LES MALADIES INFECTIEUSES
lions microbiennes démontrèrent que toute fermentalion est corrélative d'un acte vital, le développement d'un micro-organisme, et qu'il existe une disproportion énorme entre le poids de l'organisme actif et celui du corps transformé. Toute fermentatiou exige le concours de plusieurs facteurs : d'abord l'organisme ferment, puis la substance fermenteseible ; enfin un ensemble de conditions extérieures indispensables (présence ou absence d'air; température; composition et réaction du milieu...) ; mais alors, la fermentation se rapproche énormément, par ses caractères principaux, des actions diastasiques dues à ce qu'on appelait jadis les ferments chimiques.
Diastases, Zymases. — « Comme les microbes, ces ferments sont capables de transformer bous un poids minime des quantités considérables de matière ; comme les microbes, chacun d'eux agit sur certains composés et dans certaines conditions déterminées. » (Nicolle.) On s'est donc, dès le début, demandé si les fermentations microbiennes n'ôlaient pas dues tout simplement à ce que les micro-organismes sécrétaient des ferments solubles, des diastases, agissant secondairement sur les corps fermenteseible s. Les preuves se sont accumulées au cours des travaux de ces dernières années, et, récemment, M. Buchner isolait de la levure de bière une diastase : la zijmasc qui, en dehors de la présence de toute cellule de levure vivante, transforme les sucres en alcool et acide carbonique. Les microbes n'agissent pas seulement par leur présence et par les phénomènes vitaux dont leur cellule même est le siège, mais encore par la production dans le milieu où ils se développent, de sécrétions et d'excrétions. Ces produits sont tantôt solubles dans le liquide où baigne la cellule microbienne, tantôt insolubles et fixés à la cellule même, mais ils sont actifs, indépendamment de la vie propre du micro-organisme
^^^■et, soit qu'ils soient séparés par la Tiltralion, soit ^^^B les cellules soient tuées, ils déterminent les mè\ ^^^K phénomènes que les microbes vivants.
^^^H La plupart des bactéries possèdent la pro^iriété de ^^^V sécréter des dxastases. Plusieurs des microbes qui ^^^H vivent dans l'intestin, comme le bacille amylozyme de ^^^H Perdrix, transforment l'empois d'amidon en '~
^^^B Dans l'intestin des herbivores, le bacille amyloba( ^^^H aide à la digestion des substances végétales en al ^^^V quant leur cellulose.
^^^1 Ou trouve des ferments analogues à la trypsi ^^^B chez un très grand nombre d'espèces bactérien) ^^^H Les germes qui pullulent dans le tube digestif y o[ ^^^H rent une digestion microbienne qui se superpose i. ^^^B la.digestion ualurelle.
^^^p Ici, les microbes travaillent pour nous et leur aide ^^^ paraît nous ôtre absolument indispensable. Les ani- ' maux soumis dés leur naissance à une alimentation
strictement aseptique, ne peuvent se développer; et ^^^ le scorbut infantile ou maladie de Barlow est parfoi ^^^L la conséquence de l'alimentation avec des prodi " ^^^^k . fi térili s es .
qui
e de op^H
-foi^^
Nature des toxines. — A câté de ces sécrétiom utiles analogues à celles qui sont formées par les cellules de notre organisme, se produisent les toxines.
Certaines qualités, comme la disproportion de l'effet produit avec la quantité de la substance active, semblent faire de ces produits de sécrétion, des corps analogues aux diastases.
Les toxines microbiennes n'ont pu ôtre isolées & l'état de pureté et, par suite, leur nature reste encore un peu indécise. Elles se forment dans le corps cellulaire d'où elles diffusent plus ou moins facilement. Leur diffusion peut se faire hors de la cellule vivante,
ais elle est cependant beaucoup plus active lorsque
^^^ les cellules microbiennes sont mortes ou très maladai^^
Bien des pathogènes ne donnent que des quantités
insignifiantes ie poisons in vitro. Certains microbes conservent toutes leurs toxines dans le protoplasma; la culture filtrée se montre inoffensîve, tandis que les micro-organismes morts font périr les animaux: ainsi, deux centimètres cubes de culture en bouillon slériliaée de la pneumo-entérite de porcs injectés dans le péritoine d'un cobaye le tuent, tandis que quatre centimètres cubes de filtrat ne produisent aucun effet.
Les poisons microbiens ont leurs analogues dans les toxines vêgélales (abrine, rieine, robine), et animales (venins, principe actif du sang d'anguille), bien différentes des alcaloïdes et des ptomaïncs. Us se caractérisent, avant tout, par leurs effets sur l'organisme des animaux.
Certains engendrent des troubles spécifiques (spasmes de la tétanine, paralysies delà diphtérie).
» Les toxines solubles agissent à des doses excessivement faibles ; se dissolvent dans l'eau et la glycérine; dialysent très lentement et sont affaiblies par la filtratioQ. Elles se montrent sensibles à la chaleur, à la lumière, à l'oxydalioD, aux changements de réaction, k divers agents chimiques. Elles résistent bien mieux à l'état sec qu'à l'état de solution. ><
La toxine botulique jouit d'une activité extraordinaire, puisque un cinq millionième de centimètre cube de culture filtrée suffirait pour tuer une souris. D6 bonnes cultures filtrées de bacille tétanique tuent la souris par la toxine qu'elles contiennent, au 100/1000" de centimètre cube. Comment évaluer la quantité de substance active, lorsqu'on sait qu'un centimètre cube de culture de tétanos filtrée laisse gr. 04 de résidu sec et que ce résidu ne perd, par la calcination, que gr, 025 de matière organique dont la majeure partie ne saurait encore être rapportée à la toxine?
"b même, le poison diphtérique tue le cobaye à des
J170 LES DOCTRINl'^S UËDICAtES
doses voisines d'un millième de centimètre cube, un centimètre cube de culture diphtérique filti évaporée, donne gr. 01 de résidu; le résidu aba^ donne par calclnation, gr. 0004 de substance organique qui ne sont pas entièrement formés par la toxine.
Le \ibrion cholérique, le bacille pesteux, le bacille ■ typhique, la bactéridie charbouneuse, le bacille du
I pus bleu, le pneumocoque, le streptocoque, etc.,
'• sécrètent également des poisons solubles moins actifs
' et plus ou moins bien étudiés. Le staphylocoque pro-
] duit une substance qui attaque spécialement les glo-
bules blancs.
