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principe qui a éclairé, guidé la pensée royale dans la Restauration ? C’est, Messieurs, ce prin- cipe qui vient du ciel et qui console la terre, que les rois sont faits pour les peuples, et non les peuples pour les rois. » (1)
$ 3. - RoyER-COLLARD N'ADMET PAS LA SOUVE- RAINETÉ DU PEUPLE
: Nous avons dit déjà que les libéraux n’osaient pas invoquer à l’appui de leur thèse la souveraineté du peuple ; Benjamin Constant, le plus doctrinal des membres de la gauche à la Chambre, ne craignait pas de dire que si le souci des libertés du peuple devait être prépondérant dans un gouvernement, sa volonté ne devait pas être le principe unique de vie.
À plus forte raison, Royer-Collard était-il opposé à la souveraineté du peuple. Il fut toujours plein de défiance vis-à-vis des capacités politiques de la masse de la nation et, de plus, il se rendait compte que, si on reconnaissait à la foule le droit de commander, ce serait toujours la plus basse classe de cette foule dont l’opinion seraït prépondérante, parce que cette partie de la nation n’ayant rien à perdre, tout à gagner, aurait
(1) Archives parlementaires, XXXVII, 387.
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une audace et une-soif de pouvoir qui lui donnerait une influence énorme sur les classes moyenngs, toujours plus timorées et plus craintives ; de plus, il faisait remarquer que (les classes inférieures n’avaient jamais participé au inouvement des partis et des opinions que comme instrument employé par les intrigues ou par les passions.» (1)
Pour Rover-Collard, d’ailleurs, le gouvernement par le peuple, c’était la tyrannie du nombre et de la force, choses qu’il redoutait par-dessus tout et qu'incessamment il opposait à la raison, à la sagesse, à la justice. € Il n’y a rien de plus difficile que de se bien dégager de la souveraineté du peuple ; elle reste dans l’esprit de la plupart de ceux qui la combattent ; elle est implicitement reconnue par tous ceux qui ne savent en sortir que par le pouvoir absolu et le privilège. Le privilège, le pouvoir absolu, la souveraineté du peuple, c’est sous des formes diverses et plus ou moins malheureuses, l’empire de la force sur la terre. Il y a deux éléments dans la société : l’un matériel, qui est l'individu, sa force et sa volonté ; l’autre moral, qui est le droit résultant des intérêts légitimes. » (2)
La théorie de la souveraineté du peuple amène
(1) Barante, Vie politique de Royer-Collard, tome I, pag. 271. (2) Lbid., 11, 33. NA
nécessairement à l’omnipotence de la Chambre des représentants, omnipotence Jugée sévèrement par Royer-Collard : « Doctrine funeste, sortie des ruines de la Société, vraie théorie de despotisme et de révolution, puisqu'elle implique qu’il n’y a ni lois fondamentales, ni droits nationaux. » (1) Lors de la discussion de la loi sur l’hérédité de la pairie, Royer-Collard traite à fond la théorie de la souveraineté du peuple ; il admet que les nations sont souveraines ( en ce sens qu’elles ne sont pas possédées comme des territoires ». Il leur reconnaît une sorte de personnalité, les empêchant de tomber sous la domination d’un individu. Elles ont un Moi, ayant conscience de lui-même ; (elles s’appartiennent à elles-mêmes ». —'«Mais ces vérités incontestables, ajoute-t-il, sont plutôt des maximes morales que des principes de gouvernement. Elles expriment plutôt la souveraineté divine de la raison et de la justice que cette souveraineté humaine et pratique qui fait les lois et administre les états. C’est celle-c1 que nous cherchons ; où réside-t-elle ? Est-ce sur la place publique qu’elle rend ses oracles ? La majorité des individus, la majorité des volontés, quelles qu’elles soient, est-ce là le souverain ? S'il en est ainsi, Messieurs, 1l faut le dire bien haut, la souverai-
(1) Arch. parl., XXXIV, 151.
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neté du peuple n’est que la souveraineté de la force et la forme la plus absolue du pouvoir absolu. Devant cette souveraineté sans règles et sans limites, sans devoir et sans conscience, il n’y à ni constitution, ni lois, ni bien, ni mal, ni passé, ni avenir. La volonté du jour rétracte celle de la veille, sans engager celle du lendemain. Les prétentions de la plus capricieuse, de la plus extravagante tyrannie ne vont pas si loin, parce qu’elles ne sont pas à ce point dégagées de toute responsabilité. Mais, Messieurs, il n’a pas été donné à la fcrce d’exercer une véritable souveraineté sur la ferre. La force contraint, elle n’oblige pas ; obliger est l’attribut d’une autre souveraineté. La vo- Jonté d’un seul, la volonté de plusieurs, la volonté de tous, ce n’est que la force plus ou moins puissante ; il n’est dû à aucune de ces volontés, à ce seul titre de volontés, ni obéissance, ni le moindre respect. » (1)
La crainte de la force est donc le leit-motiv que l’on retrouve à chaque ligne dans les discours de Royer-Collard sur la souveraineté, et c’est la première des raisons qui lui faisaient détester la souveraineté du peuple.
(1), Barante, Vie politique de Royer-Collard, I, 457.