‹ Les doctrines positivistes en France (volume 2)Chapitre 121 sur 135 · CLASSIFICATION DES SCIENCES · texte numérisé non relu

CLASSIFICATION DES SCIENCES

Aug. Comte répartit toutes nos connaissances en spéculatives et pratiques. Les mots *^ connaissances spéculatives r n*ont point ici le sens que

nous leur avons attribué en les oi)posant aux mots «* connaissances expérimentales « . Ils ne désignent point 1 évidence à priori ou de raison pure. Nous avons entendu Aug. Comte nier catégoriquement toute évidence de cette nature en refusant à Tintelligencejus(iuala faculté de réfléchir. Par ««connaissances spéculatives «, il entend les sciences proprement dites, cest-à-dire la connaissance coordonnée des phénomènes et de leurs lois.

CJuant aux connaissances pratiques, elles concernent les moyens ou Tart d'utiliser nos connaissances théoriques ou spéculatives, en nous en servant pour exercer une action directrice sur les phénomènes, déterminer leur accomplissemem ou y mettre obstacle selon que le besoin sV*n lait sentir.

Ces connaissances n ont point atteint leur forme sci(»ntifique. Une théorie générale de lart reste encore à faire. Son élaboration exigera les travaux accunmlés de plusieurs générations de savants. Aug. Comte ne s occupei'a donc qu(^ des connaissances spéculatives.

Celles-ci sont à leur tour abstraites ou concrètes.

«* Les premières, dit Aug. Comte, ont pour objet la découverte des lois qui régissent les diverses classes de phénomènes ; les secondes, particulières, descriptives, appliquent ces lois à Thistoiro des différents êtres existants. *» Il importe de bien saisir le sens de cette définition. Aux yeux de M. Comte, tous les phénomènes ne sont en définitive que les manifestations d'un seul et même lait pi-imordial et foncier. Les définir serait opérer l'unification complète de nos coimaissances et atteindre la perlection scientifique la plus élevée. Mais, avons-nous vu, M. Comte ne croit pfis cet idéal réalisable. Toutefois, nous pouvons y tendre et nos progrès intellectuels prouvent que nous y tendons sans cesse. Quand nous expliquons un certain nombre de phénomènes par une même loi, en réalité nous s^iisissons en eux un point de vue qui leur est commun. Or ce n est là, d'après Comte, que les réduire à un iait universel dont ils marquent les divers aspects. De même rattacher plusieurs lois à une loi plus générale, c'est découvrii' dans certains faits, déjà élémentaires, un fait plus élémentaire encore dont les premiers ne sont que les diUérentes manilestations. 5

Ainsi, lorsque je rappoi^lc aux lois fondamentales (le la biologie plusieurs actes nettement distincts les uns des autres, comme un act.e de nutrition, de locomotion, de sensibilité, c'e,st un signe que je perçois une relation de similitude entre eux. Selon Aug. (îomte, cette relation suppose que les divers phénomènes comparés les uns aux autres ne forment qu un seul et même fait, qui est celui de la vie en général et dont les aspects sont multiples. Le lecteur remarquera que cette doctrine nest pas absolument étrangère à l'idée du réalisme exagéré que le positivisme s'était pourtant donné mission de (îombattre jadis.

Toutefois les faits élémentaires, en nombre relativement limité, découverts par l'analyse scientifique sous la multitude et la diversité des phénomènes sensibles, ne se produisent pas dans la nature tels que l'abstraction parvient à les concevoir. Ils revêtent au contraire les apparences d'une grande complexité, se lient intimement à d'autres faits, sont accompagnés de circonstances diverses et changeantes, (»t adoptent toujours une forme spéciale bien que très variable d'après les

cas. Ainsi le phénomène vital ne se révèle nulle part sans être un phénomène de nutrition, ou de reproduction, ou de locomotion, ou encore de sensibilité, et de plus, il dépend nécessairement de certaines influences physiques, chimiques et même astronomiques

Nous comprendrons maintenant sans peine ce qu'il fiiut entendre par les sciences abstraites et les sciences concrètes. « Les premières, nous a dit Aug. Comte, ont pour objet les lois générales des phénomènes ; les secondes appliquent ces lois aux êtres existants, r^ Quel est le sens précis de cette proposition? Les sciences abstraites étudient les faits élémentaires de la nature en eux-mêmes, abstraction faite des circonstances qui les entourent et des aspects qu'ils présentent dans la réalité. Au contraire, les sciences concrètes s'at tachent à la description de ces aspects particuliers et de ces circonstances. Elles envisagent les événements non dans leur simplicité primordiale, tels que l'abstraction les conçoit, mais dans leur complexité, tels qu'ils tombent directement sous les regards de l'expérience.

Le point de vue philosophique étant toujours synthétique ou général, la philosophie positive ne doit pas s'occuper dans son œuvre de classification des phénomènes pris individuellement, c est-à-dire des sciences concrètes. Celles-ci d'ailleurs, précisément à raison de leur complexité, sont loin d*étre arrivées h un développement qui permette de les classer d'après certains principes généraux.

La philosophie positive envisagera donc les phénomènes au point de vue de leui*s lois ou, ce qui revient au même, des faits élémentaires auxquels ils sont réductibles. Klle ne s'occupera que des sciences abstraites.

Toute classificalion suppose : P que les choses à classer soient distinguées les unes des autres; 2*' qu'elles soient disposées dans un certain ordre.