D'autres microbes ne sécrètent pas de toxines diffusibles dans le milieu où ils se développent, mais leur ^^^ corps cellulaire est imprégné de poisons qui ne s'en ^^^L séparent pas et agissent malgré la mort de la cellule. ^^^V « Les corps des microbes provoquent, tantôt un ^^^H empoisonnement aigu ou lent, tantôt des abcès ou ^^^B des granulomes. Les abcès se maniTestent fréquem- ^^^H meut quand on inocule des quantités croissantes sous ^^^P la peau des animaux, dans le but de les hyperimmu- ^^H niser contre tel ou tel organisme (bacille typhique, ' ' vibrion cholérique). Les bacilles tuberculeux morts
engendrent des tuberculoses types. Le gonocoque détermine, chez les jeunes lapins, une conjonctivite purulente typique; cependant loin de se multiplier, il disparaît rapidement de la muqueuse oculaire. Les phénomènes ne sont donc imputables qu'à une action toxique ; et de fait les gonocoques stérilisés se comportent absolument comme les gonocoques vivants. » (XicoUe.)
« Celte notion (des poisons microbiens) n'est point
du reste une pure curiosité de l'esprit ; Bolidemenl
, assise, elle conduit à favoriser l'élimination, la des-
L truction, la neutralisation de ces principes nocifs;
^^^ft elle apprend que tout n'est pas terminé alors même
que les germes sont morts; il Taut encore compter avec leurs cadavres, avec leurs spores parfois si n sibles, cédant peu à peu aux plasmas ambiants les poisons qu'ils récèlent en eux ou à leur surface; il faut encore compter avec leurs sécrétions parfois très lentes à disparaître, accumnlées, suivant les cas, dans (les viscères spéciaux; il faut surtout songer à la cellule, à la pathologie cellulaire, qui en dépit des nouveautés, demeare la pierre angulaire de l'édifice. Les microbes, leurs dérivés chimiques constituent à coup sur des agents étiologiques considérables, mais ce qui domine la scène, dit Charrin, ce sont les perturbations anatomiques ou fonctionnels des tissus. ><
i( Surveillez le microbe, dit Bouchard, mais n'oubliez pas l'organisme et ses réactions. Glorifiez les progrès récents, mais soyez assurés que tout ne date pas d'hier et qu'il y a encore une médecine. La connaissance des réactions de l'organisme contre les causes morbiflques est encore aujourd'hui, comme au temps d'Hippocrale, l'essence même de la médecine... 11 ne faut pas oublier qu'il y a place dans la thérapeutique générale des maladies infectieuses pour une thérapeutique physiologique qui vise, non pas le microbe, mais l'organisme. >•
A côté de la graine microbienne se trouve le terrain organique qui joue un r6le important dans le développement des maladies iiifeclieuses et la propagation des épidémie!.
ÏTAPITRE 11 LES MALADIES ËPIDËMIOUES
La spécificité des maladies infectleoBea. — La
spécificité morbide est une idée chère à l'École française. LaSnnec la proclamait à propos de la tuberculose ; Bouillaud et Louis en ëlaieul partisans ; mais elle fut surtout affirmée par Bretonneau qui, en ISIS et en 1S21, considère la dothiénentérîte (fièvre typhoïde) et la diphtêrite (diphtérie) comme des maladies spécifiques qui jettent des graines. Ces maladies spécifiques, eu général, dépendent de l'évolution de ces germes sur un milieu faTorable. Ces notiooa si justes furent obscurcies par l'École allemaudc qui admettait la dualité des lésions tuberculeuses et concluait k la nature simplement inflammatoire d'afTeclious vraiment spécifiques. Les expériences de Villemin (du Val-de-Gràce) montrèrent l'inoculabilité et la spécificité de la tuberculose, et les découvertes bactériologiques achevèrent de démontrer le dogme de la spécificité. En dévoilant les causes morbigènes, la microbiologie a opéré dans la médecine une révolution semblable & celle que Lavoîsier avait accomplie dans la chimie.
La spécificité morbide domine presque toute la pathologie. Certains auteurs, comme Kelscb, l'admet- Lent même pour les maladies communes, telles que la bronchite.
Les maladies épidémiques sont, en général, ■péd-
LES MALADIES ËPIDËMIQUEB
llqueB. Sans la spécificité, la recherche de la cause, celte notion fondamentale reste incertaine et la prophylaxie demeure slérile.
Les maladies épidémlques. — Les doctrines microbiennes ont permis de se faire une idée plus Juste de l'épidémicitê. La conception nouvelle a remplacé le dogme de la constitution médicale et du génie épidémique, qui était encore en faveur il y a soixante ans. Une maladie sporadique ne change ni de nature ni de causes en devenant épidémique; la seule dilférence tient à l'accroissement d'intensité étiologique, de virulence microbienne, et à la plus large diffusion des germes morbigënes, ainsi qu'à une plus grande réceptivité des masses. Ce sont les mêmes lois qui continuent à régir le développement et le mode de propagation d'une maladie microbienne sporadique prenant le caractère épidémique. La généralisation résulte d'une accentuation des propriétés infectieuses et biologiques des microbes. Une autre notion importante est celle de l'auto-infeetion qui s'explique par la pullulation et la dissémination de microbes pathogènes tels que celui de la diphtérie, celui de la fièvre typhoïde, qui existent assez souvent comme parasites, le premier dans la gorge, le second dans l'intestin. Sous cet état de parasitisme latent, il ménage son hôte; mais si des conditions favorables dedéveloppement surviennent, il franchit les barrières, tend à envahir l'organisme. C'est l'exaltation de l'activité des germes qui explique le développement de nombreuses épidémies qui ont eu pour point de départ un cas sporadique, une forme fruste el abortive. Telle est, avec le parasitisme latent, l'interprétation de la gponlanéité des manifestations épidémiques.
Ëtiologie des maladies épidémiques. — Ces germes peuvent vivre en nous d'une vie silencieuse, puis
récupérer leur activité pathologique momentanément éteinte. Ce parasitisme latent est l'explication de la genèse en apparence spontanée dos maladies inTec-, lieuses et des épidémies de diphtérie , de tlëvj typhoïde, par exemple. Cette notion est importante-' au point de vue de l'étiologie et de la prophylaxie.
L'organisme rend au milieu ambiant ses bactéries parasitaires et ses microbes pathogènes. Dans la maladie, les germes morbigënes sont éliminés les squames de la peau, les sécrétions normales oa. pathologiques, les déjections et les productions mor-' bides variées. Ils se répandent dans le milieu ambiant ou dans le corps d'individus exposés à la contagion.
