CHAPITRE I LES MALADIES INFECTIEUSES
^^ Inérâlités. — La maladie est l'ensemble des aclea qui se produisent dans l'économie vivante subissant la cause morbîDque et réagissant contre elle. C'est le processus morbide envisagé dans son évolution depuis sa cause initiale jusqu'à ses conséquences dernières. Vaffection est le processus morbide dans ses manifestations actuelles, abstraction Taite de sa cause.
Pour les vilalùles, la maladie est en nous, par nous, et procède de la spontanéité vivante j c'est un dérangement du mécanisme complexe et délicat qui préside k la sanlé.
Pour les humoristes, la maladie naîtrait en nous par les seuls efforts de l'organisme, sous l'influence de causes banales, et ne dépendrait d'aucune spécillcité morbide. Elle résulterait de modifications humorales, d'humeurs peccantes, résultant de l'action externe ou d'influences météorologiques banales. Actuellement 'humorisme renaît et se modernise avec le râle iouâ
Urhun
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fiar li?s Bé(;rétions microbiennes et cellulaires dans l'adultération des humeurs organiques.
La notion A' intoxication domine les idées actuelles sur la maladie. Les maladies infectieuses sont surtout dues à un empoisonnement du milieu intérieur par les toxines microbiennes. Co sont des toxémiei.
De plus, la cellule même de l'organisme qui jouit d'une vie individuelle, sécrète des principes toxiques dont l'accumulation donne naissance aux maladies constilulionnelles, aux dialkëses, qui sont, par conséquent, des toxémies £origine interne ou cellulaire.
Celte intoxication de source infectieuse ou dyscrasique est sans cesse atténnée et combattue par le rôle protecteur du foie, des reins, des capsules surrénales, du corps thyroïde, etc. Mais si l'insuffisance fonctionnelle de ces organes de protection vient à se produire, les principes toxiques microbiens ou non agissent sur les cellules de l'organisme et, en particulier, sur les plus sensibles et les plus impressionnables, les cellules nerveuses. A ce moment, les effets nocifs de l'intoxication sont accrus par suite de l'Insuffisance du système nerveux qui n'exerce qu'imparfaitement son action dans ses fonctions de régulation, de nutrition et de défense de l'organisme.
« La vie, dit Duclaux. n'est donc plus quelque chose de superposé à l'ensemble des organes, elle les pénètre, elle y réside comme propriété essentielle de leurs cellules, de leurs éléments anatomiques élevés ainsi i la dignité d'éléments physiologiques. La maladie n'est donc plus une entité distincte séparable du corps, venant y contrarier parfois la, force vitale; elle devient un désordre variable dans la constitution et les relations des cellules. La maladie est considérée comme une lutte entre l'organisme et l'agent morbide. Le terrain de la lutte est celui des besoins nutritifs des cellules organiques et des microbes.
Si on essaye de prédire l'issue de cette lutte, on
conslate à l'origine une disproportion évidente de forces. <i Les cellules du lîssu envahi, dit encore Diii;laux, sont nombreuses, bien installées, cbez elles, et ont comme grenier de réserve l'organisme tout entier. Celles du parasite se comptent d'ordinaire par unités, n'apportent rien avec elles en dehors de leurs besoins et de leur fécondité, doivent, dès lors, tout trouver dans le milieu où elles s'implantent, et le trouver de suite, sans quoi elles sont exposées à périr sur place ou à être expulsées. Donc, à l'origine, la puissance est minimum et la résistance maximum, et le moindre efTort peut suffire pour se débarrasser de l'ennemi. Mais si on laisse les premiers occupants s'établir, mettre dans la balance leur fécondité puissaute, se tailler en un point de l'organisme un domaine d'où le désordre va irradier ailleurs, chaque jour, chaque heure augmente les forces de l'adversaire au dépens de l'autre. A une période de multiplication pénible et silencieuse succède bientôt le malaise, puis une affection plus ou moins grave. Le microbe et l'organisme en présence sont, à l'origine, comme deux poids égaux placés sur les deux plateaux d'une balance folle : un grain de poussière, un souffle la font trébucher, et une fois commencé le mouvement s'accélère, cap les forces actives augmentent dans le plateau qui l'emporte et diminuent dans l'autre. » Nous verrons plus loin pourquoi et comment, après une retraite plus ou moins longue et plus ou moins complète, l'organisme atteintpeut quelquefois reprendre l'offensive, fournir une belle défense et se débarrasser de son ennemi.
