sont eeuls accessibles à notre observation et à notre intelligence. Le principe du vitalisme est de nous engager dans la seule vraie route de la connaissance qui pari du connu, le monde intérieur, pour expliquer l'inconnu, le monde extérieur. C'est la route opposée, la fausse route que prend le Mécanisme, lequel n'est autre chose que le matérialisme, car il part de l'inconnu, du monde extérieur pour expliquer le connu, le monde intérieur. «
G. Von Bunge, en 1889, admet un néo-animisme en attribuant aux êtres organisés un principe recteur qui est une sorte d'âme vitale. Riodlleisch partage ces idées néo-animistes.
Néo-vitalisme philosophique. — Avec Claude Bernard, Chevreul et A. Gautier, Rciuke pense que le mystère de la vie no dépend pas de la nature des forces qu'elle met eu jeu, mais de la direction qu'elle leur donne, d'une " force directrice «.
C'est une domiimnle qui guide intelligemment les
énergies pliysico-chimiques qui seules se manifestent
dans l'être organisé. Reinke nous ramène ainsi aux
hlaa et aux Arckées de Van Helmont. Dans ce nén-
linaliste, il existerait au sein des organismi
conçu \ nem e
L'OEtlVHB OB ClAUDI! BERNARD 123 1
inlB des forcet matérielles obéissant aux lois de irgétique universelle et des forces xpirilueltes, intelligentes, les dominantes, gardiennes du plan pré-
çu, agents de ia ânalilé, régulatrices du fonetioii- 1 gem ent, du développement du corps vivant,
is récentes recherches de Pawlow sur le travail glandes digestives pourraient servir d'arguments ' .veur du néo-vitalisme. Les excitants spécifiques Tes phénomènes d'adaptation dominent la physiologie de la digestion. En effet, le début de l'activité séerétoire des glandes est en rapport avecl'entréedes aliments dans le tube digestif; la quantité de sucs digestifs est proporlionnelle à la quantité d'aliments; enfin, pendant la digestion, la marche de la sécrétion glandulaire présente une grande importance et'une remarquable invariabilité d'allures.
De plus, la puissance digeslive et le degré d'acidité du sue gastrique varient suivant l'alimentation. A chaque sorte d'aliments correspond une marche particulière de la sécrétion. Toutes les données précédentes sont conQrmées par les résultats fournis par le " repas fictif» qui consiste à faire manger par un chien des aliments qui s'écoulent peu après par une fistule œsophagienne, sans Jamais pénétrer dans l'estomac ; puis on étudie les modiflcalions du suc gastrique au moyen de la fistule stomacale. La sécrétion du suc gastrique augmente, dans ces conditions, avec la déglutition des aliments qui n'arrivent pas à l'estomac; elle diminue et cesse après la section complète des deux nerfs vagues, dans leur portion cervicale. C'est par l'intermédiaire de ces nerfs que l'agent excitateur de la sécrétion manifeste son influence sur les glandes gastriques.
« Le canal digestif, dit Pawlow, obéit à un mécanisme plein d'artqui, comme tout ce que nous connaisdans la nature, témoigne d'une Onesse exquise et le adaptation intime des phénomènes à leur but.
'' ni
La pbysiolo^e des oi^an«fipeut être en quelque BorLe opposée à ta physiologie de la celiale. »
C'est ainsi qu'il existe nne action spécifique des fibres nerveuses qui concourent au travail giIaDdulaire et des nerfs sécrétoires spéciaux de l'estomac et da pancréas par exemple, ainsi qn*une spécificité des terminaisons périphériques des nerfs centripètes, des cellules nerreuses. ^"est-ce pas l'appétit, le désir de l'aliment et non l'excitation mécanique qni produit la sécrétion psychique dn repas fictif, c'est-â-dîre le suc d'appétit, sorte de suc d'amorce? En résumé, adaptations fonctionnelles de la salive, excitabilité spécifique salivaîre, sécrétion psychique du suc gastrique, détermiuisme de l'escitabilité spécifique du canal digestif, tout autant d'arguments en faveur des théories néo-vitalistes. On peut ajouter d'autres raisons tirées de la physiologie du pancréas. C'est ainsi que le suc gastrique est un excitant puissant et spécifique de la glande pancréatique qui est influeDCée par une action réflexe partie de la muqueuse duodénale. Ne sait-on pas aussi que la graisse, qui a une action inhibitrice sur les glandes de l'estomac, est un véritable excitant de la sécrétion pancréatique et augmente la teneur du suc en ferment saponi liant?
D'analomigue la médecine devint physiologique avec Claude Bernard et s'attacha à l'étude du trouble fonctionnel, du mécanismede la maladie, en négligeant la cause morbigène. En 1877, dit Renan, Claude Bernard touchait au problème par excellence, au problême de la fermentation, impliquant la question même des origines de. ta cellule.
11 annonçait â ses élèves qu'il croyait avoir trouvé ta voie pour pénétrer dans ce sanctuaire impénétra- II mourut triste, pensant à l'idée destinée à périr ^ven lui et en disant: « C'eût été pourtant bien b
Il vit la Terre Promise et fviatr ; p^wtta. Hae^ cha les eauses morbides, déoownï Ta^ut soaariï. li» microbe qui aviit échappé «« géi' " " narci et Tulili^ poar prérenirct f Pasteur a transformé la aèdMâe «L a«M clinique avant lui, est devenK éNtMfifMr. j çwe, propAy/affiçuf.
La médecioe actoeUe s'adaaae à 1» w fcg gfc» A» causes morbigèoes dot VtaaàÊimm yiOiihgi«m»-tf te microscope étndîeal raetioa d f rtâ wa t Ito Mwo a» . NoD coDtenle de décrire k» iMtarfiiwi aiwMfv M d'interpréter leur rtle daac !■ paOnçteie 4a» ff^^' tomes, l'anatomie palholo^ft «"«neat» «u» •&» (« sens Ëtiologiqne et a poar pnadpd aèiecâf de mMv les rapports intimM de ms léwM cfte Ib ohm (m»' ductrice.