C'est surtout par le contact des mains, des objets souillés, des pansements, que la contagion se fait. L'air ambiant transmet plus difficilement la maladie, car les microbes n'y séjournent guère qu'à l'état de suspension et ils ne tardent pas à se déposer et A. rester dans les milieux solides ou liquides. Les principales ooieê d'introduction des microbes dans l'organisme sont les solutions de continuité, la surface de la peau, des muqueuses en rapport avec l'air extérieur. L'épiderme et l'épilhélium intacts offrent une résistance marquée à la pénétration microbienne. Lfii microbes s'introduisent encore par les surfaces pul* monaire et digestive.
L'étiologie n'est pas exclusivement microbienne; Lee causes secondes sont formées par l'ensemble deft] circonstances cosmiques , météoriques, ciimatériqueti telluriques et hygiéniques nécessaires à la vie et m' fonctionnement pathogène des microbes. Ce sont cv] facteurs secondaires de l'infection qui favoriseqtj l'évolution des microbes et désarment l'organiami devant eux. C'est surtout contre ces complices di microbes que l'hygiène lutte utilement en rendai^| p/us difUciles leur développement et leur pullulatioi Ces causes secondes supplfeenl \«\it \Ba\it&aa»t^
la tc-.,^H
ite-^H
usa HAUDIBS ËpmBHIQDBB I7D
pectire, se prêtent un mutuel appui pour mettre l'organisme en état d'inrérioritë. Assez souvent même, un des facteurs étiologiques d'ordre dimatérique, hygiénique ou telturîque suffit à lui seul pour vaincre la résistance organique et préparer lo terrain k l'invasion microbienne.
On s'explique ainsi le rôle étiologique qu'IIippocrate accordait avec raison à l'eau, à l'air, au sol, etc., dans la genèse des maladies populaires. L'action des météores engendra le dogme des maladies saisonviéres qui a régné jusqu'au \a° siècle. Les travaux un peu vieillis sur la malaria ont donné naissance à la doctrine du méphitisme du sol. Actuellement, c'est surtout l'adultération de l'eau de consommation qui est incriminée pour expliquer le développement et l'extension de plusieurs maladies épidémiques ou infectieuses.
La réceptivité morbide dans les maladies infectieuses et épidémiques. — Vaplîlude morbide ou réceptivité est en rapport avec l'Age (maladies de l'enfance, fièvre typhoïde, dans l'adolescence) et les causes étiologiques banales telles que le froid, le traumatisme, le surmenage, la viisére physiologique, qui préparent le terrain à, l'infection.
Le froid crée la réceptivité chez des animaux réfractaires ; ainsi il fait contracter le charbon à la poule, il diminue la résistance à certains microbes et favorise la pénëlralion dans l'organisme des microbes vivant à la surface des muqueuses. Tel est, par exemple, le mode de production habituel de la pneumonie. Les influences cosmiques et hygiéniques préparent des conditions de cultures favorables à l'évolution des germes. Le traumatisme, \e surmenage, VappauvriiteTnenl de l'organisme diminuent la résistance du terrain, préparent et augmentent la réceptivité, réveillent ces germes qui sommeillent dans l'orga-
nisme k l'état de microliisme, de paranlUme latent, et donnent ou rendent la virulence aux germes qui restaient inactifs k la surface des muqueuses ou dans les divers organes. Ainsi s'explique la spontanéité morbide des maladies infectieuses sous l'influence de causes banales.
Ces notions éclairent l'étiologie traditionnelle, montrent que les influences cosmiques, les météores, le sol ne peuvent engendrer de toute pièce les maladies épidémiques; eufln la spéciQcité étiologique explique pourquoi les épidémies peuvent naître dans des conditions pathogènes contradictoires.
Extinction des épidémies. — Les épidémies finissent par s'éteindre spontanément, comme le montre l'histoire. Le docteur Héricourt a étudié avec soin le mécanisme de leur arrêt dans les Frontières de la Maladie. « Personne ne peut être assuré d'échapper au mal, quelques précautions qu'on prenne. Bientét les cas atténués se multiplient, des foyers secondaires s'allument et l'épidémie s'étend. Or c'est dans la production de ces cas atténués qu'il faut chercher la cause de l'extinction des épidémies; car ces cas sont extrêmement nombreux; et, quand toute une population a été touchée, c'est-à-dire vaccinée, alors le mal, faute d'aliments, s'arrête. »
maladies nouvelles. — Bien des maladies dites nouvelles ne sont vraisemblablement dues qu'à une reviviscence de germes morbides au travers d'organismes neufs. Le caractère épidémique qu'elles prennent à ce moment, leur donne une telle importance que leur description entre dans l'histoire. Tel est le cas de la syphilis, dont on trouve la trace sur certains squelettes humains de l'antique Egypte et de la Rome ancienne, et dans les écrits des satiriques latins. Elle prit simplement une expansion épidémique aprùs la
LBS MALADIES ËPCDËHIQL'ES
décoiiTerte de l'Amérique, mais elle ne fut pas importée du Nouveau-Monde, elle existait déjà, eu Europe depuis de nombreux siècles.
Il n'y a pas de création nouvelle, les germes de toutes les maladies passées el futures se trouvent dans la nature depuis l'origine à l'état de saprophytes ; les différentes espèces ne rencontrant que successivement et accidentellement les conditions de leur virulence, les unes s'éteignent pour toujours ou perdent provisoirement leurs fonctions virulenLes au moment ou d'autres viennent seulement à les acquérir.
Les agents morbides peuvent perdre momentanément leur activité pathogène comme le démontrent les recherches bactériologiques, et recouvrer plus tard leur virulence même à un haut degré. Des germes t restés jusqu'à l'heure inactifs, deviennent nocifs et peuvent provoquer des maladies mal connues ou nouvelles, soit en agissant isolément, soit en s'associant avec d'autres microbes. Cette association microbienne a souvent pourefTet d'exagérer la virulence des agents pathogènes.
Le réveil des épidémies tient donc surtout Jt la reviviscence de germes morbides au travers d'organismes neufs ou ayant perdu l'immunité temporaire conférée par une épidémie antérieure.
Les maladies peuvent être encore : juxtaposées, mixtes ou proportionnées.
