CHAPITRE VI US PARENTÉS MORBIDES
Famille arthritique. — « La maladie chronique,
a dit Cliaull'ard, n'est pas, comme la maladie aigug. une maladie individuelle. Pour l'observer en plein et la jiignr, il faut la suivre dans les générations sucmssives qu'elle atteint et à travers lesquelles elle se transmet et se transforme. La maladie chronique Boulève à travers les générations vivantes des réactions cachées, mais non moins puissantes, n « Si vous voulez, dit Bouchard, parcourir l'histoire pathologique des arthritiques, vous reconnaitrez souvent, dès les premières années de la vie, certaines manifestations aiguës, paroxystiques qui ne sont pa's en réalité des signes avanl-coureurs de la lithiase biliaire, de l'obésité, du diabète, de la gravelle, de la goutte, mais qui annoncent une disposition constitutionnelle à toutes les maladies du même ordre. Ce n'est pas une coïncidence fortuite qui ramène perpétuellement ces mêmes maladies dans les antécédents héréditaires et personnels des individus atteints de lithiase biliaire, d'obésité, de diabète. Je ne crois pas, t^OLite Bouchard, qu'il y ait un fait mieux établi que cette parenté morbide, n
C'est ainsi que, dans notre thèse d'agrégation, nt examinons successivement à ce point de vue membres de la famille arthritique et indiquons les ^tés morbides existant entre les maladies ('
■iUS LES DOCTRINES MEDICALES
peau (urticaire, impétigo, psoriasis, eczéma} ; certaines affections des muqueuses (endermoses de G. de Mussy); les migraines, les vertiges, les névralgies; l'asthme et les maladies par nutrition relardante telles que la lithiase biliaire, la gravelle, le diabète, l'obésité, la goutte, le rhumatisme chronique.
Ces parentés morbides apparaissent avec netteté sur une série de tableaux généalogiques des familles morbides que nous avons annexés h notre th6se d'agrégation. Ces documents serapportent k VArthritisme, au Neuro-Arthriiisme et au Nervosisme.
Cl C'est une loi de pathologie générale, dit Bouchard, qui permet de s'élever au-dessus des faits particuliers, de concevoir des groupes morbides naturels, d'édifier au-dessus les diathéses qui engendrent les maladies. »
Quelques exemples montreront l'importance de ces parentés morbides dans les affections arthritiques, à nutrition retardante. Ainsi, chez les ascendants des graveleux, on relove la gravelle dans le cinquième des cas, l'obésité dans le dixième, le diabète dans le sixième. La goutte est. une fois sur trois, accompagnée de gravelle, et, une fois sur huit, elle est annoncée par la gravelle des ascendants. Sur cent cas de goutte, on trouve chez les ascendants 44 fois le goutte et l'obésité, 25 fois le rhumatisme. 19 fois l'asthme, 12 fois le diabète, la gravelle, l'eczéma, 6 fois la lithiase biliaire chez la mère, car il est à remarquer que la goutte se transmet surtout par le pÈre.
Sur cent cas de diabète, on relève encore chez les ascendants, la proportion suivante de maladies à nutrition retardante : obésité 45 "/„, rhumatisme musculaire 22 "/(,, migraine 18 %, gravelle 16 7»'» eczéma 16 7o. lithiase biliaire 10 "/,. Ce sont encore les mêmes affections qui constituent le bilan des
^écédenls morbides personnels des goutteux, des
.RENTES UORSIDËS
diabétiques. C'est ainsi que, chez cent cas goutleuï, OQ retrouve comme proporlion : l'obésité (31 foisl, la dyspepsie (31), la gravelle (28), la migraine (19), l'eczéma (19), la névralgie (12), l'asthme (9), le rhumatisme musculaire (9),lerbumaliBrae chronique (6), le Jiahète (3). Chez le diabétique, la proportion est : rhumatisme 54 %. obésité 36 7»» diabète 25 "/o, gravelle 21 7o, goutte I87,, asthme 11 7o, eczéma 11 7o, migraine 7 "/oi lithiase biliaire 7 "/„.
Les parentés morbides avaieut été signalées par Morgagni, qui était frappé de la fréquente coexistence de la gravelle biliaire et urique; par Trousseau, qui professait que la gravelle urinaîre comme l'asthme, comme la migraine, comme les hémorrhoïdes, est une manière d'être de la goutte larvée; par Durand- Pardel et par Bazin, qui sut établir cHniquement les relations des diverses aCfections arthritiques. Charcot et Bouchard ont mis en valeur ces notions chères à l'Ecole médicale française.
En déterminant la parenté d'états morbides, en apparence, confus et disparates, on apprend ce que vaut chacun de nos malades, ce qu'il est, d'où il vient et où il va. On peut reconstituer leur passé pathologique et, pour ainsi dire lire, dans leur avenir. La constatation de chacune des maladies passées, présentes ou futures, vise plus haut et plus loin que le malade lui-même et retrouve son utilité et son application dans sa progéniture et dans toute sa descendance. On peut ainsi ; faire un diagnostic complet, c'est-à-dire pathogénique, établir un pronostic à triple portée visant d'abord le présent et l'avenir de son malade, visant ensuite sa descendance, enûn remplir, dans sa grande et complète acception, son rOle de médecin dont le devoir est de conserver non seulement la santé de l'individu, mais encore d'accroUre la vitalité des famillea et de l'espèce.