LA RÉPUBLIQUE» ÉDUCATION DES HAGISTRATS
et de bon dans Tunivers ; que, dans le monde visible, elle produit la lumière et Tastre qui y préside; que, dans le monde idéal, elle engendre la vérité et rintelligence ; qu'il faut par conséquent la connaître, si on veut se conduire sagement dans l'administration des affaires parti-culières ou publiques (1). » Nul ne sera digne de commander aux hommes s'il n'est sorti de la caverne, s'il n'a pénétré dans le monde des essences et de la vérité; nul ne conduira bien les affaires humaines s'il n'a contemplé les choses divines. Il s'agit d'élever l'âme des futurs magistrats à la vraie lumière de l'être, et de leur apprendre les réalités immuables au lieu des apparences passagères.
La politique, aux yeux de Platon, n'est pas un art empirique qui consiste à mettre, par des moyens plus ou moins honnêtes, quelque ordre dans le conflit des passions et des appétits humains, et à empêcher la lutte pour l'existence de dégénérer en une complète anarchie. L'homine d'État digne de ce nom, est celui cpii s'efforce de conduire ses semblables vers un idéal de justice et de vérité que la philosophie révèle à sa raison. Sa vie commence par la science, et se termine par la pratique. Aussi deux espèces d'hommes sont également impropres au gouvernement des cités : ceux qui n'ont pas reçu .l'éducation philosophique, qui n'ont aucune connaissance de la vérité, et ceux qui, au contraire, ont passé toute leur vie dans l'étude et dans la méditation; a les uns, parce qu'ils n'ont dans leur conduite aucun but fixe, auquel ils puissent rapporter tout ce qu'ils font dans la vie publique ou dans la vie privée, les autres parce qu'ils ne consentiront jamais à se charger
(1) Hép., p. 236 et 237.
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d'un pareil fardeau, se croyant déjà, dès leur vivant, dans les îles fortunées (1) ».
Mais la peine que la cité a prise pour donner aux enfants de la caste supérieure une éducation très-élevée leur impose pour l'avenir un devoir impérieut auquel ils n'ont pas le droit de se soustraire. Ils ne doivent pas à eux seuls leur développement intellectuel ; c'est pour eux une obligation patriotique de faire profiter de leur science, en les gouvernant avec sagesse, des concitoyens moins éclairés. Car la patrie peut leur dire : « Nous vous avons formés dans l'intérêt de l'État comme dans le vôtre, pour être ici, comme dans un essaim d'abeilles, nos chefs et nos rois. Nous vous avons donné une éducation meilleure et plus parfaite, qui vous rendît plus capables d'allier la science à la pratique des affaires. Descendez donc chacun pour votre part dans la demeure commune; accoutumez vos yeux aux ténèbres qui y régnent; quand vous serez familiarisés avec elles, vous jugerez infiniment mieux que les autres de la nature des choses qu'on y voit; vous discernerez mieux qu'eux les apparences et les fantômes, parce que vous avez vu ailleurs l'essence du beau, du juste et du bien. Ainsi, pour votre bonheur, autant que pour le bonheur public, le gouvernement de notre État sera une réalité, et non un rêve, comme dans la plupart des autres cités, où les chefs se battent pour des ombres vaines, et se disputent l'autorité, qu'ils regardent comme un grand bien (2) . »
Quelles sont donc les études capables de faire pénétrer la vraie lumière dans l'âme des magistrats ? Ce n'est pas
. (1) Rép. p. 239.
(2) im,^ p. 240 jet 241.