En c()m])ien de groupes Comte divise-t-il les lois des phénomènes, ou encoi^e quelles sont, selon lui, les diverses l)i'anclies des sciences abstrait<3s i

Quelle lAiivii assigne-t-il h (-hacune do ces l>ranches vis-à-vis des autn^s {

Telles sont les deux questions (jue nous allons examiner.

Tous les phénomènes qui s'accomplissent dans Tunivors sont inorganiques ou organiques. Parmi les phénomènes d'ordre hiorganique, les uns son* célestes, les autres terrestre^s. Ces derniers se distinguent à leur tour on chimiques et physiques selon qu'ils altèrent la nature des corps affectés ou la laissent intacte.

I/astronomie étudie les phénomènes célestes.

La physique et la chimie ont pour objet les phénomènes terrestres. ^ La physique, écrit Aug. » Comte, consiste dans 1 étude dcîs lois qui régisy» sent les propriétés générales des corps, ordi- « nairement envisagés en masse et constamment « placés dans des circonstances susceptibles de » maintenir intacte la composition de leure

V molécules et même le plus souvent leur état » d'agrégation. Le but des théories physiques est y» de prévoir le plus exactement possible tous les y» phénomènes que présentera un corps placé dans

V des circonstances déterminées en excluant toutej» fois celles qui pourraient le dénaturer. « La chimie, au contraire, étudie ces phénomènes qui supposent une altération' plus ou moins complète,

mais toujours appréciable de la constitution même du corps modifié. «* Le phénomène chimique, écrit A. Comte, implique une composition ou une décomposition du corps et le plus couvent Tune et l'autre »»

La biologie et la sociologie concernent spécialement les êtres organiques. La biologie les étudie isolément, se préoccupant seulement des phénomènes vitaux qu'ils présentent. La sociologie les considère dans leurs relations réciproques.

Enfin, les mathématiques formulent les lois du nombre, des dimensions et du mouvement. Elles se divisent ainsi en trois branches : le calcul, la géométrie, la mécanique.

En résumé, les sciences abstraites sont, d'ai>rès M. Comte, l'astronomie, la physique et la chimie, ces trois sciences concernent spécialement les phénomènes d'ordre inorganique ; puis la biologie et la sociologie ayant pour objet les êtres vivants; enfin les mathématiques comprenant le calcul ou la science du noml)rc, la géométrie ou la science de l'étendue, la mécanique ou la science du mouvement.

Nous venons d enuinérer les sciences abstraites. Voyons quelle place Auguste Comte assigne à chacune d elles vis-à-vis des autres.

Quel sera le principe de sa classification { Les différents groupes de phénomènes constituant chacun Tobjet d'une sciences spéciale ne sont point, bien que distincts, indépendants les uns des autres. Les phénomènes astronomiques exercent une certaine intluence sur tous les autres. Les phénomùnc^s chimi(|ues déi)endent de certaines conditions d ordre j)hysiqu(> telles que la chaleur. Les phénomèncîs physiologiques et, jusqu'aux jïhénomènes sociaux, se lient d'une façon plus ou moins iniinK» à des fiiits astronomiciues, chimiciues ou physiques. La distinction de la physique ou de la chimie en organique et inorganique tend à s effacer de plus en jdus. On s'accorde chaque jour davantage à reconnaître que les mêmes lois régissent les phénomènes physiques et chimiques dans le monde inorganique et organique, ave<! cette seule différence que chez l'être organisé les lois spéciales de la vi<», se combinant avec les lois physiques et chimiques.

peuvent parfois contrarier ou plutôt diriger jusqu'à un certain point, mais nullement détruire Taction et les cfFcls de ces dernières. Enfin tous les phénomènes, qu ils appartiennent au monde organique ou inorganique, qu'ils soient physiologiques, chimiques ou physiques, sont soumis aux lois générales du mouvement, de letendue et du nombre.

I/orch'o hiérarchique qui existe entre les divere groupes de phénomènes olémenl aires ou de lois doit subsister aussi entre les sciences correspondantes. Part^uit de cette idée, A. Comte entreprend de classer ces sciences conformément à (*et ordre. De plus cha(|ue science ajoutant ses lois propres à celles des autres sciences, sa place dans la série indiquera, en même temps que son degré de dépendance, celui de sa c()m])lexité.

Tel est le priiKÛpe sur lequel se fonde la fameuse classification de Comte. Il nous reste à étudier comment il applique ce principe aux diverses sciences que nous venons de définir et dont 1 enumération résume, i\ ses yeux, toutes les connaissances abstraites ou générales.

Les lois du nombre, de 1 étendue, du mouvement étant les plus universelles, les sciences mathématiques dans lesquelles sont comprises les mathématiques proprement dites, l'algèbre , la géométrie, la mécanique rationnelle, forment le fondement de toutes les autres sciences et présentent au plus haut degré le caractère propre à la connaissance philosophique. Puis viennent successivement l'astronomie qui ajoute aux lois du nombre, de rétendue, du mouvement, celle de la gravitation ; la physique qui, pour expliquer ses phénomènes, recourt, en partie, aux influences astronomiques, en partie, à l'action des lois physiques constituant son domaine propre ; la chimie dont les phénomènes sont la résultante des lois astronomiques, physiques et chimiques combinées ; enfin la biologie et la sociologie qui se rapportent à des phénomènes plus complexes encore, ne relevant pas seulement des lois spccîiales de la vie, mais aussi d'un nombre incalculable de conditions d'un autre ordre : telles ({ueles influences climat ériques, la nature du sol et bien d'autres circonstances analogues.

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