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CHAPITRE XVII

LE POSITIVISBfE ET LE SURNATUREL.

Les lois de la nature sont générales et consfantes, par conséquent immuables. — Le 5urna/tire/ est-il incompatible ^vec l'immutabilité de ces lois ? — Analyse du surnaturel. — Notion de Dieu et du monde. — Fait historique du surnaturel. ~ Action de Oieu sur le monde — Révélation. — Inspiration. — Miracle. Accord de ces faits avec les lois de la nature. — Analyse du juu de ces lois. — Exemples. - Loi générale de l'ordre. — Le miracle lui-même n'est qu'une application de cette loi. — Miracles de l'Évangile. - • Ce qui reste de l'exégèse critique des rationalistes et de M. Renan.

Les difficultés que nous venons d'analyser, viennent d'une interprétation arbitraire des faits de l'histoire. Celles que nous allons examiner maintenant, naissent d'une application erronée des lois de la science. Les exposer, c'est presque les réfuter. Elles achèveront de nous donner la mesure des assises logiques sur lesquelles repose le dogme de l'aienir.

Jadis, dans l'enfance des sciences naturelles, disent les savants de l École, l'humanité n'avait aucune idée précise des lois de la nature. Dans sa naïve crédulité, elle confondait tout, le subjectif et Vobjecêif, l'idéal et

le réel, le naturel et le surnaturel, le monde et Dieu. Dans l'ignorance où elle était de Tordre universel, on conçoit qu'elle ait cru au miracle, aux théophanies, à la Providence, sans même se douter que ces interventions divines étaient une infraction solennelle aux lois de l'ordre. Mais dans l'état actuel de la science, la conception du monde a tout changé. Les lois de la nature sont universelles et constantes. L'ordre qui en résulte est immuable et absolu. Tout miracle, toute Providence, toute intervention surnaturelle serait donc une dérogation aux lois de la nature, un renversement des lois de l'ordre, par conséquent, une radicale impossibilité. Fût-il vrai qu'il existe un Dieu, ce Dieu serait pour le monde comme s'il n'était pas. Ne pouvant rien pour nous, de quoi nous servirait de nous embarrasser de lui? Son rôle, on le voit, se réduirait à un office purement nominal et surérogatoire. Toute existence métaphysique ou théologiquCy c'est-à-dire, toute existence, toute action, soit de Dieu, soit d'un être surnaturel quelconque, est donc parfaitement incompatible avec les notions positives. Seul le positivisme se trouve en harmonie avec la conception actuelle du monde. Seul, il s'offre, dans le naufrage des croyances, comme l'asile de l'avenir *.

Ici, nous avons le chagrin de rencontrer parmi nos adversaires, non-seulement les athées que nous avons

I. LiTTRH, Par de phil. Conserv* eu. Rbnan. Rev, des Deux- Monde.>, oct. 1863. Jolbs Simon, La religion naturelle.

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en yae, mais encore les philosophes spiriiualistes d'une certaine école qui, tout en admettant les vérités métaphysiques démontrées par la raison, se prévalent de ce qu'ils appellent rimmutabilité des lois de la nature, pour battre en brèche toute croyance à la révélation et au surnaturel. Esprits infortunés et généreux dont la foi religieuse a succombé sous le choc de leur temps, mais qui n'en défendent pas moins avec courage, contre le flot montant du scepticisme, les droits sacrés de la raison et de la conscience.

A Dieu ne plaise que nous les mettions en parallèle avec ces modernes niveleurs de la libre pensée qui honorent les vérités de la Raison non moins que celles delà Foi, d'unseuletmômeanathème, d'un seuletmèmemépris. Nous ne pouvons méconnaître cependant qu'entre le rationalisme déiste et le Positivisme athée, il existe certaines affinités logiques qui trop souvent facilitent le passage de Tun à l'autre. Et si nous consultons l'histoire des doctrines, elle nous apprend que plus d'une fois fesprit humain, fatigué des lacunes, des inconséquences et de la faiblesse du déisme, a glissé, par une pente naturelle, jusqu'au fond de l'athéisme. Il importe donc de vérifier la base sur laquelle s'appuie, pour les uns comme pour les autres, la négation du surnaturel. Quand ils comprendront combien cette base est chancelante, les philosophes spiritualistes seront les premiers à repousser la solidarité d'un si dangereux voisinage, et ils chercheront, plus près de nous, une

place où ils pourront se rencontrer avec l'humanité croyante, devant l'autel du Dieu vivant.

