‹ Les doctrines positivistes en France (volume 2)Chapitre 118 sur 135 · LES ORIGINES DV POSITIVISME MODERNE · texte numérisé non relu

LES ORIGINES DV POSITIVISME MODERNE

Nous avons distingué tantôt deux ordres de connaissances : les connaissances expérimentales, basées sur les données sensibles, nt les connaissances (f j)yfO)'i ou de raison pure.

Or, parmi les hommes de science, les uns sonl naturellement physiciens, les antres métaphysiciens. Ceux-ci se sentent portés, par la tournure de leur esprit, vers les travaux de pure spéculation ; ceux-là s'attachent plutôt à Tobservation (ît à l'analyse des faits (pii tombent sous les sens.

Ces deux tendances, neltement distinctes, ont engendré deux écoles rivales : l'école empirique et

Iccole rationaliste. La seconde, égarée dans les sphères supérieures de la métai)liysique, al)Sorl)ée par la contemplation dos principes immuables, finit par perdre de vue le rôle de la sensibilité dans la connaissance humaine et l)aser toute science sur la seule raison; Tautre, plongée (biiis 1 étude de la matière, oublie ce ((ui est au delà et professe un souverain mépris pour les assertions qui ne peuvent 8ul)ir le contrôle de lexpérience sensible.

Les luttes de ces deux écoles remontent aux premiers temi)S de la philosophie et en rempliss(»nt riiistoire.

A ces luttes se rattache lexistence du positivisme. Ce système, du moins tel (ju'on le trouve exposé chez la plui)art des représentants de 1 école empirique moderne, continue le sensualisme du siècle précéd(Mit et le nominalisme du moyen âge. Mais il (m i)récise les principes et en tire d<»s conséquences inaperçues jusque-là.

lies controverses ({ue souleva au moyen âge le proldôme des universaux nous montrent déjà l'esprit idéaliste aux prises avec respritsensualist(\ On discutait sur le point de savoir ce qu il faut

entendre par les idées générales de genre et d'espèce. Le débat touchait au Ibnd même du spiritualisme. Les uns s inspirant plus ou moins des idées de Platon soutenaient que les notions universelles correspondent à des entités universelles dans la nature ; ils attri])uaicnt aux genres et aux aspèces une existence en soi, distincte des individus. Leur théorie prit le nom de réalisme exagéré. D'autres au contraire, considérant que l'individualité atfecHe nécessairementtout éireréel, niaient, l'universalité des idées. l\mv eux h^s genres et les espèces n'étaient que des noms et, j)ar conséquent, des signes sensibles servant à désigner un grand noml)re de clioses particulières.

Ceux-ci inclinaient naturellement vej*s le sensualisme, mais leurs croyanc(»s religieuses les retc>naieiit sur la pente où les engageait le noniinalisme.

Entre ces deux opinions extivm(*s prenait place une doctrine enseignée par les Thomistes et puisée dans les écrits d'Aristofe.

Cette doctrine parvenait à sauvegarder robjectivité réelle des idées sans îilt<''rer leur nature et

ÉVOLUTION IlISTOniQUE DES IDÉES POSITIVISTES. 71

tomber dans les exagérât ions d'un certain réalisme. Franchement si)iritualiste , elle savait toutefois reconnaître le (concours important des facultés sensibles au fonctionnement de la vie intellectuelle. Ceux donc, et ce fut le plus grand nombre, dont le bon sens rel'usait de souscrire aux hypothèses des réalistes outrés crurent trouver dans cette doctrine intermédiaire d'Aristote et de saint Thomas le moyen d'éviter des exagérations qu il leur réjmgnait d'admettre, tout on évitant 1 ecueil du nominalisme.

Ainsi, grâce à la philosophie d'Aristote interprétée dans le sens des idées chrétiennes, grâce surtout à rintiu(»nce de ces idées, dont l'atmosphère intelhîctuello ét<nt connue imprégnée alors, le sensualisme au moyen âge ne lut guère qu'une tcnd?ince sans cesse réi)rimée et le spiritualisme resta le trait caractéristique de cette période de douze siècles.

Le quinzième et surtout le seizième siècle amènent une réaction contre l'esprit du moyen âge. Tandis que le protestantisme i)roclame le i)rincipe du libre examen d'où sortiront plus tard les écoles

rationalistes et libérales ; la Renaissance substitue à renseignement de la scholastisque celui de la philosophie grecque.

