ET LES PRINCIPES DE L*ART
conceptions de la beauté. Dans Tart de la nature, la forme, les distances, la disposition des globes nous montrent d'abord les grandes lignes, le grand dessin architectural qui contient et supporte tout le reste. Puis le relief se détache sur l'assise solide du globe, la vie le recouvre de toutes les richesses de sa végétation, la statue animée apparaît et peuple les parvis de l'immense sanctuaire. Tiennent ensuite ces infinies combinaisons de la couleur, cejeu des ombres et de la lumière, et toutes ces innombrables nuances, à l'aide desquelles le pinceau de l'éternel artiste a prodigué, comme en se jouant, au ciel et sur la terre, les plus riches et les plus splendides décorations.
Pour marquer la transition des arts qui frappent la vue à ceux qui se révèlent à rouïe,le mouvement rhj'thmé et cadencé du chœur des étoiles exprime, à sa manière, l'étemelle harmonie des sphères. Et puis du fond des solitudes comme des abîmes de l'océan, du feuillage des arbres comme du sein de la tempête^ du mouvement imperceptible des plus petits êtres comme des puissantes aspirations de l'homme et de l'humanité, sort ce je ne sais quoi d'immense et d'infini, qui est en même temps la grande voix, la grande poésie, la grande éloquence de l'œuvre de Dieu. Art merveilleux qu'on ne se lasse de contempler, parce qu'il sera toujours pour l'intelligence la plus humble comme pour l'esprit le plus élevé, la révélation la plus compréhensible et la plus saisissante 'de l'Infini.
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C'est ainsi, qu'à rimitation de la nature et sous l'empire de l'idéal religieux, le génie artistique a su mettre tous les arts au service du temple qui réalise cet idéal. L'architecture en dessine les lignes créatrices, et comme cet idéal se résume dans une aspiration immense vers le monde invisible, elle en marque l'empreinte, si je puis ainsi parler, dans le caractère essentiellement ascensionnel de ces colonnes, de ces voûtes, de ces ogives, de ces flèches, qui toutes semblent s'élancer jusqu'au ciel. La sculpture, à son tour, fouille les flancs de l'édifice, pour y attacher, dans l'inépuisable fécondité de ses inventions, toute une végétation en pierres et tout un peuple de statues. La peinture reproduit sur ses voûtes l'azur du ciel semé d'étoiles, et déploie dans l'encadrement des vitraux toute la magie de ce coloris pour ainsi dire transfiguré, qu'on dirait fait de feu et de lumière. Le rhythme des cérémonies du culte marque le passage des arts plastiques à la musique et à la poésie. Les sons de l'orgue retentissent sous les voûtes de l'édifice comme la voix même du temple, et ses harmonies redisent dans une langue sublime les émotions les plus pures de l'âme et de la prière. L'hymne sacré nous révèle les inspirations d'une poésie qui n'est plus de cette terre, et du haut de la chaire qui s'élève au milieu du temple, l'orateur sacré fait entendre les accents d'une éloquence qui ne se lasse d'annoncer aux hommes du temps les enseignements do l'éternité.
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Ainsi tous les arts se rencontrent et se complètent. Un même soufQe les pénètre. Le môme idéal brille en chacun d'eux, et sous les formes les plus diverses, nous sentons vivre et respirer la même foi, la même adoration, les mêmes espérances, la même prière. Une logique merveilleuse enchaîne le plan à l'idée, les détails à l'ensemble, un art à un autre art, et dans l'édifice qu'elle a élevé, ce n'est plus un simple monument du génie, c'est l'âme même d'un peuple ou d'une époque que nous avons sous les yeux.
Oui, si l'on a pu dire en toute vérité que le style, c'est rhomme, que la littérature, c%st un peuple, à plus forte raison pouvons-nous affirmer, qu'à un moment donné, l'art, pris dans son ensemble, sera l'expression la plus complète d'une période nationale, d'une civilisation, d'une religion. Les vicissitudes de l'art sont l'histoire même de l'esprit humain. Us ont en la même grandeur et la même décadence. Le caractère des monuments nous permet de reconstruire, par la pensée, la religion, la philosophie, le génie et les mœurs d'un peuple, comme aussi l'état religieux et moral d'une nation ou d'une époque nous révèle d'avance l'art qui sortira de ce milieu. Cette loi est sans exception. L'analyse philosophique nous en donne la formule et l'histoire du monde nous en offre la permanente et rigoureuse démonstration.
