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CONSTITUTION DE LA SOCIOLOGIE SUR DES BASES

POSITIVES

La sociologie est riîstéc jusqu'ici clrangôro aux méthodes positives. Dans la pensée de Comte, tous les sociologues antérieurs à lui n'ont été que des faiseurs de systèmes, des théoricienss'inspirant d'idées théologiques ou métaphysiques.

Créer une so(îiologie nouvelle, basée non sur des principes absolus, mais sur les données de l'expérience, c'est-à-dire sur l'observation des phénomènes sociaux, telle est la tâche qu'entreprend le chel' de 1 école positiviste.

Il envisage tour à tour les sociétés au point de vue statique et au point de vue dynamique. Dans le premier cas, il cherche à préciser leurs éléments essentiels et les conditions de leur existence; dans le second cas, il s'occupe des lois qui président à

leur évolution. Ces deux points de vue dominent toute sa sociologie.

Un certain nombre de phénomènes se retrouvent dans toute société politique et forment comme Tessence de la vie sociale. Il appartient à la statique sociale de les définir. Ces phénomènes, enseigne Aug. Comte, sont les suivants : 1^ un ant^onisme entre des intérêts individuels et des intérêts généraux ; 2" lexistence d'éléments révolutionnaires ou [)r()gressistes à coté d'éléments conservateurs ; 3" une organisation familiale. A la base de celte organisation, Comte place le principe de l'indissolubilité absolue du mariage; 4'* la division du travail et l'échange des produits qui en est la conséquence; »j" enfin, la séparation de4s pouvoii's en pouvoir politique et pouvoir spirituel; le premier réglant les relations d'ordre civil et public et s'excrçant par voie de contrainte, le second dirigeant spécialement les intelligences et s'exerrant par voie de persuasion, lia séparation do ces deux pouvoirs, conférés chacun à diîs autorités distinctes, fut, aux yeux de Comte, la conséquence la plus importante du

christianisme. Ignorée des anciens, qui cumulaient les dignités de chef politique et de pontife, cette séparation s'accomplit au moyen ;ige. L'autorité spirituelle échut à l'Eglise, la puissance politique à la féodalité. Dans la société à venir (jue rêve Aug. Comte, le principe de la séparation des pouvoirs subsistera comme une condition de toute organisiition sociale. Mais le rogne scientifique s'étant substitué au règne théologique, le régime industriel au régime féodal, le pouvoir spirituel aura passé des mains du clergé aux mains des savants, et le pouvoir politique s exerc*ora par les capitalistes au lieu do s'exercer i)ar les seigneurs féodaux.

Non content d'observer et d'énumérer les phénomènes que comporte toute existence sociale, Comte veut eiuîore définir les phases successives par lesquelles passe cette existence en se développant.

La loi du progrès social se confond avec celle du progrès intellectuel ou scientifique. De même que les sciences, les sociétés humaines sont d'abord théologiques, puis métaphysiques, enfin positives.

Fidèle à sa méthode d'observation, Aug. Comte essaie la démonstration de cette loi par Thistoire.

L orfranisation soc^iale fut essentiellement théologique au moyen âge : Dieu était la source de toute autorité, la sanction des droits et des devoirs.

La révolution inaugura une ère nouvelle. La conception de Tordre social devint métaphysique. Le respect de cet ordre s imposait non plus au nom d'une volonté souveraine et divine, mais au nom de principes créés par la raison humaine et fornmlés en dogmes absolus. Les idées de souveraineté populaire, d'égalité, de liberté de conscience, liberté d'opinions, etc., se substituèrent aux idées religieuses. La société devenue métaphysique délaissa le culte de la divinité pour celui de la raison.

L'idée religieuse au moyen âge, imprimant à toutes les institutions et à tous les rapports sociaux un caractère sacrx», assurait leur stabilité. Mais en les rendant immuables, elle devenait un obstacle au progrès. La révolution marque le réveil de l'esprit progressiste et sa réaction contre l'esprit conservateur j usque-lù prépondérant .

Mais le nouvel état social issu de la révolution,

pas plus (jue lancien, ne doit être définitif. Lelément conservatour lui fait défaut comme l'élément progressiste manquait à lancien régime. Or la réunion de ces deux éléments se pondérant lun l'autre est une condition essentielle de sUibilité sociale. Abandonné à lui-même, l'esprit conservateur devient routinier, l'esprit progressiste engendre le désordre et l'anarchie.

En présence de ce désordre, les Etats modernes sont contraints, pour se maintenir, de réprimer par la force les conséquences désastreuses des principes, qu'ils consacrent dans leurs constitutions. Delà une situation violente et contradictoire qui ne peut être que piissagère.

La révolution fit disparaître l'ancien régime, sa mission fut toute négative. En l'accomplissant elle préparait la voie à un régime nouveau et définitif dont la réalisation est encore à venir. — Quelle sera la société i'uture (

Auguste Comte abandcmne ici ses procédés d'obsei*vation.Ses<Miseignements n'ont plus trait au passé, mais à l'avenir. Comme les prophètes d'autre-

Ibis aniionçHient le règne social du christianisme, Comte prédit le règne social de la science. Il est lauteur de cette doctrine si répandue de nos jours, bien que tant de fois démentie par l'expérience, et qui attribue à la science jmre.c est-à-dire à kl simple connaissan(*e dos lois de la nature, une influence directement moralisatrice, l/anarcliie intellectuelle est aux yeux de Comte Tunique source de tous les désordres sociaux. Les hommes vivent ennemis parce qu'ils conçoivent les choses différemment. Supprimez les divergences d'opinions et la i)aix s'établira partont c^omme par enchantement. Or, c'est à la scûence qu'il appartient de faire naître l'accord entre les intelligences en les amenant à uneconnaissanc^e pleine et entière de la vérité et en dissipant les malentendus qui les divisent. Quand la science aura fait pénétrer dans les esi)rits cette conviction que les phénomènes sociaux ne sont que des a])plications spéciiiles des lois générales d(^ l'univers, qu'ils sont tout aussi nécessaires ({wc les phénomènes i)hysiques ou chimiques, chacun remplira sans murmurer le rôle social que lui imposent les circonstances, et

l'esprit de révolte s'inclinera devant la force des choses.

Ainsi la science deviendra le fondement de l'ordre social comme la religion le fut au moyen âge.

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