III
(1) Réf., p. 168.
blique, lui a inspiré les règlements étranges qu'il impose à la procréation des enfants. Ordonner par une loi Texposition des nouveau-nés mal conformés, et instituer au nom des intérêts de TÉtat la communauté des femmes et des enfants, tout cela part du même principe. Sur ce dernier point, ainsi qu'au sujet (le Téducation des femmes (1), Platon n'a fait que renchérir sur Lycurgue, et le cinquième livre delà République peut être considéré comme un développenenl du premier chapitre du petit traité où Xénophon expose la constitution de Sparte. Il n'appartient pas à notre sujet d'exposer ni de réfuter la théorie de la communauté des femmes, qui, pour le plus grand bien de la cité, supprime la famille, cette base nécessaire et inébranlable de toute organisation sociale. Nous ne pouvons pas non plus passer en revue les lois qui président, d'après la fantaisie de Platon, à l'union des sexes et à la reproduction de la race. Nous signalerons seulement cette identité de conceptions que l'on retrouve au fond de toutes les utopies communistes, ce même amour de la réglementation minutieuse, tracassière et despotique, qui dispose des citoyens d'un État conmie des bêtes d'un troupeau, avec un mépris complet des droits et des affections de l'individu, a Je vois, dit Socrate à Glaucon, l'un des interlocuteurs du dialogue, que tu élèves chez toi des chiens de chasse et des oiseaux de proie en grand nombre. As-tu pris garde à ce qu'on fait, quand on veut les accoupler et en avoir des petits? — Que fait-on? — Parmi ces animaux, quoique tous de bonne race, n'en est-il pas toujours quelques-uns qui l^emportent
(1) Dans rexamen de la République et des Lbis^ nous laissons de côté, après une simple mention, tout ce qui se rapporte à Téducation des femmes ; c'est une question trop délicate, et nous ne noos reconnaissons pas une autorité assez grande pour la traiter.
PLATON, LA RÉPUBLIQUE, LES GUERRIERS. àld
sur les autres? — Oui. — T'est-il indifférent d'avoir des petits de tous également, ou aimes-tu mieux en avoir de ceux qui l'emportent sur les autres? — J'aime mieux en avoir de ceux-ci. — Des plus jeunes, des plus vieux, ou de ceux qui sont dans la force de l'âge? — De ces derniers. — Si on n'apportait toutes ces précautions, n'es-tu pas persuadé que la race de tes chiens et de tes oiseaux dégénérait bientôt? — Oui. — Crois-tu qu'il n'en soit pas de même à l'égard des chevaux et des autres animaux? — Ce serait une absurdité de ne pas le croire. — S'il en est de même à l'égard de l'espèce humaine, grands dieux, mon cher Glaucon, de quelle habileté n'auront pas besoin nos magistrats ! (1) » Ainsi transformés en savants éleveurs, il n'est pas étonnant que les magistrats, aussitôt après la naissance des enfants, les réunissent dans un bercail commun (2). Cette étable du troupeau humain doit être située dans un quartier séparé du reste de la ville; tous les enfants y sont rassemblés sous la direction de gouvernantes; ces femmes y conduisent elles-mêmes les mères pour l'allaitement, a en ayant bien soin qu'aucune d'elles ne puisse reconnaître sa progéniture. j>
Le bercail^ Técole de musique, le gymnase, et enfin la caserne, sous le nom de maison de guerriers, où tout est commun^ où on ne possède rien en propre (3), tels sont les lieux de la cité où s'écouleront l'enfance et l'adolescence dans la République de Platon. Il n'y est à aucun moment questioil ni de famille, ni de foyer domestique» lacune que l'on s'explique, mais que l'on peut regretter dans un livre appelé par J.-J. Rousseau le plus beau traité d'éducation.
(1) Rép., p. 167.
(I) /Md., p. 168 et 169.
(3) im., p. 116.