Le réveil dos idées païennes provoque l'e^ssor du spiritualisme <»xagcré et du sensualisme contenu jusque-là. Aristote avait fait autorité au moyen âge ; une école fut fondée qui se consacra tout entière à 1 étude et au culte de Plalon. Accentuant les tendances idéalistes du maître, elle "revint finalement aux rêveries mystiques et aux conceptions nuageuses de Tancienne école d'Alexandrie.

Une réaction se })roduisit en faveur d'Aristote, mais ceux qui la menaient étaient non moins opposés à la scholastique qu'aux théories néoplatoniciennes.

I /interprétation que les Thomistes donnaient d'Aristote lit place à une inter])réiation nouvelle d'un sensualisme fori peu équivociue.

Vers le milieu du seizième siocle, un })hil()sopho italien, Bernardino Téléso, se déclare également adversaire des Scholnsticiues, d'Aristote et de r^latcm. Cherchant à affranchir la phil()Soj)hie du joug de ranti(iuité commt^ du moyen âge, il ne lui

reconnaît, d'autre loi (fiio rexjxTionce sensible et s'etforcc de dirig(»r les travaux de l'esprit luimain vers l'otude de la nature. On le considère comni<î le précui'seur de Bacon.

La période réactionnaire dont je viens d'esquisser les principaux traits, prépare Tavènenient de la philosophie moderne. Celle-ci entre en scène au dix-septiènie siècle avec Descartes et Bacon. Née d'une réaction contre la scolastique, elle présente des caractères précisément opposés. La j)hilosophio au moyen âge fut généralement ortliodoxe et spiritualiste ; la philosophie moderne se souleva contre tout dogmatisme, elle ])roclama l'affranchissement comidet de la pensée humaine, elle devint rationaliste, et du rationalisme glissa insensiblement dans le positivisme et le matérialisme.

Descartes fut vraiment le père de la philosophie moderne. L'esprit d'indépendani^e et celui d observation, le rationalisme et le positivisme forment le fond de sa méthode.

Peut-être s'étonnera-t-on d'un tel jugement porte sur un philosophe dont les crovanccîs religieuses et le spiritualisme sont bien connus.

Mais il faut distinguer dans Descartes le croyant du philosophe. Celui-ci na pas hésité, au début de ses rech(Tches spéculât ive.s, à révoquer en doute rensemble de ses connaissances sans en excepter l'existence de Dieu ni les vérités premières de la métaphysique. Il considérait quen abordant Tétude de la i)hilosophie, on doit faire abstraction de toute conviction antérieure, qu elle soit le résultat de lenscûgnemont ou de 1 évidence. C'était là revend i([uer Tindépendance de la pensée humaine non seulement vis-à-vis du dogmatisme, mais encore vis-à-vis des vérités pn^mières. 11 eût certes été diflicile de se former une idé(» [)lus absolue de cette indépendance.

D'autre pan, si Desc^artes appartenait par l'ensemble de son système à l'école spiritualisie dont il fut le chef au dix-septième siècle, il s'inspirait manifestement de l'idée fondamentale du l)ositivisme en cherchant à établir toute science aussi l)ien sj)éculative qu'expérimentale sur un simple fait : celui de sa ])ropre existence.

Tandis ([ue Descartes posait les deux principes fondauieniaux de la philosophie moderne, Bacon,

en AngletoTe, ropronait la thèse soutenue un siècle plus tôt ])ar Tltalien Téléso.

La première partie de son œuvre est une apologie des scieiK^es expérimentales dont .il raconte les progrès et prédit le glorieux avenir; la seconde intitulée : Nocum Organum, formule les règles de Tinduction.

Bacon recommande lemploi de cette méthode, il se plait à critiquer la méthode déductive qui fut celle de la scolastiijue. On lui trouve ce mépris des procédés à priori qui est le propre du positiviste.

Bacon jeta les fondements d'une école dont les principaux représentants au dix-septième et au dix-huitième siècle furent franchement sensualistes et d où sortit le positivisme moderne.

Hobbes restreint le domaine de la philosophie au monde des corps. La question de lexistence de Dieu et de sa nature est d'ordre théologique; l'esprit est un corps infiniment sul)iil.

(iassendi puise aux sources de la philosophie épicurienne.

Locke enseigne qu'il est impossible de démon-

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Irer que le priiKÛpe pensant est immatériel. Cette vérih', selon lui, n est connue (juc par la révélalion. (NjinnK^ Hobbies il est. nett^iment nominaliste. *< L'Universel, écrit-il, ne se rapporte qu'aux signes. «

Condillac, (lansson IVaité des sensations ^cherche à nous faire voir comment Timpression organique devi(înl la sensation et comment celle-ci se translorme à son tour dans les dilTérentes opérations de lesprit.

