CofUêrvatian, p. XVIII
2. Ibid., p. XXIII. Les tcbux de M. Littré ont été exaucés, et Paris appelé à cette grande fonction n*a pas tardé k confier Tautorite à des prolétaires. Ajoutons cependant qu'après avoir tu de quelle manière ces prolétaires avaient exercé le pouvoir pendant le règne de la Oramune, M. Littré a eu le courage d'avouer et d'écrire publiquement qu'il s'était trompé sur ce point et que Paris n'avait pas le droit de disposer des destinées de la France.
des molles jouissances ; toutes ces forces désordonnées mattrisent l'homme entier, l'entraînent, en tout sens, et le jettent dans un conflit permanent,6oit avec leurs exigences contradictoires, soit avec leurs irréconciliables rivalités, soit avec l'objet même de leurs insatiables convoitises.
De ià un double esprit, ou plutôt la manifestation diverse d'un seul et même esprit ; esprit d'anarchie et de révolte contre tout ce qui gêne et irrite les passions ; esprit de servilité et de prostration devant tout ce qui les flatte et les séduit ; l'un, toujours armé contre l'ordre, dans l'espoir de rencontrer la jouissance sous les ruines ; l'autre toujours agenouillé devant la force, dans la conviction qu'elle lui donnera cette même jouissance comme prix de sa docilité ; double procédé d'une seule et même logique, double elTet d'une seule et même aberration de l'esprit, d'une seule et même corruption du cœur.
Dans tous les domaines de la pensée et de l'action, c^st, en effet, le droit antérieur et supérieur de VaiUorite qui gouverne et dirige le jeu de nos facultés. Ici, l'autorité de la vérité s'impose aux révoltes de l'esprit. IA, l'autorité de la justice commande aux caprices de la volonté. Ailleurs, l'autorité du Pouvoir contient et discipline le mouvement des. actions humaines. Dans la famille, dans la cité, dans l'État, dans l'Église, c'est toujours l'autorité, soit du père, soit du magistrat, soit du souverain, soit du pontife, qui assure le main-
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lien du droit, l'ordre et Téquilibrc des intérêts, le développement normal et harmonieux des forces sociales. Et si la Loi s'oppose comme une barrière à nos instincts déréglés, c'est uniquement parce qu'elle apparaît à nos regards avec le prestige d'une inviolable autorité.
Or, à quelque degré qu'elle s'exerce, l'Autorité ne revêt un caractère légitime et sacré que parce qu'elle est, à un degré quelconque, l'expression de Téternelle Justice; et Téternelle justice n'est elle-même la. formule et la sanction suprême de l'autorité, que parce qu'elle ^s'adresse à des intelligences raisonnables qui peuvent la comprendre, à des volontés libres qui peuvent l'accepter et lui obéir dans la plénitude de leur indépendance et de leur liberté. Aussi, voyez la différence profonde qui se remarque entre le régime de l'autorité et le régime de la force. L'autorité commande ; la force contraint. On obéit à la voix de l'autorité ; on cède à la pression de la force. De même donc que la justice est le principe de l'autorité, de même la liberté est la condition de l'obéissance. Otez la justice et la liberté, et l'autorité ne sera plus qu'un leurre, l'obéissance ne sera plus qu'une folie.- Otez la justice et la liberté, et il n'y aura plus que des forces qui oppriment et des faiblesses qui seront opprimées. Otez la justice et la liberté, et je ne vois plus que des tyrans qui contraignent et des esclaves qui tremblent ; et le gouvernement des sociétés humaines ne sera plus que le règne de l'arbitraire et de la force.
Que ces doctrines désolantes, complices de tous les penchants déréglés de notre nature viennent à prévaloir et les passions de l'homme^ toujours impatientes du frein, toujours ardentes à jouir, enfanteront à l'envi cet esprit d'insubordination et de révolte dont les agitations périodiques annoncent au monde l'heure des grandes épreuves et des grandes ruines.
Sans cesse irrité par les passions, sans cesse amnistié par les sophismes, cet esprit de révolte, devenu à son tour une puissance sociale, recrutera dans tous les rangs et dans toutes les conditions, des ccturtisans pour le flatter, des docteurs pour l'exalter, des organes pour le propager, des chefs pour le discipliner, des soldats, et au besoin, des pavés et des poignards pour le faire triompher. Et quand l'heure de ses victoires aura sonné, quand on le verra monter et monter toujours, semblable aux vagues d'une mer irritée, contre les vieux remparts de l'édifice social ; quand, secoués de leur long sommeil, les défenseurs de l'ordre verront le flot emporter au lom les sceptres et les couronnes des rois, et l'œuvre des siècles disparaître sans gloire, au milieu d'immenses débris, dans un torrent de sang et de larmes, alors peut-être, mais trop tard, une génération insouciante et frivole reconnaîtra la vanité de ses doctrines sophistiques, et comprendra ce que peut et doit attendre une société, du vide que les négations de l'athéisme auront créé dans les âmes.