Historique de l'infection. — Frascator a' la notion de contagion, Pringle avait signalé l'infection, et Lancisi concluait à la probabilité de la nature animée des germes pathogènes. Les médecins du xvin* siècle rapportaient la maladie & un agent mor-
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bide, non spécifique, de provenance extérieure et restant dans l'organisme pendant toute la durée de l'aiïection. Ils avaient, du reste, été guidés dans celle voie par Leeuvenhoeck, qui, en i678, vil dans des infusions végétales des êtres microscopiques, que Wrisberg appela infusoires.
Spallanzani trouva que ces germes étaient répandus dans l'atmosphère ; en 1S37, Cagnard-Latour nota que la levure de bière se développait corume un végétal. Pasleur isola ces germes et décrivit, en 1857, le ferment lactique, en 1860, le ferment alcoolique, en 1861, le ferment butyrique, premier exemple d'un anaérobie. En 1850, Davaine vit dans le sang de moulons morts de charbon le premier microbe pathogène. Vers 1860, Delafond considéra les microbes comme des végétaux et les cultiva. Les découvertes de Pasleur éclairent Davaine, qui assimile à des fermentations les maladies infectieuses produites par des microbes.
Puis le problème pathogénique se pose avec Villemin, qui établit, en 1866, l'iDoculabilîté de la tuberculose; avec Chauveau qui, en 1867, montre que la partie active desliquides virulents ne traverse pas les filtres ; avec Coze et Feltz qui, en 1872, étudient les infections, et avec Koch qui, en 1875, découvre les Bpores charbonneuses. Puis, en 1877, Pasleur conflrme les recherches de Davaine, cultive les bactéries pathogènes, et prouve que la maladie vient du dehors.
Tant que Pasteur u'a étudié que la levure, il n'a fait, dit Duclauï, que révolutionner la brasserie. Mais, quand il a touché aux germes pathogènes, la maladie joue un tel rûle dans le monde, que c'est l'humanité tout entière qui a été remuée de fond en comble par le revirement des idées sorties de ses découvertes.
Actuellement, l'infection est considérée comme une maladie développée sous l'influence des toxines pro-
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duites par cerlains agents parasitaires. Len agents infectieux, qui peuvent appartenir à d'autres classes que les bactéries, tendent à envahir l'organisme, à réveiller de violentes réactions; ils agissent surtout par les substances toxiques auxquelles ils donnent naissance, par les fermentations qu'ils provoquent et par les troubles de la désassimilation cellulaire qu'ils déterminent. Les infections se doublent donc û'autoivtoxications. C'est en se combinant au protoplasma cellulaire et surtout en adultérant le milieu intracellulaire que les produits microbiens agissent sur les cellules. Daris toute infection, il faut donc envisager la graine et le terrain.
Parasitisme et infection ; les microbes. — Le mot
de microbe, couramment employé et devenu populaire, s'applique à tout être assez petit pour n'être bien vu qu'au microscope et appartenant soit au règne végétal, soit au règne animal. Ces agents pathogènes sont de nature animée ; ils se reproduisent continuellement « omnis celbtla e cellula ». Leur pérennité est la néga- ~i tive de la spontanéité morbide. Les microbes se divisent en parasites et en agents infectieux. Les premiers ménagent l'hdte, l'organisme qui les héberge, tandis que les seconds l'attaquent, l'envahissent et cherchent à le détruire.