Toutefois ces philosophes, préoccupés de combattre la théorie des idées innées de l)escartes et ronlologisme de Malebranche, s'attachèrent j)Ius à saisir l'origine et la nature des concepts, qu'ils confondaient avec les sensations, qu'à définir la sphère du savoir humain et les procédés scientifiques. Ce second point de vue devait être surtout celui de la nouvelle école em[)irique, c'estrà-dire du positivisme. Deux <*auses concourent à Tavènement de cette école : les extravagances de certaines écoles spiritualistes amenant latalement une réaction ; et la prépondérance des sciences expérimentales.

Le dix-huitième siècle inaugure l ère des découvertes scientitîques ; or, tandis que les travaux de lesprit humain aboutissent dans le domaine de rexpériencc aux brillants résultats que Ion sait, les mét«*iphvsiciens, plus soucieux de s élever à des conceptions originales que de conformer leurs enseignements aux règles du })on sens, épuis<înt leur activité en de futiles spéculations et n'engendrent que d'ingénieux systèmes bâtis sur des sophisines. 11 n en fallut pas davantage pour discréditer la métaphysique ; on la délaissa comme un vain jeu de lesprit , et lactiviie intellectuelle se porta presque tout entière vers Tétude des phénomènes sensibles. Cette direction imprimée au mouvement des esprits, détermina lavèneiiement de la philosophie positive.

David Hume et Kant en jetèrent les fondements. Auguste Comte lui apportai sa constitution délinitive. Herbert Spencer et Stuart Mill en Angleterre, Littré et Taine en France, en furent dans la suite les plus illustres représentants.

L'influence exercée sur les positivistes contemporains par les écrits de David Hume et de Kant

lut trop considérable pour que nous puissions passer ces deux noms sous silence. Arrêtons-nous un instant à considérer les idées fondamentales de leur svsiome.

Kant est loin detre un sensualiste. Nul ne sépara plus nettement le domaine de rexpérience du domaine de la raison pure.

Mais il entreprit de démontrer que (relle-ci ne peut engendrer aucune connaissance certaine sui' la nature des choses et leurs lois.

Son idéalisme subjectiviste le conduisit aux mêmes conclusions que lecole empirique en ce qui concerne la valeur scientifique des opérations spéculatives. Et c'est pourquoi j'ai cru pouvoir le rattacher à cette école, bien que sa i)hilosophie fût évidennnent spiritualiste.

11 étiiblit une distinction entre les jugements à priori et les jugements à posteriori, la connaissance dos principes et la connaissance expérimentale ou celle des choses (jui tombent sous k>s sens.

Deux opérations, selon Kant,interviennenî dans la connaissance expérimentale; Tune en fournit la matière ou Télément ii posfei'iori; Tautre la forme

OU Vé\émeï\tàjvuori, La première de ces opérations émane de la sensibilité, Kant lui donne le nom iVtniuùion, la seconde émane de lentendement.

Nous allons les analyser tour à tour.

Quand je porte un jugement sur un objet présent à mes sens, j'éprouve tout d'abord une impression dans laquelle s'affirme l'objet. La faculté d'être affecté par cet objet constitue la sensibilité ; Timpression éprouvée est une donnée de l'expérience ; le fait d'éprouver l'impression est l'acte (Vinfuilion ou la première des deux opérations signalées tantôt.

L'impression considérée en elle-même ne peut être définie; elle est, tout comme sa cause, essentiellement indéterminée; elle représente la matière ou l'élément à posto^iori de la connaissance. Dans cet état, elle ne peut encore faire l'objet d'un jugement.

Mais ici commence la seconde opération, celle de rent<3ndement. L'esprit s'empare de cet élément fourni par la sensibilité; il en fait l'objet d'un concept et lui connnunique une forme déterminée qui le rend susceptible d'être pensé.

Le concept, applique à Tobjet des sens, ne dérive pas de X intuition. Il se trouve dans l'esprit antérieurement à toute connaissance à i}osfetno9*i, puisqu'il en est la condition nécessaire. Kant l'appelle tnir fcnnne ix raison de sa fonction qui consiste à déterminer d'une certaine façon les données essentiellement informes de la sensibilité; il lui donne le nom de forme à p7'ioH à raison de son origine qui ne saurait être empirique.

En résumé, l'opération de l'entendement consiste h appliquer un concept à pnoH à quelque chose (rindéterminé en soi, perçu par les sens et qui, grâce à cette api)lication, apparaît à l'esprit avec une forme déterminée et devient l'olyet d'un acte de pensée.

