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vrage ? Je n’ai rien à dire de cette maxime dans le cas présent, et dans les limites où je me renferme, si ce n’est qu’elle n’est pas française et qu'avant d’être démentie par la Charte, elle l'était par toute notre histoire. » (1) C’est là la condamnation absolue et formelle de la théorie de Bonald, théorie dans laquelle le gouvernement est antérieur au peuple, par la raison même que la cause est antérieure à l’effet.
Mais il semble que cette condamnation n’ait pas suffi à Royer-Collard, et, lors de la discussion de la loi sur l’hérédité de la pairie, il reprend son idée sur le droit divin, et il dit à ce sujet : « Le droit divin, transféré de l’Eglise dans l'Etat, est une fausseté historique ; l’obéissance aux pouvoirs établis, quels qu'ils soient, est la seule doctrine politique que la religion enseigne. » (2)
Si on laisse de côté cette théorie du droit divin, il y à encore une autre facon d’expliquer la souveraineté d’un homme, c’est en disant (et cette théorie était reprise par pas mal d’ultras en 1815) que le monarque détient légitimement la souveraineté par ce fait que, depuis des temps très reculés, sa famille en était détentrice ; depuis de longs siècles, le droit de commander fait partie du patrimoine familial, et ce droit a fini par être inhérent à l'individu. C’est en quelque sorte la théorie de
(1) Archives parlementaires, XXXVTIT, 387.
(2) Barante, Vie polilique de Royer-Collard, W, 461.
Et D INÈUÉE
« la fonction crée l’organe » appliquée au domaine de la philosophie politique. C’est aussi une application de la tradition, et les ultras disaient: « Puisque la Monarchie a fait ses preuves en France, puisque pendant des siècles le pays a accepté ce régime et que les affaires publiques étaient prospères, pourquoi changer, pourquoi abandonner le certain pour courir après l’imcertain ? »
Mais. ce n’est là qu’un moyen dilatoire pour écarter la solution de cet inquiétant problème de la souveraineté. Admettons que la prescription acquisitive puisse faire entrer le droit de commander dans le patrimoine d’une famille (je suis loin d’en être convaincu, car on ne conçoit pas bien comment le fait pourrait se produire, et nul ne l’a jamais prouvé, mais enfin admettons-le); cela n’explique pas comment, à l’origine de la lignée, le premier qui fut roi eut le droit de l’être ; et la question reste posée, avec un recul d’un certain nombre d’années ou de siècles.
C'était ce qu’exprimait Royer-Collard : il est certes heureux et fier de posséder la plus antique des races royales, comme la plus féconde en bons et sages princes ; cependant, malgré son ancienneté, son origine n’est pas introuvable, elle ne se perd pas dans la nuit des temps, et à l’origine on trouve la France, avee un droit public, très imparfait sans doute, mais qui était à elle, et qu’elle ne tenait pas de son nouveau roi, et qu'il n’aurait pas pu lui ravir. Ç Ce droit public reposait tout entier sur la doctrine du contrat et de la réciprocité.