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c’est à-dire la justice. Le meilleur gouvernement n’est pas celui qui découle logiquement de telle ou telle doctrine, mais celui qui garantit le mieux aux souvernés le respect des personnes et des propriétés. Souveraineté ponulaire et légitimité, aristocratie et démocratie, monarchie et république, ces éternels débats ont leur importance, mais quand on leur donne la première place, la forme emporte le fond. » (1)
Et pour Royer-Collard, peu importe qu’on soit pour ou contre tel ou tel système, « en matière d'opinion, tout ce qui est funeste est faux, tout ce qui est salutaire est vrai » (2). On ne doit soutenir tel ou tel gouvernement que s’il garantit les hbertés des individus et des peuples, que s’il agit pour le hien de tous : « Les gouvernements sont des garanties, c’est à ce titre seul qu'ils doivent être estimés. » (3) :
Et Royer-Collard nous montre bien qu’un gouvernement basé sur cette souveraineté supérieure de la raison, est ( le plus bel ouvrage de l’homme, divers selon les temps, les lieux, les mœurs, l’état rariable des sociétés, et dans sa diversité tou- Jours le même, parce qu’il n’est autre chose que cette belle théorie de Platon en action, la justice
(1) De Lavergne, Royer Collard orateur et politique. (Revue des Deux-:Mondes, 1er octobre 1861.)
(?) Barante, Vie polilique de Royer-Collard, 1, 475.
(31 Tb1d;; LL; 459:
ONE RE organisée, la raison vivante, la morale armée. » (1) On peut présenter cetle théorie de la souveraineté de la raison d’une facon un peu différente, et c’est ce qu'a fait M. de Rémusat dans un article paru dans la Revue des Deux-Mondes, et intitulé : L'esprit de réaction, Tocqueville et Royer- Collard. Selon lui, les doctrinaires faisaient une distinction très nette entre l’ordre social et l’ordre politique : l’ordre social n’est pas l’ordre politique, puisque la société n’est pas le gouvernement. Mais la raison exige que l’ordre politique soit calqué sur l’ordre social ; et puisqu'il n’y a pas de”classes dans la société, il ne doit pas y en avoir dans un gouvernement, tous les hommes doivent être égaux. Selon Royer-Collard et les doctrinaires « le problème politique est d’accommoder le gouvernement à la société et non de refaire arbitrairement la société pour la commodité du gouvernement » (2). Ii me semble que c’est là la même théorie de la souveraineté de la raison : Qu'est-ce à dire : «accommoder le gouvernement à la société» sinon le faire évoluer avec « les temps, les lieux, les mœurs, l’état variable des sociétés ? » Et n’estce pas la raison qui gouverne dans cette adaptation de l’ordre politique à l’ordre social ?
(1) Barante, Vie polilique de Royer Collard, IT, 465. (2) Rémusat, De l'esprit de réaction, Tocqueville et Royer-Collard, Revue des Deux-Mondes, {5 octobre 1861,
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Il est à remarquer que si d’on adopte la théorie de la souveraineté de la raison, la question de savoir quel est le régime politique que l’on doit préférer, n’est pas tranchée ; l’angoiïssant problème reste posé et l’unanimité ne pourra Jamais se produire pour déclarer qu’un régime donné est le plus pratique et qu’il donne aux gouvernés la plus grande somme de bonheur. La république aura toujours ses partisans, la monarchie aura ses adeptes et tous diront que leur système seul est pour le bien de l’humanité. Et dans un même peuple, sous quelque gouvernement qu’ils vivent, les uns trouveront que tout est pour le mieux dans le meilleur. des mondes, tandis que d’autres, se déclarant privés de liberté, voueront les pouvoirs publies aux gémonies. C’est, à l’humanité qu’il faut s’en prendre, et la souveraineté de la raison n’est pas encore la théorie qui éteindra dans un peuple les instincts de combativité inhérents à notre nature. Et la preuve la meilleure que la souveraineté de la raison peut être admise par tous les partis, c’est que, en même temps que Royer-Collard soutenait cette théorie, deux écrivains bien différents comme idées, Benjamin Constant et Lanjuinais, semblaient l’admettre.
Benjamin Constant, dans les Principes de politique parus en 1815, dit ceci : « La Souveraineté est limitée, et il y a des volontés que, ni le peuple,