Pour résoudre le problème qui nous occupe, analysons les termes dont il se compose. Qu'est-ce que Dieu? Qu'est-ce que le monde? Qu'est-ce que les lois de l'ordre qui règlent les rapports de Dieu et du monde? Répondre à ces questions, ce sera indiquer la solution même que nous cherchons.

Pour quiconque sait la valeur des mots. Dieu est une Puissance infinie, souverainement intelligente, consciente et libre, partant, une puissance personnelle et vivante. Or, c'est le propre d'une puissance ou d'une force quelconque de pouvoir agir sur d'autres forces. Otez le pouvoir d'agir, et vous anéantissez la notion même de la puissance, de la force. Donc de deux choses l'une : ou bien la Puissance infinie peut agir sur les forces créées, ou bien, Dieu n'est pas la puissance infinie; Dieu n'est pas Dieu.

Affirmer Dieu, c'est donc affirmer la possibilité de l'action divine ; c'est affirmer la possibilité de la révélation, du miracle, de l'inspiration surnaturelle, en un mot, de l'intervention directe et personnelle de Dieu dans les afiaires du monde et de Thumanité.

Nier la possibilité de cette intervention, c'est condamner Dieu au rôle d'un monarque qui ne règne, ni ne gouverne et à qui l'on jette, comme une aumône ou comme une moquerie, l'inutile appareil de l'infini. C'est dépouiller Dieu de ce qui constitue la vie de

Dieu. Tranchons le mol; c'est nier Dieu et poser les prémisses de l'athéisme.

Au fond, l'histoire des luttes de l'esprit humain n'est que le jeu de cette double logique. L'une affirmative, qui conduit la raison droite et docile, de déduction en déduction, jusqu'à la formule la plus haute de la vérité universelle, de la vérité catholique; l'autre négative, qui précipite la raison égarée et rebelle, de défaillance en défaillance, de négation en négation, jusqu'à la formule définitive de l'erreur extrême ou de l'athéisme.

La première a tenu le sceptre du passé ; la seconde se promet celui de l'avenir. Une étude attentive de la question nous montrera quel cas il faut faire de ces promesses.

Et d'abord un fait immense domine et résout tout le problème. La religion est le grand fait, le fait universel, le fait par excellence de l'histoire du monde. Or, dans tous les siècles, sous tous les cieux, la foi au surnaturel a été l'âme et l'essence de toute religion. Qu'on supprime cette foi, et l'on ne conçoit plus même l'acte essentiel et constitutif de toute religion, la prière. Si donc la foi au surnaturel n'est qu'un perpétuel mensonge, il s'ensuit que l'humanité en masse n'a vécu, dans sa vie la plus haute, la plus sainte et la plus indispensable, que d'une incorrigible erreur. Ce fait dit tout. 11 emporte la conviction, et nous pouvons dire à nos contradicteurs : Si vous avez raison, l'hu-

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manité tout entière a tort. Pesez la valeur de ces mots, et dites-nous si vous osez assumer, sans fléchir, le fardeau d'une telle accusation.

Non, dans une question de vie morale et de sens commun, l'avis de quelques-uns ne saurait prévaloir contre la conviction de tous. Non, quelques grains de sable ne sauraient balancer le poids d'un monde. Si convaincue qu'elle puisse être, votre pensée est dupe de quelque illusion, de quelque équivoque, de quelque erreur. Révisez donc les pièces du procès. Le tribunal du genre humain annule votre sentence, et son arrêt est sans appel. Ou cette raison universelle et souveraine qu'on appelle le sens commun n'est rien, ou, en matière de sens commun, elle est juge en dernier ressort.

Est-ce à dire que nous voulions sacrifier les lois de l'ordre ? Non, nous aussi, nous affirmons ces lois ; nous aussi, nous maintenons qu'elles sont uiRverselles et constantes; nous aussi, nous proclamons que ces lois sont relativement nécessaires et immuables. Que veuton de plus? et nos adversaires sont-ils contents? Mais ces concessions faites, nous nions que l'action de Dieu sur le monde par la révélation, par le miracle, ou par une intervention surnaturelle quelconque, puisse être considérée comme une violation, une abrogation, ou même une suspension proprement dite des lois de Tordre. Loin d'y porter atteinte, elle les consacre. Loin d'en être la ruine, elle en assure le triomphe ; et c'est

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dans le respect de Dieu lui-même pour ces lois que nous en trouvons la plus haute sanction.