Les doctrines noBvcIlea Cot»ti« nwi>Bnt é^v*t'i^t^u^ et pathogimquea ont nKWlfé r«n«w d« U jiMUfrlA*»» cellulaire, d'après la^a dk ^ «•■eliiait. amr ^^f^ chow, d'une simple ûwSStttét )éUba\tw\ai* * ''^4«*' tité de nature des l is iMm matitiAe». Dai» 'V*^' 'W microbienne l'awa/owwe patkaùyfiànif ■»! t» >^.-.^- .-j^^;)^ font connaître l'agenl palhoir^T^ -- -•-<>
tion, ses modes d'aclif^n, •»:= r^u\ ^*
raies, son rôle morbiif-?, '' r " -~
associations microbien', le microscope permet :nosologie en raltachar.' bienne (pneumococcie^ :
etc.], une série dViatvariés, mais dép^ndnr:
pathogène. La '.l-n,r, .-■ doctrines micr :
diagnostic, tel- , ses membrant^-
dans les dÏTerien i-?r-'i^-- >excrétion* fcracbats, tAA., \ \^ ,
i26 LES DOCTRINES MÉDICALES
typhoïde, tuberculose) ; le cyto-diagnostic ; VhéjnatO' logie et les diverses formules leucocytaires, etc., etc. La précocité et la certitude du diagnostic se sont accrues au grand avantage d'une prophylaxie rapide et utile des maladies infectieuses et épidémiques. Les conquêtes thérapeutiques ^ telles que les vaccins, les sérums, fruits des doctrines microbiennes, ont permis de prévenir, combattre et guérir nombre d'infections. Telle est l'œuvre de Vépopée pastorienne. Elle est si considérable que le xix* siècle peut être appelé le siècle de Pasteur»
CHAPITHE m L'ÈRE PASTORIENKE
^^wtl
iKstorique et évolution des Doctrines microbiennes- — Les doctrines actuelles se basent sur les découvertes d'un savant étranger à l'art médical. Pasteur. Lassée des lliéories et des hypothèses édifiées à grand renfort de raisonnements ou de pétitions de principes, la médecine avait déjà, avec Claude Bernard, infusé â ses doctrines le sang nouveau que lui apportait la méthode expérimentale. Avec Pasteur, l'expérience et le laboratoire acquièrent une plus grande importance et établissent sur des bases solides, ■^B une progression ininterrompue, les découvertes lelées â révolutionner l'art de guérir.
is Précurseurs, — Déjà Rhazès, au a' siècle, avait comparé la variole â une fermentation, Frascator, en 1546, avait attribué la transmission des maladies à UD transport de corpuscules, puis Van Helmont, Sydenham, Bressy, avaient été les précurseurs, les partisans avant la lettre de la théorie microbienne. Rayer et Davaine, en 1851, avaient même découvert la bactéridie charbonneuse. Mais ces données anciennes n'enlevèrent rien à la gloire de Pasteur, car, comme le dît Duclaux, « un fait même de l'ordre physique, n'est rien par lui-même et ne devient quelque chose
lor5(|u'il passe à l'ëlat de fait intellectuel, eu tra-
128 tES 1)0CTRIHE9 MEUECALHS
I versant une intelligence dont il reçoit l'empreinte. » j Du reste Pasteur déclarait: » Je n'apporte pas de méthode nouvelle de travail, je me contente d'opérer bien là où on opérait mal, d'éviter les causes d'erreurs qui rendaient les expériences de mes prédécesseurs incertaines et contradictoires. » 11 aurait pu ajouter qu'il apportait cependant quelque chose de nouveau, son propre génie. C'est là surtout que gisait le secret du succès de ses iiilerDrétalions.
La Méthode de Pasteur. — Les premiers travaux de Pasteur sont étrangers à la biologie et révèlent déjà la trace de sa méthode qui est ainsi appréciée dans un rapport écrit en 1S57 par Sénarmonl à l'occasion d'une première candidature de Pasteur à l'Académie des Sciences : « Toutes ces déductions logiques, I non seulement Pasteur les a tirées de ses recherches cristallograpbiques, mais il a su, partout et toujours^, les assurer par autant d'épreuves expérimentales décisives. 11 a su s'élever continuellement et avec un égal succès, de la conception théorique qui imagine, à l'expérience qui démontre, et de la démonstration même à de nouvelles vues spéculatives, de telle sorte que l'induction logique et l'observation matérielle se servent tour à tour et par un enchaînement continu de corollaires et de vérifications. Ce système de faits prévus et en même temps réalisés constitue aujourd'hui toute une doctrine où le raisonnement et l'espériencc, toujours solidaires, se prêtent un ferme et constant appui; une doctrine qui possède le premier, l'unique caractère d'une véritable théorie physique, puisqu'elle enseigne à chaque expérimentateur k prévoir, à combiner k l'avance, k l'aide d'un petit nom- . bre do caractères cristal lograp h iqu es, les partlcula- L rites des phénomènes qu'il va faire naître, et k créer K k volonté entre des corps chimiquement identiques d ea I Eimilitudes ou des dissemblances préméditées. » ^M
l'èbe PASTORIEWK
résumé des premières recherches de Pasleurest
l^^pOBé même de la méthode qui a présidé k toutes
^s découvertes et que Seiiarmont louait en de
justes termes.
Les Fermeatatîons. — En 1^6, tandis qu'il âtaità Lille comme professeur de chimie et doyen de Faculté des Sciences, Pasteur eut son attention attirée sur les fermentations par un fabricant d'alcool de betteraves, qui, à la suite de graves mécomptes, était venu lui demander conseil. C'est de ces recherches que date le début de l'épopée pastorienne.
Le phénomène de la fermentation avait été élucidé au point de vue chimique par Lavoisier qui avait montré qu'il s'agissait d'un simple dédoublement du sucre en alcool et en acide carbonique.
