RÉSUMÉ
On peut résumer comme suit ropinion de Sluart Mill sur la nature des opérations de l'esprit : L'idée se rapporte à un fait subjectif auquel on ne peut assigner aucun fondement réel, ou mieux encore, elle est une impression reproduite. Elle na donc point pour objet l'universel, mais participe du caractère individuel et concret de la sensation.
Le jugement est la conscience de deux ou de plusieurs impressions (îo-existantes ou successives. Lorsque ces impressions se présentent toujours associées de la même manière, nous attribuons au jugement un caractère de nécessité, mais rien ne prouve ((ue cette n<>cessité soit absolue.
Quant au raisonnement, il consiste essentiellement à infcTer de quelques faits constatés d'autres faits non constatés, et cela sans qu'aucun principe général doive être invoqué pour justifier cette inférence. Le vrai raisonnement est essentiellement inductif, il se base sur les données de l'expérience et non sur des principes. Un raisonnement basé
sur une proposition générale n'est qu'un cercle vicieux. D'ailleurs, toute proposition générale est a postcrio7'i, car elle n'est qu'une synthèse des données de nos observations antérieures. 11 n'existe donc point de principes a priori et nécessaires. Le procédé de démonstration ne va jamais du général au particulier, mais du particulier au général. L'expérience nous ayant toujours montré deux faits qui se succèdent dans le même ordre, l'accomplissement du premier engendre en nous, comme chez l'animal une sorte de pressentiment instinctif du second. Nos raisonnements ne font que traduire des pressentiments de ce genre. Ils ne sont point le fait d'une raison éclairée, mais d'un instinct aveugle.
Ainsi la théorie de Stuart Mill apparaît comme la négation de tout élément objectif, univei'sel, a priori et absolu dans la connaissance humaine. Le système de Kant est du sulyectivisme idéaliste, celui de Mill du subjectivisme sonsualistc.