C'est ce que nous comprendrons sans peine, si nous cherchons à pénétrer la nature et le jeu de ces lois.

La vie du monde est constituée par ce vaste ensemble de phénomènes et d'effets qui se déploient, avec une fécondité inépuisable, au sein de l'espace et de la durée. Réalisé par les forces et les énergies qui animent et pénètrent toutes les substances de la nature, Tordre de ces phénomènes et de ces effets se trouve déterminé par des lois universelles et constantes qui sans exception aucune, règlent l'action des substances et des forces. Dérivées de la nature même des êtres, ces lois ne sont que l'expression des rapports qui unissent les unes aux autres les forces et les substances de la nature. Et c'est du jeu incessant de ces forces, réglé par l'action constante de ces lois, que résulte ce poème harmonieux et sublime que nous appelons Vordre du monde.

Or, quelle est la loi générale qui règle l'action de toutes les autres, régit et détermine la dynamique de tous les êtres, et préside, dans les merveilles de la dernière grandeur comme de la dernière petitesse, aux destinées de Tordre universel? Cette loi, la voici dans sa simple et puissante formule :

V effet propre et direct d'ur\,e force ou d'une puissance relativement inférieure est toujours annulé, .modifié ou suspendu^ dans un cas déterminé, par

r action intei^cnante d'une force ou d'une puissance relatirement supérieure et prédominante.

Remarquons-le bien, ce qui est annulé, modifié ou suspendu, ce n*est pas la force inhérente à la substance ; ce n'est pas la loi de cette force ; ce n'est pas l'énergie de cette loi. Tout cela, pris en soi, reste inviolable et constant. Ce qui est annulé, modifié ou suspendu, c'est Veffet passager de cette force dans un cas donné. Je dis plus : il est de Vesscnce d'une loi que, suivant les circonstances, son action ou son effet soit annulé, modifié, suspendu par l'action d'une loi plus puissante. Il est de V essence d*une force que ses effets habituels soient primés, dominés, remplacés, le cas échéant, par l'effet d'une force plus haute. Ce caractère négatif et passif d'une loi ou d'une force lui est aussi essentiel que son caractère actif et positif. L'un ne se tient pas sans l'autre ; l'un ne se comprend que par l'autre. Mettez que toute loi, toute force doive produire, en toute hypothèse, contre toute loi supérieure, contre toute force plus énergique, son effet propre et spécial, et l'action mutuelle des forces de vient impossible, l'harmonie des lois esl ébranlée, la notion de Tordre s'évanouit, et de l'éternel conflit des éléments naîtra je ne sais quoi d'irréconciliable et de monstrueux que la pensée ne peut concevoir et qui n'a de nom dans aucune langue, celui de chaos même ne pouvant convenir à ce qui se repousse et se contredit dans les termes.

Telle est la loi dynamique des êtres ; et le vaste drame de la nature et de l'histoire qu'est-ce, sinon l'application universelle et la constante vérification de cette loi? Quelques exemples le prouveront. Un grain de sable tombe à mes pieds. Mêlé à d'autres grains de sable, il obéit à la loi des affinités physiques ou chimiques qui président aux combinaisons du monde inorganique. Mais voici qu'un germe s'empare de cette poussière. Elle monte dans le calice d'une fleur ou dans les feuilles d'un arbre. Soumise à la loi d'un organisme vivant, c'est en vain qu'elle voudrait obéir à la loi chimique de ses affinités primitives* La loi de la vie s'y oppose. Elle suspend l'action de la loi chimique. Et tant que la poussière sera pénétrée du souffle de la vie, elle restera soumise à l'autorité de cette«loi.

Qu'est-ce à dire? La loi chimique est-elle abrogée ? Son énergie est-elle anéantie? Bien plus, sa tendance, son eflbrt, son action même, son action interne et impérissable, est-elle suspendue? Non, cette loi subsiste dans toute la plénitude de son énergie et de sa vitalité. Ce qui est modifié ou suspendu, c'est TefTet direct de son énergie, c'est le résultat habituel de son action. Et ce qui modifie cet eflet, ce qui suspend ce résultat, c'est l'action supérieure et irrésistible de la loi organique^ que nous appelons la loi de la vie. En dépit de cette intervention supérieure, la loi chimique reste une loi constante et générale de la nature. Elle règne en souveraine dans les vastes régions du

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monde inorganique. Que dis-je? Elle se maintient inviolablement dans cette poussière animée elle môme. Elle cède, il est vrai, à la pression d'une loi plus haute. Mais elle vit aussi ferme, aussi indestructible en soi que l'essence même de cette poussière. Brisez cette fleur ; abattez cet arbre, et la loi chimique reprendra ses droits ; elle fera sentir ses effets ; elle désagrégera cet organisme inanimé. On la supposait disparue; elle n'était qu'enveloppée. On la croyait morte; elle n'était qu'esclave ; mais une esclave qui se réveille à son heure et qui saura montrer, par sa puissance de destruction, que même sous la domination d'une loi plus puissante, elle maintenait, dans toute son intégrité, le principe de sa force et de son action.