Déjà, en 1G80, Leeuvenhoeck avait vu qu'oxamini au microscope, la levure se présentait comme un am; de globules ovoïdes ou aphériques et, en 183 Cagnard-Latour avait remarqué, qu'en ensemençant du moût de bière, ces globules ovoïdes, et isolés de la levure, bourgeonnaient, devenaient doubles, formaient des groupes multiples et rappelaient par leur forme et leur mode de végétation certaines plantes grasses de nos jardins; il ajoutait que si la levure agit sur le sucre c'est « par quelque effet de sa végétation et de sa vie ». Mais on objectait à Cagnard- Latour qu'on ne trouvait pas de levures dans les fermentations voisines de la fermentation alcoolique et qu'en revanche la fermentation lactique était mise en train par la présence de tait aigri, la fermentation butyrique par celle de la viande pourrie. Aussi admettait-on avec Liebi^ que la fermentation était une décomposition qui prenait naissance au contact d'une matière organique déjà en voie de destruction et irausmettantau composé fermentescible le mouvement .écomposition qui l'animait elle-même.
n traos
130 LES DOCTUINES H^.DICALES
Pasteur ensemençant une trace de levure dans de l'eau ne renfermant que tlu sucre et des sels minéraux crislailisés montre qu'elle vit, se multiplie, bourgeonne comme un ^tre vivant. Il fit voir que toute fermentation lient k un lermeut distinct pour chacune, qui se multiple comme la levure. Il montra les ferments à l'œuvre dans la fabrication du vin, de la biâre, du pain, dans la coagulation du lait, dans I& putréfaction de l'urine et des substances organiques, dans les maladies du vin, de In bière, et même dans les maladies des vers à soie. A leur rdle d'agentsdea- I tructt^urs do la matière morte, ces êtres mîcroscopi- < queâ semblaient pouvoir ajouter le T6\e d'agents de désorganisation des tissus vivanls. 11 démontra que toutes lès espèces microbiennes qui apparaissent dans les substances fermentescibles proviennent de germes préexistants et prouva ainsi que la géné ration , spontanée n'existe pas.
~ Les travaux de Pasteur établirent que la bactéridie charbonneuse, découverte, en 1861, par Rayer et Davaine dans le sang d'animaux morts, du sang de rate ou charbon, peuvent déterminer des effets hors de proportion avec leur volume. Déjà Davaine, en 1861, affirmait que la bactêridie n'est pas seulement le compagnon inséparable de la maladie ; elle en est, disait-il, K la cause et l'unique cause. »
En découvrant les spores de la bactêridie charbonneuse, Koch apporta un précieux appui à la conception de Davaine.
Cependant la doctrine des virus restait en faveur. On admettait l'unité fondamentale des virus qui ne changeaient pas au milieu des formes différentes de la maladie qu'ils communiquaient. Chauveau montra que dans un liquide virulent les particules ligurées et solides, retenues par les filtres, sont seules actives et il ajouta celte notion importante que, sans perdre }car action, les virus peuvent être dilués jusqu'au
cent cinquantième pour la Taccine et jusqo'au cirnj centième pour la morve. On ne tenait pas compte des arguments fournis par l'arrêt de l'agent de contagion par le filtre ou le placenta (Davaine); on ne s'arrêtait pas aux enseignements que donnaient les ensemencemenlB et les cultures du sang charbonneux (Koch). La question n'avança pas avec la découverte de nouveaux microbes dans la néphrite purulente (Kleba 1865), dans la pyémie (Rindfleisch), dans les abcès métastaliques (von Reclclinghausen et Valdeyer), dans la fièvre traumatique (Klebs), dans l'érysipéle (Nepveu), dans la diphtérie {(iErtel), dans la fièvre puerpérale, la pourriture d'hôpital, et daus d'autres maladies atteignant l'homme ou les animaux.
On se contentait d'enregistrer la coexistence d'une maladie et d'une forme microbienne sans essayer de reproduire la lésion primitive, par iaoculalion. Eniin on était désorienté par la présence de microbes variés dans un pus de même nature et de môme provenance ou par l'impossibilité de trouver des microbes dans les maladies éminemment contagieuses.
Démonstration scientifique du rôle pathogène des microbes. — Ce n'est qu'en i877 que Pasteur aboutit & la démonstration rigoureusement scientifique du rôle pathogé nique des microbes. Il employa la méthode qui lui avait permis d'éclaircir les mystâres de la fermentation lactique et alcoolique. 11 ensemença dans un liquide approprié nne goutte de sang charbonneux ne renfermant d'autres formes vivantes que ties bactéridies charbonneuses qui se reproduisirent à l'état de pureté et obtint des filaments enchevêtrés nageant dans un liquide limpide absolument privé de tout autre élément organisé ou amorphe. L'inoculation de ce liquide à un animal sain lui donna la maladie charbonneuse et à l'autopsie, son sang était ^ramnli de bactéridies. Enfin, la filtration de ce
I ta
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LES DOCTHIMES MÉDICALES
F liquide suruo diaphragme de pl&lre le rendît ina( ; en lui enlevant ses bacléries pathogènes.
' Ici, dit Duclaux, se trouve ouverte, sans ambsj ret sans discussion possible, une voie dan? laquelle^ I n'y a plus qu'à marcher pour récolter des décoi \ vertes. «
Applications pratiques. — Les idées scientiliqiu de Pasleur eurent rapidement d'heureuses con^l queuces pratiques. En 1807, Trousseau consac une de ses dernières leçons cliniques à la nouTel doctrine : » Voilà donc la grande théorie des fermfflE rapportée à une fonction organique; tout ferment é jiu germe dont la vie se manifeste par ïine~s|çfètia spéciale. Peut-être en est-il de même des virus mS bicîes, peut-être sont-ils des ferments qui, dëposi dans l'organisme & un moment donné et dans i taines circonstances déterminées, se manifeslerc. par des produits multiples, Ainsi le ferment variole^ fera la fermentation variolique, d'où naîtront des n liers de pustules; ainsi le virus morveux, ainsi S virus de la clavelée. D'autres virus semblent localement, maïs par la suite, ils n'en modifient { moins tout l'organisme; ainsi la pourriture d'hàpita la pustule maligne, les érysipèles contagieux, peut-on admettre en ces circonstances que le fermd ou malière organique de ces virus sera transpor ici pur la lancette, là par l'atmosphère ou par ] pièces de pansement? »
L'antisepsie cbimrgicale. — I. Tandis que Trousaej
faisait ainsi prévoir l'avenir à ses auditeurs, un c'__ rurgien anglais, Lister, partisan, au début, des doi trines microbiennes eut l'idée de comparer les complications septiques des plaies à la putréfaction bauale et d'attribuer leur origine à la présence de germes renus de l'extérieur. En coQaé(\Me,ïicft, vl les écarta
des plaies en prenant des précautions de minutieuse | propreté et usa largement d'un produit qui s'oppose énergîquement i la putréfaction, l'acide phénique.
