‹ Les Doctrines Politiques de Royer-CollardChapitre 26 sur 56 · NS EM · texte numérisé non relu

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désir obscur de la remanier ? Certes l’aveugle soumission qu'il avait montrée en 1815 envers la Constitution, était bien près de disparaître en 1828, et à ce moment il aurait vu arriver volontiers un projet de remaniement. La servitude absolue envers un gouvernement qui n’avait plus sa confiance, commençait à lui peser. Il le disait ; on n’avait plus « la réalité du gouvernement représentatif » (1), il aurait voulu, dès lors, une charte accordant à la Chambre des droits plus vastes que ceux qu’elle n’avait. Le roi augmentant ses pouvoirs, l’équilibre était détruit, il aurait voulu que les pouvoirs de la Chambre, contre-poids nécessaire, soient augmentés. eux aussi.

Mais les ministres de Charles X, Martignac, entre autres, ne pensaient pas de même, et selon eux, la Charte ayant été octroyée par le Roï, était révocable par lui, et l’ordonnance du 25 juillet 1830 réformait, ou plutôt suspendait la Charte. C’était la réponse aux élections qui avaient envoyé à la Chambre une majorité cemposée de députés qui voulaient que le roi respecte la Charte, et qui s’opposait à ce que le ministère la viole. La lutte était ouverte entre le peuple et les ministres ; la révolution de 1830 devait être la fin du conflit.

Peu à peu, le grand amour que Royer-Collard avait pour la Charte avait diminué, et alors qu’elle

(1) Arch. parl., XLVIÏ, 228.

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ne gouvernait plus la France, en 1831, dans son discours sur l’hérédité de la pairie, il reconnaissait que dans la Charte de 1814, « la logique est faussée à chaque ligne, parce qu’elle n’est qu’une suite de transactions entre des temps et des principes contraires » (1). Evidemment le fait était vrai, la Charte, ainsi que le fait remarquer Bluntschli (2) était une transaction entre l’ancien régime et la Révolution, et la contradiction était partout :'elle est dite octroyée et, en réalité, elle était arrachée par la nécessité. Dans sa forme, elle reconnaissait l’antériorité des droits du roi, et dans le fond, elle agissait comme si les droits du peuple étaient les premiers. À

La Charte de 1830 différait assez notablement de celle de 1814. D’abord, le nom de Charte qu’on lui conservait, parce que le mot était populaire, n’était plus exact. N’étant plus octroyée, c'était, non une Charte, mais une Constitution. Elle était votée par les Chambres et acceptée par le Roï ; Louis-Philippe ne régnait pas, comme Louis XVIII et Charles X, par suite de droits antérieurs à ceux du peuple, mais par suite d’un contrat passé entre lui et la nation, et librement consenti de part et d’autre. C'était là, au point de vue doctrinal, une

(1) Barante, Vie polilique de Royer-Collard, W, 460. (2) Bluntschli, Théorie générale de l'Etat, 357.

différence considérable, et qui ne devait pas passer inaperçue aux yeux de Royer-Collard. C’était bien pour lui plaire, car il ne croyait pas à l’antériorité des droits du roi. Mais il était, avant tout, légitimiste, et la chute des Bourbons l’avait découragé. La quasi-légitimité ne lui plut jamais, Louis-Phihppe ne fut jamais, à ses yeux, qu’un presque usurpateur, Pourtant, entre le roi et la France, il prendra, disait-il, le parti de la France, et quand Chateaubriand lui disait en lui parlant de ceux qui venaient de tomber : «Nous avons fait tout ce que » nous avons pu pour les sauver, ils nous ont laissé » calomnier par ceux qui les perdent, ils nous ont » méconnus, repouseés. Eh bien ! quand ils parti- » ront pour l’exil, nous serons encore, vous et moi, » du petit nombre de ceux qui ne les abandonneront » pas. » Royer-Collard répondait : « Parlez pour » vous, moi Je ne quitte pas la France, je reste avec » la nation. » (1)

Hélas ! il ne devait pas y rester longtemps, avec la nation. Le peuple commençait à prendre une trop grande influence dans le gouvernement. Royer-Collard était submergé sous le flot toujours montant de la démocratie. Il ne pouvait plus lutter contre elle, il allait abandonner.

A ce moment, il ne pouvait plus invoquer la souveraineté de la raison, qu’on méconnaissait sans

(1) Barante, Vie de Royer-Collurd, I, 446.

cesse, disait-il. Ce n’était plus la justice qui régnait, c'était la nécessité : « Le dehors est triste, éerivait-1l à Barante, mais le dedans est plus que triste, et cependant cela durera sans autre principe de durée que la nécessité. C’est la nécessité qui défend rois ministres, gouvernement dit représentatif, ordre dans les rues, la paix enfin. La raison morale ? Il n’y en a l’ombre ni dans le commandement, ni dans l’obéissance. Le bien, le mal, le vrai, le faux, sont hors de tous les esprits, le sentiment du respect est éteint, la nécessité étend partout son sceptre. » (1)

Ah ! qu'il était loin, Bon Collard, de l’application de ses belles doctrines sur la souveraineté de la raison ! Il n’avait plus d’espoir de les voir régner, il se retirait des affaires publiques.

(4) Barante Fe de Royer-Collard, 11, 470:

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