SA MISSION
August<» Comte définit la philosophie positive on la distinguawi de Vw ^Uvloso^diie théologiquo
et métaphysique. Il fut, si je ne me trompe, le premier ou tout au moins un des premiers à formuler la distinction que nous avons exposée plus haut entre ces trois philosophies. 11 vit dans les idées théologi([ues les derniers vestiges dune j)hase primitive de révolution intellectuelle, les conceptions métaphysiques marquaient à ses yeux une phase intermédiaire entre l'enfance de la raison et scm complet développement, enfin, sous le règne de la philosophie positive Tintelligence entre, selon lui, dans la dernière période de son évolution, c'est-à-dire dans la période vraiment scientifique.
En étudiant le positivisme au point de vue logique, on se persuade qu'il doit finir par confondre l'objet du savoir humain avec les données immédiates de l'expérience, faisant abstraction de la nature intime des phénomènes et des relations de causalité qui les unissent pour s'attHicher exclusivement à la description de leurs caractères extérieurs et des circonstiinces qui accompagnent leur production. Auguste Comte confirme cette conclusion qui se dégage de l'idée positiviste, lorsqu*il écrit : «< Dans l'état positif, nous r<i\\ovvv;Q>\\^ ^ïn.
ri chercher 1 origine et hi destination de l'univei'S ji et à connaître les causes intimes des phénomè- ?» nés pour nous attachei- à découvrir leurs lois, 59 c'est-à-dire leurs relations de similitude et de » succession. »»
Et plus loin : « Dans les explicaiions positives r on n'expose pas les causes génératrices des phé- » nomènes, mais on analyse les (ûrconstances de » leur production. «^
La philosopliie positive destinée à se substituer complètement aux idées théologiques et métaphysiques, est elle-même régie par les lois qui ont délerminé les progrès de ces idées. On a vu la religion restreindre de plus en plus le nombre des divinités et arriver finalement à la forme monothéiste ; la métaphysique identifier toutes les entités abstraites imaginées pour rendre compte des phénomènes avec une (^ntité pltis générale appc^lée la nature. De mémo, enseigne Comte, la philosophie positive tend à confondre de plus en plus les variétés des phénomènes en les considérant comme de simi)les aspeî*ts de quehpies phénomènes généraux en nombre relativement restreint.
Elle trouverait lo. dernier mot de la science si elle par\'enait à montn^r que tous les phénomènes ne sont en définitive qu'un seid et même fait primordial et foncier envisagé à des points de vue distincts. «* Mais, écrit M. Comte, je crois lesprit w humain trop faible et Funivers trop compliqué 5» pour qu une telle perfection scientifique soit ^ jamais à notre portée. «
Après avoir défini la philosophie positive et formulé ses lois, Aug. Comte se» demande quelle en est la mission.
La connaissanc(» philosophique se caractérise par sa généralité, elle est le fon(h»ment do toute autre connaissaïK^e . La philosophie positive a j)our mission de nous dtmncr une vue densemble ou synthétique de toutes les sciences envisagées comme positives, c'est-à-dire comme se rapportant d'une fa(;on exclusive à l'étude des j)hénomènes extérieurs ou sensibles, abstraction faite do. leurs causes. Klle acconiplii'a cotte mission: 1" en définissant les rapi)or(s qui existent entre les divers groupes de vérités ou de lois formant chacun l'objet d'une science spéciale ; 2" en montrant
qu une même méthode s'impose à toutes les sciences. Dans le premier cas elle envisagera ces der* nières au point de vue de leurs enseignements ou de leurs doctiûnes et son œuvre sera une classification des connaissances humaines ; dans le second cas elle les envisagera en tant que phénomènes logiques soumis comme tels aux lois fondamentales de rintelligencc.
Opérer la classification dos sciences en définissant les relations qui existent entre les vérités quelles enseignent, ramener les procédés et les méthodes scienlificiues à l'unité en montrant qu'ils ne sont que des manifoslations d'un même mode de penser })ositif, telle est la double mission qui incombe à la ])hilosophie positive, tel est aussi le but général du cours de M. Comte. Outre ce but général, il s'en proi)Ose un plus spécial dérivant d'ailleurs du premier. De toutes les sciences, la sociologie est encore tout entière dominée par les idées théologiques et métaphysiques, Tespiît positif n'y a point pénétré. Il importe de l'y introduire. Comte se propose d'accomplir cette tAche, jetant ahisi les fondements d'une sociologie nou-
ÉVOLUTION HISTOniQUE DES IDÉES POSITIVISTES. 99
velle conforme aux principes de la philosophie positive.
Mais il faut tout d'abord connaître ces principes. Or, d'après Comte, une idée ne peut être connue en elle-même puisque la réflexion est impossible; nous ne pouvons l'étudier qu'en observant les faits extérieurs qui en constituent les ré<ilisations concrètes. C'est pourquoi Auguste Comte commence par passer en re\iie les applications successives de l'idée positiviste aux différentes sciences et dans ce but il interroge leur histoire.
En poursuivant l'exposé de ses enseignements, nous traiterons : l'^de la classification des sciences; 2^ de leurs méthodes , 3'* de la constitution des études sociologiques sur des bases positivistes.