‹ Les Doctrines Politiques de Royer-CollardChapitre 49 sur 56 · S IV. — MONARCHIE DE JUILLET · texte numérisé non relu

S IV. — MONARCHIE DE JUILLET

Royer-Collard ne fut jamais partisan de la nouvelle monarchie. [1 tenta toujours d’endiguer le courant démocratique qui lui faisait peur. Mais il avait perdu ses illusions, et n’avait plus confiance en l’étoile de la France. Ecoutons ce que nous dit Barante : « Reconnaissant la nécessité de cette grande mutation (la Révolution de Juillet), convaincu que Charles X s’était perdu par sa propre volonté, avouant que l’avènement du roi Louis- Philippe était la seule chance de salut, il ne blâmait personne d’y avoir coopéré. Il prêta un serment sincère ; 1l ne résigna point la fonction de député qui lui avait été conférée par ses concitoyens. Mais il n’avait plus de rôle dans le drame parlementaire. Spectateur attentif et clairvoyant, il n’avait aucun rapport avec les partis qui divisaient l’assemblée et restait presque toujours indifférent aux cabales et aux luttes qui s’agitaient soùs ses yeux. La Restauration avait été pour lui une patrie ; maintenant, il ne lui semblait pas qu’il eût à remplir des devoirs de citoyen ; il était sujet d’un pouvoir auquel, dans l'intérêt du pays, il

souhaitait bonne chance, sans l’espérer beaucoup. » (1)

Il ne prit la parole que deux ou trois’ fois à la Chambre, jusqu’à sa mort.

Il eut pourtant l’occasion de défendre le droit des ministres à être entendus. Mais il le fit en quelques mots seulement, sans s’appuyer sur de la doctrine, mais seulement sur ce que c'était d’un usage courant dans les Chambres depuis 1815.

À partir de 1840, Royer-Collard s’abstint de soutenir ou d’attaquer les ministères, il ne votait les lois qu'en considérant la valeur de la loi ellemême et non pas son origine. Peu lui importait que la proposition émane d’un ministre, ou que des amendements viennent la dénaturer ; il ne votait que pour.ou contre la loi, non pour ou contre un cabinet. Néanmoins, au début, le ministère Périer avait donné du courage à Royer-Collard. Maïs cela ne dura pas; la Chambre, dè jour en jour plus houleuse, plus divisée, plus déchirée, le faisait trembler. Il voyait la démocratie envahir le gouvernement ;il se trouvait &’une autre époque, et n’était plus à l’unisson de la France ; elle avait évolué, il était resté immobile.

Son dégoût de la vie politique est tout entier dans le discours qu’il adressait à ses électeurs, lors de

(1) Barante, Vie de Royer-Collard, 1, 448.

sa dermère élection, en 1839 : « L’agitation produite par la Révolution de Juillet, chassée des rues où elle à été réprimée, s’est réfugiée, s’est retranchée au cœur de l’Etat : là, comine dans un lieu de sûreté, elle trouble le gouvernement, elle l’avilit, elle le frappe d’impuissance et, en quelque sorte, d’impossibilité. Sous les voiles trompeurs dont elle se couvre, c’est l’esprit révolutionnaire ; je le reconnais à l’hypocrisie de ses paroles, à la folie de son orgueil, à sa profonde immoralité. Au dehors, la loi donnée ne l’oblige pas ; au dedans, pourquoi la Charte jurée l’obligerait-elle davantage ?.. Nous entrons, messieurs, dans une ère nou- - velle, de grands maux nous menacent ; il faut le SAVOIT pour les conjurer... Voilà que le trône de Juillet est attaqué, je ne voudrais pas dire ébranlé, ce trône que nos mains n’ont point élevé, mais qui reste aujourd’hui, je le reconnais, notre seule barrière contre d’odieuses entreprises. Qu’avons-nous à faire dans ces extrémités, nous, gardiens de l’ordre, observateurs des lois et des traités, conservateurs de tous les biens péniblement acquis, si ce n’est de nous replier sur nous-mêmes, de nous rallier étroitement et de résister courageusement, comme nous l’avons fait dans d’autres temps, à cette nouvelle anarchie ? J’embrasse ce devoir, je m’y dévouerai selon mes forces, heureux et glorieux d’achever dans ce dévouement une vie consacrée sans partage, vous le savez, à la cause

du droit et de la véritable liberté, qui en est inséparable. » (1)

Royer-Collard ne se représenta plus aux élections suivantes.

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