‹ Les doctrines pédagogiques des GrecsChapitre 10 sur 22 · LA RÉPUBLIQUE,. ÉDUCATION DES XAGISTRATS · texte numérisé non relu

LA RÉPUBLIQUE,. ÉDUCATION DES XAGISTRATS

de mesure : l'extrême indulgence n'est pas moins funeste aux enfants que l'excessive sévérité. La vie leur réserve une foule de tâches répugnantes et dures; il faut qu'ils le comprennent dès le jeune âge, et qu'ils sentent même à l'école la nécessité de vaincre à force d'énergie la résistance qu'ils trouveront dans les hommes, dans les choses et dans les idées; sinon la lutte pour l'existence les trouverait désarmés. Enfin les sciences mêmes dont l'étude leur est indispensable sont loin d'être toujours attrayantes, fussent-elles professées par les maîtres les plus habiles. On connaît le mot d'Euclide à Ptolémée qui, rebuté des difficultés que lui offrait l'étude de la géométrie, lui demandait s'il n'y avait pas une voie plus facile pour l'apprendre : a Non, répondit le maître, il n'y a pas de route royale en mathématiques. » Laissons donc les rêveurs imaginer une école où les années qu'on y passe ne seraient qu'un long enchantement. « Je ne crois pas, dit Stuart Mill, qu'on puisse uniquement par la persuasion et la douceur des paroles amener les enfants à s'appliquer avec énergie et, ce qui est plus difficile encore, avec persévérance. Il y a beaucoup de choses que le& enfants doivent faire et beaucoup qu'ils doivent apprendre, qu'ils ne font et n'apprennent que par la contrainte d'une discipline sévère et de la perspective des punitions. Sans doute, on fait de louables efforts dans l'enseignement moderne pour rendre autant qu'il est possible les études des enfants faciles et intéressantes. Mais si on voulait aller jusqu'à ne leur demander d'apprendre que ce qu'on peut rendre facile et intéressant, on sacrifierait l'un des princi* paux objets de l'éducation. Je vois avec plaisir tomber en désuétude la brutalité et la tyrannie de l'ancien système d'enseignement qui pourtant réussissait à donner des b^^~

tudes d'application; mais le nouveau, à ce qu'il me semble, concourt à former une génération qui sera incapable de rien faire de ce qui lui sera désagréable (1). »

Revenons au programme de Platon. Lorsque les jeunes gens ont étudié successivement et en détail Tarithmétique, la géométrie, l'astronomie, l'acoustique, on leur présente ces sciences dans leur ensemble, afin qu'ils aperçoivent d'un coup d'œil les rapports qu'elles ont entre elles. C'est une excellente préparation à la dialectique, et un moyen très-sûr de distinguer l'esprit dialecticien : «t car celui qui sait rassembler les objets sous un seul point de vue est né pour la dialectique; les autres n'y sont pas propres (2) ». Il est inutile de faire ressortir longuement la justesse de cette idée pédagogique. Ceux qui ont rédigé les programmes de l'enseignement moderne ne nous semblent pas en avoir suffisamment tenu compte. Cependant les découvertes de notre époque, en donnant tant de probabilité à l'hypothèse de l'unité et de l'identité des forces physiques, ont rendu plus facile cette synthèse des sciences que Platon concevait déjà. Le jour où l'étude spéciale des différentes langues et des différentes sciences sera couronnée par la comparaison synthétique de leurs lois particulières, et où on apercevra au point de départ des variétés innombrables la loi initiale qui préside à l'évolution d'où elles sont sorties, ce jour-là on devra se souvenir que la philosophie ancienne avait entrevu, malgré son ignorance et par la force du génie, ce que la science moderne aura démontré. Mais alors même, en supposant établi cet enchaînement ininterrompu qui conduit des vérités les plus simples de

(l) Stttart Mill, Jltmoires, Irad. Gazelles, p. iA, tS) AéJ)., p. iél

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