Maladies juxtaposées. — Parmi les exemples de juxtaposition de maladies, on peut citer le vaccin et la variole, le vaccin et la syphilis, la malaria, et d'autres affections, la flèvre typhoïde et les infections secondaires, d'origine inlestinale, l'accroissement de virulence que les maladies aiguës (grippe, coqueluche, diphtérie), donnent à des microbes parasites tels que le streptocoque, le staphylocoque, le pneumocoque de Friedlander.
Dans d'autres cas, une première maladie prépare le [ terrain i, une secoade maladie qui lui succède à brève échéance (rougeole et tuberculose, scarlatine et diphtérie, scorbut et typhus). Du resle, les recherches expérimentales prouvent que certains microbes favorisent l'évolution et augmentent la virulence d'autres bactéries (baciilus prodigiosus et charbon symptomatique ou tétanos). Le même résultat peut être obtenu en injectant, soit des cultures stérilisées, soit des substances chimiques (acide lactique, phloridzine). Il existe aussi parfois une sorte de symbiose (tétanos et gangrène gazeuse, variole et streptocoque) ou une action réciproque de deux microbes dilTérentg(pneumotyphus) ou bien une deuxième infection se greEfe sur une maladie principale (rougeole ou scarlatine s'accompagnant on suivie de diphtérie). La juxtaposition des maladies lient donc surtout à la préparation du terrain par les microbes de la première heure, à rafTaiblissement de la résistance de l'économie et à la prédisposition créée par l'altération chimique des humeurs.
Maladies mixtes ou proportionnées. — Les maladies mixtes ou proportionnées (Torti), consistent dans l'enchevêtrement de deux maladies constituantes qui s'influencent et se modifient réciproquement, tantôt pendant toute leur durée, tantôt pendant une des périodes. On a cité des juxtapositions de rougeole et de scarlatine, de scarlatine et de rougeole avec variole. Mais, dans nombre de ces cas, il s'agissait d'érythèmes morbiliformes ou scarlatiniformes.
D'une façon générale, les maladies évoluent isolément et l'un des deux états morbides coexistant n'est souvent qu'une complication. Les hybrides ne durent pas, disait Charcot. Aussi, lorsque deux maladies différentes (comme la suette miiiaire et le choléra en 1832 et 1849), le typhus et le scorbut, le typhus
et la dysenterie, en Crimée, la fl^vre lypboïde et la dysenterie, en Tunisie), viennent à se développer concomitamment, elles se modiUeat un peu sans ctianger de nature. Souvent aussi, l'aspect symptomatique d'un type morbide fait crnire à une association de deux maladies spéciales, alors qu'il s'agit d'une modalité clinique d'une infection unique. C'est ainsi qu'au Tonkin, en 1887 et 1888. nous avons vu des épidémies, des fièvres continues palustres (que l'on considérait alors comme un hybride de fièvre lypbâïde et de paludisme), dépendre d'une Intoxication malarienne suraiguê. Pareille méprise existait autrefois pour les pseudo-rhumatismos infectieux qui sont produits par le microbe pathogène de la maladie générale et ne dépendent pas d'une association avec le rhumatisme articulaire aigu proprement dit.
L'idée générale de spéciflcité morbide a réduit le nombre des maladies combinées ou juxtaposées. Les notions d'infeetion générale par un microbe pathogène permettent de rapporter à leur cause inleclicuse unique des manifestations morbides polymorphes. Le clinicien peut vérifier la justesse de ces conceptions à propos de la streptococcie, de la staphylococcie, de la pneumococcîe, de la coli-bacîllose. Là où on ne voyait jadis que des affections diverses associées, on trouve actuellement les multiples modalités cliniques d'une même infection générale. Du reste, la nature est bien moins compliquée que ne le sont nos interprétations et parfois le diagnostic d'affections multiples, au lit du malade, couvre une lacune ou cache une erreur.
De la spontanéité des maladies infectieuses et épidémiqiies. — Elles paraissent parfois naître spontanément, mais il s'agit, en réalité, d'un développement en apparence spontané de la maladie et de sa transmission ultérieure par contagion. Cette paaiido-
kHl WtÛ\UV VVlQfc
180 LES DOCTRINES MÉDICALB8
spontanéité peut s'expliquer par V auto -infection : tantôt les maladies infectieuses afTectent des formes variées, larvées, frustes, atténuées, anormales qui peuvent passer inaperçues ou ne pas être rapportées à leur vérilabie cause. On peut en citer comme exemple : la scarlatine fruste, certaines diphtéries légères, irrégulières ou à bacilles pseudo-diphtériques, et quelques modalités cliniques de la llÈvre typhoïde, du choléra, de la peste, de la fièvre jaune, etc. C'est de la précocité d'un diagnostic exact que dépend l'efflcacité de la prophylaxie. Tantôt une épidémie paraissant spontanée, est due À l'exaltation de virulence de nos microbes parasitaires. C'est ainsi que des épidémies de fièvre typhoïde dans lesquelles l'origine hydriqoe ne peut être démontrée, peuvent s'expliquer par la présence habituelle dans l'intestin normal, de bacilles d'Eberth qui s'exaltent et vainquent la résistance momentanément affaiblie d'un organisme surmené. Le parasitisme normal du bacille de Lœffler permet de trouver ainsi le point de départ d'épidémies de diphtérie considérées comme spontanées. Tantôt les bactéries banales fout pour ainsi dire leur éducation, se spécifient vers une modalité clinique (streptocoque et érysipèle, etc.) et acquièrent une certaine aptitude à. reproduire des accidents à localisation et à évolution identiques. Leur virulence s'exalte à mesure que la résistance organique diminue. C'est alors que le terrai», ce grand facteur étiologique, entre en jeu
a Pentiant que le semeur jetait son grain, une partie tomba sur la route et fut dévorée par les oiseaux du ciel ; une autre tomba sur la pierre, germa, -mais mourut aussitôt, parce que l'humidité manquait; une troisième tomba au milieu des épines qui l'étouf- Tèrent; une quatrième, enfin, tomba sur un bon terrain, poussa et fructifia au centuple, h
Cette parabole résume les rapports du germe pathologique et de l'individu tels que nous les concevons •actuellement. Ces notions sont de date récente, car l'ignorance de la cause intime de la maladie, du germe, ne pouvait qu'entraîner une fausse conception du sol destiné à le recevoir et des conditions qui favorisent son développement.