Mais ce quelque chose possède-t-il réellement la forme que lui prête l'esprit ? Cette question est insoluble.

Ainsi quand je me représente les choses qui m'impressionnent comme des existences dans l'espace et dans le temps, l'espace et le temps sont des concepts à priori appliqués aux données de la sensibilité qu'ils coordonnent. Les relations

évolutioaV historique des idées positivistes. 81

ainsi établies par l'esprit, ont-elles une réalité proprement dite ? Nul ne j^eut le dire. Dans la connaissance des choses sensibles, l'esprit ne se conforme point aux choses, mais les choses à l'esprit.

La même incertitude setend, selon Kant, aux connaissances à }n'iori. Les principes, objet de ces connaissances, sont analytiques ou synthétiques. Dans le premier cas l'idée du sujet contient celle de l'attribut, le jugement est alors purement explicatif, il constitue une pure tautologie. Ainsi, en disant que l'homme est animal raisonnable, je dis deux fois la même chose.

Mais, si l'idée du sujet ne contient pas celle de l'attribut, le jugement ne se justifie ni par l'expérience ni par l'analyse des idées, l'une n'étant pas impliquée dans l'autre. Dans ce cas, en attribuant le prédicat au sujet, l'intelligence obéit aveuglément à une loi de sa nature et le jugement formulé n'exprime en réalité que cette loi. Il est synthétique à pvio7'i. Lorsque vous dites par exemple que tout événement doit avoir une cause, vous reconnaissez seulement la nécessité où vous êtes de juger de cette manière.

8â ÉVOLUTION HISTORIQUE DES IDEES POSITIVISTES.

Les lois do la j)ensée sont-elles conformes aux lois des choses? (Question aussi insoluble que colle qui a été posée plus haut.

L exposé succinct de cette doctrine nous montre en Kant un précurseur du positivisme moderne. Les idées fondamentales de la philosophie positiviste, si Ton lait al)straction de son caractère sensualiste, se dégagent de toutes parts dos entoignements du philosophe de Kœnigsberg : la raison est incapable d engendrer aucune certitude; dans ses opérations spéculatives, elle ne saisit que ses propres lois et combine aveuglément des concepts vides de réalité; dans ses jugements ^V posfe7^'ori, elle prête arbitrairement aux données de la sensibilité des formes à j)rion dont rien ne garantit la valeur objective ; quant à la sensibilité, elle ne porte point sur des choses au sens propre du mot, mais sur des phénomc)u\s dont il est imi)ossible de préciser la nature.

Si Kant ne peut être rangé parnii les représentants de lecole emi)irique que sous certaines réserves, puisqu'il a su conserver à son enseignement un caractère ôminennnent spiritualiste.

distinguant avec une grande précision dans la connaissance Télément intellectuel de 1 clément sensible, on ne peut en dire autant de David Hume. IjCs essais sur t entendement humain contiennent on quelques pages toute la théorie positiviste exposée-très nettement et interprétée parfois dans un sens beaucoup plus radical que ne Ta fait Auguste Comte.

Hume commence par rejeter la théorie des idées innées de Descartes et des Ibrmcs à prioin de Kant ; il enseigne, et avec raison, que les idées dérivent de l'expérience sensible; mais, non content de leur attribuer cette origine, il les considère comme de simples copies d'impressions ou, mieux encore, des impressions reproduites par l'esprit et qui ne diffèrent des autres que par une moindre intensité.

Traitant des a.ssociations d'idées, il semble ignorer celles qui se fondent sur des rapports logiques et leur assigne les causes toutes mécaniques des associations d'images sensibles, l'ne liaison d'idées s'opère, selon lui, soit à raison de la ressemblance des objets représentés, soit à

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raison de leur contiguïté de lieu ou de temps, soii entiiî à raison de leur succession d après un ordre invariable.

David Ilume donne à cette dernière relation le nom de causalité.

Mais le caractère positiviste de son enseignement apparaît surtout dans sa théorie de Tinduction et dans sa conception du principe de causalité.

Quand nous raisonnons sur des vérités de fait, nos conclusions n'expriment jamais ([ue des relations de cause à etfet. Découvrir uni* relation de (r(î genn», tel est le but de toute induction scientifique.

Si je trouve dans quelque endroit désert ime montre ou un autre ol)jet fabricpié, je «lirai aussitôt qu'un lionnne a ])assé [)ar là, considérant ce dernier fait comme la cause naturelle du premier. De même dans tous les autres cas où je conclus d'un fait à im autre, j'énonce entre <'ux une relation de causalité.

