LES IDÉES PÉDAGOGIQUES DE SOGRATE ET DE XÉNOPHON
Xénophon est le premier écrivain des littératures classiques chez lequel on trouve un certain ensemble d'idées sur Féducation. Âvantde l'interroger lui-même, nous relèverons quelques-unes des vues de Socrate éparses dans les Entretiens mémorahles fidèlement recueillis par son disciple. Socrate donnait d'admirables leçons de morale privée et publique aux jeunes gens réunis autour de lui; mais il s'est peu expliqué sur l'ordre général et la suite de l'éducation. On voit seulement l'importance extrême qu'il attachait, comme presque tous les anciens, à la nécessité de donner aux enfants des habitudes de résistance à leurs appétits naturels. Dans une discussion qu'il entreprend avec le futur chef de la secte cyrénaïque, Aristippe, qui pratiquait déjà pour lui-même l'indulgence à l'égard des passions dont il devait faire plus tard le principe de sa doctrine, Socrate démontre victorieusement qu'il faut élever le jeune homme pour être capable de commander aux autres, si on ne veut le condamner à être asservi lui-même par des natures plus énergiques, et que celui qui se destine à commander aux autres doit apprendre à surmonter pour
son compte la faim, la soif, les désirs amoureux, le froid, le chaud, lafatigue (1). Cette leçon, que termine et qu*éclaire la belle allégorie du sophiste Prodicus, convient à la jeunesse de tous les temps; elle se comprend mieux encore chez des Grecs qui pouvaient tous aspirer au grade de stratège, et qui devaient développer en eux de bonne heure cette qualité, si importante pour un chef d'armée, de savoir subordonner ses besoins personnels, ses intérêts et ses plaisirs aux exigences de sa fonction.
Dans le quatrième livre des Entretiens^ Socrate exprime une opinion plus contestable en montrant à ses disciples jusqu'oiiun homme bien élevé doit pousser ses études dans chaque science. < Il conseillait d'apprendre la géométrie jusqu'à ce qu'on fût capable de mesurer exactement un terrain, rastronomie assez pour reconnaître les divisions de la nuit, du mois et de l'année, lorsqu'ils voyageraient sur terre et sur mer ou qu'ils seraient en sentinelle.... Mais il désapprouvait qu'on portât l'étude de ces sciences jusqu'aux problèmes difficiles, et qu'on s'engageât dans des recherches vaines (2). y> £n restreignant ainsi l'étude des sciences à l'utilité pratique, Socrate semble méconnaître la légitimité de la spéculation pure, à laquelle il s'était cependant livré lui-même, et qui répond à un des plus nobles besoins de l'homme, celui de savoir. Il ignore aussi, ce qu'on ne pouvait du reste deviner dans ces temps primitifs de la science, que des applications pratiques innombrables résultent des recherches les plus abstraites. Mais c'était la réaction du bon sens contre les chimères des philosophies antérieures, qui prétendaient embrasser l'univers dans leurs construc-
H) Voir EntreL Mém., 1. II, ch. 1.
/Wd., 1. IV, ch. 7.