IDÉES PÉDAGOGIQUES DE SOCRATE ET DE XÉNOPHON
de verges. La chaussure leur est interdite; ils n'ont qu'un seul habit pour toute l'année. Leurs repas sont réglés sui* Yant un régime sévère; mais si l'appétit de leur corps en croissance n'est pas satisfait, on les encourage à voler le plus possible de fromages sur l'autel de Diane Orthie, sauf à les fouetter jusqu'au sang s'ils se laissent surprendre. C'est un apprentissage des ruses dé la guerre. Le voleur qui veut faire une capture ne doit-il pas veiller la nuit, imaginer des ruses pendant le jour, placer une embuscade, avoir des gens au guet? En dressant les enfants à toutes ces manœuvres, le but de Lycurgue était donc évidemment de les rendre plus adroits à se procurer le nécessaire, et plus propres à la guerre. Mais pourquoi, en faisant un mérite du larcin, a-t-il soumis au fouet quiconque est pris 8ur le fait? Dans toutes les écoles il y a des châtiments pour ceux qui suivent mal les principes qu'on leur donne. Ce que l'on punit dans les Spartiates, ce n'est pas le vol, c'est la maladresse (1).
Quand ils passent dans la classe des adolescents, au lieu de les abandonner à eux-mêmes, Lycurgue ne fait que leur rendre les exercices plus pénibles, la contrainte plus rigoureuse. Xénophon décrit avec une satisfaction imperturbable l'attitude que doivent contracter les malheureux soumis à ce régime, a H a ordonné qu'on marchât dans les rues eu silence, les mains sous sa robe, sans tourner la tète de côté et d'autre, les yeux toujours fixés devant soi. Il est certain qu'ils ne font pas plus de bruit que des statues; leurs yeux restent presque immobiles ; enfin ils sont plus modestes que les vierges elles-mêmes dans la chaùibre nuptiale (2). » Â l'enseignement de la justice que nous
(1) République de Sparte, ch. 2.
(2) /6td., ch. 3.
avons vu tout à l'heure institué chez les Perses, répondent, dans l'éducation spartiate, les combats de vertu. Trois des jeunes gens les plus courageux, nommés par les éphores, se désignent chacun cent compagnons parmi leurs condisciples, en motivant le choix des uns et l'exclusion des autres; ceux qui sont exclus deviennent les ennemis de cette troupe; ils se surveillent réciproquement et dénoncent ceux de leurs rivaux qui se livrent à des actions deshonnétes ; enfin ils se battent partout où ils se rencontrent (1). C'est donc la délation jointe à la violence. Un dernier trait achèvera de mettre en lumière ce singulier mélange de brutalité et de vertu qui constitue le Spartiate. Lycurgue n'a pas cru suffisante l'autorité du pédonome et des magistrats préposés à l'éducation de la jeunesse ; il a voulu que tout citoyen eût des droits sur chaque enfant, surtout le droit de correction; et si, frappé par d'autres, l'enfanl vient se plaindre auprès de son père, celui-ci est répréhensible lorsqu'il ne lui fait pas subir un nouveau châtiment (2).
MaisXénophon condamne lui-même sans le savoir cette éducation soumise au despotisme le plus barbare, lorsqu'il écrit ces naïves paroles : « Malgré l'antiquité des lois de Lycurgue, elles ont encore à présent même un air de nouveauté aux yeux des autres nations; et, ce qui est bien étrange, tandis que tout le monde s'accorde à louer une aussi sublime législation, aucun peuple n'a le courage de l'adopter (3). > Il la condamne aussi lorsque, oubliant cet idéal inhumain d'une adolescence opprimée, passive et morne, il nous montre dans le jeune Cyrus le plus gracieux
(1) République de Sparte ^ ch. 4.
(f\ im,, ch. 6.
(3) Ibjd., ch. 10.