Le 18 février 1S74, Lister adressait à Pasteur la lettre suivante, qui établit la lîliation de ta méthode listérienne avec la doctrine Pastorienne : " Perraetlez-moi de vous adresser mes plus cordiaux remerciements pour m'avoir, par vos brillantes recherches, démontré la théorie des germes de la putréfaction et de m'avoir ainsi donné le seul pnocipe qui peut mener k bonne flu le système antiseptique. Si jamais vous veniezà Edimbourg,ceserait,je crois, une vraie récompense pour vous que de voir, à notre hôpital, dans quelle large mesure le genre humain a prolllé de vos travaux. Ai-je besoin d'ajouter quelle grande aatisfaclion j'éprouverais à vous montrer ici ce dont la chirurgie vous est redevable. » Lister avait le droit de se montrer lier de ses résultats : « De 1867 à 18G9, sur 40 amputés, il en avait sauvé 34, Si l'on s'arrête une seconde devant un pareil chiffre, comment se défendre d'une immense tristesse en songeant à ces centaines, à ces milliers de jeunes hommes succombant dans les hôpitaux, dans les ambulances, pendant l'année lugubre et qui eussent pu être sauvés par le pansement de Lister ! » (Vallery-Radot). — En 186'.>, Lucas-Cham pionnière fit connaître, en France, la méthode de Lister; mais les minutieuses précautions qu'elle exige, furent presque tournies en ridicule.
II. Avec une grande propreté et des lavages à l'eau alcoolisée, Léon Le Fort réussit à faire tomber la mortalité à la suite des amputations, de 60 à 24 pour cent. Et cependant les chirurgiens, toujours attachés à leurs idées traditionnelles, négligeaient cette méthode que Chassaignac qualifiait si dédaigneusement de « chirurgie de laboratoire qui fait périr beaucoup d'animaux et sauve très peu d'hommes », «^1 ajoutait : « II faut que tout ce qui sort du laho-
LES DOCTRINES HÉDrCALEfl
meots
'Il
I raloîre eoit circonspect, soit modeste, réservé, tant
[ qu'il n'a pas reçu cette manière d'investitare clinique, ' Lquelle il n'y a pas de véritable science médicale et pratique. »
111. Cherchant à combattre la terrible infection purulente qui fit tant de ravages sur les blessés de la guerre de 1870, Alphonse Guérin appliqua le pan-
I eement ouaté qui sauva 19 opérés sur 34. u Si, dit-il, les miasmes sont des ferments, je pourrais prémunir les blessés contre leur funeste influence en filtrant l'air comme Pasteur l'avait fait. » En 1873, sur la demande d'Alphonse Guérin, Pasteur vint dans service de l'Hôtel-Dieu pour y voir ses pansements ouatés. En cette occasion, Pasteur conseilla aux rurgiens de flamber les instruments pour les ii rasser des poussières organiques déposées â
I surface, de nettoyer soigneusement les plaies les pansements, de détruire les germes contenus dans ■ I coton à pansements, en le chauffant à une haute température
En mars 1878, SédxUot lisait & l'Académie une note intitulée « De l'influence des travaux de M. Pasteur sur les progrès de la chirurgie » et concluait ainsi : H Nous aurons assisté à la conception et àla naissance
^ d'une chirurgie nouvelle, flilo de la science et de l'art, qui ne sera pas une des moindres merveilles de notre siècle et à laquelle les noms de Pasteur et de Lister resteront glorieusement attachés. » Pour désigner ces infinimenls petits, il proposa le terme de mio-obe qui fit fortune. Aux idées de Léon Le Fort sur l'origine banale de l'infection purulente, T'asteur op[iosa ses
I recherches sur le vibrion septique qu'il cultiva, isola et inocula avec succès. Il n'obtint des cultures de ce microbe qu'à l'abri de l'air. Ce vibrion lutla première espèce d'aiiaérobia connue ?•> S'il est icrrifiant, dît-il, de penser que la vie puisse être à la merci de la multiplication de ces iniiniment petits, il est coj
l'ère pastorieunk 135
tant aussi d'espérer que la science ne restera pas toujours impuissante devant de tels enuemis, lorsqu'ou la voit, prenant possession de leur étude, nous apprendre par exemple que le simple contact de l'air suffit parfois pour les détruire. » Pasteur retrouve ce vibrion septique dans certaines eaux, dans les poussières banales, soit à l'état végétatif, soit à l'état de spores douées d'une résistance considérable aux agents de destruction, et attribue à la résistance vitale et à l'atténuation microbienne, sous l'inHuence de conditions physiques, la victoire de l'organisme contre ces microbes si répandus
Que cette résistance vitale vienne à se modifier ou à faiblir, tous ces microbes ambiants, jusque-là impuissants, vont envahir l'organisme et l'infecter. « Cette eau, cette éponge, cette charpie avec lesquelles voua lavez ou vous reouvrez une plaie, y déposent, dit Pasteur, des (formes qui ont une facilité estrème de propagation dans les tissus, et qui entraîneraient infailliblement la mort des opérés dans un temps très court si la vie, dans ces membres ne s'opposait pas à la multiplication de ces germes. Mais, hélas, combien de Fois celte résistance vitale est impuissante, combien de fois la constitution du blessé, son affaiblissement, son état moral, les mauvaises conditious du pansement n'opposent qu'une barrière insuflisante à l'envahissement des inliniment petits dont vous l'avez recouvert, à votre insu, dans la partie lésée. » Pénétré des dangers auxquels exposent ces germes répandus à la surface des objets. Pasteur recommandait, eu i878, une propreté parfaite des instruments, le nettoyage et le flambage des mains, le chauffage à 130 degrés des objets de pansement et à tlO degrés de l'eau, l'emploi de l'acide phénique non concentré. Ce sont ces conseils, qui ont conduit la chirurgie à l'antisepsie et à l'asepsie et ont ainsi assuré les succès des tentatives opératoires les plus hardies. Leurs applica-
lions pratiques ne tardèrent pas à se multiplier. La Maternité de Paria était ravagée par l'infection puerpérale. Pasteur trouva la cause de ces épidémies de fièvre puerpérale et isola chez les accouchées infectées un microbe en chaînette. Des mesures, basées sur des principes de préservation de ces germes, Urent tresser cette effrayante mortalité.
