‹ Les doctrines pédagogiques des GrecsChapitre 19 sur 22 · PLUTARQUE · texte numérisé non relu

PLUTARQUE

travers; il les a vus dans les auditoires, pour faire preuve de subtilité, et pour étaler leurs connaissances toutes {raîches en dialectique ou en mathématiques, proposer au maître des questions puériles et sans aucun rapport avec le sujet, par exemple sur la division de l'infini, sur le mouyement selon le diamètre ou selon le rayon. « Ce n'est pas à de telles questions que vous devez à présent vous arrêter, ô jeune homme; travaillez plutôt à vous guérir de Tenflure de la présomption, des amours et des plaisirs frivoles dont vous êtes l'esclave, à rendre la santé à votre âme, en la délivrant de toute vanité (1). »

L'enseignement de la philosophie, tel que Plutarque le conçoit pour la jeunesse,^ de grandes analogies, on le voit, avec celui de la chaire chrétienne. Les leçons des maîtres ressemblent à des sermons où l'orateur se propose avant tout de corriger ses auditeurs, en leur présentant une censure véhémente de leurs vices; ses réprimandes, comme celles d'un Bossuet ou d'un Bourdaloue, produiront chez le jeune homme bien préparé à les entendre a une tristesse profonde, une sueur involontaire, un trouble violent, un remords intérieur qui le déchire »• Quant à ceux qui les écoutent d'un air tranquille, c'est que l'habitude invétérée du vice les a rendus inaccessibles à la honte, et que leur âme, endurcie dans le mal, comme ces parties du corps où un cal s'est formé, ne peut plus être touchée par l'aiguillon du remords. Il en est au contraire qui sont trop sensibles aux reproches, et qu'une première leçon de philosophie épouvante assez pour qu'ils fuient à tout jamais un enseignement aussi sévère; ils deviennent alors la proie des sophistes, qui savent les attirer et les retenir par un

(1) De RaL aud.^ p. 99.

langage plus agréable. Plutarque blâme cette extrême sensibilité, (a Un malade qui, après une amputation douloureuse J s'enfuirait loin du médecin, sans attendre que sa plaie f ûf bandée, n'éprouverait que ce que le traitement a depénible^ sans en recevoir aucun soulagement. De même un jeune homme qui, blessé par une correction sévère et piquante, s'éloigne aussitôt, sans laisser à la plaie le temps de se j refermer, ne remporte de la philosophie que les morsures vives dont son âme a été déchirée, et n'en retire aucune i utilité (1). » I

Même en supposant un auditeur doué des meilleiu-cs' dispositions, faut-il partager la confiance de Plutarque ? Nous ne voyons pas dans l'histoire que les époqujBS les plus fécondes en grands sermonnairesouen célèbres moralistes aient été les plus vertueuses. Souvent on croit sortir meilleur d'une prédication, d'une leçon de morale, ou même d'une représentation dramatique où le poète a exprimé des sentiments pleins d'honnêteté et de noblesse. Mais cette amélioration dure peu, caries habitudes uninstant troublées, reprennent promptement leur empire. Aussi Aristote a-t-il bien vu que l'œuvre la plus importante de l'éducation est au commencement, lorsque les habitudes ne sont pas encore formées et qu'on a toute puissance sur elles, non à la fin, quand elles sont assez enracinées déjà pour qu'on ne puisse les extirper sur ce bouleversement de tout l'être moral qu'on appelle une conversion. Pour nous servir de la comparaison d' Aristote, reprise par Plutarque, et qui se trouve aussi dans l'Évangile (S), les préceptes de la raison sont comme des semences, qui ne peuvent germer lorsqu'on

(1) De Bat. aud», p. 109 et 101.

2) Matthieu, ch. xm. . .

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les jette sur une terre trop dure. L'enseignement de la philosophie, par lequel Plutarque termine l'éducation, sera donc stérile, malgré le talent et la vertu des maîtres, si l'esprit et le cœur n'ont été préparés à le recevoir de? le commencement de la vie par une habile méthode. Nous aurions voulu que Plutarque insistât plus longuement sur les débuts, ou, en d'autres termes, que son traité : Sur V Éducation des enfants, fût une étude longue et détaillée des procédés pédagogiques, au lieu d'être une simple esquisse. Cependant l'opuscule : Sur la lecture des poêles, peut nous servir encore à combler quelques lacunes dans cette doctrine si incomplète.

DOCTH. PéDAO. DBS GHECS. d

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