Montons plus haut. Un rayon d'intelligence et de liberté pénètre un organisme vivant et voilà l'homme. En lui, la loi organique domine la loi chimique, et la puissance intellectuelle et morale commande à tout le reste. Un organisme végétal ne peut se détruire. L'homme, au contraire, a le pouvoir de modifier les phénomènes de sa vie, d'altérer l'action de ses organes, de détruire, quand il lui plaît, son organisme lui-même. En agissant de la sorte, a-t-il suspendu la loi universelle et constante qui régit les combinaisons des molécules chimiques ou le jeu des substances organisées ? Nullement. Ces lois restent les mêmes et continuent à produire, partout et toujours, les mêmes effets. En faisant tn(ert;enir Taction de son intelligence

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et de sa liberté, l'homme a contrarié l'action de ces lois ; il a suspendu ou modifié les effets qu'elles produisent. Mais les lois elles-mêmes, mais leur puissance, leur énergie, leur efficacité propre et inamissible, qu'on nous dise en quoi il aurait pu les abolir, les violer ou les suspendre. Non, l'intervention de sa liberté, loin d'être le renversement d'une loi de la nature, n'est que l'application rigoureuse de la loi fondamentale dont nous avons donné la formule et sur laquelle repose, dans son inviolable majesté, la souveraineté de l'ordre dans le monde.

Supposons l'humanité absente de notre terre. Soumise à l'action exclusive des lois du monde végétal et animal, la surface de notre globe ne présenterait que le spectacle monotone de forêts immenses ou d'incultes déserts, livrés au conflit des forces aveugles qui s'en disputent l'empire. Que l'homme paraisse sur ce théâtre d'un monde primordial, et la face de la terre sera changée. Où régnait le silence de la solitude, se déploiera le luxe d'une puissante civilisation. La culture s'emparera du repaire des bêtes fauves ; l'opulence des cités-reines jettera un superbe défi aux barrières du désert. Une puissance nouvelle mettra son empreinte sur la poussière qu'elle foule à ses pieds, et rien, sur ce vaste Jglobe, n'échappera au despotisme de son génie. Qui a opéré ce miracle de transformation ? Est-il besoin de le dire ? N'est-ce pas V intervention de l'homme dans la nature ? Et pour réaliser tant de pro-

diO tes DOâTRntBS POSITIYtSTES

diges, lliomme a-t-il porté une main téméraire sur les lois de l'ordre qui règlent les mouvements du monde organique ou inorganique ? Le dire, serait assurément le comble de la démence. Qu'a-t-il donc fait, ce thaumaturge de la civilisation ? Sans porter atteinte à aucune loi, il a substitué aux effets d'une loi inférieure, les effetsd'uneloi plus relevée. Aux efforts du mécanisme de la nature, il a opposé les efforts de son intelligence, de sa libre volonté, et c est ainsi qu'il a imprimé, en vertu même des lois de Tordre, le sceau de sa liberté et de sa personnalité aux agents serviles et impersonnels de ce monde.

Au sein de l'humanité nous trouverons l'application de la même loi. Un homme glisse aux bords d'un abîme. Au moment de tomber, une main secourable le retient et un effort suprême lui sauve la vie. Retirez cette main, et la loi de la pesanteur brisera l'infortuné au fond de l'abîme. Avancez-la à temps, et vous aurez arraché la vie d'un homme à une mort certaine. Qu'est-ce à dire ? Votre main a-t-elle abrogé ou altéré la loi de la pesanteur ? Non, en intervenant, comme elle l'a fait, votre main a suspendu l'effet de cette loi. Elle a dominé son action; voilà tout. Est-ce une atteinte aux lois de 1 ordre? Quelle étrange illusion de voir le renversement des lois de l'ordre dans ce qui est l'effet même de ces lois I Parce que vous aurez sauvé un homme qui allait se noyer, le principe d'Archimède aura-t-il cessé d'être une loi de la nature ? Parce que