Ces élres existent partout autour de nous.
L'air n'est pas favorable à la pullulation des germes qui, étant trop lourds pour rester longtemps en suspension, se déposent sur les objets, les murs, etc., où ils restent liabituellemeot fixés. C'est une notion utilisée par la prophylaxie. Ce sont les poussières qui transportent les microbes. L'eau contient plus de microbes que l'air ; elle recèle les bacilles de la fièvre typhoïde et du choléra, mais elle est peu favorable à leur pullulation.
^Ke sol est le plus grand réceptacle des microbes :
il constitue un excellcnl milieu de culture dana lequel ils se eonservenl et se niultipUent ; il les protège contre l'action destructive de la lumière et met les anaérobies à l'abri de l'air. A parlir de 1°'50 de profondeur, ils deviennent très rares. Les -végétaux en contiennent fort peu. On a signalé récemment la présence de bacilles typhiques à l'intérieur des légumineuses. Nos habitations renferment en quantité les microbes pathogènes des fièvres éruptives, de la tuberculose, de la diphtérie, de la pneumonie, etc. De plus, les micro-organismes des habitations et du sol pénètrent dans l'eau et les alimenls.
■ Les aliments, la viande, le lait peuvent transmettre les germes de ta tuberculose ; le lait additionné d'eau peut receler les bacilles de la fièvre typhoïde et du choléra. Les aliments propagent les germes qui se déposent sur eux. Nos vêlements, notre peau même, en sont recouverts; les cavités naturelles de notre corps leur oITrent un asile particulièrement favorable oji ils pullulent de leur mieux. Le tube digestif est le paradis des microbes ; chaque millimètre cube de matières en contient 50,000 dans l'estomac, 30,000 dans le duodénum, 100,000 dans l'intestin, 30,OCO dans le gros intestin. Le nombre de microbes répartis dans tout le tube digestif est de 411 milliards environ, et chaque jour de 12 à 40 milliards soat éliminés par les fèces.
Notre corps sert donc d'habitat aux microbes avant de devenir leur proie. Ils vivent alors k Tétat de parasitisme latent eolt sur les muqueuses, soit dans certains organes comme les amygdales, les ganglions lymphatiques.
Hicrobes saprophytes. — La plupart d'entre eux ne jouent heureusement aucun rôle dans les maladies de l'homme el des animaux; ces microbes que l'on nomme saprophytes, inlervienneut à divers titres dans
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les phénomènes de fermentation et de putréfaction qui ont pour résultat final de ramener les substances organiques à l'élat de combinaisons cliimiques simples. Ces microbes occupent une place extrêmement importante dans la vie de la matière. i< En quelque temps et en quelque Heu que sa décompose de la matière organique, l'œuvre s'accomplit h. peu près exclusivement par les infiniment petits. Ils sont les grands, presque les uniques agents de l'bygiènedu globe; ils en l'ont disparaître, plus rapidement que les chiens de Constantioople ou les fauves du désert, les cadavres de tout ce qui a eu vie. Ils protègent les vivants contre les morts. Us Tont même plus : s'il y a encore des vivants, si, depuis des centaines de siècles que ce monde est habité, la vie s'y poursuit, toujours également facile et abondante ; c'est encore à eux qu'on le doit. Ce sont non seulement les grands facteurs de l'hygiène publique, mais encore les agents ■ indispensables du maintien de la vie. i [Duclaux.] Ce râle immense des microbes saprophytes fait d'eux les êtres les plus indispensables à notre existence. Mais à côté de la quantité énorme des organismes microscopiques qui président à ces mutations de la matière, il existe un petit nombre de ces ûtres qui, par suite d'une adaptation spéciale, transitoire dieï les uns, définitive chez d'autres, exercent leur action, non seulement sur les matériaux de déchet, mais encore sur les organismes « ivaiits plus élevés en organisation et deviennent ainsi, pour ces étrea supérieurs, des agents de maladie et de mort.
