‹ Les doctrines positivistes en France (volume 2)Chapitre 124 sur 135 · DISCUSSION · texte numérisé non relu

DISCUSSION

Sans vouloir entreprendre la critique détaillée dos arguments de Comte ni contrôler leur exactitude au point de vue historique, arrêtons-nous un instant h envisager leur valeur demonslrative.

Une vérité nous semble se dégager des faits affirmés par Comte : à mesure que progressent les sciences, les croyances grossières et superstitieuses des religions primitives tombent en discrédit. Les étranges divinités, inventées par l'imagination populaire et dont l'action essentiellement capricieuse semblait un principe de trouble et de désorganisation au sein de l'univers, s'évanouissent pour faire place à des causes agissant d'après

des lois régulières et sages.

Ii26 ÉVOUTTION IIISTOHIQrK DES IDÉES POSITIVISTES.

()n en voudrait crmclure que les progros scienlifiquos doivent finalement amener la disparition tot.-ilc des idées théologiques et le triomphe du j)osltivisme.

Mais on cherche vainement le fondement de celle prétendue conclusi(m. Après avoir établi une distinction très nette entre le fôtichisme et le monc»théisme et considéré celui-<*i comme le terme d'une évolution intellectuelle dont celui-là marquerait le point d(* déjiart, Aug. Comte semble, au cours de son étude, (mblier cette distinction et conlbnch'e toute crcjyance religieuse avec le fétichisme. Kn cela, non seulement il est illogique, mais il comjn'end mal la religion qu il met sur le méuK^. pi(Ml que la sup(>rstition. Sans doute, elles sujjposent Tune et l'autre la croyance à quelque chose» (rincompréhensible et de surnaturel, mais h\ croyance superstitieuse est aveugle, arbitraire, le plus souvent in(*pte, en ccmiradiction manifeste avec l(\s conclusions de ^(^\périence qui révèle l'existence d'un ordre universel et construit dans le monde ; au contraire, la croyance religieuse, dont le monothéisme est l'expression la plus élevée,

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loiîi do. répugner à un ordre de celle nature s'en dégage spont^'inénient.

La pensée d'une cause première douée de personnalité se jirésente à l'esprit comme la seule explication rationnelle de l'harmonie du monde.

A mesure que la religion progresse, elle rej)0usse davantage Tidée d'une intervention absolument arbitraire et capricieuse de la Divinité dans le gouvernement des êtres. Or, cette idée est au ibnd de toute suj)erstition. Puisque la religion et la superstition se déviîloppent en sens inverse l'une de l'autre, (î'est commettre une erreur évidente que de les conl'ondre.

Certes, la critique d'un système devient aisée quand on se borne à n'en considérer (jue les exagérations et les applications abusives. Mais, ce procédé de discussion est-il impartial i Juget-on du langage humain par les bégaiements de l'enfant ? Le cadavn^ donne-t-il la mesure de la perfection de l'organisme ? Or, le fétichisme est -il autre chose qu'une religion rudimentaire, à moins qu'il ne trahisse plutôt une décadence de lespi'it

ihéologiquc ? Et que faut-il penser dès lore d'une critique qui adresse à la religion en général des reproches, qu'il eût fallu réserver aux croyances arriérées ou décadentes d'un fétichisme superstitieux i Je vois dans l'évolution, décrite par Comte, les progrés scientifi(iues amenant insensiblement la transformation du fétichisme en monothéisme. Mais, il i*esterait à établir que ces progrès doivent entraîner encore la ruine du monothéisme anéantissant ainsi le règne de la philosophie théologique.

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