Les variations de la virulence microbienne. — Les
remarquables recherches de Pasteur sur une série de micro-organismes le conduisirent à l'étude des variations de virulence. L'expérience suivante a une grande portée. Si on injecte de la bactéridie charbonneuse à une poule, elle résiste, parce que sa température normale est voisine de 42 degrés. ReTroidit-on cet animal en plongeant ses pattes et sou arrière-train dans de l'eau à 25 degrés jusqu'à ce que la température de son corps descende à 37 ou 38 degrés, elle contracte cette maladie comme les mammifères. RéchaufTe-t-on cette poule inoculée au moment où surviennent les premiers symptômes de l'envahissement des tissus, elle triomphe de ces microbes et guérit.
En 1880, la communication de Pasteur « Sur le» maladies virulentes et en particulier sur la maladie appelée vulgairement choléra des poules », marque une nouvelle étape. Les e.tpériences de Goze et Feltz, de Davaine sur le charbon, de Leplat et Gaillard sur la septicémie, avaient montré l'augmentation de la virulence microbienne ù la suite d'une série d'inoculations sur divers animaux. Pasteur voulaut expliquer ces variétés de virulence du vibrion septique admit, à tort, l'existence de plusieurs espèces de vibrions inégalement nocifs. Un hasard de cultures lui fit voir que les variations dépendaient non de Tespëce, mais des conditions plus ou moins favorables dans lesquelles le microbe s'est développé. " N'est-ce pas, disait-il, ce qu'on observe, quand uu organisme se montre inof-
feosif pour une espi^ce à laquelle on l'inocule? Il est iuùlTûnsif, parce qu'il ne se développe pas d&tis le corps de l'aoîmal ou que son développement n'atleiut pas les oryaues essentiels à la vie. <>
Vaccinations microbiennes. — Choléra des poules. — Filtrant une culture artificielle du microbe du choléra des poules en milieu favorable pour en éliminer tous les micro-organismes. Pasteur l'ensemença avec de nouveauï germes qui ne se développèrent pas. II en conclut que le bouillon élait vacciné par la première pullulation microbienne, de la même façon qu'un organisme vivant après une première atteinte d'une maladie virulente.
Une nouvelle analogie avec les virus fut fournie par la variabilité des ell'ets produits par l'inoculation. Certains animaux inoculés, au Heu de succomber rapidement avec les phénomènes habituels, résistaient et ne mouraient que tardivement avec des symptômes rappelant les s(%quelles graves et souvent incurables de maladies virulentes typiques (rougeole, scarlatine, fièvre typhoïde).
Tandis que chez le cobaye l'injection intra-veineuse de certains microbes est mortelle, l'inoculation sousculanée des mêmes germes produit un simple abcès local dans lequel les micro-organismes fourmillent et dont l'ouverture spontanée est suivie de la guérison complète. Cependant ce pus est virulent et si on l'inocule à une poule, elle succombe rapidement à l'infection. Il Des poules ou des lapins qui vivraient, en compagnie de cobayes portant de tels abcès pourraient tout à coup devenir malades et périr sans que la santé des cochons d'Inde parût le moins du monde altérée. Pour cela il suffirait que les abcès des cochons d'Inde, venant à s'ouvrir, répandissent un peu de leur contenu sur les aliments des poules et des lapins. Un observateur, témoin de ces faits et ignorant
memcnt i^^H
^^^^P)a filiation dont je parle, seroîL dans l'ëtonnement ^^^B voir décimer poules et iapÎDS sans ^^^B et craîrait à la spontanéité du mal ; car il eerait loin ^^^B de supposer qu'il a pris son origine dans les cochons ^^^^H d'Inde, tous en bonne santé, surtout s'il savait que ^^^B les cochons d'Inde sont sujets, eus aussi, à la même ^^^H atïection. Combien de mystères dans l'histoire des ^^^B conlagioDS recevront un jour des sotatîons encore plus ^^^f simples que celles dont je viens de parler! » Et ^^^^ Pasleur, prévoyant ainsi le rôle aujourd'hui si catégoriquement aflirmé des formes Trustes des maladies contagieuses dans l'évolution des épidémies, songeait surtout à rapprocher ses constatations des observations de Jeoner dont il aimait k méditer les travaux et qui voyait dans la variole et dans le cow-pox des
imaniroslations d'un même virus diCTérenciées par la nature du sujet qui en était atteint.
[Jd nouvel hasard d'expériences montra à Pasteur que l'inoculation de vieilles cultures de choléra des poules ne tuait pas les gallinacés, mais les rendait réfractaires aux injections de cultures jeunes. La vaccination était trouvée. <> Il y avait donc des maladies microbiennes qui ne récidivaient pasi On pouvait donc préparer des vaccins garantissant contre une inoculation virulente. » (Duclaux.) Pasteur obtint des variations de mortalité correspondant au vieillissement, et les cultures les plus anciennes n'étaient plus mortelles, bien que le microbe ; fût encore vivant et capable d'être fructueusement
; réensemencé. « Toute la série des cultures atténuées
I reproduit, dit Pasteur, la virulence atténuée de celle
qui a servi de point de départ, de même que la viru- I lenee nulle reproduit la virulence nulle. » On obtenait
^^^^ donc ainsi contre les maladies virulentes des virus- ^^^H vaccins cultivables artificiellement. ^^^H Charbon. — Les recherches de Pasteur sur le cbar- ^^^H bon le conduisirent i, une nouvelle conquête docl
char- I loct^^
L'ËRF. PASTOniENNB 139
uale qui entraîna les rësuUats pratiques les plus beureui. Il montra le mécanisme de la contagion dans les champs maudits, et prouva que les vers de terre, eu fouillant le sol autour des cadavres charbonneux enfouis profondément, remontaient k la surface avec l'humus les spores virulentes et les mettaient en contact du fourrage avec lequel se contaminaient les animaux rais au pacage.
