‹ Les doctrines positivistes en France (volume 2)Chapitre 119 sur 135 · AUGUSTE COMTE · texte numérisé non relu

AUGUSTE COMTE

On pourrait à la rigueur faire commencer rhistoire du positivisme proprement dit à partir de Comte. Ce philosophe, en effet, est généralement considéré comme le fondat<îurde l'école positiviste. A vrai dii'e un tel titre ne peut lui être conféré sans restrictions. Lui-même n'a jamais songé à le revendiquer. Une revendication de cette nature eût d'ailleui*s été incompatible avec l'idée fondamentale de son systôine.Le mouvement positiviste, on l'a vu, remonte à une époque fort ancienne.

L'orientation des esprits vers l'étude des phénomènes sensibles est un fait que constate Aug. Comte, qu'il se propose d'interpréter et d'observer sous ses divers aspects, mais dont il ne s'attribue en aucune façon la paternité. Pour lui la philosophie positiviste a son fondement dans les lois essentielles de l'esprit humain. Si les découvertes scientifiques des derniers siècles ont contribué à étendre son règne, elle est pourtant avant tout

le résultat d une évolution intellectuelle spontanée et fatale. Tout n'est pas erreur dans cette opinion. Nous avons, il est vrai, défini le positivisme un système philosophique, mais aussi nous avons reconnu en lui la manifestation d une tournure ou d'une tendance spéciale de l'esprit humain. Cette tendance n'est pas le propre de quelques intelligencas isolées, mais d'un grand nombre ; un ensemble de circonstances l'ont rendue presque générale aujourd'hui.

Non seulement, M. Comte n'est pas le créateur du mouvement positiviste, mais il n'a point le premier formulé les idées dont s'est inspiré ce mouvement. Bien avant C^mte, ainsi qu'on a pu le voir, Hume, Kant et les criticistes exposent ces idées et en portent le développement logique, aussi loin que possible. A ce point de vue, ils ont été plus positivistes que le philosophe français. Celui-ci en eftet , dans son ouvrage capital , ne semble pas soupçonner les conséquences subjectivistes de ses principes ; au contraire, elles sont exprimées de la façon la plus catégorique dans les écrits de Kant et de ses disciples.

Fmit-il donc contester absolument à Comte le titre qui lui est conféré ( En aucune façon. S'il n'a pas été le premier à formuler la thèse positiviste et s'il n'en a point tiré toutes les conséquences, il lui revient tout au moins d'avoir envisîigé cette thèse à un point de vue vraiment positif. Ce mérite il ne le partage ni avec les criticistes qui l'ont précédé, ni même avec le plus grand nombre des positivistes qui l'ont suivi. Les travaux de Hume et de Kant sont des œuvres de pure spéculation et révèlent chez leurs auteurs des tendances bien plutôt idéalistes que positives. Les mômes tendances se manifestent chez Spencer lorsqu'il cherche à étal)lir la thèse positi\dste par la critique des notions fondamentales de l'esprit humain. Le traité de logique de Stuart Mill n'est également qu'une œuvre spéculative. Les criticistes et après eux le plus grand noml)re des positivistes, nous ont fait voir la raison s'analysant elle-même et fondant un enseignement positiviste sur la critique de ses propres opérations. Ce procédé supposait nécessairement la possibilité de la réflexion et par conséquent d'une connaissance à

pj'iori. Il so trouvait ainsi en contradiction manifeste avec lesprit de la philosophie positive» qu'il était appelé à défendre.

Auguste Comte a eu conscience do cette contradiction. Il a taché de Téviter en se conformant dans ses enseignements, tout au moins en apparence, aux tendances et à la méthode qu'il préconisait. Il suflSt pour sen convaincre de considérer la manière dont il formide la thèse positiviste et dont il la développe. Selon lui, elle n exprime point une vérité de raison, mais un ensemble de faits relatifs à la marche générale de rosi)rit humain h travers les âges. Ces faits ne sont point susceptibles d'une démonstration à priori. Il importe do les constater et pour cela d'interroger Thistoire. La méthode empirique peut seule établir révidenccdc la thèse positiviste. Auguste Comte rcvjette d'ailleurs de la façon la plus catégorique les procédés spéculatifs. Loin d'avoir recours, pour connaître les lois de l'espril humain, à l'analyse psychologique et à la réflexion, il va jusqu'à nier la possibilité d'un tel procédé. A ses yeux lobservation d'un phéno-

ÉVULITION lilSTOKlijrK DES IDÉES POSITIVISTES. 1>3

mène intoll(K:tuol qu(*lcoiiqu(î est chose radicalement inconcevable. « L'esprit luunain, dit-il, peut •» observer directement tous les phénomènes » excepté les siens propres. I/individu pensant ne « I)eut se partager en deux dont Tun raisonnerait w et dont lautre regarderait raisonn(M\ L organe ^ observé (»t loi'ga ne observateur étant dans vo cas » identiques, comment l'observation pourrait-elle « avoir lieu ( «

En parlant, ainsi, Aug. Comte condanme absolument toute méthode spéculative. Il en conteste non seulenu^ni la valeur, mais même l;i possibilité. Si l'intelligence no peut d'aucun(» manière connaître les phénomènes qui latîectent, si elle est privée do la faculté de rétléchir, elle ne }>eut davantage comparer ses conci^pts entre eux pour en saisir les l'elations, car cet acte suppose réflexi(m. Or, nous lavons dit, toute notre activité spéculative réside dans la comparaison et l'analyse (les concepts.

En résumé : Aug. Comte n'énonce pas la thèse positiviste comme l'ont lait d'atitres j)hilos()phes de la même école, c Vst-à-dire sous la forme d'une

doctrine. Il ne prétend point la démontrer rationnelleinent. Dans sa pcnsoo, elle exprime un fait dont levidence doit résulter d'une étude empirique OU d observation extei'iie. I^arcourant Thistoire de chaipie scienee, Comte veut nous montrer que les ai)plications de la méthode positive y deviennent d autant plus fréquentes que la science est plus développée. Il en (.'onclut (jue lesprit humain tend en se perfectionnant à se conformer de plus en plus aux principes de la philosophie positive. C'est pour avoir le premier formulé renseignement positiviste sous une forme positive qu'il a mérité d'être considéré comme le père de cet enseignement.

En parcourant rapidement les idées ([u'il expose dans son cours de Philosophie, nous justifierons cette appréciation.

hA PllILOSOlillE POSITIVK SES LOIS —

Page 1