Microbes pathogènes. — Ces microbes qui méritent
le qualilicatif générique de pctthoghies, se divisent en agents spécifiques {fiûvre typhoïde, charbon, tuberculose, etc.), et en agents non spécifiques comprenant les microbes à tout faire de Peter [staphylocoques, streplOL'uques, etc.). Us n'agisseul pas suivant uu
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mécanisme différent de celui des saprophytes. Goinme eux, ils travaillent à détruire les composés organiques compleies qui constituent la matière vivante pour les ramener à un état chimique plus simple. Mais leur action plus énergique, plus violente, leur permet de s'attaquer à cette matière, alors même qu'elle est encore en pleine activité vitale ; ils vivent ainsi eu parasites, et leur action destructive peut aboutir à la mort de l'hôte qu'ils ont envahi.
Classification. — Parmi les microbes, les uns ressoi^ tissent du règne anjmal, les autres du règne végétal. Dans l'un et l'autre règne, d'aiQeurs, existent dps espèces nocives pour l'homme, des espèces pathogènes.
Parmi les microbes animaux il faut distinguer : 1" les rhizopodes; 2° les sporozoaires et 3° les inlusoires; parmi les végétaux : 1° les moisisiures; 2" les levures et 3° les bactéries.
Microbes animaux. — I. Les rhizopodes sont les animaux les moins élevés en organisation. Les amibes, qui appartiennent à ce groupe, ont été décelées dans certaines maladies humaines, la dysenterie, par exemple. Les amibes représentent des cellules nues, gélatineuses, d'aspect irrégnlier et de réfrlgérence â peine supérieure à celle des liquides où elles vivent. Elles offrent un protoplasma granuleux dans la plus grande partie et clair sur les bords; un noyau; et, souvent, une vacuole contractile. La périphérie du plasma émet des prolongements actifs qui servent à. la mobilité et à la préhension des particules alimentaires.
La multiplication a Heu par division, et la division semble atteindre d'abord le noyau,
II. Les sporozoaires comprennent plusieurs subdivisions dont la plus importante, pour nous, est celle des coccidies. C'est à ces sporozoaires qu'appartient le
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groupe des fiémalozoaireu, dont le type est le microbe du paludisme. Les coccidies ont pour caractère très particulier de passer, au cours de leur dÉveloppe. ment, par uue série d'aspects très différents qui donnent quelque peine k reconnaître le même être sous les diverses formes qu'il prend snccessivemeat. De plus, leur évolution ne se fait complètement qu'à la condition de passer par deux hâtes différents. C'est ainsi que l'hématozoaire du paludisme subit uuq série de transformations évolutives dans l'organisme de certains moustiques (les anophèles en particulier) et achève son cycle dans l'organisme humain, où il est introduit par la piqûre des insectes infectés.
m. Les itifuioires sont des êtres plus élevés encore en organisation. Nous n'avons à craindre que les trypanosomes, « petits organismes pisciformes, offrant une extrémité ciliée et l'autre libre, munis sur un de leurs c6tés d'une membrane ondulante continue avec le flagellum et contenant intérieurement un peloton chromatique (noyau) et un nucléole, n (NicoUe.)
C'est dans ce groupe que se trouve l'agent, récemment découvert, de la « maladie du sommeil », qui cause des épidémies très graves daus l'Ai'riquô tropicale. Des travaux récents et non encore concluants sembleraient faire supposer que les microbes de la syphilis et de la variole appartiennent également â ce groupe qui prendrait ainsi une importance considérable.
Hicrobes végétaux. — I. Les moUîsstires ou hypkomyeétes constituent un groupe botanique assez mal défini. Ils ne nous intéressent que par un petit nombre de leurs espèces ; les aspergillus qui causent certaines maladies des voies respiratoires et notamment la pseudo-tuberculose pulmonaire appelée maladie des gaveurs de pigeons et certaines aflections cutanées comme le tokelau.