Le charbon était bien une maladie virulente.
Pasteur et Chaniberland (au cours d'expériences entreprises pour Juger d'un procédé de traitement du charbon), avaient eu l'occasion de voir deux vaches, devenues très malades à la suite d'une inoculation d'essai, mais ayant résisté, supporter sans aucun malaise une inoculation virulente qui tuait les animaux neufs. Il ne s'agissait plus que de trouver le vaccin.
En aoât 18S0, Toussaint annonça qu'il avait fait cette découverte. En chaulTant à 55 degrés du sang charbonneux délibriné et en inoculant à des moutons des doses successives de ce sang chaulîé, il les mettait à l'abri des effets d'une inoculation virulente consécutive. Mais les essais de contrôle ne furent pas tous favorables. Le vaccin de Toussaint était inégal et pouvait dans certains cas donner un charbon mortel. En effet, le microbe du charbon formait des spores beaucoup plus résistantes aux agents d'atténuation et susceptibles de conserver toute la virulence primitive.
Pasteur recourut à la méthode de vieillùsement des culture» qui lui avait réussi avec le choléra des poules. Il avait démontré que l'atténuation progressive était due à l'action de l'oiygône de l'air et espérait obtenir des résultats semblables avec la bactéridie charbonneuse. Mais les spores empêchèrent encore le succès. Il fallait donc éviter l'apparition des spores et Pasteur y parvint en main tenant ses cultures
140 LES nOCTtilNES MÊDTCALEI
à une Lempéralure qui permet le développement du bacille tout en s'opposanl à la formation des spores.
Dès lors, ce fut une réédition des résultats donnés par le choléra des poules. Mais le succès fut beaucoup plus éclataut par l'importance de ses conséquences pratiques. Le charbon tuait de.<^ milliers d'animaux el causait chaque année aux éleveurs plusieurs millions de pertes. Aussi le résultat formellement démonslralif des vaccinations faites à Poui!ly-ie-l'ort en une expérience publique, ne fut que le début d'une série de ^ictoi^es et, en 1894, Chamberland pouvait évaluer que l'emploi des vaccins avait assuré à l'agriculliire française un bénéfice de 5 millions de francs pour les moutons, de 3 millions pour les bovidés. « C'est la vaccination charbonneuse, dit Duclaux, qui a la première répandu dans le public la foi dans la science des microbes, n
H Si ce sont les expériences de PonilIy-le-Fort et les vaccinations charbonneuses qui ont, les premières, ébranlé le scepticisme général au sujet des doctrines nouvelles, c'est la prophylaxie de la rage qui leur a fait, dans la confiance publique, la place è. part dont elles jouissent aujourd'hui. » (Duclaux.)
Rage. — Au point de vue doctrinal, les premiers travaux de Pasteur sur la rage ne sortirent pas du cadre tracé pour le choléra des poules. Ici le microbe n'avait pu être découvert et isolé. Mais, à la suite du docteur Duboué, de Pau, ou savait que la matière nerveuse des animaux rabiques contenait le virus, et sans attendre d'être en possession du germe, Pasteur appliqua sa méthode avec la substance virulente. Par un artifice expérimental, en introduisant la matière d'inoculation dans le cerveau, après trépanation, il obtint d'abord un virus flxe d'activité toujours égale. Puis, prenant les centres nerveux des animaux inoculés avec ce virus, il les soumit k la dessiccation en les suspendant à l'abri des contaminations dana
î PASTOR!ENNB
un flacon aseptique contenant du chlorure de calcium pour dessécher l'air du flacon. La substance nerveuse perdait peu à peu de son activité, et après quatorze iours de dessicalion était devenue inactive. La moelle épinière d'un animal mort de rage peut donc être comparée à une culture de choléra des poules et l'inoculation d'une moelle atténuée devra sans doute préserver l'animal contre les eff'ets d'une inoculation virulente.
L'expérience fut bientôt démonstrative. « Un chien qui reçoit cette moelle de 14 jours, puis le lendemain celle de 13 jours, puis celle de 12 jours et ainsi de suite Jusqu'à la moelle fraîche, ne prend pas la rage et il est devenu réfractaire contre elle. Inoculé dans l'œil ou dans le cerveau avec le virus le plus fort, il reste bien portant. Il est donc possible de donner, en quinze jours l'immunité à un animal contre la rage.
« Or les hommes mordus par des chiens enragés ne prennent d'ordinaire la rage qu'un mois et même davantage après la morsure. Le temps de l'incubation pourra être utilisé pour rendre la personne mordue réfractaire. L'expérience faite sur des chiens mordus et inoculés réussit au delà de toute espérance ». ;B. Roux,}
Malgré ses succès de laboratoire. Pasteur hésitait à appliquer la méthode à. l'homme. L'arrivée d'un petit Alsacien, Joseph Meister, mordu gravement par un chien enragé et voué à une mort certaine, les encouragements de Vulpian et de Grancher le déci dèrent à. un premier essai. Ce fut un succès. Quelques semaines plus tard, le berger Jupille, qui avait reçu de multiples morsures en maîtrisant un chien enragé pour sauver de petits camarades, était soumis au même traitement avec le môme résultat. La communication de ces faits par Pasteur à l'Académie des Sciences et à l'Académie de Médecine, fut l'occasion ■Jjiu triomphe.
Mf^DlCAI.sa
^^^H u La découverte de la prophylaxie delà rage a bdu- ^^^H levé partout un véritable eDlhoueiasme. Elle a. plus ^^^B fait pour la popularité de Pasteur que tous ses Ira- ^^^B yauE aDlérieurs. En retour d'un semblable bleofail le ^^^B grand public voulut manifester sa reconnaissance ^^^^ d'une façon digne de lui et de celui qui en ël ^^^V l'objet: c'est alors que fut ouverte la souscription ^^^1 a permis la fondation de l'Institut Pasteur. K (E. Roi
knce
Toxines microbiennes. — Autour de Pasteur, une pléiade de chercheurs contribuait à compléter l'œuvre du maître. Au rôle des microbes, vint bientôt s'ajouter celui de leurs produits de sécrétion. Déjà au cours de ses recherches sur le choléra des poules, Pasteur avait signalé l'action des bouillons de culture dépouillés par nitration de leurs germes, qui est due aux produits toxiques élaborés par la vie des microbes et demeurés en solution dans le milieu liquide. Plus tard, on avait retrouvé des poisons semblables dans les cultures d'autres espèces.