Or, par un effet de cette logique vengeresse qui
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punit tout excès par un excès contraire, cet esprit d'indocilité et de révolte ajoute à la folie de ses audaces, la honte de ses défaillances, en dégénérant bientôt, sous l'empire de circonstances nouvelles, en un esprit de basse complaisance, de fade adulation et d'ignominieuse servilité. Éphémère, comme tout ce qui heurte violemment les lois de Tordre, l'anarchie qu'il enfante appelle de tout l'efTort de ses violences, les inévitables répressions de la force. Dès lors, un despotisme d'autant plus pesant que le désordre aura été plus profond recueillera dans le naufrage des institutions, les dernières épavesde l'ordre social. Tous les droits, toutes les franchises, toute la vie d'un peuple se résumeront dans l'épée d'un homme. Et comme cette épée distribuera les faveurs du pouvoir, l'égoïsmequi ne vit que de jouissances, l'égoïsmequi, pour jouir, se montrait naguères si rebelle et si turbulent, ce même égoïsme, toujours tourmenté des mômes besoins, se jettera servilement aux pieds d'un pouvoir qu'il n'a plus l'espoir de séduire ou de briser. Qui sait ? peut-ôtre qu'à force de complaisance et de flatterie, il fera oublier ses anciennes témérités. En retour de sa docilité, on lui donnera l'or qu'il convoite, et les hochets qui l'amusent. Que lui faut-il de plus ? L'essentiel n'est-il pas de se tirer d'affaire et de bien jouer son rôle ?
Ainsi verra-t-on le factieux de la veille devenir le courtisan du lendemain. Insolent envers tout ce qui est faible, il n'adore, lui, que ce qui est fort. Abrité qu'il
est SOUS Taile d'une grandeur armée et vivante, qu'il fait beau le voir insulter à son aise à toutes les grandeurs désarmées et vaincues ! Ne faut-il pas qu'à force d'arrogance et de dédain, il élude, autant qu'il est en lui, le châtiment du mépris? Cette métamorphose vous étonne, et vous avez tort. Ce n'est pas lui qui change ; à Dieu ne plaise I Ce qui a changé, c'est l'intérêt dont il a fait son Dieu. Pour lui, son égoïsme est resté le même, et gardez- vous de croire qu il trahisse jamais la promesse de lui rester fidèle I Ne trouve-t-il pas, dans son efiacement actuel , l'intérêt qu'il poursuivait dans ses révoltes d'autrefois ? Que chercherait-il au delà ? et voulez- vous qu'il cesse d'être lui-même ?
Mais que le pouvoir dont il est l'incorruptible serviteur vienne à menacer ses intérêts, à gêner ses désirs, à tromper ses espérances et ses ambitions, et le courtisan du jour pourra redevenir le factieux du lendemain. Attentif à saisir les signes de l'avenir, s'il voit que l'idole vient à pencher, il n'attendra que le mo ment opportun pour aider à l'abattre. Ce n'est pas lui, dans tous les cas, qui empêchera les autres de la renverser. Pour peu que les circonstances l'exigent, il poussera l'héroïsme de son dévouement jusqu'à suivre de ses applaudissements la foule qui traîne la victime aux gémonies ; et si les vainqueurs du jour arrivent à se maintenir au pouvoir, ne désespérez pas de le voir un des premiers prodiguer à ces nouveaux maîtres la fumée de son encens adulateur.
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Ainsi tour à tour factieux et soumis, tribun et courtisan, vautour et reptile ; les palinodies, les défections, les trahisons, les asservissements les plus lamentables auront rempli l'existence d*un homme dont le sens moral s'est éteint dans le vide de l'incrédulité et des passions.
Oui, disons-le hautement, toute doctrine qui altère ou anéantit la notion du Dieu conscient et libre, vivant et personnel, éternel et infini, du Dieu qui seul mérite le nom de Dieu, est une doctrine de fatalisme et d'anarchie, de tyrannie et de servitude ; elle proclame la déchéance du droit et le règne de la force. Elle humilie l'homme, sous prétexte de l'exalter, et ne lui promet la souveraineté que pour le charger de chaînes. « Athéisme et servitude vont de compagnie •, a dit un éminent esprit S et ce mot est vrai.
L'expérience du passé l'atteste sans réplique. Dans ces pays de l'Orient, dans ces contrées fameuses de l'Asie et d'une partie de l'Afrique, où le panthéisme, le dualisme et la théorie de la fatalité ont altéré si pro^ fondement, souvent même renversé le dogme de la personnalité divine et de la liberté humaine, le despotisme règne depuis des siècles ; et le fer d'un conspirateur ou le sabre d'un janissaire est à peu près la seule garantie politique que ces populations asservies et muettes aient su inventer contre l'arbitraire de leurs