« Celui qui veut approfondir la médecine, dit Hippocrate, doit connaître les eaux dont les habitants font usage, examiner leur genre de vie, leurs habitudes, leur régime.» Et ailleurs: «Certaines maladies et certains âges sont bien ou mal disposés pour tells ou telle saison, tel ou tel lieu, tel ou tel genre de vie ». Sydenham entrevoit l'insuffisance de la doctrine, Broussais néglige les causes adjuvantes de la maladie, et la plupart des médecins, au début da xiz° siècle, subordonnent presque toute la clinique aux Coitstilutions médicales dont ils admettent trois types :1a C gastrique ou biliaire, la. Cin/lammaluire oa attgiolénique, la C. muqueuse ou catarrliale.
182 LES DOCTBl.ieS UtIilCALES ^"
La maladie est coosidérte aclaellemeot comme Is résalUntc des elTorlâ de deux facteurs aotagoDÎsles : le germe (microbe) et le Urrain (organisme). Le germe (te la maladie est comme le graio du semeur : vient-il à tomber sur le chemio, c'esl-â-dire loin des orgaoes délicats ou le long des conduits naturels habitués à sa présence, il ne larde pas à être balayé, emporté, rejeté. Le terrain est-il mauvais ou l'apport nutritif insuffisaDt, le germe ne fructifiera pas, il mourra. L'organisme lutte contre l'envahisseur, résiste et ne laisse envahir que s'il loœbe en état d'infériorité. Cette déchéance, cette moindre résistance créent d'eicellciites conciliions de terrain favorable à la pullulation des germes.
Hodifications imprimées an tarraiD par
■IILIEU BOCIAL ; 3° le SITRMENAOB } 3° l'aUUEHTU
4° laa intoxications: 5° les infections.
imaP
1* Milieu ioeial. — Le terr^n organique primîlîveraent résistant peut être modifié par le mode d'exulence de l'individu, par le milieu social, par tes conditions défectueuses de re.xisteDce dans les villes o(i l'air, la lumière, l'eau sont réduits et parcimonieusement distribués et où se dégagent des émanations de toutes sortes. Sous l'influence do l'agglomération et de toutes ces causes d'alfa iblissemenl, la résistance est déprimée, le terrain est prêt et le microbe germe, fructifle, envahit, terrasse l'organisme et se propage avec d'aulant plus de facilité que la contagion est favorisée par des coutacls multipliés etatteiutdes sujets peu résistants, anémias et surexcités, chétifs et exaltés, chez qui l'agilatioa remplace la vigueur.
. 2' Surmenage. — Le tufvwnage prépare le terrain. 1 Caul arriver vite et tûl, pour cela commencer ji!uuu.
Au lieu de développer ses membres, de fortifier ees muscles et de ditaler ses poumons en courant dans la campagne, le jeune enfant va à l'école et passe sa iournée dans des locaux étroits où cinquante camarades réunis multi[ilient les chances de contagion par le nombre et la facilité de « réceplivité " des jennes organismes. A treize ans, il en remontrera i son curé; à 14 ans, il Tait des mathématiques spéciales; à 16 ans, il concourt pour être soldat, ingénieur on marin et quand il quittera le dernier des innombrables bancs où il aura passé quinze ans de sa vie, quel beau cervean il aura, mais aussi quel bon terrain il oiïrira à la maladie. Surmené, névropathe, prédisposé à la tuberculose, ce Jeune homme aura perdu sa résistance organique et l'éducation qu'il vient de subir, aura modifié son terrain et l'aura rendu apte à l'invasion de germes morbides. Et le surmenage cérébral continuera. Apnlis l'école, la vie publique, la course au clocher des honneurs et de la richesse, l'opiniâtreté de la lutte, les déboires et les désillusions avec leurs amertumes et leurs tristesses. Pendant que le cerveau s'épuise, s'al>sorbe dans l'idée fixe de la suprématie, perdant petit à petit son pouvoir régulateur sur le corps dont il accepte et exige les services, les autres organes subissent un sort analogue. Quelle source de maladies que le surmenage intellectuel et moral! Quelles modifications profondes ces causes de détérioration imprimeut h l'individu et à sa descendance! Il existe cependant une sorte d'accoutumance chez les rejetons de surmenés qui résistent mieux que -le jeune homme qui, ayant mené jusque-là une existence calme, se trouve brusquement soumis à un surmenage intensif.
Z'AHmeyjralion. — Le terrain est encore modifié par . l'aHmentalion qui dans nos villes est défectueuse, cjir.l elle doit répondre à ce besoin d'cxcitaliou qui carac-l
184 LBS nocTBivES mSdtcales
térise les générations actuelles. Trop de viande trop d'alcool, voilà les deux reproches qu'elle mériti
L'abus de (a viande favorise l'appendicite quî, d'après Lu cas-Champ ion ni ère, est presque inconnue dans les classes végétariennes; entraine des troubles digestifs, la dyspepsie, la goutte, l'obésité, les aulointoxications, ces maux si divers qui constituent l'artbrilisme. Cette alimentation carnée détermine on partie ce catarrhe gastro-intestinal qui, avec l'alcool, est une cause de maladies du foie et produit l'infei tioD intestinale et l'auto-intoxication par absorpUoa ces poisons provenant des excès de viandC:
D'après Gautier, le régime carné exagéré acidifie sang, diminue les oxydations, charge les humeurs l'économie d'une surabondance de déchets azoti d'acide urique en particulier; il augmente les al( loïdes urinaires, congestionne le foie, entretient une constipation opini&tre, amène des troubles digestifs, des éruptions cutanées et développe des tendances rhumatismales, arthritiques, goutteuses et nerveuses. Il produit l'hypertension artérielle, la fatigue du cœur et devient une des causes prédisposantes les plus actives de la neurasthénie et de l'artério-sclérose. Uj tel régime agit sur le métabolisme organique dans ' sens que de nombreuses expériences ont précisé. Il comporte comme une intoxication acide. On VMt, effet, augmenter notablement l'ammouiaqne de 1' rine; ce fuit tient à ce que les acides s'emparent l'ammoniaque, qui ue pouvant plus se transformer urée, se sont alors éliminés sous forme de niacaux. La viande fournit abondamment de l'aci sulfurique et de l'acide phosphorique. La product» de l'ammoniaque (chez les carnivores) se fait aui par un mécanisme de défense des tissus, et aux dépt de la réaction alcaline des cellules, qui est la corn tion de leur bon fonctionnement.
