‹ Les doctrines positivistes en France (volume 2)Chapitre 13 sur 135 · ibia · texte numérisé non relu

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56 l'école positiviste

distinctif du système que nous étudions ? C'est que le monde soumis à Texpérience sensible est le seul réel : tandis que le monde métaphysique, révélé par les idées et les lois de la raison, n'est qu'un * idéal fictif, une hypothèse illusoire, une abstraction vaine et chimérique.» En d'autres termes : l'univers physique et sensible est la seule réalité. Dieu et l'âme ne sont pas des êtres réels. Or, c'est là précisément la théorie de MM. RenMi etVacherot. L'un et l'autre n'admet d'autre réalité que celle du monde ; l'un et l'autre nie la réalité de Dieu et de l'âme. L'un et Tautre, à cet égard, appartient à l'École positive. En quoi donc leurs principes diffèrent-ils de ceux de M. Littré ? Le voici en peu de mots. Il ne s'agit que d'une différence de forme et de langage. Il ne s'agit d'aucune différence pour le fond des doctrines. MM. Renan et Yacherot maintiennent le mot de Dieu, mais ils ont soin de supprimer la chose. Ils construisent la métaphysique de ce mot. Mais il reste bien entendu que ce n'est- là que la métaphysique d'un idéal sans objet, d'une abstraction sans réalité. Ils sont hégéliens dans le domaine de l'idéal ; positivistes dans le domaine du réel. L'idéal subsiste à la condition de n'être qu'une fiction ; le réel, c'est-à-dire, le monde matériel et sensible, est affirmé à la condition d'être toute la réalité. Leur métaphysique ne poursuit donc que des ombres, ne s'agite que dans le vide, ne remue que des mots, et le positivisme reste l'unique fond solide et substantiel de leur système.

Essayons de fixer ici cette forme vraiment curieuse et étrange de la négation moderne. Si quelqu'un réalise ce je ne sais quoi « d'ondoyant et de divers » dont parle Montaigne, c'est assurément M. Renan. Singulier mélange de rêverie bretonne, de positivisme anglais et de scepticisme voltairien, il sait prendre tous les tons, jouer tous les personnages, traverser toutes les évolutions. L*aplomb de sa pose et le mirage de ses contradictions, l'élévation de ses sentiments et la hardiesse de son langage, l'apprêt de la forme et la stérilité du fond, le calme de son maintien et la prestesse de ses revirements, la vulgarité de ses principes et l'art de ses nuances, tout en lui surprend et déconcerte le lecteur inexpérimenté ou distrait. Professant un égal dédain pour les lois de la logique et les croyances du genre humain ; résolu à « tenir ferme contre la foi comme Ajax contre les dieux *,» persuadé que la supériorité intellectuelle peut se passer d'avoir raison, comme « la finesse d'esprit » est dispensée d'avoir du bon sens, véritable dilettante littéraire et philosophique, ce qui frappe en lui, c'est le caprice de la fantaisie érigé en système, c'est l'habitude de l'agression hostile et violente, dissimulée sous le voile d'un certain respect, c'est l'hypocrisie d'une langue qu'il emprunte à Platon et à l'Évangile, pour en parer les dogmes d'un La Mettrie ou d'un Épicure : vêtement

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