Partout, en effet, les monuments de l'art répondent à l'idée qu'on se faisait de Dieu, du monde et de l'Âme
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humame, Dan^ l'antique Orient, Thomme disparaissait en quelque sorte dans la contemplation de l'univers. Ce qui le domine, c'est l'idée de l'infini qui l'entoure et l'absorbe ; c'est la fragilité de l'existence personnelle qui se perd dans cet infini. Le sentiment de sa liberté s'efface devant celui de sa dépendance, et l'absolutisme, sous la forme théocratique ou politiquei régit sa destinée. De là le caractère hiératique^ traditionnel etimmobile des formes de l'art. Delà ces dimensions énormes, audacieuses, illimitées, par lesquelles, dans ses hypogées, dans ses temples, dans ses palais, dans ses pyramides, il cherche à symboliser l'infini de Dieu, confondu, à sesjyeuxidans l'infini de l'univers. L'image de Dieu et de l'homme se retrouve tout entière dans ces temples qui recouvrent des tombeaux et dans ces statues raides et immobiles qui gardent les abords des temples.
Dans la Grèce, au contraire, ce qui fait le fond de l'Hellène, c'est le sentiment énergique de sa force, de sa liberté, de sa personnalité. L'homme ne disparait plus dans l'infini de Dieu ou de la nature. C'est Dieu et la nature qui sont ramenés aux proportions de l'humanité. Les forces de l'univers sont autant de personnifications vivantes et conscientes, et les dieux de l'Olympe nous offrent l'image de l'homme idéalisé. L'idéal humain devient ainsi le principe de l'art, et les créations merveilleuses qu'il a su réaliser sur cette terre privilégiée ne sont, à le bien prendre, qu'une apothéose incomparable de
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llioaime, de sa beaulé el de sou gcuie. Aiubi se comprend ce je ne sais quoi de libre, de mesuré et de pur, si plein de grâce et d'harmonie, de charme et de distinction, qu'on pourrait appeler Yattidsme de l'art et qui donne aux monuments du génie hellénique, à tant de chefs - d'œuvre d'architecture, de sculp** ture et de poésie, sauyés du naufrage du passé, le cachet d'une perfection si exquise, que l'admira*» tion des plus grands siècles s'est plu à les considérer comme le type et la règle môme du Beau dans les arts.
Rome fut l'héritière de la Grèce. Elle imita les mo« dèles que lui oiïrit son illustre vaincue. Mais tout en les imitant, elle sut garder son originalité. Or la pa« trie, selon le mot de Bossuet, était le fond du Romain. Il savait qu'elle était appelée à l'empire du monde. Il savait que Rome serait la Ville étemelle, et le peuple romain avait conscience d'être le peuple-roi. De là ce sentiment de force, de majesté et de grandeur qui éclate dans toute l'histoire de ce peuple. En adoptant les formes de l'art grec, il sut donc les modifier suivant les inspirations de son génie. A la colonne grecque il ajouta la voûte ou le cintre romain. Et si les monuments qu'il éleva n'eurent plus, au môme degré, la délicatesse harmonieuse et l'exquise distinction de l'art des Hellènes, en revanche, il sut leur imprimer un caractère de dignité, de grandeur, de durée, où se retrouvent encore, après tant de siècles de destructions
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violentes ou de silencieux ravages, toute son âme et tout son génie.
L'art chrétien, nous l'avons déjà vu, créa la cathédrale gothique, œuvre profondément originale d'une foi nouvelle et d'un monde nouveau, expression merveilleuse d'un spiritualisme et d'une vertu inconnus jusqu'alors, et qui nous offre certainement la confirmation la plus éclatante de la loi dont nous parlons. C'est le triomphe de l'idée, c'est le symbolisme à la fois le plus puissant et le plus délicat, le plus spontané et le plus logique d'une religion qui, tout en donnant le relief le plus énergique à la personnalité divine et à la personnalité humaine, les unit sans jamais les confondre, de la manière la plus intime, cherche, par un effort constant, à élever la nature jusqu'à l'homme et l'homme jusqu*à Dieu, de même que pour l'élever, Dieu était descendu jusqu'à l'homme, et se résume ainsi dans une aspiration immense de l'âme exilée dans le temps, vers cette région immortelle de la Vérité et de l'Amour, qui seule lui apparaît comme son lieu de repos et sa patrie.
Si nous allons plus loin, nous constaterons toujours, d'une façon non moins évidente, le rapport exact de l'art avec les idées régnantes d'une époque. A la fin du moyen-âge, la renaissance des systèmes et des études de Tantiquité classique amena une renaissance analogue des lettres et des arts, cultivés par les Grecs et les Romains. Au dix-septième siècle, le triomphe de la