‹ Les Doctrines Politiques de Royer-CollardChapitre 10 sur 56 · M) RE · texte numérisé non relu

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avec les autres, conime il l’était avec sa conscience ? Que devait faire Royer-Collard ? Quelle position devait-il prendre ? La leçon du moment s’ajoutait, pour lui, aux leçons du passé, et si les violences des ultras l’éloignaient encore du principe ‘ de la souveraineté royale, les égarements des libéraux ne le détachaient pas moins de la souveraineté du peuple. Il tâchera de tenir la balance équitable entre les partis. Il prendra à chacune des théories ce qu’elle a de bon, il laissera de côté ce qu’elles ont de nuisible ou de dangereux. Il sera la voix de la raison, réprimant et réprimandant même parfois les écarts que la violence des passions pourra faire faire aux partis extrêmes. Son ton doctoral et sentencieux contribuera d’ailleurs à lui donner la hauteur nécessaire pour diriger la marche générale des partis, et à ce point de vue, Royer-Collard fut un sage mentor pour le gouvernement parlementaire en France. Il sera partisan d’une royauté forte, mais non pas absolue, comme la voulaient les ultras ; il voudra certaines libertés, mais pas toutes comme le voulaient les libéraux.

Si nous nous plaçons plus spécialement au point de vue de la souveraineté, nous verrons que Royer- Collard ne reconnaît comnie souverain ni le roi, ni le peuple, ni le roi et le peuple ensemble.

:$2. — ROyER-COLLARD N'ADMET PAS LA SOUVE- RAINETÉ D'UN HOMME

Nous avons dit que Royer-Collard n’aimait pas Napoléon ; 1l n’avait Jamais caché ses sentiments à ce sujet et, selon le mot de Bryce, les théories sur la souveraineté étant toujours influencées par les idées politiques, il devait en être de même pour lui, Nous le voyons done nettement opposé à la théorie de la souveraineté d’un homme, et c’est ce qu'il nous dit dans un de ses plus beaux dis: cours : «C’est nous imposer un sacrifice au-dessus de nos forces que de nous demander notre sang pour le triomphe du pouvoir absolu. » (1) |

La souveraineté d’un homme ne peut s’expliquer, d’après M. Esmein, et je crois que c’est là un fait indéniable, que de deux facons : ou bien le monarque est un délégué de Dieu, souverain uni- .versel, c’est la théorie du droit divin ; ou bien le monarque est souverain légitime à cause de la longue possession du pouvoir par sa famille, et cette possession est devenue pleine propriété, par suite d'une sorte de prescription acquisitive.

. La première de ces deux théories était celle de Bonald, le théoricien que les ultras opposaient à

(4) Arch. parl., XXXVIIL, 387.

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Rousseau. Pour lui, l’homme est né nul, c’est une table rase ; mais Dieu a pourvu sa créature de tout ce qui lui manquait pour vivre en société, et pour que cette réunion d'individus puisse exister dans le temps, il l’a dotée d’une constitution qui est le souffle de vie, l’âme de l’être factice ainsi créé. Cette constitution, qui n’est autre chose qu’une sorte de Charte, inscrite au cœur de chaque hom- ‘me, institue à la base de tout un individu, fait de l’essence commune, mais à qui Dieu a délégué directement une partie de sa puissance : c’est le Roi. Pour l’aider dans son œuvre de gouvernañt, le roi a des institutions stables et indépendantes : dans l’ancienne France, c’étaient la noblesse, le clergé, la magistrature ; et le but que tous doivent se proposer, c’est la conservation et l’amélioration de la société.

C’est ainsi que Faguet dit, d’après Bonald

« La société, qu'est-ce ? Une cause : le roi, — un moyen d’action : le patriciat ou les patriciats, — un effet : conservation et reproduction du peuple. » (1) Nous avons ainsi le schéma de la constitution des peuples. Je dis la constitution, car, pour Bonald, une seule existe, et les peuples dont la vie politique n’est pas calquée sur ce modèle, ne sont pas des peuples viables. C’est la théorie que M. Duguit appelle, après M. de Vareilles-Som-

(1) Faguet, Politiques el Moralistes, X, 76.

mières, la théorie du droit divin providentiel : Dieu nomme le souverain non par une délégation expresse de volonté, mais par suite de la direction qu’il donne aux événements. On le voit, cette théorie est différente de celle que soutenaient les auteurs catholiques du XVII et du XVIIT° siècles et d’après laquelle Dieu choisit le titulaire même du pouvoir ; c’est la doctrine du droit divin surna- ° turel (1).

Royer-Collard, que nous avons pourtant vu d’un tempérament très catholique, n’admettait pas plus la théorie de Bonald que celle de Louis XIV, choisi par Dieu.

Le 24 février 1823, parlant sur les crédits demandés pour la guerre d’Espagne et faisant allusion aux alarmes de la France, il disait : € Et qu'y a-t-il de plus propre à les justifier (ces alar-mes) que le motif avoué de l'intervention dont il s’agit ? Ce motif, réduit à ses véritables termes, ne déclare-t-il pas, sans aucune ambiguïté, que les gouvernements seuls ont des droits naturels, éternels, imprescriptibles, dont l’origine n’est pas sur la terre ; que les peuples, au contraire, n’ont que des droits acquis, et que, si les gouvernements ne leur en accordent point, ils n’en auront point ; ou, en d’autres termes, que les gouvernements ont précédé les sociétés et que celles-ci sont leur ou-

(1) Duguit, Manuel, 21.

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