DE L INDUCTION
(() Nafure de V induction.
Selon Stuart Mill, nous venons de le voir, un procédé de démcmstration se fonde toujours. sur des laits constatés, jamais sur des principes a priori. Toutefois lecrivaiii positiviste emploie spécialement le mot ^ induction r pour désigner ce raisonnement (jui va du i)articulier au général et qui suppose que Ton infère de quehjues faits observés
une quantité innombrable d'autres faits non observés.
b) Fondement de Vmduciion,
Lorsque, dit Stuart Mill, nous remontons la chaîne de nos raisonnements inductifs, formulés en syllogismes, nous arrivons finalement à cette proposition :
^^ Que le cours des événements est uniforme, de manière que ce qui est arrivé plusieurs fois dans des circonstances données, arrivera aussi souvent que ces mômes circonstances seront réalisées. «
Ce principe est considéré par un grand nombre de penseurs comme le fondement dernier de Tinduction.
Mais, demande' Stuart Mill, comment sait-on qu'il y a de Tordre dans la nature sinon pour l'avoir constaté i
Le principe en question ne peut donc être le vrai fondement de l'induction, puisqu'il est luimême le résultat de l'expérience, ou mieux encore d'une multitude d'expériences passées. En effet, l'ordre de l'univers est constitué par l'ensemble des lois dont chacune régit un groupe spécial de
phénomènes ; les nombreuses inductions qui nous ont fait connaître ces lois ont seules pu nous donner la notion d'un ordre général. On se trompe donc en considérant cette notion comme la base logique de toute induction ; elle est elle-même induite. La proposition : «* le cours des événements est uniforme « ou ** il existe de Tordre dans lunivers ^ n est que la synthèse de toutes nos inductions antc'rieures. Ainsi il ne faut point chercher dautres fondements à l'induction que les données de nos observations. Pourquoi affirmezvous que A sera toujours suivi de B ? parce que cela a toujours été ainsi. Le passé répond de Tavenir sans qu il faille invoquer aucun principe métaphysique i)our sen convaincre.
c) Ij induction scientifique.
Toute induction, dit StuartMill, n'est pas légitime. Il ne suffit pas d'avoir constaté souvent que tel fait s'est toujours j)roduit dans telles circonstances pour avoir le droit de conclure qu'il se produira toujours dans les mêmes circonstances. Le principe de runiformitc» du cours des événements n'est point vrai pour toute espèce d'événements. Il en
est qui se succèdent dans un désordre du moins
apparent et sans que i on puisse conclure avec
quelque certitude que la venir ressemblera au
passé. Quand sommes-nous en présence d'une loi
de la nature ? Quand d'un simple effet du liasard ?
Comment apprécier le degré de certitude que
présente une induction ? Ce problème s'impose à
quiconque veut donner à ses connaissances
expérimentales un caractère scientifique.
Mais le moyen d'y arriver i Si l'expérience
seule établit l'évidence de nos inductions, (*'est en
interrogeant l'expérience avec plus d'attention que
nous pourrons déterminer la valeur des conclusions
induites. Supposez que vous n'ayez jamais vu que
des hommes blancs et que vous ignoriez qu'il en
existe d'autres, vous en conclurez instinctivement
que tout homme se })r(^sentant à vos regards sera
blanc. O.pendant une telle conclusion ne serait
pas légitime, et il suffirait, pour vous faire douter
de son exactitude , qu'une j)ersonne , digne de foi , vous
affirmât avoir visité des régions peuplées de noirs.
Au contraire, vous ne croiriez pas qu'il existe une
race d'hommes avant la tête située au-dessous des
épaules. Pourquoi cette différence i
La supposition d'hommes dont la tête serait placée au-dessous des épaules vous parai t évidemment absurde, répond Stuart Mill, parce qu'elle est en contradiction avec un fait plus général qui ne se constate pas seulement chez les hommes mais chez tous les <Hres organisés, à savoir, que tous les individus d'une même espèce présentent une structure à peu près semblable, tandis que vous leur trouverez très souvent une grande variété de couleurs. La conclusion : tous lés hommes ont la tête placée sur les épaules, est certaine, parce qu elle se peut rattacher à cette autre proposition fondée, elle aussi sur lexpérionce : tous les individus d une espèce sont construits de la môme manière.
Au contraire la proposition : tous les hommes ont la même couleur, ne pourrait se motiver par cette autre proposition : tous les individus d'une même espèce ont la même couleur.
C'est donc en rattachant une induction a une autre induction plus générale, que nous établissons la légitimité de la première. Une expérience se justitio par une autre expérience plus étendue.
Ainsi justifiée, elle devient scientifique.