D'autre part, Ja viande a une toxicité qui lui i
□ol,
LE TRRBAin 185
, propre et n'appartient pas à tous les albuminoïdes :
les sels contenus dans 22 grammes de viande de bœuf introduits par injection intra-veineuse suflîsent pour déterminer des convulsions chez un lapin de i kilogramme et pour le mettre en état de mort apparente, tandis que les cendres de 47 grammes de blanc d'œuT produisent simplement de la diurèse chez un lapin de même poids. (Bouveret et Devic.) Il faut ajouter que les organes d'élimination, le rein, le foie sont alors surchargés. Sans doute le coeflicient azoturique s'accroît, néanmoins la quantité d'azote incomplètement transformée, incapable d'arriver à l'état d'urée, augmente, encore davantage, et les substances qui la contiennent, corps puriqucs, acides amidés, ammoniaque sont tous beaucoup plus toxiques que l'urée. Il parait probable que la viande en excès favorise le développement de l'artério-sclérose, en altérant le milieu sanguin et en augmentant la pression sanguine.
La production de l'athérorae par l'usage de l'adrénaline (Josué), type des médicaments vaso-constricteurs, est un exemple concluant de l'influence de raiigmenlalion de la pression du sang sur les altération des artères.
Si la quantité de viande ingérée n'est pas très considérable, le sujet continue à perdre de l'azote, et maigrit rapidement. Voit a pu maintenir en santé un chien de 35 kilogrammes, pendant deux mois, mais il fallait lui donner 1.500 grammes de viande par 24 heures. Des animaux exclusivement nourris avec de la viande maigre présentent fréquemment dans leurs urines des pigments biliaires, de l'tndicati en excès, de l'albuminurie et assez souvent des troubles tropbiques. (Dufourt.)
C'est précisément cet encombrement de l'organisme, celte surcharge des tissus en produits de déchets qui n'arrivent qu'à une élaboration inauî&sttnV.'iT i^iit Vw^
leiKJUBln ebez te catr^nrie iTÏDditidits depoîB looçtenps sotts le non d" arthritiques et teniacb M. Booéterd • basé h doetnne de la aaln^
X, toh^DB preaière de la défaite s aobtes daaa la lotte démît être cherchée, ■s la risorption des toxines IvéerétAes par lea oiîlliards de microbes pallulant dans Tutestio. Ob conçût donc que la dimioutioa de ta Rloiicité da eonteou inteâtioal pais&c être un moyea 1 de retailler la deâtmction de La cellule et d'angnienl ttr la loo^vilé humaine . Or Q n'est pas douteux ([ue ? putréraetions ÏDte&tinates ne soient bien moindres I avec ta ré^me végétarien iinavec le régime carné.
> bÎTers étals diathêsiques (arthritisme, goutte), ' des étals migraineux, la dyspepsie, l'entérite, le rachitisme, l'artério-sclérose, certaines maladies de la peau, des dégénérescences physique et intellectuelle d'origine alcoolique, beaucoup d'atTections du cœur, du foie, des reins, enfin quelques formes du diabète lui-même se rattachent, dit Gautier, médiatement ou
médiatement k des habitudes d'alimentation gérées ou irrationnelles et peuvent se modifier I disparaître avec elles, »
Les anciens avaient bien résumé l'ensemble I troubles morbides d'origine alimentaire dans l'ai f euivaot : « Vena porta, porta maloriim. »
Mais de tous les produits ingérés joumeltemi F c'est certainement l'alcool qui est le plus nocif.
4* Intoxications. — « Une passion, dit Duclaux,
i qui peuple uos maisons de fous, qui nous donne 60
pour cent de nos épileplîques, qui attaque surtout le
I système nerveux et qui, en affaiblissant tous les dépar-
[ tements de rorganieme, les prépare à tous les échecs,
celte passion dovicut bien une sorte de mala
l'iudivjdu et de la nation qui s'y abandonne. ■
QIOU
W^ tS TEBBAI» 187
En tête se place Valrnnl, dont jamais on ne dira assez de mail Grands et nombreux sont les dangers de l'atcool absorbé seul ou, ce qui est pire, accomjjagnô d'essences excitantes (absinthe, anis). Le cerveau est l'organe privilégié : l'alcoo! frappe tout ce qui est noble : furie de l'alcoolique, paralysie générale du vieil ivrogne, delirium Iremens du buveur, hébétude el démence d'innombrables incorrigibles, amenés dans les asiles par leur passion, heureux encore d'arriver là, quand ils n'ontpas été conduits au bagne par des crimes abominables, tels en sont les méfaits!
Le tube digestif eu a sa part: dyspepsies et dilata^ lions d'estomac, entérites, cirrhose du foie et péritonites sont les maladies banales des alcooliques de 608 hôpitaux ! Le cœur el les vaisseaux en souffrent, l'artério-s clé rose et l'aorlite, la sclérose du coeur sont les conséquences les moins bruyantes, peut-être les plus dangereuses de l'atcoohsme chronique et, pourrait-on ajouter, modéré.
Tout l'é.lre, en somme, subit les effets du poison, et l'on ne peut s'empêcher d'être frappé de piliA quand on voit les ravn^'es exercés par lui sur col homme aux traits creusés, aux yeux hagards, aux mains tremblantes, à la démarche titubante qui ao privera de manger pour boire de son " lord-boyîiux » et qui» sur le point de mourir, réclame un dernier verre de son breuvage préféré.
Quelle séduction pour l'homme malheureux que l'alcool qui lui fait oublier ses maux? Et quand l'habîtnde est prise, quelle étrange fascination, quelle fDodificatioD dans la mentalité de l'individu qui n'arrive plus à se satisfaire qu'en augmentant, chaque jour, la dose de son poison ,
L'alcoolisme prépare le terrain à la plupart des infections ; il fait le lit à la tuberculose. L'alcool est le fourrier de la tuberculose ; il donne un coup de louet & la marche des maladies infectieuses, en précipite
f'évolutîon et leur fait, pourainsi dire, brûleries étapt
Voila les méfaits de l'alcool pria en excès. Cepi
lilaiit, à doses modérées, et dans les condilloos
■ les actuelles, l'alcool présente quelques avantages que
E)a lutte intensive contre l'alcoolisme ng doit pas faire
Cnéconnaître.