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les remèdes que vous donnez à un malade auront triomphé de son mal, pourrez-vous prétendre à l'honneur d'avoir aboli la loi quia déterminé la crise et qui, sans votre intervention, allait déterminer la mort? Parce qu'enfin vous aurez fait pénétrer un rayon de lumière dans la raison troublée d'un homme; parce que votre influence morale aura retenu la fougue de ses passions ; parce que votre parole l'aura fait reculer devant Tabîme où il allait se précipiter, faudra-t-il en conclure que la loi qui préside à la génération et au développement des passions humaines, a abdiqué devant votre intervention ? Non, non, toutes les lois de Tordre restent immuables. Leurs effets seuls sont annulés, modifiés et remplacés, suivant les circonstances, par l'action d'une autre loi. Et l'apparente contradicdiction même de ces efl'ets prouve, comme tout le reste, la stabilité et l'universalité des lois d'où ils émanent .

Appliquons ces principes aux faits évaiigéliques qui passent pour être la manifestation et la marque la plus éclatante du surnaturel, et nous aurons résolu le problème que nous agitons. D'une seule parole de sa bouche, d'un seul signe de sa main, Jésus rend la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, aux paralytiques Tusage de leurs membres, aux malades les plus désespérés l'usage de leur santé. Il lui suffit de vouloir et il convertit les pécheurs, il multiplie les pains qui nourriront la multitude dans le désert ; il marche sur les

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ondes, il commande aux vents et à la tempête, il ressus cite les morts, il brise le sceau de son propre tombeau.

Voilà bien le miracle dans tout l'éclat de sa suma- • turelle puissance. Or, le miracle, entre les mains de Jésus, a-t-il annulé, altéré, suspendu les lois universelles et constantes qui pèsent sur les infirmités humaines, qui dominent la mort, qui règlent les éléments de la nature, déterminent l'action des substances et maintiennent le règne de l'ordre dans le monde? Après comme avant le miracle, ces lois n'ont-elles pas été maintenues dans la plénitude de leur action? Pendant le miracle, n'ont-elles pas continué à étendre leur domination sur toute la nature? Que dis-je? Dans les cas mêmes où le miracle s'est produit, dans les cas mêmes où il a contrarié l'action des lois du monde physique, ces lois ne sont-elles pas restées les mêmes ? N'ontelles pas continué à agir conformément à leur nature? N'ont-elles pas conservé toute leur énergie, tout leur effort, toute leur force de résistance ? S'il n'y avait eu aucune résistance à vaincre, où serait le miracle? Et si les lois de la nature avaient été suspendues un seul instant, qui donc aurait produit la résistance?

Qu'est- il donc arrivé dans ces faits extraordinaires? Une puissance nouvelle est in f^ueni/e; puissance supérieure à toutes les forces de la nature et de l'humanité. Cette puissance, c'est la puissance de Dieu. Et qu'a-t-elle fait, cette puissance de Dieu ? Elle a fait vis-à-vis de l'ensemble des forces créées, ce que font les forces orga-

niques Tisrà-vis des forces inorganiques, les forces humaines vis-à-vis des forces de la nature, les forces supérieures vis-à-vis des forces inférieures. Elle a réalisé la loi suprême de l'ordre, en vertu de laquelle l'action d'une force supérieure suspend, modifie ou annule, dans un cas dé terminé,, non pas la loi d'une force in- ^férieure ; mais Veffet, le résultat de cette loi. Qu'est-ce donc que le miracle ? Une violation ou un renversement des lois de l'ordre ? Non, mais une application rigoureuse et un résultat supérieur de ces lois mêmes. On objecte qu'il s'agit ici d'une puissance supérieure à la Nature, c'est-à dire d'une puissance impossible et chimérique ^. Entendons-nous : supérieure à la nature finie et créée, oui ; supérieure à la nature infinie et incréée, non ; car elle est cette nature elle-même. Or, cette puissance, l'humanité Taffirme, la raison la prouve, la science la démontre. Cette puissance est donc la plus haute réalité ; elle peut donc agir. Bien plus, à moins d'en faire le synonyme du néant, elle doit agir. Quant à son action surnaturelle, quelque part qu'elle se produise, dans la révélation, dans le miracle, dans l'inspiration divine, peu importe ; elle n'est, elle ne saurait être, nous l'avons démontré, que l'application rigoureuse des lois dynamiques qui sont les lois universelles et constantes de l'orire. Et c'est pourquoi, comme l'a fort bien remarqué Rousseau,

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