Mais, demande David Hume, quel peut être le fond<Mnent logirpie d'une telle conclusion, comment la justifier aux yeux de la raison, et, en second lieu, quelle eu csl \a \êvvVvv\Av>, ^^v^viUU'.at.ion {

On verra par la réponse de Hume à la seconde question que le positivisme est la négation de tout raisonnement inductif.

Et tout d'abord, fait très justement remarquer David Hume, les lois et les opérations de la nature ne peuvent être commes à pricyin^ mais seulement par l'expérience. Cette vérité, nous l'avons nous-méme énoncée plus haut et nous aurons l'occasion d'v revenir dans la suite. Cornment pourriez -vous savoir par le seul raisonnement et sans recourir à Tobservation des faits que le pain nourrit, que la poudre éclate, que telle combinaison chimique donne tel résultat ? Toutes les fois que vous affirmez qu'un agent est la cause d'un événement, vous vous basez sur les données de l'expérience.

Mais ces données justifient-elles votre jugement en bonne logique? Vous ne voyez point la nature intime des agents de l'univers; s'il vous était donné de la percevoir, vous pomTiez, par la seule considération des ces agents, prédire les effets qui en résulteront. Or, il n'en est point ainsi; c'est un signe que l'expérience ne vous fait percevoir

aucune relation néctessaire entre la physionomie (l'un corps et son mode intime d'action. Cependant vous affirmez une telle relation et vous n'hésitez pas à prédire que tous les corps, possédant les mêmes apparences, produiront des effets semblables.

Encore ime fois, quel peut être le fondement logique de votre jugement ? 11 n'en a point, répond David Hume.

S'il n'est susceptible d'aucune démonstration ni à prio7*i wi à posfcrio'i ; si le raisonnement pur, pas plus que rexpérionce, no peut être invoqué à son appui, que dire de la certitude attachée à un tel jugement l

C'ette certitude n'est évidemment pas le résultat d'une opération intellectuelle, elle n'est point le fait de la raison mais d'une espèce d'instinct, fruit de l'habitude et que l'on découvre également chez les animaux. Vous avez toujours vu A suivi de B, et c'est pourquoi il vous est devenu impossible d'imaginer lun sans l'autre.

Kn (*onséquence, que signilîe cette i)r()position, queAest la cause naturelle de B ? Kllesignilie seule-

ment qu'une série d'expériences vous ayant montré A invariablement suivi de B, vous ne pourriez VOUS les représenter dans un ordre in verso.

Voilà donc le rapport de causalité réduit à un simple rapport de succession et sa nécessité devenue une nécessité toute subjective issue de l'habitude.

Dans le langage de Hume, le mot cause veut dire antécédent invariable et rien de plus. (J'est à tort que Ton y rattache l'idée de pouvoir ou de force productrice. D'ailleurs, toutes nos idées dérivent de rexpérioncc ; or, prétend David Hume, ni les données de la conscience ni celles du sens intime ne nous fournissent la notion de cause comme on voudrait généralement l'entendre. Telles furent donc les origines de l'école empirique moderne. Pour la faire connaître, il me suffira d'analyser quelques œuvres émanées de ses représentants les plus illustres.

(Miacune de ces œuvres me révélera dans le positivisme un aspect particulier. J'éviterai ainsi les redites fastidieuses dans lesquelles je tomberais infailliblement s'il me fallait passer en revue tous

les écrits des positivistes. Ceux-ci, en effet, travaillant sur un même fonds d'idées, puisant aux mêmes sources, s'inspirant souvent les uns des autres, n'ont pu avoir, chacun, des vues originales. En m'appliquant cà 1 étude des maîtres, j'apprendrai à connaître ceux qui les ont suivis.

Dans l'énoncé des principes du positivisme, ce système a été envisagé au point de vue : a) des lois ou évolution de l'esprit humain ; h) de l'objet de la connaissance; c) de sa nature. Ces trois points de vue vont nous guider ici.

Auguste Comte, dans son Coxin; de philosophie positirc, nous décrira révolution de la pensée humaine considérée dans les différentes sphères de son activité.

Spencer, dans ses Premiers Principes^ se proposera surtout de définir la limite qui sépare le domaine du connaissable du domaine de l'inconnaissable.

Enfin, Sluart Mill, dans sa Logique et Taine, dans son traité de L intelligence, s'attacheront principalement au troisième point de vue indiqué tantôt, à savoir l'étude des opérations de l'esprit.

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