Liberté de penser i. IV p. ISS
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magnifique qu'il arrache aux doctrines les plus sublimes pour le jeter, déchiré et profané, sur Taride formule des plus détestables erreurs.
M. Renan maintient, en effet, les mots de Dieu, de Providence, d'immortalité « autant de bons vieux mots, dit-il, un peu lourds peut-être, que la philosophie interprétera dans des sens de plus en plus raffinés ». Veut-on savoir comment M. Renan les interprète pour sa part ? Prenons le mot Dieu. Ce mot lui sert à désigner, tour à tour, et le monde réel et le monde idéal, le monde de Texpérience et le monde de la raison. « Dieu, dit-il, est immanent, non-seulement dans l'ensemble de l'univers, mais dans chacun des êtres qui le composent. Seulement, il ne se connaît pas également dans tous. Il se connaît plus dans la plante que dans le rocher, dans l'animal que dans la plante, dans l'homme que dans Tanimal, etc. Voilà la thèse fondamentale de toute notre théologie. Si c'est bien là ce qu'a voulu dire Hegel, soyons hégéliens * ». Voilà donc Dieu devenu synonyme de l'univers, et le mot Dieu désignant l'ensemble des choses. Ce Dieu-univers aidé du « temps, facteur universel • et de « la tendance au progrès, germe fécond, sans lequel le temps reste éternellement stérile, » ce Dieu, dis-je, est engagé dans un « éieTnel devenir)). Quand le dernier terme du progrès sera atteint, « alors Dieu sera complet, si l'on fait
i. Bâvue des Deux-Mondes 15 oct. 1863.
du mot Dieu le synonyme de totale existence. En ce sens, Dieu sera plutôt qu'il n'est : il est infini, il est en voie de se faire * ». Ce Dieu est-il libre et conscient ? Non, puisqu'il est la substance immanente de la plante et du rocher. Est-il parfait ? Évidemment non, puisqu'il est en voie de progresser et de se perfectionner tous les jours. Qu'est-ce donc ? Ni plus, ni moins, la substance de l'univers. Et cette substance de l'univers, voilà le Dieu réel de Hegel et de M. Renan.
Est-ce tout ? Le Dieu-univers est-il Tunique Dieu de M. Renan ? Gardons-nous de le croire. Sa piété s'accommoderait mal du Dieu imparfait et progressif que nous venons de voir, et bien qu'il l'appelle Dieu, il lui en faut un second, le Dieu par fait , le vrai Dieu, celui que l'humanité, croit-il, aime et adore. Or quel est ce Dieu, dans le sens raffiné de M. Renan ?
« Dieu, dit-il, est pour l'humanité, le résumé transcendant de ses besoins supra-sensibles, la catégorie de l'idéal j c'est-à-dire, la forme sous laquelle nous concevons l'idéal, comme l'espace et le temps sont les catégories des corps, c'est-à-dire, les formes sous lesquelles nous concevons les corps *». Cet idéal correspond-il à quelque objet réel ? Non, « toutes les facultés que le Déisme vulgaire attribue à Dieu, n'ont jamais existé sans un cerveau. Il n'y a jamais eu de prévoyance, de