Le sérum antidiphtârique. — E. Roux et Yei
e'altachant à l'étude de ces produits solublee i bacille diphtérique démontraient que c'est par i toxines que ce microbe localisé en un point restréS de l'organisme humain peut agir sur tons les orj et amener un empoisonnement gL^néral. En inocul&l cheval des doses, très faibles d'abord, puis progrd vement croissantes, de toxine diphtérique, mitîgéf début par l'addition d'iode, puis pure, Roux pan à rendre l'animal réfraetaire à l'action mortetlei cette toxine ; il était immunisé. On le saignait âD» et le sérum recueilli après coagulation du sang, f capable de transmettre à un nouvel organisma] propriétés de résistance à la toxine diphtérique, f cédé dans la voie théorique par Behring et Kitasjj X appliqua son sérum antitoxique au traiteniâ
L iùHE PASTÛRIENNR
de !a diphtérie humaine et recueillit les plus magnilîques succès. De 1890 à 1893, la mortalité diphtérique avait été do 5i pour 100 à l'hôpital des Enl'ants- Malades. Le traitement par le sérum appliqué par Roux, Martin et Chaillou à plusieurs centaines d'enfants, la fit descendre en quatre mois â 24 pour 100. A l'hôpital Trousseau où le sérum n'était pas employé, la morlahté, pendant la même période, atteignait 60 pour 100.
11 L'importance théorique de tous ces faits était encore supérieure h leur importance pratique. Cette méthode de l'étude physiologique des microbes en cultures pures, qui avait d'abord donné l'éliologie des diverses maladies étudiées, qui avait fourni ensuite toutes les notions que nous venons de résumer sur les variations de virulence, allait montror une fécondité nouvelle en permettant de poser le problème de Vimmunilé, sur lequel les savants s'essayent encore et qui n'a pas dit son dernier mot. « (Dnclaux.)
L'idée nouvelle que Pasteur apportait dans cette élude était l'idée de lutte entre deux cellules ou deux groupes de cellules, qui se substituait à l'idée métaphysique de l'ancienne médecine, opposant l'entité morbide à la force vilale.
Au début de ses recherches. Pasteur croyait les espèces bactériennes fixées dans des formes à peu près constantes et des propriétés immuables, qui entraînaient un fonctionnement simple et en quelque sorte irrésistible. Pour se débarrasser de la maladie il fallait nécessairement supprimer le microbe.
Atténuation des virus. - Cette conception simpliste se trouve brusquement modiliûe par l'observation de Yalténiialion des virus, uctto atténuation est un phénomène très général que Pasteur obser\'a pour tous "" " : le vieillissement des cultures s'accompa^jne
H|&|ÙJuiis:
144 I.r.S DOCTRIMDS MÉDICALES
d'un affaiblisse ment des microbes qu'elles coDtieaDent. Mais ce vieillissoment des cultures n'agit dans ce sens qu'autant que le milieu reste en contact avec l'oxygène ; une culture de cholÉra des poules conservée dans un tube scellé à l'abri de l'air ne s'atténuait pas, malgré le temps. L'atténuation est due, par conséquent, à l'afTaiblIssement du microbe qui épuise les tissus après avoir épuisé la matière alimentaire, en présence de l'oxygène agent de combusliona organiques. De même toutes les causes qui tuent les microbes les atténuent d'abord, à mesure qu'elles les affaiblissent. Lachaleur, la lumière, les agents chimiques, les antiseptiques, à doses ménagées, abaissent le degré de virulence des microbes.
De la virulence microbienne. — «La virulence
nous apparaît donc comme une qualité intrinsèque dont le microbe se dépouillerait de plus en plus jusqu'à devenir inoffensif. » Hais l'expérience montre que l'explication n'est pas aussi simple. En effet, tandis que le charbon atténué par la chaleur perd successivement la propriété de tuer d'abord le bœuf, puis le mouton, puis le lapin et le cobaye adulte, enOn le cobaye nouveau-né et les souris, le môme microbe atténué par le bichromate do potasse tue encore le mouton ou tout au moins te rend très malade et le vaccine, alors qu'il est inoffensif sur le lapin et ne le vaccine même pas. La virulence n'est donc plus une qualité absolue du microbe, » c'est une qualité relar tive, dans l'appréciation delaquelle il faut faire entrer non seulement les conditions spéciales au microbe, mais encore la nature, l'âge et, comme noue le verrons bientôt, l'individualité de l'anima! sur lequel on l'étudié.. , Le mot virulence résume le résultat d'un : conilit entre deux êtres ; il faut donc y tenir compte des qualités des deux adversaires. » (Duciaux.) La même conclusion est fournie par l'obseï
l'èrb pastorllnns
du relour k ta virulence des espèces atténuées. Par des iuoculalions successives à des animaux de pins en plus résistants, les microbes augmentent leur puissance d'action jusqu'à arriver à une virulence maximum assez lîxe. k El voilà, dit Pasteur, que la virulence nous apparaît sous ud jour nouveau qui ne laisse pas d'être inquiétant pour l'buaianité, éi moins que la nature, dans son évolution à travers les siècles passés, n'ait déjà rencontré toutes les occasions de production des maladies virulentes ou contagieuses, ce qui est fort vraisemblable.
