‹ Les doctrines positivistes en France (volume 2)Chapitre 125 sur 135 · STUART MILL ET LE POSITIVISME · texte numérisé non relu

STUART MILL ET LE POSITIVISME

On vient do voir Aug. Comte s'etïbrcer de déimmirer la thèse positiviste par Thistoire des sciences ; les arguments invoqués par Stuart Mill seront tirés de lanalyse des opérations de l'esprit.

Enumérant les principaux phénomènes intellectuels, nous avons distingué entre la ])ensée ou le simple concr^pt, le jugement (pii exprinK* une relation enti^e deux concejUs et le raisonnement ou la c()ml)inaison de jugements. Voyons

quelle est ropinion de Stuart Mill concernant la nature de ces trois phénomènes.

Le langage sert à désigner les choses auxquelles se rapportent nos idées et nos jugements. En précisixnt le sens des mots et des propositions, on définit donc les objets de notre connaissance, on définit aussi d une certaine façon sa nature, car lopénition de la faculté cognitive est, du inoins en partie, déterminée par son objet. Si des divergences profondes d'opinions séparent les spiritualistes des sensualistes, cest parce que les premiers attribuent à l\)bjet propre de la connaissance intellectuelle certains caractères que les seconds méconnaissent, ('onfondre Tobjet de la connaissance sensible avec celui d(î la connaissance intellectuelle, c est identifier lesprit avec les sens.

Pour connaître lopinion de Mill sur la nature des idées et des jugements, voyons donc quelle signification il attac^hc aux noms et aux propositions.

La première partie de son traité de logique est consacrée à cette question ; dans la seconde, il étudie le raisonnement. Ne nous écartons point de cet ordre.

L*6tude des noms ci des propositions a donc pour but de reclicrclier quelles sont les choses que nous connaissons et dont nous sommes certains ; on y j)rét;ise la teneur de nos assertions.

L'étude du raisoimeinent concerne la théorie de la preuve.

On n'y recherche ])oint, comme dans la première

étude, à qa(dles assertions lesprit accorde son assentiment, mais (juels motifs déterminent cet

assentiment.

DES NOMS ET DES l'KOl'OSmoN.S.

Les noms, dit Stuart Mill, sem])loient pour désigner dos sentiments, des substances, des

attributs.

Les sentiments sont des émotions, des pensées, dos sonsations et des volitions.

Les sensations sont les actes de perception qui se rai)portent, du moins en apparence, h des ol)jots extérieurs nous imj)ressioimînit actuellomont. La sensation est une impression extériorisée,

c est-à-dire «'itirihuée, à tort ou à raison, à une chose qui est censée exister en dehors du moi.

• La pensée porte sur des objets imaginaires, reproductions ou non de choses prétendument réelles.

Quant aux volilions, elles consistent dans l'intention d'accomplir un fait. Cette intention, liée au fait qui lui suc(!Ùde, constitue l'action. Stuart Mill s'inspire ici des idées de Hume sur la nature du principe de causalité : une relation de cause à effet n'est qu'une sucrcession de deux clioses dont l'une est l'antécédent invariable de l'autre; la notion de forcée productrice ne se dégage pas plus des données de la conscience que des données de l'expériiMice externe. Se sentir la cause de sas actes, ce n est (h)nc point percevoir qu'on les produit, mais seulement qu'un fait mental appelé intention est l'antécédent invariable d'un autre fait physique et extérieur.

Il importe, dit encore Stuart Mill, de ne point confondre le phénomène mental proprement dit, c'est-à-dire l'acte de volitionou de perception , avec le mécanisme organique qui contribue à sa pro-

duction. Il y a là deux objets d'étude bien distincts : les opérations inentîiles nous sont connues par lanalyse psychologique ouparrexpérience interne ; au contrains la description des organes et de leur foncîtionnement relove du domaine de Texpérience externe. En établissant cette distinction, Stuart Mill se sépare très nettement d'Aug. Comte. On sait que celui-ci niait la possibilité d une connaissance rélléchic cl rêvait de substituer à la psycliologie une science nouvelle, la phrénologie. Stuart Mill revendique ('(mtrc le chef de Técole positiviste les droits de l'analyse psychologique.

Outre les sensaiions, les pensées, les volitions, les émotions, en un mot lensemble des faits subjectifs ou des impressions éprouvées, les noms servent encore à désigner des choses substantielles et leurs attributs.

Tout le monde, dit Stuart Mill, admettra que les réalités en soi, en supposant quelles existent, ne nous sont connues que i)ar les impressions qu elles nous donnent. Considérées en elles-mêmes elles sont in(*onnaissal)los. IjO mot substance rapporté à quelque chose d'intelligible ne peut donc,

conclut Stiiart Mill, signifier qu'un onseinble d'impressions associées entre elles cl après certaines lois et auxquelles se lie le sentiment «l'une réalité extérieure qui les produit.

Ce sentiment a-t-il un fondement objectif i Existe-t-il des clioses en soi indépendantes du moi connaissant ( Stuart Mill s'abstient de répondre à cette (juestion ; elle regarde les métapliysiciens et non les logiciens. Mais le silence du pliilosophe positiviste est celui d'un scej)tique ; Stuart Mill nous dira d'ailleurs, un peu plus loin, qu'en bonne i)hilosuphie on ne peut tenir pour cerUaine l'existence des corps.

Quant aux attributs, ils ne peuvent évidemment désigner ([\w des imi)ressions ressenties sous l'action de (juelciue cause inconnue.

Le sens des noms ainsi précisé, Stuart Mill n'aura point de j)eine à fixer celui des propositions. Celles-ci exj)riment des relations do (Coexistence ou de succession entre des i)hénomènes.

Soit la proposition : telle fleur est rouge. Le mot fleur désigne l'ensemble des sens^Uions d'odorat, de toucher, de vue, etc., etc., que vous

éprouvez actuellement et que vous attribuez à un objet extérieur, inconnu en soi ; le mot rouge désigne spécialement une de ces impressions. En disant : cette Heur est rouge, vous dites que là sensation rouge est éi)rouvée en même tem[»s que toutes les autres sensations connotées par le mol tleur.

Soit encore la ])roposition : Tliomme est mortel. Le mot homme désigne lensemlde des impressions que vous éprouvez, en voyant un homme ; le mot mortel désigne l'ensemble de^s sensations, émotions, pensées, etc., etc., que suggère le spectacle d'un mourant. La proposition : - rhoinmc est mr)rtel ^, cx])rime un(^ association entre ces deux groupes d*inq)ressions.

Il en est de uKMne de toutes les autres propositions.

Nous voilà donc enfermés à tout jamais dans le mondé des impressions ou des faits de conscience, c'est-à-dii'e dans un subjectivisme sans issue.

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