CHAPITRE IV
Nous avons exposé les principes et les arguments (lu positivisme.
11 nous faut mainicnanl les juger.
I/ôtude que nous allons entrejjrendre est essentiellement (Tili([ue. En la poursuivant, nous observerons les règles de la méthode éclectique que Spencer lui-même reconnnande. Le mot éclectisme désigne un choix réalisé par voie d éliminât ion, c'est-n-dire en écartant tour à tour les éléments étrangers à Télément que Ton veut obtenir de manière à isoler celui-ci. l'n procédé semblable appliqué à Tc^xanjen d'une théorie erronée en éliminera l(vs <MTcurs jïour n'en conserver ([ue les vérités ou vice-vei'sa selon le résultat que
Ton se propose. Cette méthode s'inspire du principe qu'il existe dans toute erreur un fondement de vérité. Ce principe, selon Herbert Spencer, est la règle d une critique sérieuse et impartiale. En entreprenant la réfutation d une doctrine, il est nécessaire de se bien pénétrer de cette pensée quelle n'est pas absolument fausse, et le but à poursuivre doit être de séparer la vérité de l'erreur. Cette disposition d'esprit, indiquée par Spencer comme la condition d'un jugement impartial, sera la nôtre. Nous ne commencerons donc point par rejeter en bloc les affirmations des positivistes. Loin de les condamner absolument, nous admettrons a priori qu'elles sont vraies dans une certaine mesure.
Le positivisme est la négation de toute connaissance spéculative ou rationnelle. Il ne reconnaît de certitude qu'aux connaissanc^es empiriques et les réduit à la perception de i)ures ai)parences dont on ne i)eut affirmer l'objectivité : ainsi définie, la thèse positiviste implique un ensemble de vérités et d'erreurs que nous tâcherons de démêler.
Les défenseurs de cette thèse enseignent avec raison que loxpérience n a point pour objet propre et immédiat la nature des choses ou leurs causes, mais seulement leurs phénomènes. Ils considèrent justement les données sensibles comme la source de toute connaissance scientifique. Mais ils exagèrent ces vérités en ajoutant que nous ne connaissons rien au delà des phénomènes et que ceux-ci sont des apparences sans aucun fondement objectif.
La thèse positiviste est donc l'exagération de certaines vérités.