" Qu'esl-ce qu'un organisme microscopique inoffensir pour l'homme ou pour tel animal déterminé? C'est un être qui ne peut se développer dans notre corps ou dans le corps de cet animal, mais rien ne prouve que si cet être microscopique venait à pénétrer dans une autre des mille et mille espaces de la création, il ne pourrait l'envahir et la rendre malade. Sa virulence renforcée alors par des passaj^es successifs daus les représentants de cette espèce, il pourrait devenir en état d'atteindre tel ou tel animal de grande taillcj l'homme ou certains animaux domestiques. Par cette méthode, on peut créer des virulences ou des contagions nouvelles. Je suis très porté à croire que c'est ainsi qu'ont apparu, à travers les âges la variole, la syphilis, la peste, la flévrc jaune, etc., et que c'est également par des phénomènes de ce genre qu'apparaissent de temps à autre certaines grandes épidémies. »
Il résulte de ces notions que u le mot virulence n'a de sens ni au regard du microbe, ni au regard de l'organisme. Il ne définit guère que le rapport entre la puissance et la résistance, sans rien nous dire sur la valeur absolue de ces deux forces. » (Duclaux.) ^
Les idées de Pasteur sur l'immunité. — Oublies ïonl dune le:> cau^eii qui déterminent la résistance de J
tES DOCTRINES HËDICALBS
cerlains organismes à rinrection? Pourquoi le chfl
est-il réfraclaire au charbou, taudis que le bœuf etS mouton y sont seusibles; pourquoi le mouton algérÎÉiP :ontracte-t-il pas celte même maladie, tandis que le
' mouton français y succombe si rapidement?
Pasteur expliqua le fait a^ec ses connaissances et ses expériences antérieures. Il avait vu les diverses espèces microbiennes très sensibles au moindre changement des qualités nutritives des milieux artificiels dans lesquels il les ensemençait; il avait cons-
r taté que le microbe du choléra des poules ne peut plus se cultiver dans un bouillon qui a déjà servi à son développement. Il ramena donc l'immunité à un changement des qualités chimiques des milieux vivants. Les animaux réfractaires étaient impropres au développement des microbes parce qu'ils ne possédaient pas certaines substances favorisant ce développement. Les animaux vaccinés devenaient réfractaires parce que la substance utile au microbe avait été épuisée par la première atteinte bénigne de la maladie spontanée ou inoculée.
Chauveau ne tarda pas à battre en brèche cette opinion. Pour lui, les bouillons de culture tiltrés étaient
" impropres à une repullulation des microbes, non parco existait un épuisement du milieu, mais parce que la première culture avait laissé dans le bouillon une substance nuisible. Et reprenant l'étude de l'action ^u charbon sur les moutons français et algériens, il montrait que l'inoculation d'une très forte dose de bactéridies tuait le mouton algérien malgré son immunité naturelle, tandis que le mouton français résistC) si on ne lui injecte qu'une très faible quantité de microbes et qu'il est vacciné par cette inoculation. S'il avait manqué au mouton algérien une substance utile à la multiplication du charbon, on ne comprend pas pourquoi son absence n'empi^clicrail pas le développement d'une quantité plus forte des êtres s
êtres &u^|
quels elle serait indispensable. Au contraire, en supposant la présence O'une substance nuisible, on pouvait admettre qu'elle n'existait pas en quantité suffisante pour arrêter les ennemis, lorsqu'ils se portaient A l'attaque, en plus f^rand nombre.
Cette explication de l'immunité était, elle-même, passible d'un nouveau reproche. Gomment concilier la notion de celte substance cbiraique ouisible avec la connaissance de la durée de l'immunité vaccinale? Comment cet élément nuisible persiste-t-il malgré les mutations constantes que subit l'organisme du fait de la nutrition et de la désassimilation?
i< Une action chimique, quelle qu'elle soit, ne saurait être durable dans un organisme où tous les éléments chimiques se renouvellent. Il n'y a que la cellule qui dure, parce qu'elle vit. L'explication de l'immunité avait plus de chances de résider dans les théories cellulaires que dans les théories humorales. » (Duclaux.)
Pasteur avait conscience de n'avoir pas saisi entièrement le mécanisme de la résistance de l'organisme. Aussi donna-t-il bientôt son attention aux travaux entrepris par un savant russe qui avait sollicité l'avantage de venir travailler auprès de lui, et. dans une lettre insérée dans le premier numéro des Annales de l'Institut Pasteur, signale-t-il avec empressement les recherches de Metchnikoff-
Metchnikoft et la phagocytose. — » MetchnikofT expliquait par le rôle des globules blancs du sang, appelés leucocytes, l'immunité ou résistance, soit naturelle, soit acquise, de l'organisme contre une maladie déterminée. Ces globules peuvent être considérés comme des soldats chargés de défendre l'organisme contre les invasions étrangères. Des microbes pénèlrenl-ils dans les tissus, il y a aussitôt comme un branle-bas de combat. La lutte s'engage selon 1''^
ISS DOCTBtSES «ÊDICAIZS
I pnissanca ou IlnférionU des globules sur lel point
L d'attaque, l'oi^anigme résiste oo saccombe. Si le
^^^K microbe enrahisseur est cenié, englobé, ingéré par ^^^WUs globales blancs Tictoricui. appelés aussi phago- ^^^Heyles, ceni-ci trourenl dans leur Tictoire même de ^^H^ nouTclles réserves contre tme couTelle invasion. ■ W (Valiery-Radot.)
Celait le couronnement de la doctrine. Et nous sommes arrivés ainsi à l'époque actuelle. Des points de détail ont été précisés. MetcbnikofT et ses élèves, Ehrlich, Bordet ont péuétré plus avant dans l'inlimité des phénomènes de défense. Mais l'œuvre doctrinale n'a plus subi de modification profonde et elle rayonne Tictorieusement sur la médecine et mieux encore sur Ja biologie tout entière.
Il suflirait, dit le docteur Landouzy, à l'impartiale 'histoire, pour marquer les vraiment fécondes et décisives époques de la médecine, de proclamer que ces époques — (époque symplomalique, diagnoitiqaeoa hippocraCiqtte ; époque paCkogénique O ricntte) — appartiennent aux temps hippocratinuesfl au siècle de Pasieur. » Comme nous allons le i Yépopêe Pastorienne a révélé la pathogénie des mal ■dies infectieuses, créé l'humorisme vwderne scient fique et renouvelé la thérapeutique- Avec les vat ■natiom préventives, la sérothérapie, l'antisepsie i Ycuepsie, ces conquêtes thérapeutiques issues des doc-" trines microbiennes, l'hygiène publique et privée, la prophylaxie générale et particulière se sont notablement améliorées. L'action préventive et curatrice des férums et des vaccins empêche l'extension des maladies infectieuses elle développement des épidémies, tandis que l'anLlsepsie et l'asepsie ont conduit le chirurgien auï plus heureuses hardiesses.
duit le chi- I