De la vale ir nulrîlîve de l'alcool, — L'alcool B'eomburé da s nos tissus pour la majeure partie,
Ccpeudanl M. Chauveau a vu que la substitution Ipartiellc de l'alcool au sucre, en proportion isodyf-name dans 1. ration alimentaire du sujet qui travaille, entraîne: 1° la^dimiouliyn absolue du travailjnjjsciilaire; 2° la stagnation ou la diminution du pojds de l'animal. Dans les expériences d'Atwater et Benedickt, les quantités de chaleur produites étaient presque . identiques, soit que l'on substituât l'alcool isodynaraP ï quement dans le régime, soit que le sujet n'en consommât pas; mais dans le cas de l'alcool, il y avait augmentation de l'excrétion azotée : la machine s'use donc plus vite avec l'alcool qu'avec le sucre. Les constatations faites par Roseman, sont dans le même sens, l'alcool s'oppose bien moins à la désassimilation de I l'organisme que les sucres et les graisses. De plus, ja I substitution de Talcool au sucre n'est possitile .que si- ITon ne dépasse pas la proportion de 1 grarnme par^ I-jour et par kilogramme de poids corporel, ce qui [représente la valeur quotidienne de un litre de vin viron. L'alcool peut donc fournir de l' énergie , et fitre considéré comme un apport alimentaire, A dose modérée, l'alcool, dit Gautier, est un aliment apte à nous procurer de la chaleur et de la force, à protéger la matière azotée de nos tissus. C'est un aliment
à effet il
nédiat.
L'alcool est à la fois un combustible et u I excitateur. Le bon sens vulgaire peut, ajoute-til, avd
1 puisa
r quelquefois
■ntre les Ihéories trop excl
^Tes d'une scieoce qai, sartoiit préoecnpée de U plaie terrible de ralcoolisnie, est restée plus longtemps utîlitariste qne précise et réelle; mais au point do vue eoeîal, l'alcool doit être jugé plus sévèrement. Voici on aliment qui, désigne Ton jJépassela quantité de 80 sraïames pa r jour, d evient, inutile, puis
tonq ue ; les désastres produits par l'alcool chez l'iodiridu et dans la race ne sont que trop évidents pour qu'il y ait lieu d'insister. Cet aliment est le plus onéreux de tous, comme un simple calcul permet de s'en rendre compte : on litre de vin contenant 8 •/, d'alcool revient au plus bas à 0,30 centimes ; les 80 grammes d'alcool fournissent 560 calories (dans l'hypothèse la plus favorable, celle d'une combustion totale), c'est-à-dire une valeur énergétique égale à celle que donneraient 132 grammes de sucre. Le sucre valant actuellement 0,65 centimes le kilogr., les 132 grammes valent 0,08 centimes. De sorte que l'individu, pour obtenir un même matériel calorifique, dépense 0,30 centimes s'il prend du vin, 0,08 centimes s'il prend un bydrale de carbone. L'alcool ne sert donc d'aliment qu'à titre exceptionnel, chez les individus iosuflisamment nourris. Il n'en est que plus dangereux, surtout s'il est additionné d'essences dont le degré de toxicité est fort élevé.
La passion alcoolique ne va pas seule; le tabac marche de pair avec l'alcool, la pipe accompagne le petit verre.
Les nausées des premières cigarettes ont vite fait place à un désir et une habitude insatiables augmentant avec leur satisfaction. Les voies respiratoires subissent les premiers effets nocifs de l'intoxication ftbagique. Pharyngite, laryngite, inflammation de la muqueuse linguale suivie de leucoplasie, parfois 'luime d'épi thélioma, cancer des fumeurs, spasme des artères, fausse angine de poitrine à laquelle peut SBceéder l'angine vraie par rétrécissement des coro-
LES DOCTB[NES MÉDICAI.r
^^ft 190
^^^H naires soua l'influence de l'artério-sclérose et de l'athè- ^^^B rome liées h l'abus du tabac^ tel est le loi du Tumeur. ^^^H La résistance du terrain organique est ail'aiblie non ^^^H seulement par l'alcool et le tabac mais aussi par une ^^^H gérie d'intoxications lentes et continues dues à l'o3^jde ^^^H de carbone qui vicie l'atmnsphËre et altère le sang el ^^^B les globules rouges, le phosphore, Vanenic que l'on ^^^H trouve dans la bière, le plomb si répandu dans les ^^^H usages domesliques et les applications pratiques. A ^^^H cette action nocive s'ajoutent les intoxications pro- ^^^H fessionnelles par le plomb, le mercure, l'arsenic, le ^^^V phosphore que complètent les deux poisous dits natio- ^^^ naus l'alcool et le tabac.
Si nous voyons rarement, en France, le gâ,tisme des, fumeurs d'opium, noua sommes souvent ti^moins des désordres que cause un alcaloïde du pavot, la mor/j/itne. Le morphinisme est une maladie peut-être plus élégante, moins répugnante que le vice chinois; elle n'en est que plus dangereuse.
Les services que rend la morphine comme médi- , cament, contribuent à en répandre l'usage et l'abus. Les morphinomanes arrivent petit à petit À absorber jusqu'à plusieurs grammes de morphine par jonr; mais il n'en faut pas tant pour constater les effets du poison: amaigrissement, teinte terreuse de la peau, ■ perle de l'appétit, constipation opiniâtre, accidents qui amènent asseï vite une cachexie profonde terminée souvent par des syncopes mortelles.
Tels sont les principaux toxiques dont l'homme use , passionnément el avec lesquels il ruine volontairement sa santé. Mais ce ne sont pas les seuls : la Cùcaine, Vélker, ont pris une place importante à côté d'eux et, dans notre siècle de dégénérés, nous verrons bientôt l'intoxication chronique passer à. l'élat de nécessité.
Dégétiérésl voilà le sort en effet, qui attend tons intoxiqués. Dégénérés de corps et d'esprit,
o'ayant plus qu'un orgaDisme débile et sans résistaoce, voué à, loutes les maladies et h tous les accidents, une intelligence amoindrie et viciée, une mémoire alTaiblie, une sensiliilLté émoussée.
fiares sont les hommes qui échappent à toutes les înilueDceB qui viennent d'être passées en revue; rares sont ceux qui ont gardé la force et laviguûur originelles et dont le terrain a conservé toute sa résistance et toutes ses défenses naturelles.
Au contraire, nombreux sont ceux chez qui les eETots nocifs du milieu social, du surmenage, de Valimenlation défectueuse, des inloxicalions s'accumulent pour modifler défavorablement l'organisme et préparer lus voie& à ses redoutables agresseurs.
Ces modincations ont ceci de particulier et de dangereux que loin d'âtre temporaires et locales, elles sont continues et générales.
L'homme depuis son enfance, est élevé, nourri dans des conditions anormales et la constitution intime de s& substance, le jeu de ses organes, les échanges chimiques de ses tissus, en un mot, sa vie organique en est troublée.
