Voyez A. Hiiuf, Théorie mécanique de la chaleur
mie, de la physique et de la physiologie, de la paléontologie et de l'histoire naturelle. Qu'est-il advenu de tant de hautaines prétentions I Que Ton consulte les annales de la science et Ton y trouvera presque autant de ruines que de systèmes ; et si quelque chose doit nous guérir de la présomption scientifique, c'est, on ne saurait l'oublier, l'histoire même de la science.
Est-ce à dire qu'il faille contester ses résultats sérieux, et proclamer le scepticisme en matière de science, comme les positivistes se plaisent à proclamer le scepticisme en matière de philosophie transcendante et de religion ? Non, ce serait répondre à un excès par un autre excès, à une démence par une démence contraire, à d'odieuses agressions par des représailles non moins odieuses, et, pour tout dire en un mot, à une détestable logique par une autre logique non moins détestable. Mais, de bon compte, que ferions-nous, sinon appliquer leur méthode ? Qu'auraient-ils à répondre qui ne fût une condamnation accablante de leur système ?
Eh bien, non ; nous préférons la synthèse féconde des vérités à l'opposition stérile des erreurs. Quelles que soient les incertitudes, les déceptions et les variations de la science, il est des problèmes qu'elle a résolus pour toujours, des mystères où elle a fait pénétrer à jamais le rayon de l'évidence. Cette évidence scientifique, nous ne disons pas qu'elle soit moins certaine que l'évidence philosophique ou religieuse ; non, nous l'avons déjà déclaré et nous ne sau-
f rions trop le redire, partout où elle éclate, l'évidence est souveraine ou elle n'est pas. Mais nous nions qu'elle ait une autorité plus imposante que l'évidence du sens commun et de la foi religieuse ; nous nions qu'on puisse revendiquer potir elle un privilège qu'on refu- B^^ii aux deux autres. Nous nions qu'on puisse constituer, au profit de quelques savants, une certitude qu'on refuserait à l'affirmation du genre humain tout entier.
Laissons donc, une fois pour toutes, ces thèses fausses, incomplètes, excessives et désespérées qui ne prouvent rien, parce qu'elles prouvent trop, et dont l'emportement ne sert qu'à entretenir une sophistique parasite, aux dépens de la vérité, de la justice et du bons sens. En toutes choses, sachons démêler le vrai du faux, le certain de l'incertain, le probable du douteux ; et parce qu'il se rencontre des ombres et des nuages, à l'horizon du monde des intelligences, n'allons pas crier, comme des insensés ou des enfants, qu'il n'y a plus de soleil.
Qui ne voit d'ailleurs que la prétention du positivisme esl l'injure la plus sanglante qu'on puisse jeter à la raison de l'homme, à la consciences des peuples, à tout le passé de notre race? Quoi I la théorie positiviste, c'est - à - dire, pour parler sans équivoque, l'athéisme le plus formel et le plus radical, serait l'unique vérité, l'uniqne certitude qui ait jamais paru dans le monde I Seul, il porterait la signature de la science; seul, il ne serait pas frappa d^Y«Si^^iQ^\sv^^^
Terreur I Tout le reste, convictions du génie, inductions de la logique, affirmations du bon sens, verdict du sens moral, foi indéracinable de Thumanité, tout cela n'eût été et ne serait encore qu*un lamentable mensonge I Soixante siècles auraient été enchaînés à l'erreur, comme l'esclave des anciens à son instrument de supplice, et à l'heure qu'il est, des millions et encore des millions d'hommes pour qui la foi au surnaturel, la foi au Dieu personnel et vivant, est l'âme même de leur âme, ne vivraient que d'une illusion puérile ou d'un honteux sophisme, et cela aussi fatalement que nous vivons de l'atmosphère qui nous enveloppe? Franchement, quand un système est réduit à de telles extrémités, l'œuvre de la justice est consommée, et ce serait presque à la pitié, ce nous semble, de commencer la sienne.
Il est d'ailleurs un argument qui tranche la question sang réplique. Les positivistes admettent la loi morale ou ce qu'ils appellent la morale indépendante. Bien que leurs principes la renversent de fond en comble ; bien que ses préceptes fléchissent dans bien des endroits de leurs écrits *, cependant, il faut le reconnaître, ils n'osent pas en contester l'autorité et ils tiennent à en proclamer avec nous l'absolu empire. Or, dans le passé, les destinées de la morale se sont identifiées partout et toujours avec celles de la méta-