Ce trouble est-il lent, progressif, l'organisme parait s'y accoutumer taut bien que mal et réagit peu. La machine n'est pas violemment détraquée, mais les rouages sont faussés, les ressorts épuisés et ce n'est qu'à force de réparations qu'elle arrive au terme abrégé de sa course... Celie-ci est d'ailleurs entrecoupée par des arrêts plus ou moins longs, plus ou moins graves, conséquences fatales des défectuosités du fonctionnement, indépendants encore des accidents fortaits qui peuvent tout détruire.
Au milieu social et au surmenage, reviennent surtout !a débililation et le nervosisme : jeunes gens 'Cliques et chétifs, neurasthéniques cérébraux (intellectuels, avocats, médecins, banquiers) ou ntédullairet ^après excès génériques, masturbation, etc.); hyulé-
P. — 192 LES DOCTRINES MËDICM.E3 ^^^H
riquei masculins et réminins, tuberculeux, n/pAM^^H tiques^ Toilà les fruits de l'agitation, des exigences, ^^^| la contagioD de notre vie civilisée. ^^^
Lee intosications président à la déchéance générale de l'organisme, aux altérations des organes les plus importanls, telles que transformation en graisse ou en tissu fibreux des éléments utiles du foie, dégé- > nérescence graisseuse du cœur, artério-sclérose des ' grosses ou des petites artères apportant jusque dans l'intimité des tissus les perturbations les plus graves, puisque le sang n'arrive plus qu'en quantité insuffisante et chargé de produits nuisibles. Alors sur- )' viennent troubles cérébraux graves avec phénomènes
l' méniogitiques, encéphalopathies, paralysies générales ;
sans compter que tous ces troubles s'enchatnent, se I' complètent et s'entr'aident, car si l'organisme, mer-
veilleusement agencé, marche pour ainsi dire tout seul quand tout est en bon état, il suffit d'une défec- I tuosité dans un appareil, pour que presque tous les
I autres se troublent aussi. Tous les jours, on en voit
des exemples frappants. Ainsi cet homme qui expire sur un lit d'hôpital oCi il est couché depuis deux mois, I est nis de robustes et vigoureux paysans. De leur cùté,
aucune tare ; pour lui, dans son enfance, quelques affections habituelles à son âge, qu'il a passées h, la ' rue, suivant l'expression populaire.
I A douze ans, après l'école, il travaillait aux champs
I et jusqu'à vingt et un ans, il a mené une existence
I des plus rudes, mais pourtant des plus saines. Aussi,
I quand il arrive dans notre grande ville pour son service militaire, c'est un solide gaillard que la besogne n'elTi'aie point. La première année se passe bien.
Pendant la deuxième, plus d'une heure s'écoule & la cantine ou dans les bars de la ville ; les apéritifs 8'ajouleut aux petits verres et le
s et
LE TERRAIS 193
la redoutable syphilis qui a nécessité, pendant près de J deux ans, un traitement sévère.
Trop souvent, notre hofnme sort du régiment, de la grande ville, déjà alcoolique, syphilitique, perverti. Les champs ne lui disent plus rien et, pour gagner six francs par jour, il travaille sur les quais. Labeur , moins acharné, plus dangereux que celui de la cam pagne, car pour stimuler les forces et satisfaire la soif, de tous câtés, des bars étalent la tentation. Quatre, six ou huit absinthes par jour, deux ou trois verres de cognac, deux ou trois litres de vin constituent la ration toxique de l'ouvrier. Comme les ressources diminuent, on rogne sur l'alimentation, vite réduite à la portion congrue.
Bientôt les forces déclinent, l'essoufflement apparaît, quelques crachements de sang avec une faiblesse inaccoutumée ont déjà forcé le malheureux à faire quelques séjours à l'hôpital oCi il vient enûn terminer sa malheureuse existence. C'est que les maux dont BOulTre cet homme sont complexes et incurables- Non seulement les organes sont atteints de grosses lésions, mais les tissus sont dégénérés.
Le médecin a constaté que le cœur était dilaté et fibreux et battait irrégulièrement. L'aorte est dure et ses clapets ne retiennent plus le sang que le cœur envoie; les artères sont rigides comme des « tuyaux de pipe » et prêtes à se rompre. Celles que le doigt ne peut explorer révèlent leur mauvais état par Vinsuffisancs fonctionnelle des organes qu'elles irriguent (myocardite, artério-sclérose). Le foie est gras et douloureux et les conjonctives sont teintes en jaune par les pigments de la bile mal élaborée [insuffisance hépatique).
Les urines sont rares, rouges et contiennent de l'albumine [insuffisance rénale). Aussi les jambes sontelles facilement enflées après la moindre fatigue.
Le poumon est congestionné, emphysémateux, mais .
LES doctuineb médicales
l'iLtiscultation révèle au sommet des signes bî <le la tuberculose qui l'a envahi et qui emporterai sùremeol le malade, si la déchéaDce totale de son organisme ne devait la devancer.
Quelles sont les causes de tous ces maux? la syphilis,, l'alcool, le plomb, le surmenage, la tuberculose, etc..
Voilà comment cet homme, victime de ses fauti et de ses propres erreurs, a transformé un terrai originellement bon et vigoureux, sans que dies iiifectiâuses inévitables aient encore concouru sa déchéance.
5" Infections. — Les viuladies infectiemes, eu effet,' laissent des tares organiques éloignées dé l'action des toxines microbiennes et de l'auto-intoxication. Tantôt la restiluo ad integrum ne se produit pas dans les cellules des divers organes d'élimination qui ont été altérées pendant la période aiguë de l'infection, et des hépatites, des néphrites parenchymateuaes chroniques peuvent survenir ainsi favorisant l'aulo-intosication par insuflisance éliminatoire. Tantôt l'infection est suivie d'artério-sclërose, d'athérome, de sclérose des principaux viscères.
Que de lésions locales persistent après la guérïsi apparente de l'infection. « Combien de maladies d( cœur, des gros vaisseaux, des centres nerveux, di reins, qui reconnaissent pour cause, dit Bouchard, une pneumonie, une scarlatine, une variole, une diphtérie, une fièvre typhoïde qui semblent sommeiller pendant longtemps, mais qui marchent graduellement et aboutissent au bout de viugt ou trente ans aux accidents les plus graves. « La clinique montre chaque iour qu'une atteinte infectieuse antérieure diminue notablement la résistance organiqua'
Le terrain peut encore être préparé par les owf intoxications et par les maladies de la nutrition si iÀi étudiées par M. le professeur Bouchard.